lundi 23 octobre 2017

Lassitude

J'écris peu depuis quelques jours. C'est tout le contraire de mon habitude. Je sens une lassitude face aux débats qui naissent et pourrissent sur les médias sociaux. J'ai envie de contempler les couleurs de l'automne. J'ai envie d'observer le vol d'un vulgaire moineau. J'ai envie de prendre un bon café en ne faisant rien du tout que de boire ce bon café.

Je ne vois heureusement plus le monde comme je le voyais à 20 ans. Les rêves de gloire, l'ambition démesurée, l'action aveugle, la farce politique, tout ça m'indiffère désormais. Je vis pour vivre, point à la ligne. Je m'éloigne de toutes sources de stress, d'anxiété et de commérage.

J'ai des points de vue. Je les émets de vive voix. J'en parle moins sur mon blog. Je me dis que je ne suis pas un guide sûr. Je n'adhère à rien. Je suis un humaniste qui ne voudrait pas devenir membre d'un club d'humanistes. Individualiste? Sans doute un peu. Mais pas nécessairement centré sur mon nombril. Je voudrais que mon voyage sur cette Terre soit agréable, pour moi comme pour les gens qui voyagent à mes côtés. Est-ce trop demander?

Décortiquer les raisons, la logique, la stratégie, la chose à faire ou à ne pas faire, tout ça me fait bayer aux corneilles.

Vivre, aimer et créer. Tout le reste c'est pour nous empêcher d'être heureux.

Je puis me tromper.

Je pourrais même vous tromper.

Je ne suis pas la tête à Papineau.

Et même sa tête, Papineau, il peut bien se la garder pour lui.

Je ne suis qu'un patient dans une salle d'attente, comme tout le monde.

Qui regarde un moineau voler.

Ou bien une craque sur un mur.

Et qui se dit que c'est beau la vie.

Même si ça ne veut strictement rien dire pour d'autres.


vendredi 20 octobre 2017

Une scène tirée du Docteur Jivago de David Lean

Je ne vous cache pas que Docteur Jivago fait partie de mes films préférés. L'original, évidemment, tourné par David Lean. J'ai lu le roman de Boris Pasternak, mais curieusement ce sont les images de ce film qui me hantent lorsqu'on évoque Docteur Jivago au cours d'une conversation.

Je pourrais vous décrire des tas de scènes. J'ai dû voir le film au moins dix fois.

Je voudrais plutôt ne me limiter qu'à une seule.

Ça se passe au printemps de 1917. Les soldats désertent le front. Docteur Jivago fait partie de ces milliers de soldats russes qui ne veulent plus rien savoir de la guerre. Pourquoi de pauvres gars russes devraient tuer de pauvres gars allemands quand de chaque côté l'élite vit toujours à l'abri des bombes?

On voit donc des tas de déserteurs sur la route qui tombent face à face avec un petit régiment de jeunes recrues que l'on envoie au front. Les déserteurs souhaitent d'abord s'enfuir mais leur chef leur fait comprendre qu'ils doivent rester groupés. Il faut dire que les déserteurs sont armés...

Le régiment poursuit son chemin puis les déserteurs leur disent de ne pas aller à la boucherie. Les recrues se mêlent aux déserteurs. Tout le monde s'embrasse. C'est la révolution.

Les chefs du régiment des recrues tentent vainement de se faire obéir.

Leur temps est révolu.


jeudi 19 octobre 2017

En rappel: 6 septembre 2008 / La vie ne tient parfois qu'à un dentier

La vie ne tient parfois qu'à un dentier. Je veux dire la vraie vie, avec la bonne chère, les plaisirs de la chair et tout ce qui coûte cher.

Ce gars-là s'appelait Gaston. Et il n'avait pas de dentier. Il ressemblait vaguement au genre de type qui travaille pour les shylocks, le type fier à bras, mâchoire carrée, traits caucasiens, yeux légèrement bridés, cheveux gris clairsemés au sommet, large d'épaules et bedon dur comme de la brique.

C'était en fait un ancien travailleur de la Canadian International Pulp and Paper Company, bref de la cé-ail-pi, surnom que les citoyens de Twois-Ivièwes accolaient à cette célèbre papetière. Je dis «accolaient» parce que l'usine a été démantelée. C'est un peu à cause de ça, par ailleurs, que Gaston n'avait plus de dentier. Je m'explique.

Ou plutôt, laissons Gaston s'expliquer. Vous me lisez et m'écoutez trop souvent. Je sens que je vais finir par vous lasser.

Il me faut tout de même expliquer où j'ai rencontré Gaston, sans son dentier. Un récit sans décor, c'est comme une pièce de théâtre sans toit... ou un poisson sans arêtes? Ok, j'arrête!

J'ai rencontré Gaston au Dunkin' Donuts, au coin des rues St-Maurice et Laviolette, à Twois-Ivièwes, bon.

Il s'est approché de moi et m'a demandé s'il pouvait prendre Le Journal de Montréal qui traînait sur la table, devant moi.

-Oui, oui, que je lui ai dit. Pas d'problèmes.

-J'peux-tu m'assoir icitte? J'te dérange pas au moins? qu'il me demanda poliment.

Il ne m'a pas laissé le temps de répondre et il s'est assis, avec son café et son journal.

-Aaaaah! fit-il.

Puis il se moucha, se craqua les doigts, s'étira les jambes, pianota sur la table, se cura les oreilles, se lissa les cheveux, se mouilla le bout du pouce pour tourner les pages et fit semblant de lire.

-Aaaaah! fit-il encore.

J'imagine qu'il voulait me parler.

-Belle journée aujourd'hui, dis-je, par politesse. En fait, je n'avais pas envie de lui parler. Mais le sacrement était dans ma bulle. Je devais maintenant faire avec.

-Aaaaah! Sûr! Sûr! Belle journée! répondit-il. Moé c'est Gaston. Toé?

-Gaétan.

-Guétan? Ok. Salut Guétan!

-Salut Gaston.

-J'ai-tu assez hâte d'avouè' des dents st-crèche! continua-t-il, en s'étirant les commissures de ses lèvres avec le pouce et l'index pour bien me montrer le trou béant de sa bouche fétide.

-Tu woués? poursuiva-t-il. Tu woués-tu? Hein? 'Ai p'us d'dents. P'us pantoute.

-J'ai connu un bonhomme qui croquait des pommes avec ses gencives, que j'ai ajouté pour faire mon comique.

