mercredi 24 mai 2017

Un café par jour


Je ne suis pas réaliste

Je ne suis pas réaliste. D'autres le sont mieux que moi. Je ne comprends pas pourquoi le réalisme les excite tant. Tout comme ils ne comprennent pas pourquoi je rêve autant. Ce serait de bonne guerre si nous combattions à armes égales. Ce qui n'est pas le cas. Les réalistes ont pour eux la «farce» de l'habitude. Tout ce qu'ils peuvent dire est mesuré et compté. C'est concret. Alors que moi, je ne mesure rien et me dépense sans compter. Je plane au-dessus des normes et des conventions établies. Je m'entête à ne pas réussir. Je me gausse de tout et aussi de moi-même. Bref, je ne suis pas un exemple à suivre. De plus, je n'ai pas de réseaux de contacts et pas plus d'argent qu'il n'en faut pour survivre.

Et vous savez quoi? Je me considère heureux.

Heureux de ne pas être mort à 25 ans pour un jour être enterré à 90 ans. Heureux de ma seconde peau, de ma seconde vie et même de mes joies de seconde main.

J'ai échoué à faire de l'argent, à exercer une profession digne de médailles, à me préparer une retraite digne de ce nom.

Et vous savez quoi? Je m'en moque.

Je ne suis pas réaliste. Je suis un artiste. Je suis un pelleteur de nuages. Je ne suis pas raisonnable.

L'argent, les médailles et les honneurs rendus aux conformistes, ce n'était pas pour moi.

Comme ce n'était pas pour la grande majorité de la population mondiale qui, tout comme moi, court le diable après la queue.

La majorité des humains sur cette Terre, voyez-vous, ne sont pas réalistes.

Ils n'ont rien réalisé, contrairement à ceux qui ont tout réussi et leur font subir l'opprobre pour leur vie insouciante et si mal calculée.

Les réalistes ne rêvent pas en couleurs.

Ils ne rêvent pas plus en noir et blanc.

Ils ne rêvent plus, les réalistes.

Ils comptent et ça leur suffit. Et comme ils occupent les plus hautes fonctions, tout le système leur donne raison.

Chacun de leurs gestes est calculé en fonction de ce que ça leur rapporte ou leur enlève,

Évidemment, rien ne leur est plus effrayant que de perdre leurs privilèges durement acquis.

Privilèges pour lesquels ils se pardonnent de toutes les bassesses qu'ils auraient pu commettre pour sauver leurs acquis.

S'ils peuvent sacrifier leur bonne conscience, pourquoi les rêveurs ne pourraient-ils pas faire un petit effort pour abandonner un rêve, pour mettre de côté ne serait-ce que l'argent d'un seul café par jour qu'ils ont l'audace de boire alors qu'ils n'en ont visiblement pas les moyens?

Oui, les pauvres devraient avoir honte de vivre de rêves qu'ils n'ont pas les moyens de s'acheter. Ils devraient être réalistes...

Or, je ne suis pas réaliste.

Je ne peux même pas comprendre comment ça se passe dans la tête d'un réaliste.

Je suis à moitié ici et à moitié dans les nuages.

J'évite la compagnie des réalistes pour une raison bien évidente.

Je n'aime pas qu'ils me fassent de l'ombre quand je contemple le soleil.

Je n'aime pas qu'ils m'ennuient avec leurs délires stratégiques et leurs vérités artificielles.

Vous me direz qu'on a besoin des forces de tout le monde dans la vie.

Je veux bien.

Mais c'est encore trop réaliste pour moi.

Je ne suis pas réaliste, vous dis-je.

Je gratte ma guitare avec un brin d'herbe en bouche.

Je dessine des gros nez.

J'écris des trucs loufoques.

Je ris. Je danse. Je lâche mon fou et pourtant la folie ne me lâche jamais.

J'aime trop la vie pour la souiller avec des passions austères et des règles à couper des poils de cul en quatre.

Je ne suis pas réaliste.

Et cela ne se soigne pas.

Je m'excuse de vivre ainsi, chers réalistes.

Je sais que je vous fais perdre votre temps.

Et du temps, bien sûr, c'est de l'argent.



mardi 23 mai 2017

Un hirondel qui faisait son printemps luxueux et moderne

Il ramassait systématiquement tous les mégots qu'il voyait traîner sur les trottoirs. Il les ramenait vers son nid pour épater celle qu'il courtisait.

-Regarde mon beau nid, ne fait-il pas joli et moderne? gazouilla le mâle devant la femelle qui n'avait pas l'air satisfaite.

-C'est quoi toutes ces cochonneries-là? gloussa-t-elle en regardant d'un oeil méchant ce nid constitué de filtres de cigarettes sales et dégoûtants.

-C'est moderne, ajouta l'hirondel. C'est moelleux. Jamais oisillons n'auront été aussi confortablement installés. Et regarde, c'est chauffé et éclairé.

L'hirondel avait délaissé le terrier pour squatter sous la protection d'acrylique d'une lumière humaine installée là pour éclairer le stationnement d'un centre commercial.

C'est vrai que c'était chauffé et éclairé. Le nid était moelleux. Mais ce n'était pas dans les goûts de la jolie hirondelle qui se réfugiait un peu trop dans le passé aux goûts de son prétendant.

Elle vola donc vers d'autres cieux et d'autres messieurs, sans doute moins modernes, mais plus respectueux de la noblesse des matériaux pour bâtir un nid qui sent bon l'essence d'épinettes et les feuilles mortes.

Non, cet hirondel ne faisait pas son printemps

***

Les jours passèrent. Comme toujours ils passent et ne reviennent jamais. Même pour les hirondelles.

L'hirondel n'allait pas gâcher son printemps avec cette défaite.

Il en trouverait bien une qui préférerait le luxe et le confort moderne d'un nid hi-tech, un vrai cadeau des dieux qui leur laissait même une abondante nourriture pour la couvée. Ses mégots de cigarette n'étaient pas dégoûtants. Il représentait tout ce qui distingue l'hirondelle civilisée de l'hirondelle rustique.

