mercredi 31 décembre 2014

Bilan 2014 qui ne veut rien dire

L'heure et le jour où j'écris ce billet me conduisent inexorablement vers un bilan de l'année. Évidemment, je ne suis pas tenu de me soumettre à cette coutume, voire à n'importe quelle autre. J'aurais pu me contenter de raconter une légende ou bien simplement écrire un poème pas piqué des vers. Mais non, il aura fallu que je m'abandonne au bilan de l'année comme toute cette masse de pauvres gens qui ne savent pas quoi faire de leur tête.

Bilan de l'année? Bof! Il s'en est passé des vertes et des pas mûres, politiquement parlant, et nous étions bien loin de l'euphorie libératrice de 2012, du moins pour le Québec. Pour le reste du monde ce fût encore pire. Et rien ne laisse supposer que l'année 2015 sera moins dégueulasse.

Personnellement, l'année 2014 fût marquée pour moi par une recrudescence de ma révolte envers les nombrils. Jamais je n'aurai vu autant de personnes fières d'être des merdes sans coeur et sans âme. C'est la conséquence de l'arrivée au pouvoir de la génération X, ma génération qui est essentiellement constituée d'enfants gâtés qui n'ont presque jamais porté une pancarte ou bien signé une pétition, d'où son inconsistance, son aboulie et sa médiocrité.

Au point de vue personnel, je ne dirais pas que j'aie gagné en sagesse. Je me suis confondu dans l'éternel retour du même et suis parfois revenu vers l'idéalisme primaire de mes jeunes années anarchistes face au nombrilisme triomphant des profiteurs et autres personnes indignes de confiance.

J'ai cultivé ma révolte au lieu de l'étouffer et je puis dire que cela m'a permis de me regarder dans le miroir sans trop m'en vouloir. Je n'ai pas ignoré les itinérants, les pauvres et les malades. J'ai porté assistance à ceux et celles qui souffraient sur ma route. J'ai pardonné même à ceux qui ne méritaient pas d'être pardonnés.

Pour ce qui est de mon nombril, j'ai appris à mieux le faire sécher en adoptant une diète qui m'a permis de mieux me tenir debout afin de résister aux assauts de la maladie.

L'amour n'a pas été égratigné. J'ai toujours ma douce et mes proches à mes côtés.

L'argent? Bah! Ç'aurait pu être pire. J'ai obtenu ce qu'il fallait pour maintenir le strict nécessaire.

Et pour ce qui est de l'art, eh bien j'ai approfondi mes notions d'ombre et de lumière histoire de conférer un peu plus de troisième dimension à mes créations tant visuelles qu'intellectuelles.

L'année 2014 peut se terminer en beauté. J'attends 2015 pour vous souhaiter mes meilleurs voeux.

Et coetera.

mardi 30 décembre 2014

La gauche solide contre la gauche molle

La gauche molle ne nous mène nulle part. Pour paraphraser l’écrivain Jacques Ferron,  la gauche molle ne veut tellement pas faire peur aux Québécois qu’elle les conduit tout droit vers les conservateurs ou les libéraux afin qu’ils soient parfaitement rassurés.

Quand je regarde Québec Solidaire, je baye aux corneilles. J’ai du respect pour certains de ses militants, mais je vois bien que sa direction politique est molle comme de la gélatine. J’écoute parler Françoise David et je dors autant que si c’était sa sœur Hélène, la ministre libérale, qui me parlait. Cette gauche remplie de décorums, de réunions soporifiques et de parlementeries ne me parle plus depuis longtemps. Il lui manque de la vigueur et de la colonne vertébrale. Elle paralyse l’action bien plus qu’elle nous y mène.

Pierre Falardeau déclarait dans une entrevue télévisée que cette gauche-là, menée par la mère supérieure Françoise David, ne lui disait rien qu’y vaille.

-Des sandwiches au baloney pis des HLM en gyproc… On veut manger comme du monde pis on veut des vraies maisons tabarnak! chialait-il substantiellement.

Je lui accorde raison a posteriori.

Rien ne déçoit plus de la gauche que cette gauche molle, mesurée et raisonnable.

Il nous faudra encore plus d’audace pour nous débarrasser du capitalisme, cette maladie qui empoisonne le monde et nous réduit à l’état de quêteux démunis aux yeux des riches qui se croient mieux nantis pour mieux nous rire en pleine face.

Il n’y a pas de démunis, sacrement! mais des pauvres condamnés à l’injustice sociale par des bandits à cravates qui détournent les avoirs de la communauté vers ces paradis fiscaux où ils comptent se retirer après nous avoir dépouillés sans que la gauche molle n’ait levé le petit doigt.

Les démunis, c’est une perversion du langage promu par les riches. Dire d'un gus qu’il est démuni, c’est comme de lui dire qu’il n’est pas assez intelligent pour faire une piastre. Ce discours-là, je ne le tiendrai jamais. Cela prend quatre-vingt-dix-neuf pauvres pour faire un riche. Beaucoup ne l’ont pas compris parce que réfléchir c’est aussi reconnaître qu’on se fait fourrer par une poignée de crosseurs sans cœur et sans âme.

Pour retrouver cette gauche solide, il faudra sans doute créer de nouvelles alliances et présenter un front uni de socialistes qui ne seront pas soucieux de plaire ou de provoquer la chicane. Sans quoi, nous avancerons inévitablement vers nulle part en tant que collectivité.

Au lieu de réduire le programme socialiste comme peau de chagrin, je pense qu’il est temps d’affirmer haut et fort des valeurs de gauche face aux scélérats conservateurs et libéraux qui souhaitent nous mettre à genoux devant une poignée de malfrats pleins aux as.

Il est temps de reprendre la rue, les drapeaux , les pancartes et les casseroles. Il est temps de prendre le pouvoir!
Il est temps de nous doter d’une constitution socialiste, républicaine et écologique quoi qu’en disent les penseurs et acteurs de la gauche molle qui sont prêts à attendre 70 ans en autant qu’ils perçoivent leurs prébendes et autres per diem de placoteux de service.

L’année 2014 a été marquée par les scélératesses des partisans de l’austérité ainsi que par la mollesse de la gauche officielle.
L’année 2015 verra surgir de nouveaux mouvements de masse indépendants et sans chefs. Il y a des limites à se faire traîner dans la boue par des bandits à cravates fiers de leur manque d’empathie ainsi que du vol éhonté de l’argent qui devrait servir à la communauté plutôt que de frétiller entre leurs grosses fesses de bourgeois repus et insolents.

Je sais que la gauche molle est déjà dépassée et que la gauche solide resurgira à la surface d’ici peu.

Ce que nous avons vu lors du Printemps Érable 2012 n’aura l’air que d’une répétition au vu et au su du Printemps 2015.

Je prédis que les policiers, les fonctionnaires, les chômeurs et les étudiants fraterniseront dans la rue.

Je prédis que la gauche molle sera mise de côté et qu’une vraie force de gauche émergera de cette rue.

Vous croyez que je rêve? Regardez ce qu’on fait de l’austérité en Espagne, en Grèce et en Allemagne! Jamais les partisans de la gauche n’ont été aussi près de prendre les pleins pouvoirs et de chambarder l’ordre du monde capitaliste.

Le monde deviendra bientôt trop petit pour les banquiers.

Ils ne trouveront nulle part où se cacher.

Leurs paradis fiscaux et le produit de leur vol leur seront enlevés pour être redistribués à la communauté.

La justice reviendra sur cette terre qui en a bien besoin.

Le capitalisme mourra parce que ce système-là est intimement relié à une culture du déchet qui n’a jamais eu raison d’être.

Formons nos groupes, nos clans et nos tribus sans rien attendre de la gauche molle.

Formons un mouvement sans chef contre le capitalisme et les banquiers.

Devenons souverains et souveraines, chacun d’entre nous, pour changer le monde une fois pour toutes!


dimanche 28 décembre 2014

Vive la Russie!

J'ai un profond attachement envers la Russie, un pays que je n'ai jamais visité autrement que par les arts et les lettres. J'ai même appris l'alphabet cyrillique pour l'aimer encore mieux. La Russie représente pour moi un idéal culturel que rien ni personne n'a su m'enlever à travers les années passées et présentes.

Vous comprendrez que je souffre un peu du conflit ukrainien où la Russie me semble parfois injustement malmenée. Alors que d'autres y voient la mainmise d'un empire panslavique, moi j'y vois plutôt un choc culturel qui est à la pleine mesure de notre ignorance de l'âme russe, laquelle peut se prévaloir d'esprits et de coeurs solides comme Pouchkine, Gogol, Tchaïkovski, Tchekhov, Dostoïevski, Tolstoï, Vladimir Korolenko, Chostakovitch, Boulgakov, Chalamov, Pavel Lounguine, Pietr Mamonov et combien d'autres...

Mon amour pour la Russie est la conséquence de tout ce que je déteste de mon propre monde -et c'est d'abord et avant tout son matérialisme grossier et sa confiance primaire en des institutions hypocrites qui font le contraire de ce qu'elles entendent professer au monde. La liberté qui éclaire le monde, j'ai toujours eu du mal à y croire quand j'y voyais la ségrégation raciale et tout le tralala qui se termine en assassinats de syndicalistes sud-américains et la CIA qui se mêle des affaires québécoises...

La Russie n'est pas parfaite, je le sais bien, mais le Russe a des tripes et ses chants nous rejoignent plus, en tant que Français ou Québécois, que la machinerie de Ford.

Je visionnais récemment des épisodes de Golos, le pendant russe de l'émission  The Voice, reprise ici sous le titre La Voix.

Les Russes ne font pas que chanter des airs des Beatles ou de Tears for Fears, mais aussi les chansons éternelles de Jacques Brel, Serge Lama ou Luc Plamondon. Sentimental comme je le suis, Le temps des cathédrales chanté par un Russe, eh bien cela me va droit au coeur.

Mon professeur de philosophie à l'université, Alexis Klimov, Belge d'origine russe, me disait souvent son profond attachement pour la chanson québécoise.

-Le plus fort aspect de la littérature québécoise passe par la chanson... La chanson québécoise est universelle et forte comme vous ne sauriez l'imaginer, me disait-il.