-Ha! Ha! Ha! se plut à rire Gaston, bon public somme toute. St-Crèche! C'est pas moé qui ferait ça! Dès qu'j'va's r'travailler, j'va's m'rach'ter un dentier caliboire de torvisse! J'ai hâte de manger un bon steak sacremouille de coulaille... Hum! Ça c'est bon, hein?

J'ai bu une autre gorgée de café et j'ai refermé mon livre. Je voyais bien que je ne pourrais plus poursuivre ma lecture. C'était pourtant chouette, des contes zen, de Taisen Deshimaru.

-Moé, j'avais un dentier avant quand j'travaillais, continua Gaston. J'travaillais à cé-ail-pi. J'faisais du papier. On m'payait au-dessus d'vingt piastres de l'heure, mon Guétan. C'est d'la grosse argent ça. J'avais un gros camion, une grosse maison pis une grosse femme... Ha! Ha! Ha!

J'ai bu une autre gorgée de café. Et j'ai attendu la suite.

-Pis là, la cé-ail-pi a fermé. J'ai perdu le gros camion, la grosse maison... pis la grosse crisse est partie avec un autre. Au bout de deux ans, j'avais p'us rien. On m'a rentré en psychiatrie à Shawinigan... Arf! J'tais d'venu fou hostie! C'est comme si j'étais p'us là pantoute. J'pognais l'fixe pis je jammais là pendant des heures, des jours, pis j'cré ben une coppeule de s'maines. C'est vrai, Guétan! On m'aura' crissé un coup d'pelle su' 'a tête que j'm'en s'rais jamais rendu compte!

-Ouin... C'est pas facile tout ça... répondis-je, à défaut d'autre chose.

-Pas facile? Mets-en! Pis là, i' m'ont transféré vers Le Refuge, une maison pour itinérants... C'est là que j'reste, jusqu'à c'que je r'trouve une job... Mais qui voudra' d'un gars de cinquante ans, hein? L'plus dur, c'est qu'j'ai p'us d'dentiers! Essèye de passer une entrevue pas d'dentiers! Tu peux pas rire, rien... Pas facile, facile ça sacremaille de maudine! En attendant, j'reste au Refuge... On est deux par chambre. Mon chambreur pue des pieds. J'ai hâte en étol de m'trouver une job pour déménager! Pis des dents! J'ai don' hâte d'avoué des dents!

Triste histoire, n'est-ce pas?

J'ai fini mon café. J'ai salué Gaston en souriant de toutes mes dents, naturelles en plus, et j'ai continué mon petit bonhomme de chemin.

***

Les mois et les années passèrent.

Cet été, alors que j'étais en train de faire mon épicerie au Super Calice, voilà qu'il y a un type qui gueule mon nom derrière moi.

-Guétan! Guétan!

Sacrement! C'est Gaston.

Et il a changé de fond en comble.

D'abord, il a des dents. Son sourire est éclatant de blancheur.

Ses cheveux gris sont teints en noir de jais.

Gaston porte des bagues et des bracelets en or, ainsi que des vêtements à la mode qui jurent un peu sur lui qui n'a plus quinze ans. Il tient une bonne femme dans sa main, une bonne femme qui n'arrête pas de l'embrasser dans le cou et de lui palper les fesses tandis qu'il me sourit. Cette grassouillette, elle aussi dans la cinquantaine, ressemble à Ginger de l'île de Gilligan avec cent cinquante livres et plusieurs rides de plus.

-J'te présente Ginette. Ginette, j'te présente Guétan.

-Enchanté, que je lui dis.

On se serre la main. Et elle replonge sur Gaston qui se fait caresser et minoucher par Ginette tandis qu'il essaie de me parler.

-J'me suis trouvé une job! J'm'occupe des blocs de Ginette. J'ai commencé à travailler pour elle y a deux mois pis ça 'a été tout d'suite comme un grand caline de coup d'foudre.

-Le grand amour! miaule Ginette.

-L'amour avec un grand A, ouais, poursuit Gaston. J'étais en train de r'peinturer un appartement pis là Ginette est venu me voir pis m'a mis ses mains sur les épaules... Brrr... Les pinceaux pis la peinture ont r'volé, toé chose! On a fourré comme ça, dans le logement vide, beurrés d'peinture! Ha! Ha! Ha! Au moins cinq à six fois d'suite... C'était bon en hostie... D'pu's c'temps là, on est inséparables!

-Grand fou! remiaule Ginette.

-On fourre à tou' 'es jours, poursuit Gaston. Hostie! la queue va m'arracher! J'suis p'us jeune, jeune! Ha! Ha! Ha!

-Écoute- pas, i' dit n'importe quoi! rajoute Ginette tout en poursuivant son minouchage.

Ils m'ont tout l'air d'être en rut ces deux-là.

Je salue Gaston, fier de sa réussite. Je salue Ginette aussi, mais elle ne me porte pas attention. Elle est plongée sur Gaston et le dévore tout cru.

Gaston m'invite à aller prendre un café au Dunkin' Donuts. Je n'ai pas le temps. Ou je n'ai pas envie de voir un couple en train de se lécher les oreilles.

Et je pense, tout bonnement, aux dents.

Je ne sais pas si la fée des dents existe.

Mais je sais qu'il n'y a pas de contes de fées sans dentier.

Parlez-en à Gaston, si vous le croisez.

Il est facile à reconnaître.

Il se tient au Dunkin' Donuts et il y a toujours une bonne femme à ses côtés en train de lui jouer dans les cheveux ou de lui caresser l'entre-jambes.

***

Parlant de dentier, voici un numéro de haute voltige avec dentier.

Martin le roi déchu du disco

Il convient que je vous raconte ce qui l'a rempli de honte.

C'était à l'époque du disco.

Martin était toujours tout de blanc vêtu lors de ces soirées.

Un soir, après avoir trop bu, l'irréparable arriva alors qu'il était au beau milieu de la piste de danse.

Martin chia dans ses culottes.

Ses pantalons blancs étaient tout beurrés de marde et, évidemment, tout le monde le pointait du doigt en se bouchant le nez. Les moqueries ne cessèrent pas pour autant le lendemain. Martin devint la risée du bar qu'il avait choisi pour temple. C'en était trop.

Martin sombra dans une profonde dépression et ne pointa plus jamais le nez dehors. Il se sentait en exil du royaume des brosseux. Rongé par la honte, il en venait à ne plus pouvoir se regarder le visage dans le miroir. Du coup, ses sourcils devinrent fort longs, de même que sa barbe et ses poils de nez.