-Vous pouvez bien toutes crever avec vos odeurs d'épinette! Le monde et les temps changent! Moi, je sais m'adapter. Et les hirondelles qui s'adaptent survivront tandis que les autres devront partir au loin, vers nulle part, sans être certaines de trouver un nid aussi confortable, chauffé et éclairé, avec nourriture à volonté à portée de bec. Faire les becs fins devant tout ça, n'est-ce pas le drame de notre époque? L'expression même de son nihilisme? Elles préféreraient vivre dans des terriers de glaise et de branches soumis à tous les vents, tous les climats et tous les prédateurs. Alors qu'ici, dans la bulle moderne, sur un nid douillet de filtres de cigarettes moelleux, elles deviendront bientôt grosses, fortes, énormes. Pas un chat ne viendra les prendre ici. Pas un faucon ne viendra planer dans le coin. Notre descendance, je vous le jure, se multipliera par mille et par million.

-Vous m'avez convaincu bel hirondel. On voit que vous êtes un mâle à sa place qui sait bien faire les choses en plus de savoir bien gazouiller aux dames. Je consens donc à vous tendre mon gésier pour que nous fassions comme il se doit entre hirondelles adultes et consentantes.

Au bout de dix-huit jours de ce bienheureux mariage, le couple pouvait regarder d'un air ravi les fruits de leur amour qui reposaient sur une bienveillante couche de filtres de cigarettes dans une atmosphère chaude, lumineuse et agréable.

-Si c'est pas ça l'bonheur, hein? gazouilla l'hirondel.

-N'oublie pas de ramener des filtres de cigarettes en revenant au nid! siffla l'hirondelle.

-Bien entendu, ma poulette...

***

Aujourd'hui, vrai comme je suis là, le stationnement du centre commercial est recouvert de nids d'hirondelle qui y reviennent à tous les printemps sous l'heureuse initiative de cet hirondel qui devint en quelque sorte leur Abraham.

Il fit jaillir des hirondelles là où il n'y avait jamais eu que des pierres.

Trente générations était maintenant passées.

L'hirondel était mort de vieillesse à un âge vénérable au cours d'un automne survenu un peu trop tôt.

Tous les printemps, on célébrait sa mémoire en bâtissant de nouveaux nids constitués de filtres de cigarettes.

Les hirondelles étaient devenues grasses et musclées. Elles volaient énormément pour brûler ce riche apport en graisses et protéines qu'elles absorbaient tout autour de leur nouvel empire. Encore quelques années et elles chasseraient les hirondelles qui n'avaient pas su s'adapter. Elles envahiraient de nouveaux territoires en compagnie des dieux. Et ce jusqu'à la fin des temps.

Hirondel, en mourant, eut ses mots que se répètent encore toutes les hirondelles du centre commercial et de ses nouvelles colonies.

-Dans la vie, faut être modernes... Couic!

Et ce fut la fin du plus magnifique exemple de grandeur d'hirondelle que les volatiles aient pu voir depuis le début des temps.


lundi 22 mai 2017

Une pluie fine s'abattait sur Gaston

Une pluie fine tombait sur la ville. Une pluie comme on en voit qu'aux abords d'un fleuve qui s'écoule dans la vallée de la Magtogoek. En fait, c'était une bruine. Bruine, pluie, appelez ça comme vous voulez, ce n'était pourtant pas une raison pour rester à la maison.

Comme il n'était pas fait en chocolat, Gaston en profita pour faire sa promenade.

Bien sûr qu'il serait mouillé. Bien sûr qu'il risquait d'attraper un rhume. Bien sûr. Bien sûr.

Mais il y avait pire encore. Il risquait d'attraper une crampe au cul à force de ne rien faire. Et comme il pleuvait depuis des jours, il fallait bien qu'il fasse comme si de rien n'était.

Alors, Gaston prit son imperméable à deux bras et s'en alla sous la pluie comme un grand, ou plutôt comme un petit. Les enfants, voyez-vous, ont cette faculté de moins craindre la pluie que les adultes. Ils sont généralement moins cons et s'émerveillent encore pour un dessin, une fleur ou bien une fourmi.

Heureusement que ce vieux Gaston avait passé l'âge de s'inquiéter d'être dépeigné, détrempé et déteint.

Il n'était pas fait en chocolat, ça non, et même que je l'ai déjà dit.

Il pleuvait, bruinait, brumassait...

Et Gaston était tout fin seul dans la ville. Enfin, presque seul. C'était la Fête de la Reine, la Fête des Patriotes, la Fête du congé férié quoi, et toute la ville semblait dormir encore même s'il était huit heures du matin. Il y aurait une fête au parc municipal qui réunirait trois pelés et un tondu autour d'un drapeau vert, blanc et rouge. Une fête d'avance tombée à l'eau à laquelle Gaston n'aurait pas participé même s'il avait fait beau. D'abord parce qu'il détestait les rassemblements publics. À moins que ce ne soit pour une manifestation.

-La musique, je la préfère en studio, philosophait-il étrangement. Je n'aime pas la cacophonie, les applaudissements, l'humidité qui fait fausser les instruments à corde et l'électrocution des musiciens...

C'était tout un lascar ce Gaston.

La solitude ne l'effrayait pas du tout. C'était comme s'il la recherchait pour une raison qui échappait à tous ceux qui préféraient prendre leurs vacances au Club Med.

-Ce gars-là est asocial! disait les quelques personnes qui le connaissaient un tant soit peu. Il ne réussira jamais dans la vie. Il n'a pas de réseau social, presque pas d'amis, même pas un chien ou un chat.

Pourtant, Gaston n'était pas malheureux.

Il marchait sous la pluie avec un sourire énigmatique que personne ne pouvait décoder puisqu'il n'y avait justement personne.

Le port était tout aussi déserté que la rue principale.

Les eaux du fleuve dessinaient des moutons en surface.

C'était la Fête des Patriotes, le jour de la reine Victoria, un autre congé férié pour nous rappeler que les femmes et les Autochtones n'en avaient pas.