Quand j'écoute Golos et que j'y vois un Russe chanter Le temps des cathédrales, il me semble tout comprendre de ce qu'il voulait me signifier.

Les Russes aiment les Français et les Québécois, c'est ce que je retiens, et il m'est insupportable de voir le gouvernement canadien nous entraîner vers une escalade guerrière envers ce peuple que j'aime autant que j'aime tous les Slaves du monde, qu'ils soient Ukrainiens, Bosniaques, Croates ou Serbes.

Je crois profondément au droit des peuples de disposer d'eux-mêmes et ne vois rien de mal à ce qu'une partie de la population ukrainienne préfère demeurer attaché à la Russie. La Russie a accepté jadis l'autodétermination de la Lituanie, de la Lettonie, de la Géorgie et de combien d'autres républiques. Les États-Unis accepteraient-ils le morcellement de leur territoire? Accepteraient-ils qu'il se forme des États indépendants comme le Vermont, la Californie ou bien le Texas? J'en doute.

Je doute même qu'ils puissent accepter l'indépendance du Québec et parie qu'ils soutiendraient les Canadiens-Anglais de l'Ouest de Montréal qui souhaiteraient demeurer rattachés au Canada.

Tout ce qui se trame en Ukraine m'écoeure et m'inquiète profondément. L'Ukraine devenant membre de l'OTAN, cela signifie qu'il faudra que des Canadiens aillent se battre contre des Russes au nom d'un principe qui me semble un peu douteux en plus de nous faire frôler un conflit nucléaire.

Quand les Russes ont installé des missiles à Cuba, dans les années '60, les États-Unis leur ont donné quarante-huit heures pour les retirer. Il n'était pas question que les Russes installent des missiles à quelques kilomètres des États-Unis. Et que fait-on en Ukraine en ce moment? On s'apprête à y placer des missiles à quelques kilomètres de la frontière de la Russie. Vladimir Poutine pourrait être tenté de nous donner une leçon d'histoire en répétant le coup de John Fitzgerald Kennedy...

Par-delà toutes ces questions politiques, il demeure toutefois l'âme russe.

Et c'est au nom de cette âme russe qui sait aussi nous porter sur son coeur en tant que francophiles que je dis merde à l'OTAN.

La Russie fait partie de mon monde. Comme la Russie fait partie de l'Ukraine... La Russie et l'Ukraine de Gogol et Korolenko...

Pardonnez-moi cet amour trop enthousiaste envers les Slaves.

On ne peut pas empêcher un coeur d'aimer.




samedi 27 décembre 2014

Boxing Day et crystal meth

C'était hier le lendemain de la Nativité de Jésus dit de Nazareth, un homme qui renversait les tables des marchands et qui disait aux riches qu'il était plus facile pour un chameau d'entrer par le chas d'une aiguille qu'il ne l'était pour eux d'entrer dans le royaume des Justes. Conséquemment, pour servir la morale de toutes les époques, on a traité cet homme comme un criminel. Reviendrait-il aujourd'hui pour se plaindre du capitalisme, des marchands ou du Boxing Day qu'il subirait le sort réservé aux prisonniers de droit commun. On le bourrerait de pilules et on l'obligerait à s'asseoir devant un écran plat pour visionner en boucle un épisode du Banquier.

Cela dit, je me dois de vous rapporter cette anecdote qui risque de vous déplaire en plus d'assombrir la quiétude lumineuse à laquelle vous avez droit après de longs mois de labeurs sans congés sociaux.

Évidemment, cela s'est passé hier, au cours du Boxing Day, autour de neuf heures du matin.

À cette heure du 26 décembre, personne ne s'aventure vraiment dans les rues de Trois-Rivières, sinon un type qui, comme moi, nécessite quelques achats de dernière minute pour recevoir honorablement de la visite. Comme à peu près tout était fermé, il n'y avait qu'un seul endroit pour me dépanner. Je me suis donc rendu au dépanneur du coin pour m'y acheter les quelques petits trucs qu'il me manquait.

Les rues étaient désertes. On n'entendait aucun bruit de véhicule. Ce moment aurait presque pu devenir féerique s'il n'eût été de cette merde sur deux pattes que je croisai aux alentours du dépanneur.

Ce bipède semblait visiblement amoché par une drogue qui, selon moi, ne pouvait être que du crystal meth pour l'effet spectaculaire qu'il produit sur les nerfs et sur la dentition du pauvre type qui s'absorbe à perdre la carte de cette manière. Le type d'à peu près une trentaine d'années ne zigzaguait pas vraiment, comme c'est le cas avec l'alcool, et se croyait plus grand que nature: amphétamines!

Je l'ai aperçu de l'autre côté du trottoir où je déambulais et l'abruti lâchait d'énormes rots qui ressemblaient à une incantation diabolique.

-Roooooooaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaap! qu'il faisait sur une note qui devait durer dans les vingt secondes.

-Quel hostie de cave, me suis-je dit en moi-même, mieux vaut l'éviter...

Je n'ai malheureusement pas pu l'éviter. Le roteux m'agressa verbalement aussitôt qu'il me vit.

-Heille toé! J'te parle toé!!! Donne-moé une cigarette! 

-J'fume pas, lui répondis-je laconiquement.

-Comme ça tu fumes pas toé? Hein? qu'il me répliqua en s'avançant vers moi comme s'il voulait me mordre.

Vous comprendrez que ma douceur légendaire a tout de suite cédé la place à ma non moins légendaire impulsivité.

-Toé mon tabarnak efface-toé d'ma vue sinon j'te rentre l'os du nez dans l'front mon hostie d'mongol!

Il est demeuré sur place quelques instants en rotant, le temps de me permettre d'entrer au dépanneur d'où j'espérais ne plus jamais le revoir.

Mais non! À peine étais-je entré que l'hurluberlu y pénétra à ma suite pour demander à la caissière du papier à rouler et du feu, pour lesquels il mentionnait qu'il n'avait pas d'argent.

-J'ai pas d'argent calice! Donne-moé du papier à rouler pis du feu tabarnak! Roaaaaaaaaaa!

J'étais dans le fond du dépanneur à faire mes emplettes. La caissière, une jeune fille de dix-sept ou dix-huit ans, me regardait avec un mélange d'anxiété et d'appel au secours devant cette créature diabolique qui continuait de roter et d'insulter l'humanité toute entière.

J'ai donc laissé mes emplettes et me suis dirigé vers le zouf en me préparant psychologiquement à lui en faire voir de toutes les couleurs. J'ai tout de même opté pour une manoeuvre d'intimidation, quitte à passer ensuite à mon plan B qui consistait à lui donner un croc-en-jambe pour ensuite l'achever à coups de bottes une fois que je l'aurais fait choir. (Dans mon patelin, c'est comme ça qu'on achève les démons...)

Mon plan A était fort simple. J'ai tout simplement claqué mon poing dans ma main à deux centimètres de son nez.

-T'as pas compris c'que j't'ai dit tantôt mon tabarnak? Veux-tu qu'j'te rentre l'os du nez dans l'front?

J'ai tellement frappé fort dans ma main que, ma foi, je me suis fait un peu mal.

La goule est sortie en rotant, comprenant inconsciemment qu'elle avait d'autres combats à mener.

La jeune caissière m'a remercié.

-J'en reviens pas du travail que vous faites quand j'vois des tarlais comme ça, que je lui ai dit.

-C'est bien moins pire cette année que l'an passé, qu'elle m'a répondu sur un ton résigné. Une chance que la police passe dans le coin...

Je ne m'imaginais pas un déchet de l'humanité pire que ça. Peut-être parce que je ne sors pas assez souvent. Et puis la police n'était pas là, malgré ce qu'elle disait. Je n'ose même pas imaginer ce qui aurait pu se passer.

Toujours est-il que je suis sorti avec mes emplettes. J'ai malheureusement recroisé le cave un peu plus loin. Il semblait cette fois m'ignorer et se contentait de gueuler tout seul comme un orang-outan.

-La ville va savoir que j'suis sorti d'en-d'dans! Marco Dubé is back!!! I' m'ont saisi mais là c'te fois-là j'va's acheter un bloc à quatre étages pis i' vont savoir que Marco Dubé is back!

Je suis rentré chez-moi pour aviser les policiers qu'il y avait un homme passablement dangereux qui errait dans les rues du centre-ville en agressant des quidams comme moi.

Pour le reste, je ne l'ai plus revu de la journée.

Je suis rentré chez-moi pour faire redescendre l'adrénaline.

J'ai reçu ma visite.

Puis lorsque la visite fût partie, je me suis tapé un bon somme.

Tout ça pour vous dire que je ne verrai jamais plus le Boxing Day de la même manière...

jeudi 25 décembre 2014

Le gars qui n'était pas une merde dans un bas de soie

Il était une fois un gars dont l'histoire n'a pas retenu le nom. C'était un gars tout simple qu'on n'aurait même pas reconnu dans la rue parce qu'il n'avait rien de spécial ni d'argent pour se mettre à l'avant-scène comme se plaisent à le faire tant de trous du cul qui s'ignorent.

Ce gars-là aurait donné sa chemise même si elle était sale et trouée, dans la mesure où il en avait au moins deux, c'est-à-dire une de trop.

Jamais il ne parlait contre qui que ce soit, sinon contre les politiciens qu'il trouvait menteurs, stupides et bêtes comme à peu près tout le monde, ce qui n'était pas en soi très original. Tout le monde se doute bien que les politiciens sont des merdes dans des bas de soie, pour reprendre l'opinion que Napoléon avait de Talleyrand. Napoléon ne valait guère mieux, sans doute, mais Talleyrand demeurait tout de même une merde dans un bas de soie. Ce qui permet aux merdes dans un bas de soie contemporaines de le tenir en haute estime pour une raison qui échappe au commun des mortels. La raison d'État ou la raison des tas, ce n'est compréhensible que pour les merdes dans un bas de soie.