On le voit parfois derrière la fenêtre de son modeste taudis du centre-ville.

Martin se berce, café dans la main droite et cigarette dans l'autre. Il est toujours tout de brun vêtu. Le disco, c'est fini pour lui. Il écoute des imbéciles s'engueuler sur les lignes ouvertes des radios poubelles de Québec. Il s'est juré de ne plus jamais porté de blanc. Il ne voudrait pas être cuisinier ou préposé aux bénéficiaires. Aussi, pour être bien sûr de ne pas mal finir, Martin ne travaille pas. Ou plutôt il ne travaille plus. Enfin, il fait ce qu'il peut.

mercredi 18 octobre 2017

Quelques images tirées de mon monde

Voici quelques images tirées de ma galerie d'art qui est tout aussi simplement mon atelier et mon refuge.


































mardi 17 octobre 2017

Les citrons de Mon-Mon

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Le citron n'est jamais trop pressé.

Il reste toujours un peu de jus.

Suffit que d'y mettre un peu d'efforts.

C'est ce que se disait Siméon Mon-Mon Fafard. C'était une manière de conjurer sa vieillesse.


À 63 ans bien sonnés on ne peut pas dire que Mon-Mon avait encore beaucoup de jus dans le citron. Mon-Mon était un semi-retraité semi sur l'aide sociale et semi sur le marché noir.

Pourtant, il refusait de croire qu'il n'allait plus livrer sa goutte à force de se presser le citron.

Aussi se pressait-il le citron.

Bien plus fort qu'auparavant sans doute.

Mais bon. Vers la fin il faut s'attendre à ce que le jus s'évapore un tant soit peu.

Quant au citron, eh bien Mon-Mon en mettait surtout sur le poisson et parfois dans le riz.

Pourquoi vous parle-t-on ainsi de citron, pressé ou pas?

À vrai dire, c'est Mon-Mon qui nous imposait ce thème.

Tout est citron pour Mon-Mon.

Je veux dire que tout se rapporte au citron: proverbes, paraboles, allusions, comparaisons...

-Hé citron! qu'il dit Mon-Mon.

Vous entendez? C'est toujours pareil. Citron par ici. Et citron par là.

-Mon char de v'là dix ans, ma Buick, c'était un vrai citron. C't'un vrai citron c'te candidat à la mairie. Citron que c'est bon cette crème en glace! Inspecteur Citron, citrouillard, trognon de citron rôti!

Mon-Mon disait n'importe quoi.

Et personne ne l'écoutait.

Non.

Cré citron.

lundi 16 octobre 2017

Eugène le bédéiste repenti


Titre de l'article: Je ne le sais pas

Non, je ne vous avouerai pas toutes mes détestations quant au domaine de la politique.

Je vais m'en tenir à ce que j'aime.

J'aime d'abord et avant tout la simplicité.

Ce n'est pas pour rien que mon blog s'intitule Simplement.

La simplicité est mon guide dans les nuits obscures de notre époque.

Cette simplicité n'est pas si simple qu'elle en a l'air. Peu sont capables de s'en prévaloir. Moi-même, je me trouve encore trop compliqué pour correspondre à mon idéal.

En fait, plus les réponses sont compliquées et plus j'ai l'impression qu'on essaie de m'en passer une.

Je suis accroché au Siècle des Lumières pour les questions linguistiques. Je veux dire qu'une idée qui ne peut pas s'expliquer le tout simplement du monde ne mérite pas d'en être une.

J'aime donc la beauté, on l'aura compris.

J'aime les belles phrases, les beaux mots, les émotions bien ressenties.

J'aime évidemment les beaux gestes.

Mais simplifions encore: j'aime.

Et parce que j'aime, c'est bien simple, je ne peux pas haïr.

Je pardonne à tout un chacun, même les plus bêtes, en me disant que je ne vaux pas mieux à d'autres points de vue.

L'erreur n'est jamais éternelle.

Je crois en la rédemption. En la mienne. Comme en celle de n'importe qui: je ne suis pas jaloux du bonheur d'autrui.

J'aime les fleurs, donc.

Et j'aime les arbres, les rivières et tout ce qui ne se compte pas, le ciel par exemple, voire les étoiles.

On peut toujours tenter de les compter, les étoiles.

Mais à quoi bon?

La simplicité consiste à les contempler.

C'est peut-être idiot ce que je vous dis.

Mais on vous dit des idioties pires que ça dans la vie sans que vous ne réagissiez.

Alors, franchement, laissez-moi vous divertir.


dimanche 15 octobre 2017

Saucisse qu'il était bien...

Résultats de recherche d'images pour « saucisse »

Il était une fois quelqu'un qui passait le plus clair de son temps à ne rien faire.



Il avait le teint pâle, pesait à peine 43 kilos et mesurait pas plus de 132,5 centimètres.

Il s'appelait Valentino. Vrai comme je vous le dis: Valentino Gélinas.

Il n'avait pas choisi son prénom et ça ne lui faisait plus rien.

Il avait quarante-six ans bien sonnés. C'était fini le temps où les camarades de classes lui déversaient de la mélasse dans les oreilles en hurlant son prénom ridicule. Désormais, tout le monde lui foutait la paix et lui ne demandait pas mieux que d'avoir affaire à personne.

Il lui semblait même légitime de ne rien faire puisqu'il avait tant souffert de cette société qui finit par vous verser de la mélasse dans les oreilles par pure mesquinerie.

Il n'était pas question qu'il travaille.

Son médecin ne le voulait pas plus que lui-même.

Il avait établi pour Valentino un diagnostic de fatigue chronique agrémenté d'un quelconque statut de fou à lier. Seulement parce que Valentino lui répétait sans cesse le mot «saucisse» pendant l'évaluation psychiatrique. On fait des fous en criant «saucisse» au Québec, voyez-vous.

Et saucisse qu'il était bien Valentino.

Il mangeait comme un oiseau.

Il demeurait dans une maison de chambres.

Il lui restait toujours un peu d'argent pour s'acheter un chips et une liqueur.

Il n'en demandait pas plus à la vie, Valentino.

Et il était plein de gratitude de pouvoir vivre pleinement son néant.

Saucisse qu'il était bien...


samedi 14 octobre 2017

Études de visages polychromes

Voici 4 nouveaux tableaux.