Gaston aimait maugréer contre tout, dont les congés fériés.

Au mieux, lorsqu'il marchait seul sous la pluie, personne n'avait à subir ses propos aigris de trouble-fête.

Et c'était mieux ainsi.

Gaston était tout fin seul.

Et vrai comme je suis là, je me reconnaissais en lui, même si je ne le connaissais pas.

C'était le genre de type qui pourrait devenir mon ami.

Bien que je sois moi-même asocial, sauvage, solitaire et tout fin seul avec ma douce tout aussi conforme à cette configuration psychique.

J'oubliais de vous dire que j'étais moi aussi sous la pluie.

Et que Gaston ne s'appelait peut-être pas Gaston.

Peut-être qu'il s'appelait Pierre, Paul ou Jean-Jacques.

Se serait-il appelé Gustave que ça ne changerait rien à l'affaire.

Gaston ne serait jamais devenu ami avec un type qui aurait désiré devenir son ami.

Je suis sûr qu'on aurait fini par s'entendre, lui et moi.

Mais bon, Gaston devait poursuivre son chemin.

Et moi, le mien.

Et Gustave, le sien...

Pourquoi vous ai-je écrit cette histoire?

Pour rien, bien entendu.

Vous n'aviez qu'à ne pas me lire.

Il y a tellement d'autres belles distractions sur l'Internet...


dimanche 21 mai 2017

L'indépendance du Québec progressiste ou... le Canada

Une bande de zigotos est passée à l'action dans le comté de Gouin où aura lieu des élections partielles prochainement. Un gus pas très auguste se présente pour un parti xénophobe qui n'hésite pas à imiter les affiches du Front National. Ils ont tapissé le comté de stupidités sans nom où l'on voit une métèque portant une tuque fleurdelisée et une autre le hijab. On demande aux électeurs de choisir entre les deux. Évidemment, on peut tirer sur l'autre à bout portant.

Ce parti se veut indépendantiste... Avec des indépendantistes comme ça, pas besoin de fédéralistes pour nuire à cette cause qui, d'une niaiserie à l'autre, finit par frapper un mur.

Ce n'est certes pas la faute des fédéralistes si la xénophobie a la cote chez une frange de plus en plus inquiétante et importante du mouvement souverainiste. Ce n'est pas la faute de Justin Trudeau ni du multiculturalisme canadien. C'est du tribalisme pur et dur qui rêve de porter un chef sur un bouclier comme dans un village gaulois. Le problème, c'est qu'il n'y a plus de Gaulois. Il n'y a plus que des citoyens d'un État XYZ qui revendiquent des droits et des libertés civiques. Du coup, ils passent invariablement pour des personnages folkloriques que l'histoire elle-même a rejetés. Ils font honte aux indépendantistes progressistes pour qui la souveraineté n'est pas tant une affaire de nation qu'un outil pour mieux contrôler notre territoire, nos communautés et nos ressources. Une solution politique à un problème administratif, somme toute, et certainement pas ce rêve fané d'un repas de fèves au lard.

Je présume, au risque de me tromper, qu'environ 20% des indépendantistes sont contaminés par la xénophobie. Peut-être plus. On me dira qu'il y a aussi des racistes au Canada. Ce qui est sans doute vrai. Mais ce n'est pas une raison pour se fermer les yeux sur le racisme au Québec, d'autant plus que cette attitude menace bien plus le mouvement indépendantiste que n'importe quel plan que pourraient peaufiner les ténors du fédéralisme dans les officines du pouvoir. Bref, les indépendantistes n'ont pas besoin de personne pour s'enculer eux-mêmes. 

C'est dommage. 

Je continue à croire en l'indépendance du Québec. J'y vois un projet progressiste. Cependant, je ne m'y accrocherai pas jusqu'à l'indécence. Si l'indépendance génère plus de xénophobie que de progrès et de justice sociale, je quitterai le bateau. Je deviendrai un traître et un vendu. Je serai Canadien, républicain et progressiste, aux côtés de mes camarades d'Ontario et de Colombie-Britannique, plutôt que d'avoir à me justifier d'être parmi une bande de clowns qui puisent leur sagesse dans Photo-Police et le Journal de Montréal.

Voilà où j'en suis.

Et je puis vous assurer que je ne me sens pas seul dans cette attitude. Je crains même que nous soyons un nombre déterminant qui plantera à jamais le dernier clou du cercueil du mouvement souverainiste si rien n'est fait pour redonner du lustre à un projet qui en a perdu beaucoup depuis le 11 septembre 2001.

Mon attitude rejoint de plus en plus d'indépendantistes qui se sentent dégoûtés de l'imprégnation raciste au sein d'un mouvement qui ne réussit plus à convaincre que des cons vaincus.

L'indépendance se fera avec les immigrés, les anglophones, les Inuits, les Cris et les unijambistes ou elle ne se fera pas.

Atténuer le rôle et l'influence des xénophobes au sein du mouvement indépendantiste ne suffit plus.

Ou bien on s'en écarte radicalement ou bien l'on change d'option.




samedi 20 mai 2017

Mon billet pour le HuffPost

C'est ici.

Chez Gigi

-Bonjour les amis happy day voilà le soleil qui se lève-heu! chantonna Marcel en rentrant au restaurant Chez Gigi.

Marcel était un gros bonhomme aux joues joufflues qui sentait un peu trop fort l'eau de Cologne bon marché. Il était chauve, court sur pattes et ne faisait rien dans la vie depuis qu'il était retraité. Rien, sinon prendre tous ses repas Chez Gigi.

-Qu'est-cé qu'i' va prendre à matin notre beau Marcel? lui demanda Thérèse, la vieille serveuse de trente ans de service, qui sentait fort la cigarette.

-Pareil comme d'habitude! Deux oeufs tournés bacon pis un bon café...

-J'aurais même pas dû te le d'mander... J'aurais juré que ce serait ça... Veux-tu le journal comme d'habitude?

-Oui, comme d'habitude...

Marcel éplucha le Journal de Montréal en poussant des oh! et des ah! sur les grands titres.

