mardi 5 août 2008

C'ÉTAIT UN «HOSTIE» DE CHIEN CE GARS-LÀ...


Vous connaissez Diogène dit le Chien? Si vous ne le connaissez pas encore, mon billet tombe à point pour parfaire vos connaissances générales. Vous pourrez ranger Diogène dans votre mémoire, aux côtés du dernier épisode de votre télésérie préférée.

Diogène vivait dans un tonneau, aux portes d'Athènes, il y a vingt-cinq siècles.

Contemporain de Socrate et de Platon, il pratiquait le même «métier» que ces deux lascars, soit celui de philosophe, un type qui aimait la sagesse, quoi, et détestait travailler.

Son style était inimitable. Selon ce que nous rapporte un autre type du nom de Diogène, Diogène Laërce celui-là, l'autre Diogène, le Chien en l'occurrence, était un drôle de zigoto. (Relisez cette phrase lentement, à voix haute, en marquant bien la pause à chaque virgule. Putain! Je sais comment utiliser ma ponctuation. J'ai même gagné le premier prix de ponctuation à ma deuxième année de primaire, à l'école St-Jean-de-Bosco, saint-patron des enfants pauvres.)

Reconnu dans tout le monde grec pour ses répliques fracassantes et sa sagesse pour le moins cynique, Diogène le Chien était en effet tout un cas.

C'était un anarchiste avant la lettre. Il se disait citoyen du monde et se masturbait sur la place publique, selon ce que rapportent ses biographes. C'était un malcommode, ce chien. Il passait son temps à recouvrir de sperme la métropole du monde grec.

Un jour, Alexandre le Grand se pointe devant lui. Alexandre a entendu parler de ce sage fou. Il est vrai qu'Alexandre avait pour précepteur nul autre qu'Aristote, copain de Platon et Socrate, et contemporain du Chien.

Alexandre, qui n'a jamais perdu une bataille, se rend donc voir Diogène, histoire de se reposer entre deux conquêtes.

Diogène se trouve bel et bien dans son tonneau, aux abords du dépotoir.

Alexandre s'avance et se présente, tout en se bouchant le nez pour se préserver des mauvaises odeurs.

-Je suis celui que les dictionnaires et les encyclopédies appelleront Alexandre le Grand. Que puis-je faire pour toi? demande-t-il à Diogène.

-Ôte-toi de mon soleil, tu me fais de l'ombre! que lui répond le vieux branleur.

L'histoire ne dit pas ce qu'aurait répondu Alexandre. Peut-être que Diogène s'est fait couper un bras, bien que l'autre Diogène, Laërce celui-là, n'en dise rien. C'est vrai qu'Alexandre était du genre à trancher le noeud gordien. S'il avait vraiment rencontré Diogène et que ce zouf lui avait fait cette réponse, eh bien Alexandre l'aurait tranché de haut en bas en deux parties bien symétriques.

Par contre, Laërce, ce mangeur d'olives, nous rapporte que Diogène, le Chien, s'était fait prendre au cours d'une guerre quelconque. Prisonnier d'une bande de bandits des Balkans, on dirigea le Chien vers le marché des esclaves afin qu'il soit vendu à quelque propriétaire en manque de main d'oeuvre.

La coutume voulait que le candidat au titre d'esclave monte sur le podium et réponde aux questions du vendeur en chef.

-Qui es-tu? demanda le vendeur à Diogène.

-Un meneur d'hommes, répondit Diogène.

-Que sais-tu faire?

-Diriger les hommes!

Et pointant l'homme le plus riche de l'assistance, Diogène ajouta:

-Vendez-moi à cet homme, il a besoin d'un maître!

Évidemment, le type l'acheta. Quand on est riche on peut se payer un fou du roi.

Comme Diogène avait tout de même un peu d'éducation, il obtint la charge d'éduquer les enfants du rigolo qui en fit son esclave.

Au bout d'un temps, Diogène s'enfuit... et les enfants du plein aux as devinrent eux-mêmes des cyniques, c'est-à-dire des hippies de l'époque. Ils abandonnèrent tout pour suivre Diogène à Athènes où ils pourraient se branler la queue sur la place publique tout en portant des vêtements pouilleux. Ils auraient eux aussi leur propre tonneau dans le dépotoir d'Athènes! Quelle chance!

Diogène serait mort en retenant son souffle.

Ça me semble improbable, compte tenu de la richesse de ses ennemis. On lui a fait la peau. Je dis ça sans vérifier les sources, mais je le dis quand même.

Remarquez qu'on n'en trouve pas des tas, des types qui se crossent en public, même de nos jours. On en trouvera pas plus qui retiendront leur souffle pour transiter vers le pays d'Hadès.

Et remarquez que je n'y tiens pas tant que ça de voir des types se branler sur la rue des Forges, à Trois-Rivières. J'en ai vu justement un dimanche dernier, vers six heures du matin. Et il n'avait rien du sage ni du philosophe. C'était plutôt un paumé sous l'effet du PCP ou de l'eau de Javel.

***

Vingt-cinq siècles nous séparent du temps où vivait ce chien de Diogène.

Je ne dirais pas que c'était l'homme le plus sage de son temps.

Mais ce n'était certainement pas le plus menteur.

C'était certainement le plus comique de tous les philosophes de l'antiquité.

Le seul que j'aie lu en riant, d'une anecdote à l'autre.

Vingt-cinq siècles nous séparent de Platon, Aristote et Socrate.

En fait, seulement deux secondes nous séparent de Diogène, comme si ça venait juste de se produire.

Tout ça parce que Diogène était un sacré freak de son temps.