L'apprentissage de la sensibilité

On enseigne à l'école les mathématiques, l'histoire, le français, l'anglais et le badminton. On y enseigne peu la sensibilité. Probablement un peu plus qu'à la maison pour certains malchanceux.

Qu'est-ce que j'entends par la sensibilité? Je dirais la poésie si les poètes en valaient toujours le coup. Comme c'est une appellation contrôlée par une institution, je ne m'aventurerai pas de ce côté. Les poètes sont susceptibles. Ils n'aiment pas que vous fassiez de la prose sur leur compte ou bien que vous soyez poètes à leurs heures. La sensibilité ne réside donc pas dans la poésie. Vous seriez naïfs de le croire en plus d'être certainement déçus de l'avoir cru. Ce qui risquera de vous transformer en quelqu'un de plus insensible. Ce qui nous éloigne du but.

La sensibilité, c'est ce qui permet de se dissocier de sa propre personnalité pour embrasser le monde avec empathie. Je voudrais m'expliquer plus longtemps que je risquerais de m'embourber.

Je pense que l'on peut faire croître la sensibilité d'abord et avant tout dans l'acte sexuel. Mais bon, je passerais pour un vieux pervers de ne m'en tenir qu'à cette formule. Je ne m'expliquerai pas plus sur les positions. Vous comprendrez d'instinct ce que je veux dire.

Et puis la sensibilité, c'est plus que ça... Mais il faut qu'un jour se brise la coquille, la carapace, le bouclier, et l'amour, voyez-vous, c'est plus fort que tout. Il peut rendre sensible une âme à prime abord méprisable. C'est déjà un début, n'est-ce pas? J'ai vu des caïds devenir de petits rossignols qui roucoulent comme des colombes. Tout ça parce que l'amour entrait dans leur vie. C'est-y pas beau ça?

D'aucuns diront que l'apprentissage de la sensibilité passe par la culture. Je veux bien le croire jusqu'à un certain point. Un point qui n'oblige personne à écouter la musique de Richard Wagner en pleurant d'attendrissement. Et même qu'il s'en trouve qui aimaient écouter Wagner et ne s'en trouvaient pas meilleurs pour autant. Dans les camps de concentration, le directeur écoutait les valses de Johann Strauss avant d'en liquider des millions. On voit bien qu'on ne peut pas faire confiance seulement en la musique pour rendre les gens plus aimables et, si possible, plus sensibles.

Où veux-je en venir? Sincèrement, je ne le sais plus...

Tout ce que je sais c'est que je ne veux pas devenir ce que je déteste le plus. Je n'utiliserai ni les armes, ni les discours de mes ennemis, les insensibles.

Je ne me laisserai pas faire.

On n'arrivera pas à faire de moi quelqu'un d'insensible.

Et si l'on me demande où j'ai appris ça, peut-être que je devrai accuser mes parents, Bobino ou Harmonium, en plus d'un ou deux profs détestés d'ailleurs par leurs collègues.

Voilà. Voilà. Voilà...




vendredi 13 octobre 2017

Le messie est de retour et il se tient peinard

Plombier de son métier, on peut dire que Zacharie était un original. D'abord, il allait à la messe tous les dimanches. Ce qui ne se rencontre pas souvent de nos jours. Surtout parmi ceux qui ont moins de trente ans.

Son originalité ne s'arrêtait pas là.

Il s'était mis dans la tête qu'il était le Christ.

Mais il n'osait pas le révéler à tout le monde. Ce qui lui pesait sur la conscience.

-Ils croient tous que je ne suis qu'un plombier... Comme il croyait que je n'étais qu'un charpentier jadis... Et en vérité, je vous le dis, je suis revenu... En seulement que si je leur dis ça comme ça ils vont encore me crucifier... Une fois c'est bien assez... Eh bien j'attends mon heure... Elle viendra... Oui elle viendra. Et tout le monde saura enfin que je suis le Christ, le Messie, le Fils de Dieu...

Bon, à part de ça il faisait son métier convenablement.

Il faisait des miracles à tous les jours mais tenait ça mort pour que le malheur n'arrive pas avec le scandale que cela provoquerait.

Il redonnait la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds et la vie aux morts.

Il tenait un petit registre de tous ces miracles avec des enregistrements vidéos en guise de preuve irréfutable. C'était bel et bien lui, Jésus le plombier.

D'autres se prennent pour Darth Vader.

Lui se prenait pour Jésus.

À chacun son trip.

jeudi 12 octobre 2017

Monique, les vieux et les canards

Monique doit avoir autour de soixante ans. Elle est petite et potelée. Ses courbes sont généreuses à l'avant-plan comme à l'arrière-plan. Elle a l'air d'une Autochtone avec ses longs cheveux poivre et sel attachés en une seule et lourde tresse. Et elle l'est aussi un peu, Autochtone, comme tout le monde. 

Monique passe le plus clair de ses après-midis à nourrir les canards qui se réunissent dans le parc municipal. Elle en nourrit au moins soixante-seize cette année. L'an passé, ils étaient cent cinquante.

Quoi qu'il en soit, Monique se pointe à tous les jours, beau temps mauvais temps, avec sa poche de moulée. Et elle leur balance de pleines poignées de graines que les couacs avalent goulûment.

Si ce n'était que des couacs, eh bien le récit s'arrêterait ici.

Vous savez bien que je ne vous raconte jamais n'importe quoi.

Or, Monique est toujours entourée d'un troupeau de petits vieux.

Au début, peut-être venaient-ils voir les canards. C'était il y a cinq ans. 

Monique les nourrissait depuis une semaine. Pourquoi? Pourquoi pas vous aurait-elle dit.

Roméo Provencher fut le premier qui vint à sa rencontre. C'était un petit vieux bossu qui avait du poil sur le nez.

-C'est des bien beaux canards... bien beaux... Moé c'est Roméo.

-Pis moé c'est Monique...

Le lendemain, le vieux Roméo était accompagné de l'encore plus vieux Victor. Puis du vieux Fernand, du vieux Grégoire et du vieux Thomas. D'autres vieux s'ajoutèrent mais je n'ai pas retenu tous leurs noms.

Aujourd'hui, je sais bien que les vieux ne vont pas là pour les canards.

C'est évident qu'ils vont là pour Monique.

Elle leur apporte un peu de féminité dans leur vie puisqu'ils sont tous célibataires en plus d'être vieux.