-Baptince! Ç'a pas fini d'coûter cher! finit-il par déclarer.

-Oui m'sieur! rétorqua Armand, assis sur la banquette devant lui.

Une conversation débuta sur tout et rien entre les deux hommes.

Thérèse apporta l'assiette de Marcel en précisant qu'on lui avait mis un peu plus de patates.

Marcel lui fit un clin d'oeil complice.

Puis il mangea avec appétit.



vendredi 19 mai 2017

(...)


Je ne suis pas photographe

Parc Pie-XII, Trois-Rivières
Je ne suis pas un photographe. Un photographe, ça connaît les filtres, les angles, les textures. Moi, je ne connais rien de tout ça. Je dirais même que je n'ai pas cette curiosité. Cependant, j'ai un Iphone. Et il est bien pratique pour prendre deux ou trois cents photos en moins de quinze minutes. Je procède ensuite par élimination afin de ne conserver que les deux ou trois meilleures selon l'état de ma subjectivité.

Par contre, je suis un peu peintre. Je fais référence intuitivement à des notions d'équilibre que je découvre de façon tout à fait fortuite, comme tout le reste par ailleurs. Picasso, auquel il serait présomptueux de me comparer, n'en disait pas moins des paroles qui m'inspirent. Il disait, entre autres: «Je ne cherche pas, je trouve.» C'est aussi mon attitude, voyez-vous. Peut-être suis-je atteint de la même maladie... Je trouve, en effet, tout ce que je ne cherchais pas. Je laisse les autres chercher, comme je l'ai toujours fait. Cela fait partie, j'ose le croire, de mon identité. J'ai bien plus affaire avec les nuages qu'avec les microscopes.

Je n'ai jamais travaillé avec une règle et un compas. Il convient de m'oublier pour tous travaux de précision. Je ne mépriserai jamais ceux qui ont cette vertu. Mais ce n'est pas la mienne. La mienne est de couper le noeud gordien en toutes circonstances.

***

Je m'éloigne un tant soit peu de mon sujet, comme toujours. Je voulais plutôt mettre l'emphase sur cette série de photos que j'ai prises ce matin. Elles ont ce petit quelque chose qui vaille la peine de les partager avec vous. Ce sont des photos prises dans l'environnement urbain du centre-ville de Trois-Rivières. Rien d'envoûtant comme les montagnes Rocheuses, le Rocher Percé ou la Terre de Feu. Pourtant, la nature s'y manifeste tout de même après un long sommeil hivernal. Et, à vrai dire, cela m'émeut.

Voici donc ces photos dont je vous parle trop sans même vous les montrer. Pardonnez-moi tous ces mots que j'aurais dû taire pour ces images qui en valent au moins mille.

Parc Pie-XII, aire de basketball

Moi-même la tête dans les nuages...


Interdit de ceci et cela au Parc Pie-XII dans l'aire de skate-board




















Parc Victoria

Un écureuil sur un fil électrique de la rue McDougal

Cet arbre ne se laissera pas déraciner facilement...

L'arbre qui ne se laissera pas déraciner facilement...

Une petite forêt pousse au pied d'un vieil arbre.

Vue du dessous.

Pollen.

L'ombre de moi-même.

Poubelle avec vue sur le rond-point de la Couronne.


Goéland au Parc Pie-XII.

Le même goéland qui s'envole.

Saules pleureurs et étang du parc Pie-XII vus d'entre les branches.


Danger.



jeudi 18 mai 2017

Le monde et les temps changent


La grosse Bertha


Après le Big Bang

Par où commencer? Par le commencement, évidemment.

Ce n'est pas toujours évident que de savoir où cela commence, justement.

Au début, il n'y avait rien. Qu'une masse d'hydrogène. Et bing et bang! Il y eut l'univers et des étoiles qui, d'une explosion à l'autre, produisirent tous les éléments chimiques que nous connaissons, dont la tarte à la rhubarbe.

Pas mal comme début, non?

Venons-en plutôt au coeur de l'histoire.

Laurent Granger, qui n'avait pas de surnom puisqu'il ne fréquentait personne, était un gars constitué de poussière d'étoiles comme tout le monde.

Il passait le plus clair de son temps à fumer des cigarettes tout en fixant l'horizon au-dessus de la tête de ces gens auxquels il ne parlait jamais.

Il avait les dents aussi jaunes que ses doigts, bien entendu, mais il s'en foutait comme de l'an quarante. D'abord parce qu'il n'a pas connu les années '40. De plus, il ne s'intéressait à rien de particulier, Laurent Granger.

L'univers s'était déplié en quatre, en mille et milliard pour produire un Laurent Granger qui ne s'intéressait à rien.

Ses cheveux étaient bien aplatis sur sa tête. Il aurait pu passer pour un homme ordinaire s'il avait travaillé comme tout le monde. Or, Laurent Granger ne voulait rien savoir de se casser le cul jour après jour pour enrichir quelqu'un qui l'exploiterait. Il préférait ne rien faire en attendant son chèque à tous les premiers du mois. Il ne recevait pas beaucoup, bien entendu, mais Laurent se débrouillait avec peu en annihilant tous ses désirs, sauf celui de fumer la cigarette.

J'aimerais vous dire qu'il vécut heureux et eut beaucoup d'enfants mais ce n'est pas le cas.

Il vécut seul et malheureux sans même s'en plaindre.

Puis il attrapa un cancer de la gorge.

On l'obligea à se faire soigner, lui qui ne le voulait pas.

On lui fit une trachéotomie.

Ça n'empêcha pas Laurent Granger de continuer à fumer. Il plaçait sa cigarette devant le trou pratiqué dans sa trachée et inhalait la fumée de cette façon.

-Si ça d'l'allure! Fumer après avoir eu un cancer d'la gorge! Avaler de la boucane par un trou dans la gorge après avoir perdu la voix à cause d'la maudite cigarette!

Laurent Granger n'entendait pas ces commentaires. Personne ne lui disait quoi que ce soit à vrai dire. Et il continuait donc à fumer tout en fixant un point de fuite à l'horizon.