Bref, pour revenir à ce gars tout simple, c'était un gars qui détestait les politiciens comme tout un chacun et qui donnait sans se vanter de ce dont il partageait. Il ne s'achetait pas une pleine page dans le journal pour dire qu'il avait donné. Évidemment qu'il n'aurait pas eu l'argent ni l'intérêt pour le faire, au contraire de toutes ces merdes dans un bas de soie, parmi lesquelles on peut aussi compter les gens d'affaires et autres incultes qui écoutent les Violons du Roy en faisant semblant d'aimer ça.

Ce gars-là aimait bien la musique classique, paradoxalement, mais il l'aimait parce que ça lui permettait de préserver un certain calme dans son esprit trop sensible et trop généreux pour qu'il fasse un jour partie de la secte des 1% qui accaparent les richesses du monde  comme d'authentiques merdes dans un bas de soie.

-J'aime ça Mozart, qu'on l'avait entendu dire quelques fois.

Ses nom et prénom sont difficiles à retenir. Certains l'appelaient Bob, d'autres Henri. Il n'aurait pas été étonnant qu'il s'eût appelé Mao, voire Christophe-Alain.

Il demeurait dans un petit logement ouvrier, près de l'église Saint-Irénée, dans le secteur du Cap-de-la-Madeleine à Trois-Rivières.

Il travaillait on ne sait trop où, à gauche et à droite, à la faveur ou bien à la défaveur des événements qui se passaient autour de lui.

Je vous dis ça parce qu'il est mort la semaine dernière. Personne n'était vraiment à son enterrement parce qu'on ne savait même pas son nom. La rubrique nécrologique oublia de publier son visage. Ce qui fait qu'il est parti sans dire salut.

Tout un chacun conserve de lui un beau souvenir, même si c'est difficile d'en dire long à son sujet.

On dit de lui qu'il était fin, gentil. aimable, secourable, etc.

Hormis Jean-Claude qui prétend l'avoir connu dans sa jeunesse alors qu'il l'aurait surpris en train de casser la vitre d'un dépanneur dans un geste tout aussi gratuit qu'inutile.

Jean-Claude est réputé pour ses mensonges. Il est possible que ce bon gars-là n'ait jamais fait ça.

L'eusse-t-il fait que ça ne changerait rien à l'opinion de tous ceux et celles qui l'ont croisé à un moment ou l'autre de leur vie.

Ce gars-là, je vous le répète, n'était pas une merde dans un bas de soie.

Et c'est pourquoi je profite du jour de Noël pour saluer sa mémoire, bien qu'elle soit peu consistante et trouée comme un fromage gruyère.

Amen.

mercredi 24 décembre 2014

À propos des libéraux et de Victor Kamarovski

J'ai visionné pour une énième fois Docteur Jivago, le film de David Lean tiré du roman éponyme de Boris Pasternak. J'y découvre quelque chose de nouveau à chaque visionnement. Cette fois, j'ai accroché sur le personnage de Victor Kamarovski, le bourgeois libéral qui viole Lara, la muse du Docteur Jivago.

Kamarovski a ses entrées partout et comme il a beaucoup de fric il peut tout se permettre. Il n'aime que la victoire et les vainqueurs. Il mise secrètement sur les bolcheviques parce qu'il se doute qu'ils obtiendront la victoire un jour ou l'autre, même si cela va dans le sens contraire de ses intérêts à court terme.

Ce salaud comprend que son monde coure vers une faillite que rien ni personne ne pourra arrêter.

Il est libéral avec les libéraux et bolchevique avec les bolcheviques. Il prend toujours le parti du vainqueur.

Si une révolution survenait, ces types-là seraient les premiers à intégrer le nouvel appareil gouvernemental parce qu'ils ne perdent jamais.

La révolution s'arrête en éliminant les révolutionnaires. Le pouvoir se poursuit avec la même racaille portant un nouvel habit pour faire les moines de service.

J'ai la conviction que beaucoup de libéraux, au Québec, savent que leur beau programme d'austérité les conduira vers la faillite. Déjà, ils doivent s'acheter des carrés rouges, ça et là, en prévision du jour où tout basculera dans l'autre camp. Ils pourront dire qu'ils ont soutenu des Rouges comme d'autres en Europe prétendaient avoir hébergé des juifs après que l'on eusse chassé les nazis.

Victor Kamarovski est loin d'être parfait comme le bon Docteur Jivago. Pourtant, il y a cent Kamarovski pour un Jivago; cent crosseurs pour une personne honnête et vraiment humaine.

Kamarovski est représentatif de l'espèce humaine. C'est le Docteur Jivago qui représente une anomalie: un homme intègre, humain et poète à toutes heures.

***

Un autre film me revient à la mémoire, Chinatown, un film de Roman Polanski mettant en vedette Jack Nicholson. Cela se termine mal, évidemment. Un bourgeois plein de marde et plein aux as rappelle au détective qui enquête sur lui qu'on peut tout faire quand on a de l'argent, même pratiquer l'inceste envers ses propres filles.

Ce n'est pas très loin de la réalité.

Un riche qui commet un crime ne l'a pas vraiment commis.

Un pauvre qui fait la moitié de ce qu'a fait un riche sera condamné à la prison à vie.

***

Je ne sais pas pourquoi je vous parle de tout ça à la veille de Noël...

Peut-être parce que j'ai retenu le refrain «Peuple debout! Chante ta délivrance!» dans le fameux Minuit Chrétiens, dont l'auteur Placide Cappeau était républicain, socialiste et anticlérical. Cette chanson ne pouvait pas vraiment jouer dans les églises catholiques parce qu'elle avait été écrite par un type louche. Écoutez le troisième et dernier couplet:

Le Rédempteur a brisé toute entrave,
La terre est libre et le ciel est ouvert
Il voit un frère où n’était qu’un esclave
L’amour unit ceux qu’enchaînait le fer,
Qui lui dira notre reconnaissance  ?
C’est pour nous tous qu’Il naît, qu’Il souffre et meurt :
Peuple, debout ! chante ta délivrance,
Noël  ! Noël  ! chantons le Rédempteur  !
Noël  ! Noël  ! chantons le Rédempteur  !


Source: ici.

Donc, ce n'était pas une chanson qui demandait au peuple de se mettre à genoux. C'est une erreur de penser que cette chanson est un appel à la résignation.


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Enfin! Il me fallait errer ça et là pour vous livrer ce message dont je ne suis pas sûr moi-même d'en comprendre toute la portée sociale.

Joyeux Noël et youppi.

dimanche 21 décembre 2014

mercredi 17 décembre 2014

Serment d'Hippocrate, serment d'hypocrite et crasse néolibérale

Il n'y a pas de médecin plus digne d'estime que ceux du type de Anton Tchékhov qui, plutôt que de soigner Sa Majesté, se consacre à dénoncer le mauvais sort fait aux détenus de l'Île de Sakhaline. 

Le Docteur Jivago, héros du roman éponyme de Boris Pasternak, est fait de la même mouture. Il a cette capacité de s'indigner de la misère et de la souffrance commises envers les hommes, quels qu'ils soient. Il n'a pas fait un serment d'hypocrite, lui, mais le serment d'Hippocrate.

***

Venons-en maintenant à cette troïka de médecins qui gouverne le Québec en ce moment.

Le Premier Ministre Philippe Couillard mérite peu d'estime. D'abord, il méprise foncièrement son peuple et ses institutions. Ensuite, il n'a pas été médecin dans un camp de réfugiés mais dans un État aussi barbare que l'Allemagne de Adolf Hitler, c'est-à-dire l'Arabie Saoudite.

L'Arabie Saoudite est un pays où les femmes sont traités comme des merdes et il va de soi que les prisonniers politiques n'y connaissent pas un meilleur sort. Si Tchékhov avait été médecin en Allemagne nazie, eh bien je doute qu'il ait été digne d'admiration. On l'aurait voué aux gémonies avec raison.

Le Québec s'est doté d'un Premier Ministre qui a travaillé pour l'Arabie Saoudite, cette même Arabie Saoudite qui fût parmi les seuls pays à reconnaître l'Afghanistan du temps des talibans, lesquels n'auraient jamais pris le pouvoir sans l'appui d'un certain Ousama Ben Laden, lui-même financé par la CIA... 

En Afghanistan comme en Arabie Saoudite, une femme n'est rien. 

Qu'a-t-il fait là-bas, notre cher libertarien de Premier Ministre? Il a fait du fric. Beaucoup de fric. Puis il en a disposé selon les lois en vigueur au Canada, c'est-à-dire qu'il a placé son fric dans un paradis fiscal. 

L'ex-Premier Ministre du Canada Paul Martin ne voyait rien de mal à placer son argent dans un paradis fiscal, d'autant plus qu'il était propriétaire de la Canada Steamship Lines dont les profits échappaient à l'impôt canadien... Avec ce bel exemple, Philippe Couillard pouvait se sentir en business pour réclamer aux Québécois de cracher l'argent pour les taxes et les impôts que cette bande de plaisantins ne se sentent pas le besoin de payer, d'autant plus qu'ils font en quelque sorte partie du club des personnes extraordinaires...

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Et maintenant, voulez-vous que l'on parle SÉRIEUSEMENT de l'austérité?

Je comprends que le Québec est gouverné par un Premier Ministre qui a eu des liens douteux avec l'Arabie Saoudite ainsi qu'avec un type louche comme le semble Arthur Porter, ce filou qui aurait détourné du fric qui devait servir à soigner des Québécois et des Québécoises.

L'austérité n'est pas une vue de l'esprit: c'est un attentat contre l'esprit et le peuple québécois!

Bien sûr, les crosseurs libéraux peuvent rigoler et tourner en bourrique ce peuple qui obéit encore aux coups de pieds au cul. Cependant, je prévois un renversement de situation d'ici le printemps 2015.

Le peuple est naïf, bon et gentil jusqu'à un certain point.

La limite est sur le point d'être atteinte.

Une grave crise sociale point à l'horizon.

Une crise sociale qui prendra des airs connus de révolution.