Monique, c'est un peu comme le dernier rêve de ces vieux garçons et vieux veufs.

Je me dis ça en voyant les canards qui, d'ailleurs, vont bien finir par quitter l'étang gelé.

Il n'est pas gelé pour le moment.

Et Monique, oui Monique, leur lance encore des poignées de moulée pendant que les petits vieux semblent toujours lui reluquer un peu les fesses et les seins.


La réalité ne m'intéresse pas

J'ai écrit une longue tirade politique ce matin. Je viens tout juste de l'effacer. Et savez-vous quoi? Je ne m'en porte que mieux.

Je m'étais mis à élaborer une critique de tel ou tel petit potentat de ville ou de village. Puis ça m'a dégoûté. Je ne me reconnaissais pas dans cette absence totale de rêve, d'art et de beauté.

Un rêveur qui renie sa nature de rêveur est encore plus misérable que le réaliste qui n'en a rien à foutre de rêver. Si le rêveur ne croit pas en la puissance de ses rêves, qui le fera à sa place? Certainement pas le réaliste. Comptez sur le réaliste pour que jamais rien ne change. D'abord, ça lui ferait faire de l'urticaire. Et ensuite, il  aime mener une vie réglée comme un mécanisme d'horloge. N'allez pas lui parler de sentiments: il ne voit que les engrenages. Vous lui parlez d'amour et il vous parle de mécanique. C'est soporifique...

La politique n'a que des termes mécaniques à nous offrir: la machine électorale, le robot-militant, etc.

Or, je n'ai pas le nez collé sur la machine et encore moins sur le système.

Je survis à l'inacceptable et je suppose que je ne suis pas le seul.

Je ne cherche pas tant à avoir raison qu'à ne pas perdre mon temps à enculer des mouches alors que la vie est si courte.

Je vis dans le rêve.

Je me révèle dans la création, dans la poésie, dans une conversation douce et aimable.

Je refuse l'aigreur de la politique.

Une communauté humaine sera toujours plus qu'une administration, quelle qu'elle soit.

La vie est un  phénomène plutôt rare dans notre système solaire. Et c'est un phénomène extrêmement fragile. D'une telle fragilité que l'on se demande pourquoi il y a de la vie.

On devrait la célébrer, la vie.

La célébrer tous ensemble, si possible, sans tomber dans l'esprit de lourdeur.

Et c'est bien ce que j'entends faire, somme toute.

Je me ferme au cynisme réducteur, à l'aboulie, au pessimisme outrancier, aux hurlements et autres agissements qui enlaidissent la vie.

La politique? Je la regarde avec des yeux de rêveur.

Je rêve d'un monde merveilleux, pas vous?

Si ce n'est pas le cas, ne m'en parlez même pas.

Ça ne m'intéresse pas la réalité.

Ça ne m'a jamais intéressé.

Et ça ne m'intéressera jamais.

La journée où je serai réaliste, je ne serai plus artiste.

Je ne serai plus musicien.

Je ne serai plus poète ni scribe ni rien.

Évidemment, ça n'arrivera pas.

La réalité ne m'intéresse pas.

Je fais semblant de la connaître suffisamment pour payer mes factures.

Pour le reste, franchement, je suis plutôt du genre à la mépriser.

À tort ou à raison, le réaliste saura vous le dire.


mercredi 11 octobre 2017

Avant de remiser le vélo

Je fais souvent le même parcours à vélo le matin pour me rendre au travail.

Il est difficile de pédaler au printemps. Les muscles se sont déshabitués à cet exercice. Les premières côtes à monter nous épuisent. Et puis on a mal au cul, au scrotum et j'en passe.

Puis les semaines à vélo s'accumulent. On finit par faire une seule entité avec la machine. On a  l'impression que tout le travail se fait tout seul et sans efforts.

Ce matin, j'ai dévalé la côte du boulevard Royal à toute vitesse. Il n'y avait pas de vent. Je filais comme un missile.

J'ai évité les mêmes nids de poule qu'à l'accoutumé en zigzaguant adroitement par transfert de poids à droite ou à gauche.

J'ai pris des raccourcis ici et là, empruntant un petit sentier, un chemin de traverse.

J'ai su que je pouvais sauter par-dessus une bande de trottoir à tel endroit compte tenu que des feuilles mortes agglutinés au bas de ladite bande me permettent d'amortir le choc.

Et c'était comme ça tout le long de mon parcours.

Tout ce que je faisais, en pédalant, consistait à éviter des obstacles ou à prendre des raccourcis, machinalement, comme si tout était depuis trois mois enregistré dans ma tête.

Je pourrais me rendre au travail à vélo les yeux bandés tellement ça se fait tout seul maintenant.

Et pourtant, je devrai bientôt ranger mon vélo.

Bientôt, fin novembre peut-être.

Dès la première neige en fait.

Je redeviendrai un piéton pour tout l'hiver.

J'affronterai pluies, verglas et tempêtes de neige.

Et au printemps prochain, avec de la chance, je serai encore capable de rouler sur mon vélo, vers l'infini et plus loin encore.

C'est sans doute banal ce que je vous raconte.

Mais je ne trouve pas d'intérêt pour des sujets plus grandioses faisant appel à un sens supérieur de l'Histoire...

dimanche 8 octobre 2017

Action de grâce et états de grâce

Je ne vanterai jamais assez les vertus du silence et de la contemplation. D'abord parce que je parle trop. Ensuite parce que je suis trop, tout le temps, du matin au soir. Trop dans le sens de trop. C'est toutte ou pantoutte comme on dit. Un défaut pour certains. Un état d'âme pour d'autres.

Quoi qu'il en soit, j'ai passé une semaine à me désintéresser totalement des actualités. N'allez pas croire que je sois devenu indifférent. Au contraire. Je m'écarte des actualités pour réprimer la haine, celle que je porte d'abord en moi-même. Je vois la poutre dans mon oeil et me fiche de la paille dans l'oeil du voisin. Tant que le voisin ne se mette pas en tête de rendre la vie des gens misérables encore plus misérable. Il y a des limites à ne pas franchir. Je n'aime pas voir les gens souffrir.

Cela dit, ce n'est pas là que je veux vous emmener, puisque vous semblez me lire encore.

Non. C'est à la spiritualité que j'en viens. Quelque chose qui transcende même tous les cultes religieux. Quelque chose comme la sensation de l'animal qui voudrait seulement brouter en paix et qui ne comprend pas tous ces appels au meurtre autour de lui. On ne pourrait pas s'aimer, non? Il y a suffisamment de foin pour tout le monde...