Ça fait deux ans qu'on prétend qu'il devrait être mort. Pourtant, il résiste. Il s'achète encore des cigarettes et ne se sens pas prêt d'arrêter.

Comment cela va finir pour lui?

Cela va finir en poussière, pour lui comme pour tout le monde, même vous.

C'est à se demander pourquoi l'univers existe.

Bien que Laurent Granger ne soit pas de ceux qui se posent ce genre de questions.

Tout ce qu'il veut, c'est fumer.

Fumer pour qu'on lui foute la paix.

mercredi 17 mai 2017

Oh! Baba Louchi!


Une autre victime de la mode


Vroum!


Nonchalance, apathie & aboulie


Pauvre Ludovic, hein?

Ludovic était un gars qui ne ressentait rien. Il n'était pas à proprement parler autiste. L'autisme est caractériel, à défaut d'employer une autre épithète. Or, Ludovic n'avait rien d'un caractériel. Il ne ressentait rien par absence de vie plus que par inclination. N'ayant rien vécu il ne voyait rien. Tout se limitait à son écran au-travers duquel il interprétait le monde de façon binaire, voire primaire. La réalité le dérangeait plus souvent qu'autrement. Rien ne lui était plus reposant que de retomber dans les mondes virtuels où il pouvait feindre des émotions de façon tout à fait ludique et surtout sans conséquences.

Il devait avoir autour de 43 ans, Ludovic. C'était un grand et désormais gros gaillard qui mangeait trop de tranches de pain blanc.

-Ça se laisse manger comme du gâteau du bon pain blanc frais sorti de son emballage... C'est pas mêlant je mangerais un pain à moi tout seul, qu'il se disait à lui-même puisqu'il était étranger aux confidences et autres conversations humaines réelles qui demandent du temps et de l'effort.

Son hygiène personnelle laissait à désirer. Autrement dit, personne ne désirait son odeur de swing qui rappelait celle d'un rat trouvé mort derrière un appareil électroménager. Ses dents étaient recouvertes d'une épaisse couche de tartre. Des poils lui poussaient à des endroits insolites, sur le nez, les oreilles et alouette! Ses lunettes étaient toujours sales et recouvertes d'une épaisse couche de gras et de pellicules. Il avait bien sûr mauvaise haleine et pouvait passer une semaine sans changer de pantalons ni de sous-vêtements.

-Pourquoi c'est faire que j'm'arrangerais? Chu célibataire. Personne me voit... Personne me sniffe...

Tout était en désordre chez-lui. Il ne lavait jamais rien, hormis lorsqu'il ne lui restait plus de vêtements ou d'assiettes propres. Alors il faisait cet effort surhumain de laver une assiette et de faire tremper une paire de vieux bas dans du savon...

Évidemment, Ludovic s'imaginait une vie avec les plus belles chicks qui soient sur l'Internet. Elles lui disaient toutes encore et encore, mon tout beau, active-toi, vas-y à coeur joie et à pierre fendre, mon salaud. Et il y allait, Ludovic, soir et matin, tant et si bien qu'il avait le teint blême comme une pinte de lait. Du coup, il s'endormait tout le temps. Il était toujours fatigué. Tout mouvement lui apparaissait comme s'il s'agissait de gravir l'Everest. Il avait mal partout, évidemment, et disait que c'était parce que sa chaise d'ordinateur n'était pas assez ergonomique.

Il y a des limites à se dégraisser le salami et Ludovic ne semblait pas les connaître. Il passait des heures à se tirer la pipe entre deux divertissements informatisés. C'était comme s'il fréquentait ces petites femmes de Pigalle que chantait Serge Lama. Il se croyait l'Amiral parmi ces femmes imaginaires qu'ils ne pourraient jamais connaître. Il oubliait qu'il était un drôle de loustic qui vivait dans une maison de chambres avec huit autres chambreurs tout autant polytoxicomanes que désoeuvrés.

Les pleurs, les rires, la joie, la tristesse, le deuil, la maladie, la souffrance, la misère, l'injustice sociale, tout cela lui semblait étranger. C'était de vagues échos de primates. C'était pour les autres, ceux qui perdaient leur temps à vivre dans la réalité. Le ouèbe lui fournissait sa dose quotidienne de soma pour endormir cette conscience maladive qui rend les êtres humains insupportables et nous oblige parfois à leur répondre par des gestes et des paroles qui ne veulent strictement rien dire pour un gars comme Ludovic.

Or, l'inconcevable s'est produit dans la vie de Ludovic. La semaine dernière, alors qu'il s'installait devant son écran avec un sac de pain blanc et très frais, il constata qu'il n'avait plus de service Internet.

-Qu'est-ce qui se passe? paniqua-t-il, tout en sueur.

Il appela son fournisseur. Pas de réponse. Les lignes téléphoniques étaient surchargées. Un message laissait entendre qu'il y avait une panne majeure du système. C'en était trop!

Ludovic se mit à pleurer à chaudes larmes, lui qui n'avait pas pleurer depuis au moins dix ans.

-Qu'est-ce que j'va's faire? Qu'est-cé j'va's d'venir? Qui c'est qui pense à moé?

Comme si ce n'était pas déjà assez de souffrances à endurer, une panne d'électricité s'ajouta, consécutivement à une inondation dans le bas de la ville.

Ludovic, totalement désespéré, sortit son GameBoy. Comme il ne l'avait pas utilisé depuis longtemps, la batterie était à plat.

-Fuck! Quelle journée de marde! hurla-t-il. Ils ne pensent qu'à eux, les inondés!!!

Qu'allait-il faire? Lire un livre? Il n'en avait pas. Ou si peu que ça ne valait pas la peine d'en parler.

En désespoir de cause, il se mit à faire la conversation avec les autres chambreurs. Évidemment, toute la conversation de Ludovic tournait autour de lui, de ses jeux, de ses vidéos, de tout ce à quoi il n'avait pas accès en raison de cette panne majeure d'informatique et d'électricité.