AJOUT DE DERNIÈRE MINUTE:

Un petit texte pour en savoir un peu plus sur les liens entre Philippe Couillard et l'État totalitaire d'Arabie Saoudite.

samedi 13 décembre 2014

J'ai publié une lettre dans Le Nouvelliste

Ma lettre à propos de la nouvelle désignation du Parc des Pins, maintenant renommé le Parc Jean-Béliveau, a été publié dans Le Nouvelliste. Vous pouvez la lire ici.

jeudi 11 décembre 2014

L'âme québécoise et l'âme russe via le Discours sur Pouchkine de Dostoïevski

Dostoïevski est devenu célèbre vers 1880 pour avoir prononcé son fameux Discours sur Pouchkine. Slavophiles et Occidentaux russes se sont déchirés à ce sujet.

Ce que Dostoïevski dit de l'âme russe pourrait en partie s'appliquer à l'âme québécoise d'une manière que je ne m'explique pas tout à fait. L'âme russe, comme l'âme québécoise, ne réside pas dans l'argent, dans l'économie ou bien dans la politique. Son génie réside ailleurs, dans sa culture, dans sa mystique profonde, dans cette manière d'être qui dérange tant les partisans de l'austérité et autres conneries occidentales. Les Québécois, d'un certain point de vue, sont plus près des Slaves que nous ne le penserions à prime abord.

Je ne vous livre que cet extrait qui m'a laissé songeur. Le Discours sur Pouchkine est disponible en entier ici.

***


"(...)Il ne faut pas s’indigner si je répète que c’est grâce à cette aptitude que « notre terre misérable » sera celle d’où s’élèvera une « parole nouvelle universelle ». Il est absurde d’exiger que nous ayons achevé notre évolution scientifique, économique et sociale, avant de prononcer cette parole nouvelle, qui doit améliorer le sort de nations prétendues aussi parfaites que les nations européennes. J’ai eu soin, dans mon discours, de dire que je ne songeais pas à placer la Russie au même niveau que les pays d’Occident, au point de vue glorieux de l’économie politique. Je répète seulement que le génie du peuple russe est peut-être le seul capable de créer la fraternité universelle, d’atténuer les dissemblances, de concilier les contradictions apparentes. Ce n’est pas un trait économique de notre race. C’est un trait moral. Les trésors moraux ne dépendent pas du développement économique. Les 80 millions de notre population représentent une telle unité spirituelle, inconnue partout ailleurs en Europe, qu’il ne faut pas dire de notre terre qu’elle est si misérable ! Dans cette Europe si riche de tant de façons, la base civile de toutes les nations est sapée ; tout cela peut s’écrouler demain, et pour l’éternité. Il surgira alors quelque chose d’inouï, quelque chose qui ne ressemblera à rien de ce qui a été. Toutes les richesses amassées par l’Europe ne la sauveront pas de la chute, car en un seul moment « toute la richesse disparaîtra ». Et c’est cette organisation civique, pourrie et sapée, que l’on montre à notre peuple comme un idéal vers lequel il doit tendre ! Je prétends, moi, que l’on peut porter en soi un trésor moral sans posséder la moindre méthode économique. S’il nous faut, avant d’unifier l’Europe et le monde, devenir une nation riche, faudra t-il, pour cela, emprunter tous les systèmes économiques européens, toute une organisation destinée à périr demain ? Ne nous permettra-t-on pas de nous développer de nous-mêmes, selon notre tempérament ? Il faut imiter servilement l’Europe ? « Mais notre peuple ne nous le permettra pas », disait récemment quelqu’un à un fervent « occidental ». — « Eh bien ! exterminez le peuple ! » répondit paisiblement l’ « occidental ». Et celui-ci n’était pas le premier venu, mais bien un des « représentants de l’intelligence russe ». Ce dialogue est vrai, pris sur nature."

F. Dostoïevski, Discours sur Pouchkine (extrait de l'introduction)
Traduction de J.W. Bienstock et John-Antoine Nau dans Journal d’un écrivain, Paris, 1904.

mardi 9 décembre 2014

Le Parc des Pins doit demeurer le Parc des Pins

Le célèbre joueur de hockey Jean Béliveau, paix à son âme, a vécu sur la rue Richard, à Trois-Rivières, tout près du Parc des Pins. J'ai grandi sur la rue Cloutier, adjacente à la rue Richard, et j'ai passé la majeure partie de mon enfance au Parc des Pins.

Je n'ai rien contre Jean Béliveau, un gentleman en son genre, mais je ne comprends pas cette manie d'entretenir un culte de la personnalité via la toponymie.

D'aucuns voudraient débaptiser le Parc des Pins pour rendre gloire à la mémoire de Jean Béliveau.

Comprenez-moi bien: Jean Béliveau est digne d'admiration. Cependant mes racines aborigènes se refusent à l'idée de désigner les lieux autrement que par un vocable poétique.

Jadis, la rivière Saint-Maurice s'appelait Tapiskwan Sipi, c'est-à-dire la rivière de l'Enfilée d'Aiguille, un nom qui me semble bien plus porteur de sens que Saint-Maurice, un saint qu'à peu près personne ne connaît et ne cherche à connaître. C'est d'autant plus ironique que les églises catholiques ferment toutes les unes après les autres en nous laissant toute une flopée de noms de saints anachroniques qui n'ont plus rien à voir avec la société québécoise, fortement métissée et pleinement laïque.

Idem pour le fleuve Saint-Laurent. Les anciens le désignaient par Magtagoek, le fleuve aux Grandes Eaux. Qui est Saint-Laurent, dites-moi?

En fait, aucun lieu ne portait le nom d'une personne au temps des Anishnabés, des Mohawks, des Innus et des Hurons. On disait le lac des Castors, la montagne du Chien Pelé ou bien la butte du Bon Tabac; jamais on ne disait le lac Gaétan-Bouchard, la montagne Carl-Beaudoin ou bien la butte du Capitaine Joseph-Veilleux.

Il me semble que débaptiser le Parc des Pins relève de la mythomanie du Vieux-Monde qu'il nous faut contenir autant que faire se peut pour préserver un peu de poésie dans notre toponymie.

Vous trouverez sans doute que je suis un rabat-joie. Mais non, je ne suis qu'un Sauvage. Chacun son histoire.

jeudi 4 décembre 2014

À la découverte de Omar Khayyam

Les chemins qui mènent à Omar Khayyam sont tortueux. Après avoir lu un article sur Courrier International où il était question de l'envoi d'avions de chasse iraniens pour bombarder Da'esh, l'État Islamique, je me suis mis à me questionner sur l'histoire de l'Iran. J'ai googlé Iran, puis je suis tombé sur une sagesse que j'ignorais, d'un Iran presque éclairé qui protégeait les intellectuels et les droits de l'homme il y a de cela... mille ans. D'une recherche Google à l'autre, j'ai finalement atterri dans le jardin enivrant de Omar Khayyam.

Omar Khayyam était un sage qui vivait au premier millénaire de notre ère. C'était aussi un grand mathématicien et un astronome de premier niveau. On lui doit, entre autres, les années bissextiles.

Je ne vous emmerderai pas plus longtemps avec sa biographie, d'autant plus que je ne suis encore qu'un néophyte en ce qui le concerne.

Pourtant, je m'en voudrais de ne pas vous livrer mon enthousiasme face à la sagesse de cet homme qui me bouleverse à plus de mille ans de distance temporelle.

Vous pouvez même goûter facilement à cet enthousiasme en lisant par vous-mêmes ces magnifiques aphorismes tirés du Robaiyat oeuvre maîtresse de Omar Khayyam. C'est traduit par Franz Toussaint et c'est du pur oxygène pour l'esprit, croyez-moi. C'est gratuit, qui plus est, et cela se trouve ici.

Je vous livre quelques aphorismes pour vous faire à l'idée:

Que vaut-il mieux ? S’asseoir dans une taverne, puis faire son examen de conscience, ou se prosterner dans une mosquée, l’âme close ? Je ne me préoccupe pas de savoir si nous avons un Maître et ce qu’il fera de moi, le cas échéant.

***
Fais en sorte que ton prochain n’ait pas à souffrir de ta sagesse. Domine-toi toujours. Ne t’abandonne jamais à la colère. Si tu veux t’acheminer vers la paix définitive, souris au Destin qui te frappe, et ne frappe personne.

***

Puisque tu ignores ce que te réserve demain, efforce-toi d’être heureux aujourd’hui. Prends une urne de vin, va t’asseoir au clair de lune, et bois, en te disant que la lune te cherchera peut-être vainement, demain.

***

En ce monde, contente-toi d’avoir peu d’amis. Ne cherche pas à rendre durable la sympathie que tu peux éprouver pour quelqu’un. Avant de prendre la main d’un homme, demande-toi si elle ne te frappera pas, un jour.

***

Longtemps encore, chercherai-je à combler de pierres l’Océan ? Je n’ai que mépris pour les libertins et les dévots. Khayyâm, qui peut affirmer que tu iras au Ciel ou dans l’Enfer ? D’abord, qu’entendons-nous par ces mots ? Connais-tu un voyageur qui ait visité ces contrées singulières ?

Je ne vous en citerai pas plus pour ne pas vous enlever le goût d'aller le lire.

Je me réjouis cependant d'avoir découvert cet homme qui risque de me réconforter autant que Lao Tseu et autres bons sauvages tirés de la plume de Lahontan.

Vive Omar Khayyam et versons le vin dans nos coupes bon sang!


lundi 1 décembre 2014

Lars Bain le larbin

Il était plutôt facile de le traiter de larbin, d'autant plus qu'il s'appelait Lars Bain. Lars étant son prénom d'origine scandinave et Bain son patronyme de casque de bain. De plus, c'était vraiment un casque de bain, dans tous les sens du germe, chauve comme un oeuf, les paupières pesantes d'un gars dans la quarantaine, bref une vraie tête de Fétide, celui qui joue le rôle du connard dans la Famille Adams.