Je sais bien que c'est con d'écrire ça. Et même que ça fait un peu fleur bleue, camarade. Je sais. Je sais...

Pourtant, il est encore possible de décrocher pour un instant. Pour un instant souvent trop court. Mais cet instant permet de supporter la suite interminable des heures et des secondes en espérant revivre à nouveau un état de grâce.

Je n'ai donc pas commenter les actualités. J'ai peu écrit, contrairement à mon habitude. J'ai accompli mes obligations comme la moyenne de mes compatriotes pour au moins 40 heures et un peu plus dans une semaine. J'ai lavé ma vaisselle. J'ai sorti mes vidanges. J'ai forcé comme un boeuf après toutes sortes de trucs.

Et je me suis contenté de décrocher dans ma tête, tout simplement.

Sifflant un bon coup dans le vent d'automne.

Regardant les feuilles jaunir et tomber.

Croquant une pomme.

Rigolant avec ma blonde.

Peinturant des gros nez.

Grattant ma guitare électrique.

Jouant de l'harmonica.

Même quand je décroche, je suis bigrement occupé.

D'ailleurs je me demande pourquoi je vous écris ça.

Ça ne m'aidera certainement pas à décrocher...

Héhé!

Bon, assez déconné.

Bon congé de l'Action de grâce.

Je retourne à mes états de grâce...

Je retourne à mes pinceaux.

Et, pendant que je peins, c'est ça qui va jouer pour enchanter mes pinceaux.

jeudi 5 octobre 2017

Un petit philosophe

François Boucher se donnait des airs qui ne savait pas rendre sa chanson.

Grand, plutôt dégingandé et le geste mou, François Boucher aurait pu passer pour un vendeur de couteaux. On avait toujours l'impression qu'il nous vendait sa salade. 

Et quelle salade! L'abruti s'était mis en tête qu'il était philosophe.

Il justifiait ce titre par ses études.

C'est vrai qu'il avait obtenu un baccalauréat et même une maîtrise à l'université.

Mais ça en disait plus long sur la médiocrité de l'institution que ça n'en disait sur François Boucher.

Prenons pour exemple cette lettre que nous avons trouvée dans les archives de l'association étudiante de l'époque où il y végétait. C'était une lettre adressée au Premier Ministre Jean Chrétien...

Lorceque jétait présidan en la persone de Luke Carié j'aie eue l'honeure de vous voire monscieux Le PREMIÉ MINISTE. Donc je veut dire oui à lobjective de la philosophie du language analitique dans programme inteliganse artiphisiele entraute. Oui vous dites vous. Les étudiants-E sont traits imprésionés.

Eh bien, croyez-le ou non, au Québec il est possible qu'un tel abruti obtienne un diplôme en philosophie et l'enseigne à de jeunes adultes.

François Boucher, son dada, c'était la philosophie du langage... Pas nécessaire de lui rappeler qu'il faisait une faute aux deux mots en plus d'avoir une syntaxe plus que douteuse. D'abord, il n'y avait personne pour lui rappeler ça. Ensuite, la philosophie sert parfois de dépotoir, un peu comme les arts plastiques. Tous ceux qui sont refusés à l'université se rabattent sur la philosophie, les arts plastiques ou la théologie... Les règles sont plus souples. Les programmes ne sont pas contingentés et peinent à trouver des étudiants pour survivre. On peut donc y  être le roi des cons et obtenir un diplôme puis enseigner n'importe quoi ensuite. 

François Boucher n'était pas philosophe, voyez-vous.

Il n'écrivait jamais au tableau de crainte qu'on ne détecte sa piètre connaissance du français. Il se contentait d'écrire des chiffres. Comme 1 X 10 exposant 93. Le volume de l'univers selon lui... Ah bon? Vous voyez à quel genre de pauvre type nous avons affaire?

François Boucher était un être ridicule, somme toute, comme ceux que l'on rencontre dans les récits de Gogol ou de Tchekhov. Un être fat et médiocre. Un produit de son époque.



mercredi 4 octobre 2017

Rien

Ce matin, le soleil n'était pas levé.

Je réalise à peine que l'année s'écoule et que l'automne s'installe.

Bientôt, je partirai à l'aube et reviendrai au crépuscule.

J'aurai froid aux doigts et aux os.

Du moins, je l'espère.

Ce matin, le soleil n'était pas levé et j'ai allumé mes lumières sur mon vélo pour ma sécurité.

On sent que la pluie va tomber.

Ça fait deux semaines qu'il ne pleut presque pas.

Je voudrais bien vous livrer mes pensées les plus fines sur les actualités internationales.

Mais rien ne sort.

Je suis partagé entre l'indifférence et la contemplation. Du moins pour aujourd'hui.

Je me cherche un thème pour développer de quoi satisfaire ma passion pour les lettres: rien.

Alors je regarde.

Je regarde le soleil, les plaques d'immatriculation, les feuilles mortes, n'importe quoi.

Et puis je me dis que ce moment-là, au moins, n'appartient qu'à moi seul.

lundi 2 octobre 2017

Mon billet hebdo dans le Hufftington Post

C'est ici.

Toile en chantier


J'ai fait aller mes pinceaux hier. Cela faisait un moment que j'étais obsédé par l'idée de reproduire cette vision mentale que je me suis faite de la rue des Forges, au centre-ville de Trois-Rivières. Cet été, je m'y suis souvent baladé les samedis soirs vers le coucher du soleil. Il y a donc de moment où la rue des Forges semble justement disparaître dans un haut fourneau. D'où le soleil au beau milieu de la toile, salué d'ailleurs par un cracheur de feu.


J'ai eu beaucoup de plaisir hier à peindre ce nouveau tableau. C'est un format de 48 X 60 po. . Il reste encore beaucoup de travail mais l'essentiel est là.

Par ailleurs, je vous livre en grande primeur une photo de ma nouvelle guitare électrique dans laquelle je trouve autant d'inspiration pour la poursuite des arts visuels. Tout communique ensemble. La vue, l'ouïe, le goût, l'odorat...

Vous savez déjà ça. Je m'excuse de vous le rappeler.



samedi 30 septembre 2017

À propos des arts et de ma guitare électrique

Résultats de recherche d'images pour « gaetan bouchard guitare »
Photo prise lors de mon expo Simplement dans ma cour (mai 2007)
De gauche à droite: Marc Cavanaugh, Robert Rebselj, une inconnue,
Vangolet et moi-même.