-J'ai l'air de quoi, hein, hein? qu'il leur disait. J'pourrai pas jouer à Last Frontier!!! J'étais rendu au huitième tableau... Shit! J'aurais envie de tuer!

Et Ludovic, bien entendu, s'étonnait de la froideur des autres chambreurs.

C'était comme s'il n'existait pas.

Comme si personne ne s'intéressait vraiment à ce qui l'intéressait le plus au monde...

-Les gens sont devenus insensibles, murmura-t-il dans un chuintement rempli d'amertume. Ils ne savent plus s'émouvoir de quoi que ce soit... Je fais bien de m'isoler de ce monde devenu trop froid et trop nonchalant!

Il retourna se coucher en souhaitant qu'à son réveil le courant serait revenu.

Franchement, cette journée-là n'était pas la sienne...

Pauvre Ludovic, hein?




mardi 16 mai 2017

Les difficultés de la physique quantique


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Vers des cieux plus cléments


L'extinction de la sensibilité

La pire tragédie de notre temps est l'extinction de la sensibilité.

Vous pourrez dire que j'exagère, que je deviens un vieux con. Pourtant je constate que tout est réduit à l'état de spectacle que l'on approuve ou pas, sans plus.

Le monde n'est plus une volonté de représentation, comme nous le soufflerait à l'oreille Schopenhauer. Le monde est plutôt devenu une représentation. La mort d'un homme y est tout autant une distraction que le déracinement de quarante forêts. On quittera à peine son portable pour regarder la réalité en pleine face. On la zoomera, la filtrera et y mettra du bruit par-dessus en disant qu'on y était.

On vous trouvera étrangement sensible de vous en faire pour une pauvre vieille qui traverse la rue en se faisant klaxonner par des imbéciles.

-Qu'elle prenne la piste cyclable!

-Oui mais elle est à pieds et infirme...

-Chu-tu infirme moé? Non! Qu'a' mange d'la m... Qu'a' s'achète un char...

Vous pensez encore que j'exagère? C'est que vous ne connaissez pas l'âme de vos contemporains qui baigne dans un tas d'immondices. Tant et si bien que parler d'une âme relève vraiment de la spéculation métaphysique. Spéculation qui, comme la sensibilité, a été remplacé par des réflexes conditionnés que l'on tient pour des attitudes normales, à défaut de pouvoir dire qu'elles sont naturelles.

***

Je commente rarement mes commentateurs. Cependant j'ai accroché sur un commentaire suite à ma dernière publication dans le HuffPost où je parlais de la résilience des pissenlits. Un monsieur jugea bon de me ramener sur Terre.

-C'est ça! Retournons tous vivre dans des cavernes pour s'occuper des pissenlits! écrivait-il substantiellement.

Sur sa photo de profil, on pouvait voir une automobile perdue dans un nuage de gaz. Un type qui se définit par une telle image ne peut qu'en vouloir aux pissenlits d'exister. Cela me rassurait. Même si ça me désolait aussi. Cela me rappelait que l'écologie n'est pas un combat encore gagné.

Pour ajouter à l'insulte, l'hurluberlu laissa même entendre que ça allait mal dans le monde à cause de ceux qui veulent protéger les pissenlits au lieu d'être réalistes. Les guerres, les viols, les génocides et tout ce que vous voudrez sont occultés. On ne saurait tout de même pas accuser les contemplateurs de pissenlits de tous les crimes. Mais on leur reconnaîtra celui de vouloir freiner le progrès, le charbon, le pétrole, l'asphalte et le nucléaire...

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J'aurais beau m'évertuer à décrire la beauté indicible des fleurs, il est certain qu'il s'en trouvera des masses pour persifler. Ce sont ces masses qui élisent invariablement des leaders forts à la mâchoire carrée qui n'entendent pas s'enfarger dans les fleurs du tapis. Les âmes sensibles sont priées non seulement de s'abstenir de critiquer, mais aussi de céder tout le terrain aux bétonneuses.

S'émouvoir pour des fleurs, pour le sort d'un itinérant ou la mauvaise fortune d'un réfugié, tout cela relève d'un tempérament qui n'est certainement pas d'acier trempé.

Pour tout dire, ça fait mauviette.

Du genre qui ne mangerait pas de grosses tranches de steak épaisses comme ça accompagnées de frites surgelées.

On n'en a rien à foutre des mangeurs de tofu. C'est à cause d'eux que tout va mal dans le monde...

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Cette semaine, en faisant ma promenade quotidienne, j'ai vu au moins vingt petits ormes d'une dizaine d'années pousser sous un vieil orme centenaire. C'était à deux pas de la voie ferrée, dans le quartier Saint-Philippe, à Trois-Rivières.

Les ormes n'ont jamais été plantés là. Ils ont poussé tout seul à force d'être oubliés ou épargnés des employés attitrés à la tonte des pelouses environnantes.

Ils sont devenus trop gros pour être déracinés, que je me plais à croire sans me faire trop d'illusions.

En tout cas, ils résisteront aux attaques d'un ivrogne qui en voudrait à l'univers en les croisant. Jamais il ne réussira à les détruire. C'est trop tard. Il fallait y penser avant.

Cette petite forêt de vingt ormes est jailli de nulle part et je suis peut-être le premier ou le deuxième à l'avoir remarquée.

Bien que les promoteurs s'activent à dépouiller toute trace d'environnement naturel dans ma ville, pour rappeler aux citoyens que nous ne vivons plus dans des cavernes, il semble que les plantes et les arbres continuent de croître, malgré tout et malgré nous.

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Nous ne vivons plus dans des cavernes. Ça non! L'été, en pleine canicule, on recommande aux vieillards et autres malheureux atteints de problèmes respiratoires de ne pas sortir. L'air est tellement vicié qu'il est alors préférable de respirer de l'air conditionné, comme si nous vivions sur la planète Mars. Nous respirons donc de l'air artificiel dans nos maisons, nos véhicules, nos lieux de distraction. Et nous regardons la nature par le hublot, voire par le téléphone dit intelligent.

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-C'est quoi ces fleurs jaunes, là?

-Ces fleurs-là?

-Oui... les jaunes...