Lars Bain puisait ses infos sur les lignes ouvertes d'une radio poubelle ou bien dans la bouche du célèbre trou du cul Mario Dufront, un ex-politicien converti en majorette du petit écran. Pour Lars Bain, les syndicats, les pétitions et les manifestations n'étaient que des obstacles à la création de richesse, ce qui le faisait suer parce que, justement, Lars Bain n'était pas très riche. Il occupait un poste de journalier dans un quelconque camp de travail où l'on ne payait jamais les heures supplémentaires à temps et demi. On y payait les heures régulières aussi peu que possible à cause de la maudite gauche qui empêchait la compagnie de faire ce qu'elle voulait. C'était, par ailleurs, une compagnie spécialisée dans la fabrication de toitures. Toitures Québécoises que cela s'appelait. Les esprits malintentionnés, tous ceux qui se disent à gauche et refusent de faire des heures supplémentaires payées à temps régulier, eh bien ils s'amusaient à se gausser de la shop en la surnommant Tortures Québécoises.

Évidemment, Lars Bain n'avait jamais voulu signer sa carte de membre du syndicat quand l'un de ces crottés était venu faire du maraudage à l'atelier.

-Les syndicats? disait Lars Bain, c'est juste bon pour les lâches pis les paresseux! Regardez les travailleurs de la ville, sont payés cher en sacrament pis ils peuvent prendre toutes sortes de congés, temps et demi et même temps double sur les heures supplémentaires! Pis c'est payé avec l'argent de mes taxes! J'ai de la misère à faire mes paiements sur mon char pis ma maison pis eux autres sont gras dur à cause du maudit syndicat de marde! J'en veux pas, moé, des syndicats!

Son boss non plus n'en voulait pas et on ne peut même pas dire qu'il appréciait Lars Bain. Il l'aurait calissé dehors comme tous les autres s'il était devenu moins performant, malade ou bien dépressif.

Son boss s'appelait Monsieur Réal. Et personne n'aurait pu l'appeler autrement que Monsieur.

Ce gros plein de marde de Réal appelait tous ses employés Jos, Chose ou Ti-Gars. Il n'avait pas de mémoire mais il avait de l'argent. Donc, Lars Bain lui pardonnait tout.

-En faites-vous de l'argent? qu'il disait aux critiqueux, ce satané Lars Bain. Non hein? Vous en faites pas? Si vous en faisiez vous comprendriez Monsieur Réal!

Mario Dufront pensait justement la même chose et rappelait constamment à ses auditeurs qu'il est tout à fait normal de fendre le front d'un manifestant à coups de matraque, voire de couper le fonds de pension de celui qui tenait la matraque. Il fallait être juste avec tout le monde, voyez-vous, et couper dans le gras, c'est-à-dire couper chez tous ceux qui manquaient de mansuétude envers les Monsieur Réal de ce monde.

Les assistés sociaux étaient bien sûr des parasites et les paradis fiscaux une conséquence de cette infamie. Pourquoi les gens d'affaires et les petits travailleurs devraient payer pour tout le monde, hein?

Lars Bain votait libéral, bien entendu, et il ne savait pas trop lire ni écrire ni décrire ni rire.

Il était toujours sérieux comme un pape, Lars Bain, et sa femme, une maudite folle de féministe, le trompait fréquemment avec des voyous artistes ou BS pleins de marde qui sont poètes aux heures des autres.

Il endurait ça pour ne pas se faire laver. Une maison, un char, une famille: tout ça demande beaucoup de pognon et les maudites folles seront toujours des maudites folles.

Entre nous, chez Tortures Québécoises, nous le prenions un peu en pitié ce pauvre con. D'autant plus que c'était le seul qui n'avait pas signé sa carte pour devenir membre de la CSN.

La CSN! La plus communiste des centrales... Lars Bain en avait eu le souffle coupé. Il tenta tant bien que mal de mettre un frein à la syndicalisation de sa shop, en citant abondamment Mario Dufront et tous les larbins de sa radio-poubelle préférée.

Le syndicat avait tout de même passé à son grand dam.

Après un lock-out de quarante-huit heures, Lars Bain avait vu son salaire augmenté de deux dollars de l'heure. Désormais on allait lui payer son temps supplémentaire à temps et demi, double et même triple s'il le fallait, au grand désespoir de Réal Cadorette, le boss de Tortures Québécoises qui dut s'engager un spécialiste des relations de travail parce qu'il ne savait manifestement pas parler à ses employés comme du monde. Cadorette, anciennement appelé Monsieur Réal, avait mangé pas mal de marde depuis que la CSN était rentrée dans sa shop et ses malheurs étaient loin d'être terminés. Comme ceux de Lars Bain.

Que voulez-vous? Le monde et les temps changent, même si Mario Dufront continue de débiter ses conneries au très petit écran.

samedi 29 novembre 2014

Aujourd'hui manif contre l'austérité à Québec et Montréal

Bien que je sois à Trois-Rivières pour la journée, je suis pleinement solidaire avec ceux et celles qui manifesteront aujourd'hui contre l'austérité à Montréal et Québec. Je serai sans aucun doute de la prochaine manif à Trois-Rivières. C'est sûr qu'il y en aura d'autres, peut-être à tous les 22 du mois, comme en 2012, au cours de l'année 2015. D'ici là, on lâche rien.

jeudi 27 novembre 2014

Le syndrome du larbin et l'austérité



Cette petite vidéo a le mérite de mieux nous faire comprendre la définition de larbin. Un larbin, pour faire court, c'est un esclave satisfait de sa servilité; un petit travailleur sans droits qui se plaint des travailleurs qui ont des droits; un député ou un ministre qui sert les intérêts des bandits à cravates plutôt que celui du peuple en savates.

Regardez autour de vous et vous en trouverez bien un ou deux sans trop d'efforts.

La bonne nouvelle, c'est qu'ils finissent par compter pour rien. Satisfaits de survivre à tous les coups de pieds au cul qu'ils reçoivent, ils plieront volontiers tant à la droite qu'à la gauche. Les larbins aiment obéir en toutes circonstances. La seule force qu'ils savent mettre en action est celle de l'inertie.

Les larbins défileront dans la rue de temps à autres, pour le retour des Nordiques, par exemple, ou bien pour la parade du Père Noël. Ils ne signeront jamais de pétitions et ne porteront jamais de pancartes en tout autre temps. S'ils le faisaient, ils ne seraient plus des larbins.

Les larbins forment cette masse informe de préjugés antisociaux sur lesquels se fondent toutes les dictatures.

Il s'en trouvera bien quelques-uns pour se manifester ici et là pour chialer contre les hommes et les femmes libres de ce pays. On les entendra sur les radios poubelles et on les lira dans les journaux jaunes. Leur réponse sera toujours la même: obéir.

On compte quelques personnalités parmi les larbins pour leur donner un peu de tonus. Il y a quelques larbins en chef, kapos et autres gardiens de camps pour motiver les larbins résiduels à démotiver toute une communauté humaine au nom de la lutte contre la dette et autres conneries pour le bonheur des riches.

Nous avons traversé quarante ans de servilité au Québec grâce aux larbins qui veulent encore en remettre.

Je crois sincèrement que le temps des larbins et autres bouffons bourgeois bouffis de marde s'achève.

La nature a horreur du vide.

Ce principe physique me suffit pour dire que les larbins seront bientôt largement balayés de la sphère publique.

Ils partiront comme ils sont venus: un doigt dans l'oeil et l'autre dans le cul.

Nous nous occuperons, entre temps, de lutter contre les bandits à cravates qui laissent supposer que le peuple doit vivre à genoux.



jeudi 20 novembre 2014

De quel côté êtes-vous?



Le discours sur la dette publique, repris abondamment par les économistes et les politiciens à la solde des riches, ne tient pas la route. Le peuple a été victime d’un vol de banquiers. Comme si ce n’était pas assez de nous voler une fois, les bandits à cravates réclament à corps et à cris qu’on les rembourse, comme si tout leur était dû, comme si le rôle du peuple était encore de chasser les grenouilles dans les fossés qui entourent les châteaux des barons et autres crapules de la haute société.

Dans les faits, nous ne devons rien. Nous sommes le peuple. Nous ne servons pas l’argent : l’argent doit nous servir! Nous ne servons pas les politiciens et autres putes du capitalisme sauvage : ils se doivent de nous servir sans se servir eux-mêmes dans l’assiette au beurre.

Ce ne sont pas les dépenses publiques qui ont explosées mais les intérêts à payer sur une dette publique arrangée avec le gars des vues et le croque-mort des vies. L’État a dépensé huit fois moins que les intérêts qu’on nous réclame au nom de cette morale de loups qui tiennent à tous nous égorger comme des moutons pour se remplir les poches.

On peut, par exemple, défier les lois de la gravité et envoyer des objets en orbite autour de la Lune, de Mars ou Jupiter. Il semblerait néanmoins que nous ne puissions pas défier les lois de LEUR économie, une doctrine contenue dans l’art de pratiquer le capitalisme sauvage, doctrine qui consiste à nous faire tous plier pour qu’ils puissent continuer à jouir impunément des fruits de leurs larcins publics.

De l’argent, il y en a dans les poches de la mafia et c’est là qu’il faut aller le chercher. Pas dans les poches de Bob, Maude ou Cunégonde, mais dans celles des bandits à cravates.

Ceux et celles qui croient que cela ne changera jamais n’ont qu’à aller se reposer. Ce sont ceux qui pensent le contraire qui ont changé, changent et changeront encore le monde. Du vide additionné à du vide cela donne du vide. Une personne debout plus une autre personne debout, cela donne un mouvement social contre lequel les crosseurs ne pourront plus faire long feu.

Comme le disait Gabriel Nadeau-Dubois, la force des libéraux c’est le Je; ce sont l’égoïsme, l’atavisme et la convoitise d’une poignée de trous du cul. Notre force, c’est le Nous. Tous ensembles, nous pouvons changer le Québec maintenant, sans attendre dans quatre ans, huit ans ou soixante-quinze ans.

Le jeu démocratique, heureusement, ne se joue pas qu’au parlement. Parlez-en à tous ces tyrans et fripouilles internationales qui se sont enfuis en catimini à l’aéroport pour échapper à la colère de leur peuple.

L’austérité est un discours, rien de plus. Le discours des riches qui veulent mettre les pauvres à genoux. Le discours des banquiers qui puisent dans les poches du peuple pour se sauver de banqueroutes imaginaires provoquées par leurs mensonges et leur hypocrisie crasse.