Je me suis acheté une guitare électrique dans une vente de garage il y a deux semaines. C'est une guitare Artist. Une guitare australienne qui saute dans mes mains comme un kangourou dans son bain. Woa! Vous avez pas idée comme je m'amuse à la faire vibrer entre mes doigts. Je me sens devenir B.B. King. Ou Harry Manx. Voire Chuck Berry.


Je joue de la guitare classique depuis presque vingt ans. Je ne suis pas un héros de la guitare, mais j'ai ce qu'il faut de talent pour m'envoûter moi-même pendant des heures avec la guitare, les harmonicas, les claviers, l'accordéon et les tamtams.

En fait, je pratique tous les arts avec la même passion peu importe les résultats. C'est ma manière de rendre la vie meilleure qu'elle ne l'est, de magnifier ma propre existence et même d'améliorer les scénarios.

Je suis d'abord et avant tout un artiste. Je vis avec la honte d'être un artiste. Une honte qui provient de mes origines sociales. Les arts et les lettres sont souvent perçus comme des affaires de moumoune au sein de mon milieu. Ça ne vaut pas quelqu'un qui creuse un trou à 30$ de l'heure. Remarquez que je n'ai rien contre le gars qui creuse ce trou. J'ai déjà été ce gars-là, même si l'on me payait au salaire minimum... C'était mon statut d'artiste qui me collait à la peau. Moins artiste, j'aurais fait 30$ de l'heure. Trop artiste, tu deviens anarchiste et tout le monde craint de se faire salir ses beaux costumes avec un tel voyou au sein de l'équipe de travail. Un artiste devrait seulement être artiste. Mais bon, ça ne marche pas ainsi...

Pourtant, cette honte s'efface avec les années.

La fierté d'être artiste fait sa place.

J'ai bâti mon oeuvre de peine et de misère.

Et on aurait beau persifler les artistes qu'elle restera, mon oeuvre.

Elle me permet déjà d'afficher le sourire bienveillant du vainqueur spirituel.

Un sourire qui pourrait avoir une pointe d'arrogance si mon coeur n'était pas directement gagné à tous ceux et celles qui souffrent sur ce pitoyable grain de poussière qui nous tient lieu de vaisseau spatial.

Alors voilà. Je suis un artiste.

Et je vous remercie de me soutenir d'une manière ou d'une autre.

Je m'attendais à si peu...

Et on m'a tant donné...

Merci.

Merci à vous, à la vie.

Ça me fera jouer d'encore plus beaux solos de guitare électrique.

jeudi 28 septembre 2017

Monsieur Câlin

Monsieur Câlin était tout un spécimen de craquepotte.

Il était gros, velu et chauve. La cinquantaine dépassée. Sa tête était enfoncée dans ses épaules et il ressemblait un peu à un petit bonhomme pas de cou.

À part de ça, il s'était mis en tête que le monde travaillait trop pour expliquer pourquoi il ne travaillait pas. Sa mission sur Terre, ça faisait longtemps que Monsieur Câlin l'avait trouvée. Il n'y a qu'à entendre le nom qu'il porte pour s'en faire une petite idée. Monsieur Câlin était distributeur de câlins.

Il s'était fabriqué un costume pour donner du panache à son titre. Il visait le sommet de ces caractères insolites jadis dessinés par Louis Fréchette dans Orignaux et détraqués, qui est de loin sa meilleure oeuvre.

Le costume de Monsieur Câlin était constitué d'un gros sac de poubelle vert qu'il perçait de trois trous pour y passer la tête et les bras comme s'il s'agissait d'un poncho. Ce sac de poubelle le faisait horriblement suer. Et quand il suait, Monsieur Câlin puait. Les gens se plaignaient donc aux policiers que Monsieur Câlin tentait de les étreindre et de les caresser. Ils ajoutaient aussi que Monsieur Câlin sentait la charogne. Les policiers arrêtaient Monsieur Câlin et une semaine plus tard Monsieur Câlin recommençait.

C'était une fixation. Recevoir un câlin tandis qu'il revêtait un sac à poubelle qui lui tenait lieu de poncho.

Il se fait moins souvent arrêté Monsieur Câlin.

Il a fini par comprendre qu'il ne pouvait pas se jeter sur les gens pour leur demander de l'amour alors qu'il pue comme mille putois sous son sac de plastique.

Aussi se contente-t-il de s'auto-caresser dans son coin. Il passe de longues heures à se brasser le sac à poubelle devant l'indifférence feinte des badauds qui croient que la folie ça s'attrape par la salive.

Tout le monde a fini par plus ou moins accepter Monsieur Câlin.

On le laisse se caresser pendant des heures sur le trottoir.

On le laisse imiter la poule ou la belette.

On le laisse dans son sac à vidange.

mercredi 27 septembre 2017

Affafabe le Vert bonbon

Affafabe était une personne affable à la peau vert bonbon. Il était un Vert bonbon de naissance. Une mutation génétique étrange qui n'affecte que vingt-trois personnes dans le monde.

C'est très peu. Et à vrai dire Affafabe n'en connaît pas d'autres que lui-même. Il y avait bien sûr LapinMalin1965 sur Facebook. Mais c'était une personne méchante qui se faisait passer pour un Vert bonbon pour mieux rire de Affafabe l'affable, bègue et malade de peau. LapinMalin1965 était en fait un vulgaire professeur de philosophie qui aimait rire des gens en plus de soutenir toutes sortes d'organisations racistes nauséabondes. Bref, la honte de sa profession. Un vrai trou du cul. Tout le contraire de Affafabe.

Affafabe...

Je le revois avec son air sans méchanceté.

Je l'entends encore bégayer dans ma tête.

-Ej... je... Ej... ej... je... vous en pr... prie. B...bo...bonne jour.... bonne journée les salopes!

Il nous appelait tous salopes, Affafabe, fille au garçon, et nous ne nous en formalisions pas trop parce que Affafabe aimait provoquer pour faire oublier qu'il était un Vert bonbon de naissance.

Pour arranger les choses, il se faisait teindre les cheveux en jaune fluorescent. Affafabe était affable, mais bon, bien sûr qu'il était étrange. Et il n'allait certainement pas le cacher. Mettez-vous à sa place? Tant qu'à être Vert bonbon, aussi bien se faire remarquer.