-Ce sont des pissenlits...

-Ah bon... Je préfère les roses. Il y a de grosses serres sur le bord de l'autoroute 20. On peut en acheter à la douzaine et pour pas cher...

-Hum...

-T'as vu la dernière vidéo du gars qui se rentre du poivre de cayenne dans le derrière? C'est sur YouTube.

-Hum...

***

Insensibles. Je vous le dis. Nous sommes devenus insensibles. C'est-à-dire bons à rien.

Voilà ce qui explique cette manie que j'ai de fréquenter des fous.

Je m'excuse auprès de ceux et celles que je fréquente de les faire passer pour des fous.

C'est pourtant un compliment que je leur fais.

Je m'accroche à leur folie comme d'autres s'accrochent à leur char et leur maison.

Chacun ses priorités.

Les miennes partent et reviennent toutes vers le coeur.

Je suis sans doute un poète.

Ou pire encore. L'un de ceux à cause de qui tout va mal dans le monde.

Que voulez-vous que j'y fasse?



lundi 15 mai 2017

Pour les amateurs de chic et de bon goût


La nuit tous les chats sont gris


Malaise dans la civilisation


C'est pas beau fumer


L'Auberge des Deux Asperges

Par où faudrait-il commencer? Par quel angle peut-on aborder l'insolite? Je veux dire ce qui n'advient jamais. Autrement, ce ne serait pas insolite... Paradoxalement, si vous êtes témoin d'un événement insolite, eh bien personne ne vous croirait puisque ce genre d'événement n'arrive jamais à personne. Vous passez facilement pour un mythomane d'avoir vu ce que d'autres seulement ont cru voir. Aussi bien vous le conseiller tout de suite, et croyez-moi que c'est un avis judicieux, eh bien, enfin bref, ne dites jamais RIEN à personne! Dès que vous dites quelque chose il s'en trouvera pour vous raconter que vous ne colportez que des bobards, que l'ascenseur ne se rend pas au plafond et toutes ces calomnies qui font honte aux authentiques chercheurs de vérité, ceux qui ne craignant pas de prendre des risques intellectuels, vous comprenez... Ceux qui vont là où personne ne va dans la conscience admise de tous. Vous comprenez? Eh bien, eh bien, oui, moi, moi vrai comme je vous le dis, j'ai été témoin d'un événement insolite. Oh pas insolite comme de voir une grosse créature gluante qui ressemble à un crapaud à face de rat musqué... Non, insolite comme tellement banal que c'est encore plus troublant de faire repousser encore les frontières de l'insolite... Eh bien, eh bien, eh bien ça s'est passé pas plus tard qu'hier. J'étais à l'Auberge des Deux Asperges, là où les chambres des voyageurs ne sont ni belles ni confortables. Les salles de bain ne sont pas crasseuses mais il y manque des tuiles de céramique ça et là, ce qui contribue aussi à l'aspect repoussant que j'attribue à l'Auberge des Deux Asperges. Pour le reste, ils y font de bonnes omelettes aux asperges, surtout quand c'est la saison. Le reste du temps on y vend des hot-dogs, des frites et des boissons gazeuses.  Toujours est-il que j'avais loué la chambre 36 de l'Auberge des Deux Asperges. La propriétaire gérait elle-même sa petite affaire. C'était une grosse rousse pas très joviale et plutôt méfiante. Mais elle n'était pas méchante pour autant. Seulement déçue par la vie qu'elle menait. cette pauvre vieille qui aurait souhaité naître sous les palmiers, et qui s'était retrouvé là, au milieu de nulle part, dans un champ à moitié inondé, à deux cent mètres d'une porcherie industrielle... Enfin! Rien d'insolite... Non Rien. C'est que l'insolite banal allait survenir. Oui, Dès que j'eusse rangé mes affaires dans la chambre 6, j'ai vu un vieillard doté d'un seul oeil qui mangeait un bol de céréales en scrountchant fort. Et, à travers ses scrountchements, eh bien il disait: "Calvâsse! El Diable est aux vaches!" Comme je vins pour lui parler, pffuit! Il disparut. Comme ça. Disparu! Je ne l'avais pourtant pas rêvé. Je n'avais pas la berlue. Je savais exactement ce que j'avais vu: un vieux borgne qui mangeait un bol de céréales, bien calé dans sa chaise berçante, et portant une calotte où l'on pouvait lire Agence Quelquechose je ne m'en souviens plus. Pffuit! Il est là! Pffuit! Il n'est plus là. Et retentit seulement le lugubre écho de ses scrountchements et de ses mots sulfureux: "Calvâsse! El Diable est aux vaches!"  Je n'ai pas pu dormir pendant des jours, puis des nuits et enfin des soirs. J'étais obsédé par cet événement et, bien entendu, je n'osai le raconter à personne. Pffuit! Popeye est là! Pffuit! Popeye n'est plus là!!! Non. Vous passez pour un fou d'avoir vu ça. On vous dit Popeye n'a jamais existé. Tu as tout inventé ça mon cher... Aha! Facile à dire... Et pourquoi j'aurais inventé ça? Parce que je voudrais que les gens s'intéressent à moi? C'est mal me connaître. La compagnie des arbres m'est salutaire. Je mange santé. J'ai une bonne hygiène de vie. Je ne suis jamais stressé. Je suis actuaire de formation. Les chiffres, c'est mon domaine, Je suis une calculatrice sur deux pattes. Donc je suis logique. Logique, comme dans deux plus deux font quatre. Ne venez pas me dire cinq. Ou six. Ou que c'est un principe de mort que d'avoir cette logique que deux plus deux font quatre... Dostoïevski,,, N'importe quoi. A-t-il jamais vu un édenté scrountcher ses céréales en parlant du Diable qui est aux vaches? Que nenni. On s'en tient encore  un peu trop la réalité courante, celle que personne ne conteste, parce que ces événements insolites arrivent rarement à un homme logique. Or, je puis me targuer d'être logique. Je vis de la logique. On me paie pour ma logique. Quel intérêt aurais-je à narguer les racines très carrées de mon existence de mon enfance jusqu'à ce jour? Donc, si je vous dis que j'ai bel et bien vu un vieux croquer des céréales en appelant le Diable et les vaches, eh bien cela mérite quelque attention. Je ne dis pas n'importe quoi. Les événements ne seraient pas insolites s'ils n'impliquaient qu'ils sortent justement de l'ordinaire. Si je vous avais dit qu'il y avait un dragon, vous m'auriez encore moins critiqué que vous ne le faites pour mon vieillard aux céréales. Parce que le dragon ajoute au merveilleux d'un récit. Il caresse notre côté reptilien. C'est ce que j'en dis. Mais le vieux qui scrountche des céréales! Aha! Ça non! Personne ne me fera croire que cela s'invente... C'est donc indubitablement un événement insolite. Avec lequel je vis. Je devrais même dire avec lequel je suis en état perpétuel de survie. Personne ne veut entendre mon histoire insolite non personne... Que voulez-vous? Vous me faites mal. Cela suffit! Vous êtes des voyous!