La communauté est plus forte que tous ces vulgaires lèche-bottes qui pullulent dans les médias traditionnels pour nous rentrer dans la gorge la soumission à l’autorité tout autant qu’à l’austérité.

Je pense qu’il est grand temps pour moi de sortir mon chiffon rouge de sa boîte pour le brandir au bout d’un bâton.

Which side are you on? De quel côté êtes-vous, comme le dit ce chant popularisé par Florence Reece en 1931?

Choisissez votre camp. Le mien est déjà choisi.

lundi 17 novembre 2014

O Holy Night

La première neige est tombée hier. Mon coeur d'enfant s'en est tout de suite réjoui. Je me suis fait des mottes de neige que j'ai lancées contre les arbres pour les taquiner un peu. Puis, de retour à la maison, j'ai écouté quelques grands classiques de Noël chantés par la cantatrice Mahalia Jackson. Cela m'a inspiré un tableau que vous verrez sous peu sur ce blogue, une patinoire extérieure avec des tas d'enfants qui s'amusent. Comme dans le bon vieux temps quoi.

La nostalgie qui accompagne les airs de Noël me va droit au plexus. Il me semble que tout le monde est bon, beau et gentil après avoir écouté Holy Night. À ce sujet, je cherche la version qu'en a faite un clarinettiste dont le nom m'échappe. Mon ami Robbob, qui vient d'ailleurs de lancer un nouvel album avec ses copains de Limoilou libre, m'avait enregistré ça sur une cassette. Je suis encore tenu de faire tourner cette vieille cassette à moitié démagnétisée pour satisfaire ma nostalgie...

Je m'en veux un peu d'être aussi léger ce matin alors que tant d'autres thèmes s'offrent à moi pour nourrir votre indignation.

J'aurais dû vous parler d'austérité, de capitalisme sauvage, de lutte contre toutes les formes d'oppression ou de harcèlement.

Mais non! Il fallait que je me montre nostalgique comme un vieux chiffon.

Je ne m'en désole même pas. Je ne pouvais pas faire mieux.

Comme disait Sénèque, un homme qui ne peut pas prendre cinq minutes de son temps pour observer la neige ou le vol des oiseaux n'est pas tout à fait un homme.

dimanche 16 novembre 2014

72 heures pour changer le Québec


Je suis de temps à autre les tweets et fessebouqueries d'un dénommé Paco Lebel. Son cynisme envers la chose publique me fait du bien. Paco Lebel me prouve d'un commentaire à l'autre que je ne suis pas seul à me révolter contre l'hypocrisie crasse des politiciens de métier. En fait, nous sommes des milliers de Paco Lebel au Québec qui attendent le moment opportun pour descendre dans la rue pour un grand soir qui ne sera plus hypothétique.

D'aucuns prétendent qu'il faudra attendre un autre quatre ans avant que cela ne change. Les libéraux ont été élus et ils peuvent faire ce qu'ils veulent.

Bien. Laissons-les penser cela.

En mathématiques comme en politique les zéros s'annulent.

Du vide additionné à du vide cela donne rien.

Si nous voulions vraiment changer le Québec, cela ne prendrait pas quatre ans, huit ans ou soixante-quinze ans.

Soixante-douze heures suffiraient amplement pour ébranler le Québec et le monde s'il le faut.

Ce n'est pas moi qui dis cela. Ni Paco Lebel.

C'est l'histoire qui nous l'enseigne.

Les astres s'alignent chaque jour un peu plus pour nous mener à la révolution.

L'austérité est le meilleur allié de celui qui refuse le capitalisme sauvage.

Si j'étais capitaliste, je dirais aux libéraux de se tenir tranquilles dans leur coin.

Merci à Jean Charest et à Philippe Couillard de nous diriger chaque heure un peu plus vers la révolution.


mercredi 12 novembre 2014

L'homme qui voulait être coupable

L'écrivain danois Henrik Stangerup a écrit ce roman fascinant en 1970: L'homme qui voulait être coupable. Je ne vous ferai pas un compte-rendu exhaustif de cette lecture. Cependant, Ingrid France vous attend ici pour vous en dire plus et mieux que je ne saurais le faire.

Ce roman, qui a été publié en français par les éditions Payot en 1989, relate l'histoire d'un homme qui veut être reconnu coupable d'avoir assassiné sa femme dans une société où la notion de culpabilité n'existe plus.

Dans cette société fictive, tout le monde est en thérapie permanente et rien de négatif ne saurait venir troubler la quiétude des citoyens. S'il demeure du trouble, on augmentera la consommation de psychotropes, comme dans Le meilleur des mondes de Aldous Huxley, pour que tout un chacun soit gaga de bonheur. Il n'y a plus de sourds, seulement des mal-entendants. Il n'y a plus de pauvres, seulement des personnes souffrant d'exclusion sociale. Il n'y a plus de chômage, seulement de la "solidarité sociale" (sic!)...

 Il n'y a plus de mots: seulement du charabia de crétins politiquement corrects. La société est tombée entre les mains des plus nuls d'entre les nuls.

Cela ne vous rappelle pas quelque chose?

***

Nous n'en sommes pas tout à fait là bien que les procès de Guy Turcotte et Luka Rocco Magnotta puissent donner l'impression qu'il n'y a plus de culpabilité possible de nos jours.

Je reconnais qu'il faut être craquepote pour tuer ses enfants ou bien dépecer son amant.

Cependant, il faut être encore plus fou pour remettre la justice entre les mains des psychiatres.

***

Peut-on encore être coupable de meurtre de nos jours, hein?

Je me pose la question en pensant à ce roman de Stangerup...

mardi 11 novembre 2014

Jour du Souvenir

C'est le Jour du Souvenir. Honneur et respect à tous ceux et celles qui ont fait ce voyage au bout de la nuit.

lundi 10 novembre 2014

Trois-Rivières et son fameux pâté mexicain

Il en va de la bouffe comme des coutumes. Pas besoin de traverser les océans pour comprendre qu’elles varient d’un bout à l’autre des communautés humaines.

Prenons le pain à la viande.

-Voulez-vous dire le pain de viande? m’interroge avec raison le lecteur attentif.

Non. J’insiste pour parler du pain à la viande. C’est une particularité gastronomique de la Basse-Ville de Québec, si l’on peut appeler ça de la gastronomie.

J’étais dans un petit restaurant du quartier Saint-Sauveur quand j’ai commandé ce fameux « pain à la viande » de Québec. Je m’attendais à manger du « pain de viande », c’est-à-dire un mélange de viande hachée, d’œufs, d’avoine et d’épices cuit au four avec amour et une boîte de soupe aux tomates Campbell’s.

Quelle déception quand j’ai vu ce qu’il y avait dans mon assiette : deux toasts aspergées de sauce à spaghetti.  Je n’avais jamais pensé qu’on pouvait manger ça même lorsque j’étais pauvre.

-Il y a sûrement une erreur, ai-je dit à la serveuse, j’ai commandé du pain de viande…

-C’est pas écrit pain de viande, monsieur, mais pain à la viande… Vous connaissez pas le pain à la viande?

-Heu non… Ej’ suis d’Trois-Ivièwes...

J’ai mangé le pain à la viande en maugréant et me suis promis de ne plus jamais mangé que des mets chinois à Québec.

***

On sait que l’origine de la poutine provient soit de Drummondville, soit de Victoriaville. Il y a toute une rivalité entre les deux villes autour de la naissance de la poutine. Ce n’est pas nécessairement de la grosse gastronomie mais tout le monde en mange pareillement. Des frites maison bien grasses, de la sauce brune avec une cuillerée de ketchup et du fromage cheddar en crottes : de la poutine! C’est tout, bien qu’il y ait quelque variante dont la fameuse galvaude trifluvienne, servie avec du poulet et des petits pois. On attribue aussi le nom de poutine à ces boulettes de pâtes qu’on fait cuire dans un bouillon de porc et bœuf qui rappelle la soupe Won Ton en plus dégueulasse. Nous les appelions plutôt des « plotes de sœur » mais l’expression demeure inconnue dès que l’on sort des limites du pont Laviolette. 

Parlons maintenant d’un mets qui ne semble exister que dans la région de Trois-Rivières. Si cela se trouve, c’est appelé à devenir un produit d’appellation locale qui nous fera certainement moins honte que le « pain à la viande » de la Basse-Ville de Québec.

Il s’agit bien sûr du « pâté mexicain » qui, comme le pâté chinois, n’a de mexicain que le nom.
La recette que je connais est celle de ma mère, Jeannine, Trifluvienne de naissance qui la tenait elle-même de ma grand-mère Valéda, originaire de Ste-Clothilde-de-Horton. Il s’agit grosso modo d’une tourtière constituée d’une garniture unique et digne des dieux que sont les Trifluviens et les Trifluviennes.

Vous voulez la recette?

Allons-y. C’est bon pour deux pâtés de 23 centimètres de diamètre.

Pour préparer la garniture, faites blanchir à feu moyen un quart de tasse d’oignons et deux gousses d’ail dans un grand chaudron d’au moins six litres. Faites revenir une livre de viande hachée (veau, porc ou bœuf) dans ce même chaudron. Quand la viande est bien cuite, ajoutez une boîte complète de tomates en dés et remuez jusqu'à ce que cela chauffe à petit bouillon.

Versez ensuite deux tasses de macédoine de légumes (maïs, fèves vertes et petits pois) dans le chaudron et laissez mijoter pendant une dizaine de minutes. (Si vous utilisez des produits congelés, faites chauffer de cinq à sept minutes au four à micro-ondes. Les légumes congelés, à défaut d’en prendre des frais, sont meilleurs que les légumes en boîte qui finissent tous par goûter la pisse de chat.)

 À la fin de la cuisson, ajoutez une petite boîte de pâte de tomates pour donner de la consistance au tout. Salez et poivrez au goût. Ajoutez deux cuillères à soupe de sauce chili et un soupçon de poudre de chili.  Faites reposer le mélange pendant une vingtaine de minutes. Puis versez le mélange dans vos pâtés, mettez une abaisse par-dessus, badigeonnez le pâté avec un jaune d’œuf pour lui donner de la dorure en cours de cuisson et enfournez le tout à 350 Celsius pendant une demie heure, jusqu'à ce que la croûte soit bien dorée.