-C'est... c'... c'... c'est un cadeau du Ciel que... qu'ej'... je... que j'sois Vert bonbon mes salopes! Ça vous f... f... fait d'quoi beau à voir.

Il n'était pas vraiment beau, mais il était tellement affable qu'on finissait par oublier son absence de sourcils, ses yeux exorbités et sa dentition mauvaise.

C'était ça Affafabe le Vert bonbon.

Tout le monde le respectait.

Parce qu'il respectait tout le monde.

Et si quelqu'un avait voulu faire du mal à Affafabe le Vert bonbon, eh bien tout le monde aurait sauté sur lui pour lui foutre une raclée.




mardi 26 septembre 2017

Je préfère les bien-pensants aux racistes, pas vous?

Les bien-pensants sont la pire abomination du monde.

Ils sont comme la mère qui dirait à son enfant de ne pas sortir sans son foulard pour ne pas attraper un rhume. Ne voit-on pas que c'est la pire horreur que l'on puisse commettre envers un être humain?

Les bien-pensants voudraient que l'on ne prenne pas froid, que l'on ne soit pas raciste, sexiste, haineux ou intolérant. Ils surveillent le moindre de nos gestes pour nous proposer de l'aide, les fumiers!

Ils sont encore pire que cette bonne mère qui devrait laisser son enfant devenir le petit monstre facho qu'il entend être à sa majorité.

Qu'elle le laisse sortir sans foulard, son fiston, et qu'elle lui laisse faire ses propres expériences avec les plotes et les races.

Sa bien-pensance, elle peut se la rouler bien serrée. Ti-Gars veut vivre à fond de train. Tassez-vous tout le monde, mononcle s'en vient. Il est maintenant vieux, con et raciste, mais il n'est pas un foutu bien-pensant, une de ses Germaine qui veut soigner ton rhume et te rappeler que tu ne dois pas conduire ton char quand t'es saoul. Il réclame le droit d'être le dernier des crétins, comme l'était son grand-père et bien d'autres avant lui du temps qu'un gars n'avait pas honte de pisser le plus loin ou de roter à table au restaurant.

Les bien-pensants sont une horreur.

Ils veulent que la vie soit belle, merveilleuse et tralala ça sent bon les fleurs.

Or, la vie est sale et tous les coups sont permis.

Les bien-pensants sont répugnants avec leurs règles...

Les bien-pensants font semblant d'aimer tout le monde mais ils rient de vous si vous portez un tee-shirt loup.

Ils doivent apprendre à avoir peur, eux aussi, les bien-pensants. C'en est fini de leur sourire bienveillant!

Il faut donc effrayer Ned Flanders, vous savez, le voisin d'Omer Simpsons. Une vraie soie qui pense qui tout est tiguidou tiguida. Un vrai con. Toujours prêt à aider son prochain parce qu'il entend la voix du Seigneur. Non mais, quel abruti!

Hitler, ça c'était un homme, au moins.

Il criait.

Il n'écoutait personne.

Comme un enfant qui ne veut pas porter de foulard.

Comme un enfant qui crie dans les allées du supermarché.

Un enfant qu'il faut calmer avant que tout le monde n'en vienne à montrer des signes d'exaspération.

C'est que le monde aime le calme, voyez-vous.

Ça vaut pour presque tout le monde.

Sans doute un peu plus pour les bien-pensants.

Et des fois je me dis qu'il vaut mieux pour moi de partager un verre de vin avec un bien-pensant que de me faire postillonner dessus par un crétin raciste xénophobe qui manque d'empathie et ramène tout à sa petite personne aspirant atteindre les sommets de l'imbécillité extravertie.

***
La pensée du jour

Quand un raciste s'en prend aux bien-pensants je me rends compte que je préfère les beaux sentiments à la pseudo-logique haineuse. Bref je préfère le bourgeois bobo et libéral au tribun autoproclamé qui prend pour du patriotisme la pratique de l'anthropophagie.

vendredi 22 septembre 2017

Votez Grosse Plogue!

J'sais bin pas trop par y'où c'que c'est qu'ej' devrais commencer. Ahem. Ahem. M'en va's d'abord m'écla'rcir la voix. J'aurai moins l'motton comme on dit. 

Moé là, bin c'est Marcel. J'veux dire que j''m'appelle Marcel pis que j'su's musicien. Je joue d'la planche à laver dans un band. Oui. Pis ceusses qui pensent qui a rien là savent pas c'qu'i' disent. Le beat, c'est pas donné à tout l'monde. 

Y'en a qui pourraient faire chanter une fourchette. 

Bin moé c'est pareil avec la planche à laver. En seulement que j'su's pas là pour vous parler d'ma planche à laver, mais bin pour dire que j'veux d'venir rien du tout. 

Et qu'la meilleur manière d'el' devenir c'était de me présenter aux élections municipales. 

Si j'su's élu, bin j'vous garantis que j'f'rai rien. Rien pantoute. M'en va's assister aux réunions municipales mais j'dirai rien. Rien pantoute. 

M'a voté comme tout l'monde. Pour le maire ou pour le beau-père, m'en sacre. 

J'vous assure que j'f'rai rien pantoute, qu'ej' changerai rien, qu'ej' proposerai rien, pis qu'les nids-de-poules seront pas plus ou pas moins patchés qu'avant... 

Avec l'argent que j'va's gagner comme conseiller municipal j'va's crisser ma job-là bin entendu. J's'rai p'us commis au dépanneur. J'va's prendre un peu comme qui dirait ma retraite. Donc, votez pour quelqu'un qui veut rien faire et être payé pour ça. Votez donc pour moé, hein? Pourquoi voteriez-vous pour un autre? Moé j'va's vraiment faire c'que j'vous dis. J'va's rien faire. Rien. 

J'm'appelle Marcel. Marcel Grondin. Mes amis m'appellent Grosse Plogue. Me présente dans le district des Écrevisses. J'vous promets rien sinon qu'i' s'passera jamais rien sous mon règne... Vous entendrez rarement parler de moé... J'va's juste collecter l'argent pis farmer ma yeule. 

Votez Marcel Grondin.

Votez Grosse Plogue.

Pis passez à autre chose.

I' s'passera rien sous mon règne.

Rien de rien.

J'dépenserai pas plus qu'un salaire de conseiller.

J'aurai aucune ambition pour travailler plus pis pour rencontrer qui que ce soit.

Grosse Plogue vous évitera bien des ennuis.


À travers les grilles