Le résultat? Un délice.

Seuls les fous n’en voudront pas.

On peut aussi ajouter du fromage sur le mélange avant que de refermer le pâté. Je ne vous le recommande pas. Ce n’est pas le pâté mexicain de ma mère, ce fromage-là.

Cela dit, il est temps de reconnaître officiellement le pâté mexicain en tant que mets officiel des Trifluviens, Shawiniganais et autres Latuquois.

La poutine ne perd rien pour attendre.

_________________

PS : Merci à ma blonde de cuisiner mieux que moi et de m’en apprendre toujours et encore.


dimanche 9 novembre 2014

Interstellaire

Je me souviens vaguement de Pascal qui disait quelque chose comme «la profondeur des espaces infinis m'effraie». Comme je ne suis pas Pascal, vous comprendrez mieux que l'infini me fascine bien plus que Dieu et son décalogue à géométrie variable. Chacun son trip. Le trip de Pascal ne ressemble pas du tout au mien. D'où cette immense difficulté que j'éprouve à tirer quelque plaisir de sa plume qui semble couper des poils de cul en quatre pour justifier l'emprise d'une secte sur les esprits de son temps. 

Cela explique aussi pourquoi Voltaire n'était pas plus féru de Pascal. Bien que déiste, Voltaire ne s'abandonnait pas à des théories absconses pour expliquer le monde. Il y allait crûment, avec cette volonté infatigable de mettre en lumière ce qui était depuis toujours tapi dans l'ombre des rites. Avec Voltaire, on comprend et respecte mieux l'infini, sans s'en effrayer. Et je parierais même qu'il y a plus de poésie dans cette démarche scientifique que dans tous les cantiques de tel ou tel livre sacré pour mieux s'abstenir de réfléchir en toutes circonstances.

Parlant de livre sacré, vous savez qu'on a tué un couple chrétien au Pakistan la semaine dernière. Les fanatiques ont trouvé un Coran aux pages déchirées parmi les ordures ménagères du couple. Les barbares les ont brûlés vifs pour blasphème envers le livre... Et vous voudriez que l'on parle ensuite de religion sérieusement?

Baudelaire disait qu'il n'y a que les religions d'intéressant sur la Terre. Cela ne m'intéresse pas tant que cela, en fait, et je préfère de loin méditer sur l'astrophysique, la physique quantique et l'ADN que de me perdre en ratiocinations sur le pouvoir magique des pattes de lapin.

Voilà pourquoi je me suis offert le plaisir d'aller voir le dernier film de Christopher Nolan, Interstellaire, un film qui nous permet d'élargir le champ de nos possibilités sans pour autant rogner sur l'aspect empirique des choses parmi lesquelles nous baignons tout un chacun.

Il y est question de voyage interstellaire, de trous de ver, d'étoiles à neutrons et de trous noirs. Toute cette rêverie s'élabore autour des théories modernes de l'astrophysique, avec une petite touche d'amour pour conférer un peu de candeur à cette pierre philosophale.

Le film a une durée de deux heures quarante-cinq minutes. Je ne saurais trop vous recommander d'aller pisser un bon coup avant que ne débute le film. Ce que j'ai fait, fort heureusement, puisque je n'avais pas l'envie de perdre une seconde de ce film pour le moins captivant.

Je n'ai même pas dormi pendant le film, ce qui relève presque de l'exploit en ce qui me concerne. Souvent je m'endors devant des scénarios poches qui ne font qu'augmenter mon besoin de trouver quelque réconfort dans un sommeil moins ennuyeux. Les pâffes pâffes ne m'étonnent guère. Ni les explosions. Cela me prend de la matière à rêver. De quoi poursuivre le film dans sa tête après l'avoir vu. Comme l'on poursuit un bon roman dans la vie réelle lorsque l'on est stupide comme moi.

Je passe d'une digression à l'autre, je sais.

Il fallait bien que cela sorte, que voulez-vous.

Le hic, ce sera de trouver un titre à tout ça.
 

vendredi 7 novembre 2014

Les farces de l'Ordre des Huns-Pourcents

Ça brasse en Belgique. L'austérité ne passe pas. Les débardeurs se joignent au peuple pour faire revoler les autos et les clôtures sur ce qui constitue le dernier rempart du capitalisme sauvage: les farces de l'Ordre. De quel Ordre parle-t'on? Sûrement pas d'une ordre de toasts...

Ici au pays il se trouve aussi de petits idéologues de la politique pour prêcher l'austérité. A-t-on déjà prêché autrement depuis 1981? L'austérité: les dépenses seront publiques et les profits seront privés. Si vous croyez que vous allez payer moins vous vous mettez un doigt dans l'oeil. Tout est convenu pour entretenir les parasites qui se tiennent bien plus en haut qu'en bas de l'échelle sociale.

On veut nous faire accroire que ce sont les trous du cul et autres chômeurs qui font peser trop lourd les dépenses de l'État. Pourtant, les libéraux comme les conservateurs ont pigé des milliards dans les fonds alloués aux chômeurs. Le bas de laine des travailleurs, une protection sociale qu'ils se paient eux-mêmes, a été volé par le gouvernement fédéral.  Pour récompenser les travailleurs, on a aussi coupé dans le chômage. On vous vole votre maison et on vous la fait payer à nouveau.

Pire encore, on va jusqu'à piger dans les fonds de retraite des policiers et autres employés municipaux. Du coup, on se demande comment les farces de l'Ordre réagiront aux prochaines manifestations contre l'austérité...

L'austérité... sacrament! Si j'étais un capitaliste, je demanderais au gouvernement Couillard de reculer. Mieux vaut perdre un peu que de tout perdre.

-Êtes-vous devenus fous? doivent se dire les Huns-Pourcents. Aujourd'hui, ce qui se passe en Belgique se passe partout dans le monde... Ça va venir nous rejoindre nous aussi et bonsoir les beaux bidous parce que nous aurons été trop avides et pas assez wise pour s'asseoir sur notre or qui rentrait régulièrement à la poche avant ces mesures d'extorsion un peu trop exagérées qui tuent l'impôt, les taxes et le capitalisme!






mercredi 5 novembre 2014

VLB est un hostie de malade et moi aussi

Victor-Lévy Beaulieu, alias VLB, fait partie de ces auteurs que j’ai longtemps pris en grippe pour son nationalisme outrancier et ses téléromans largement diffusés.

L’image que je me faisais de lui est maintenant devenue l’image que je me fais de moi-même : un habitant d’un quelconque terroir qui gueule sur son perron dans ses combines à panneau. *

Sachez que je m’en réjouis. Le rôle de patriarche en combines à panneau me sied tout aussi bien qu’à VLB. Et je le dis en tout respect pour lui. Même si je ne sais pas comment m’y prendre pour ne pas froisser l’orgueil de quiconque n’est pas moi.

Je fréquentais peu VLB avant que je ne me rende compte que mes préjugés me confinent moi aussi au rôle peu fréquentable de roi des cons.

VLB est un auteur qui ne craint pas d’exprimer son point de vue, aussi déjanté soit-il. Il est bien plus facile de toujours se la fermer pour se faire entuber docilement sans entamer ses privilèges. Mieux vaut profiter de ces rogatons que l’élite balance aux crève-la-faim pour leur rappeler qu’ils méritent d’être traités comme des chiens.

Ne dites rien et il ne vous arrivera rien : pas de bonheur ni de malheur, comme dans la chanson de cet autre escogriffe, ce dénommé Richard Desjardins, poète de l’Abitibi et des gars qui couchent dans leur char après que le prix du minerai de cuivre soit tombé.

Dites quelque chose, osez l’écrire, et il se trouvera des milliers de rats pour vous gruger l’extérieur puis l’intérieur, seulement pour se donner de la densité sans avoir à créer du nouveau à partir de toute cette vacuité et cette fatuité qu’ils bringuebalent en eux-mêmes comme d’ignobles maquignons au regard bouffi de jalousie et de convoitise.

Je me suis réconcilié avec VLB depuis que mon frère aîné m’a donné Pour saluer Victor Hugo. J’y ai découvert un auteur qui, à l’instar des Jules Vallès, Maxime Gorki ou bien Pierre Vallières, puisait sa littérature à la source d’une enfance ayant baigné dans la pauvreté. La culture, c’est de l’or en barre quand tu n’as pas une calice de token. T’as beau japper que t’as aussi besoin de beauté et de sucre pour nourrir ton cabochon.

C’est bien ce que je suis moi aussi. Je suis un chien, comme VLB. Un cynique malcommode qui hante les jours comme les nuits d’une civilisation qui méprise tellement la culture que l’on doit faire de la contreculture pour se donner l’impression d’y cultiver quelque chose en attendant que passe l’Âge des Ténèbres.

Je détestais en VLB ce que je suis intrinsèquement : un hostie de malade qui gueule à propos de tout et de rien, les guéguettes en l’air, toujours prêt à s’en prendre à quelque politicien ou bourgeois plein de marde, lesquels foisonnent dans la plupart des organisations humaines où l’on prend un malin plaisir à ne pas faire de place à tous les Ovide Plouffe du monde entier.

L’horreur que m’inspire l’injustice sociale est plus forte chez-moi que le sentiment d’appartenance à quelque idéologie ou secte que ce soit, y compris VLB ou le pape. Cela me porte à avoir des jugements tranchants qui ne rendent pas ma bile plus digeste.

Évidemment, vous vous demandez où je veux en venir avec VLB, hein?

Eh bien je n’ai pas seulement lu Pour saluer Victor Hugo, mais aussi Jos Connaissant et ses deux plus récents ouvrages, Désobéissez! ainsi que Bernard Rambo Gauthier, tous deux publiés aux Éditions Trois-Pistoles.

VLB a un style bien à lui, un peu gonzo sur les bords, qui peut rappeler parfois Hunter S. Thompson, en ceci qu’il s’expose autant que son sujet. J’ai ce même défaut, un vice pas tout à fait caché et généralement bien assumé.

Dans Désobéissez!, VLB nous ramène tout un lot de bonnes raisons pour péter sa coche quant aux supercheries qui se font au nom de la défense d’un sacro-saint système de marde. Ces raisons dussent-elles s’appeler Thoreau, Tolstoï ou Gandhi qu’on comprend qu’il faut surtout qu’elles portent nos propres noms, notre propre histoire, notre engagement au détriment de la raison et de l’instinct de conservation.

Dans sa biographie sur le syndicaliste Bernard Rambo Gauthier, VLB transite de la théorie vers la pratique. Ce gars-là, Bernard Rambo Gauthier, est loin d’être une charogne. Il apparaît plutôt comme un grand homme, de la trempe des Michel Chartrand, de ceux qui ne laissent pas les travailleurs se faire empissetter par les filous,  les frileux et autres larbins de ces temps de capitalisme sauvage.

Comme tous les gosses de pauvres, il m’arrive moi aussi d’avoir des bonnes manières. Je me suis déjà surpris à crisser des gros coups de doigt dans le front d’abrutis qui commettaient quelque acte malfaisant.  Je me retiens, bien entendu, mais je ne peux pas garantir mon impassibilité devant l’injustice et l’oppression.  J’ai une façon très charnelle de pratiquer la charité, à grands coups de doigt dans le front des matamores s’il le faut. Il vient un temps où les intellectuels ne se mettent pas nécessairement les pieds dans la boue pour défendre réellement les veuves, les orphelins et autres gars tout autant dans la marde. La justice passe parfois à grands coups de doigt dans le front au pays des bandits à cravates qui ne se salissent pas les pieds sur les chantiers.

Quand on crosse les gars du local 791, des gars avec des bras gros comme des troncs d’arbre, comme mes hosties de gros bras à moi-même, je me dis que c’est normal que ces hommes réagissent comme… des hommes. D’où la défense des travailleurs de la Côte-Nord pour l’octroi des contrats qui passent par la Côte-Nord. Avec la garantie de respecter les conventions établies : temps supplémentaire, sécurité au travail, tous ces petits détails sur lesquels seuls des crapules peuvent songer à y trouver des économies, au détriment de la santé et même de la vie des travailleurs.
Franchement, Rambo est un bon homme, pas parfait, mais indigné comme tout homme se doit de l’être s’il vient d’une famille pauvre et qu’il a un peu de cœur au ventre.

Comme VLB.

Comme vous et moi.

Comme Nous.

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*Combine à panneau : je rappelle à mon lectorat russe et ukrainien qu’une combine à panneau est un sous-vêtement d'une seule pièce qui recouvre le corps et les jambes. Les combines à panneau sont populaires dans les champs comme au hockey. Elles permettent de déféquer en se contentant de détacher les deux boutons qui retiennent ledit panneau situé à la hauteur du troufignon.

dimanche 2 novembre 2014

Qui est craquepotte?

Il y a toujours deux poids deux mesures pour nous rappeler que la justice erre souvent en ce monde.

Prenons ce nono quelconque qui a tué ses vingt-six enfants après avoir tenté de se suicider en avalant un galon d'eau de javel avec deux comprimés de vitamine C. Comme il a survécu, on lui a fait un procès. Puisqu'il n'était pas sans ressources, il s'est payé un bon avocat. Comme circonstances on ne peut plus atténuantes, des spécialistes et lologues de tous les horizons sont venus témoigner à son procès pour dire au juge et aux jurés que ce nono-là était certainement un craquepotte.

Personne ne saurait en douter bien sûr. Cela prend un craquepotte pour tuer ses vingt-six enfants.

D'où une condamnation de deux ans moins un jour à purger dans la communauté. Le craquepotte devra faire des travaux compensatoires dans un centre de la petite-enfance. C'est lui qui va passer le lait et les biscuits lors des collations.

***

Un autre nono, tout aussi craquepotte, s'empare d'un fusil de chasse et monte à l'Hôtel-de-Ville pour tirer sur tout ce qui se trouve sur son passage. Après avoir tué un agent de sécurité et un greffier, on finit par l'attraper parce qu'il n'a plus de munitions.

On lui fait un procès, bien entendu. Ce nono est sans ressources et l'État lui offre Me Gogoune, un avocat de l'aide juridique reconnu pour aimer sniffer des souliers d'escortes dans des chambres d'hôtel miteuses.

On ne lui trouve pas de circonstances atténuantes. Les spécialistes et lologues de tout acabit témoignent à son procès pour signifier au juge et aux jurés que ce gars-là n'est pas un craquepotte, mais plutôt un terroriste.

Et ce nono-là se fait condamner à deux mille cinq cent huit ans de prison sans possibilité de libération. C'est bien mérité, bien sûr, mais l'autre qui tue ses enfants est toujours en liberté.

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Il y aura des funérailles civiques pour les victimes du terroriste. On va faire parader l'armée, la police, les pompiers, les députés, les juges et les jurés.

Pour saluer la mémoire des victimes du craquepotte qui a tué ses enfants, on s'est contenté d'une messe avec des petites sandwiches pas de croûtes. Il n'y avait pas de cornemuse ni de piccolo. Pas de salves de fusils chargés à blanc. Ni de minute de silence où que ce soit.

***

Y'a-t-il une morale à tirer de tout ça? Pas du tout. C'est comme d'habitude.






jeudi 30 octobre 2014

Les grandes heures du matin

Les petites heures du matin portent mal leur nom.  Ce sont pour moi les plus grandes heures de la journée. Je sais bien que l'expression fait référence aux chiffres de l'horloge. N'en déplaise à Saturne, le défilement du temps est prosaïque.  Sa roue qui dévore jusqu'à ses propres enfants ne m'intéresse pas. Il n'y a plus de temps qui tienne aux grandes heures du matin. Chiffres et comptables sont endormis et l'éternité, impossible à trouver dans les obligations du jour, s'impose d'elle-même pour la plus grande joie de votre humble rapporteur d'angles abrupts et de nouvelles qui n'en sont pas.

Aux grandes heures du matin, quand les ivrognes eux-mêmes n'errent plus dans les rues du centre-ville de Trois-Rivières, il ne reste souvent que moi seul. J'enfourche mon vélo, allume mes phares et puis pédale au doux son des pneus qui frottent l'asphalte humide. 

Octobre et novembre sont encore plus désertés que jamais par l'humanité qui souffre. On n'entend plus le vrombissement des systèmes de climatisation. On sent dans l'air la fumée du bois franc qui se consume dans les foyers.

Chaque aurore apporte son lot de paix, d'amour cosmique et d'espérances, je vous en torche un papier.

mardi 28 octobre 2014

La banalité du mal



La banalité du mal est un phénomène qui réussit encore à me déconcerter.

Il y a quelques jours, TVA diffusait les confidences d’un tueur à gages responsable d’au moins vingt-huit meurtres. Il racontait, entre autres, comment lui et son complice se sont fabriqués un four crématoire-maison pour brûler le corps d’une victime.

Le plus difficile, aux dires du meurtrier, c’était de couper le corps en rondelles puis de le faire rôtir jusqu’à la calcination complète des os.

-Le lendemain, j’suis allé déjeuner dans un restaurant pas trop loin, pis pas besoin de vous dire que j’avais pas trop faim… de confier l’ex-tueur à gages sur un ton qui réclame la sympathie.

On en pleurerait avec lui si l’on ne songeait pas aux vingt-sept autres lascars tombés sous ses balle.

On ne ferait même pas cinq minutes de télévision avec quelqu’un qui aurait sauvé ne serait-ce que cinquante vies…

La banalité du mal, vous dites?

***

Au Rwanda, au cours du génocide, il y eut beaucoup d’heureux chez les porteurs de machettes. La vie devenait facile. Il y avait toujours de quoi à manger. Il ne suffisait que de donner des coups de machette sur des membres ou des visages humains et hop! on améliorait son ordinaire. On s’emparait ensuite des maisons, des bijoux, des provisions. Cependant, c’était dur dur pour les poignets, tous ces coups de machettes, et plus d’un génocidaire s’est plaint d’affreuses douleurs articulaires en fin de journée…

Faire le mal ne fais pas toujours du bien.

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Un égorgeur de chats se fait filmer en égorgeant des chiots. Puis il met la vidéo sur l’Internouille. Tous les malades mentaux et autres branleurs du ouèbe se l’arrachent.  L’égorgeur de petites bêtes sans défense récidive sur une autre vidéo en arrachant les ailes d’une mouche. Puis il finit par décapiter un être humain pour ensuite profaner son cadavre. C’est aussi sur la vidéo…

Et puis après? Le vide.

L'extrême et déprimante banalité du mal.

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Quarante-trois étudiants sont disparus au Mexique.  Ils ont probablement été assassinés par les hommes de paille du cartel de la drogue. Ils manifestaient pendant un événement bénéfice de la femme du maire d’Iguala, qui serait la sœur d’un important bandit de la région.

Quant à Mariadel Rosario Fuentes Rubio, eh bien elle tenait un compte twitter où elle dénonçait l’emprise de la pègre sur la société civile. La militante mexicaine, médecin de profession, animait un site de journalisme participatif. On l’a retrouvée morte. Ses assassins ont même poussé l’ignominie jusqu’à pirater son compte. Ces crapules ont posté une photo de la victime ensanglantée avec un message intimidant.

Banalité du mal… Dégueulasserie du Mexique abandonné par la justice…

***
Il n’y a pas vraiment de liens entre tous ces événements.  Sinon cette constatation : une vie humaine ne vaut pas grand-chose.

Et puis cet te autre impression : jusqu’où peut-on supporter le mal sans broncher? Qui va broncher quand tout un chacun sera résigné?

Il ne faut pas abandonner le pommier parce qu’on l’a trop mal entretenu.

L’an prochain, avec de bons soins, la tarte aux pommes sera encore meilleure.

Ce n’est pas le fin du fin de la morale.

Je ne suis pas capable de dire mieux pour le moment.

Si j’écris pour ne rien dire, faites-moi signe.