***

Deux préposés tout vêtus de blanc vinrent chercher Monsieur Laiglefin, de Laigletin, Thorvis et associés, C'était un petit monsieur pas très gros qui n'arrêtait jamais de parler et de gesticuler. Tous les jours, il racontait une histoire sur sa logique. Il revenait souvent avec Popeye. Mais il pouvait se montrer tout aussi loquace et, convaincu de logique, pour Roméo l'inventeur du lavabo, Algébrix le druide et autres compas qui étaient apparus subitement pendant un repas ou une sieste. Ça n'avait ni queue ni tête et pourtant Monsieur Laiglefin était sûr que c'était la vérité vraie.

Le soir, il était toujours fatigué, le vieil homme. 

Il se tenait le front entre le pouce et l'index et vous disait, sur un ton monocorde:

-Je suis fatigué... tellement fatigué...

Sa famille ne venait jamais le voir.

-Ça me fait trop mal d'el voir légume, disait son fils Bryan, un égocentrique toxique qui avait obtenu la tutelle de son père et dilapidait la fortune familiale dans des orgies à l'Auberge des Deux Asperges.



dimanche 14 mai 2017

Bonne fête des mères!


Mon atelier-galerie d'art est ouvert au public aujourd'hui jusqu'à 17 heures. Il est situé au 448 de la rue Niverville au centre-ville de Trois-Rivières. Bonne fête des mères!

Rêve

Winsor McCay, Little Nemo in Slumberland, 1908
Je m'en allais allègrement sur mon vélo lorsque j'entendis un pfffuite qui me fit automatiquement l'effet d'une crevaison. Je me suis arrêté pour vérifier mon pneu arrière. Je ne m'étais pas trompé.

J'étais encore loin de chez-moi. Peut-être à cinq ou six kilomètres. J'ai donc marché aux côtés de mon vélo au pneu crevé. Tous les deux, la bête et la machine, nous en allions cahin-caha vers la maison.

C'est là que je vis une maison pauvre dans un quartier pourtant chic. Ils avaient transformé leur modeste taudis en piscine avec de grandes bâches de plastique bleues savamment agrippées aux murs pour retenir les eaux.

-Viens t'baigner el' gros! me criaient une cohorte de gens pauvres, bouteilles de bière à la main.

Je vins les voir et, à mon grand étonnement, m'empara d'une bière qu'ils me tendaient et pataugeai avec eux quelques minutes. Puis je repris la route sous les pleurs de ces pauvres gens qui s'attristaient de mon départ, comme si j'eusse été un quelconque chevalier errant avec sa Rossinante Peugeot qui semblait destinée elle aussi pour l'équarrisseur.

Je marchai tout le long d'un dépotoir à ciel ouvert pour une raison qui m'échappe puis m'étonnai d'être arrivé au parc portuaire de Trois-Rivières. Un énorme bateau de croisière occupait tous les quais. Il n'y avait pourtant pas âme qui vive. Mais je comprenais en mon for intérieur que Tonio avait besoin d'une pizza...

Qui est Tonio? Eh bien c'est un gars qui avait le malheur de sortir avec une fille qui racontait tous les travers de sa sexualité peu conventionnelle dont personne n'oserait se vanter. Il avait coutume, en outre, de se rentrer des légumes dans le fondement après les avoir tiédis dans un bac d'eau presque chaude. Pas besoin de vous dire que personne ne voulait des salades et des mijotés de légumes de Tonio.

Je ne sais pas pourquoi je lui apportai de la pizza. sur le bateau de croisière. Pourquoi je pris en pitié cet abruti. Et pourquoi je réussis à passer mon corps énorme par un tuyau d'à peine six pouces de diamètre pour lui remettre une pizza. Il me sembla ému. Il prit ma pizza et s'enferma dans le garde-robe de sa petite cabine pour la dévorer. Je sortis par un hublot d'à peine six pouces de diamètre lui aussi.

Mon vélo n'était plus là. Il y avait un dépotoir à perte de vue. Et l'un de mes amis grattaient sa guitare électrique sur un tas de détritus.

-Ça te tente-tu de jammer Boutch? qu'il me demanda.

Je sortis mon harmonica de ma poche et jammai avec lui, comme si de rien n'était.

Puis je me réveillai dans mon lit...

vendredi 12 mai 2017

Toulidoudlidi goudloudloudloulalilontte

-C'est toulidoudlidi goudloudloudloulalilontte!

Voilà ce qu'il laissait entendre, d'un bout à l'autre de la ruelle, en revenant à vélo avec les guidons surchargés de sacs d'épicerie.

Il avait une façon toute particulière de débarquer de son vélo. C'était comme s'il rapetissait devant lui. Comme s'il le quittait sans se blesser entre les deux jambes si vous voyez ce que je veux faire voir. Pfff! Le vélo suivait son chemin avec ses guidons surchargés et atterrissait simplement contre la clôture, comme s'il y eut toujours été.

Sa démarche n'en était que plus libre et plus déhanchée.

-Ho! Ho! Oui mesieu, mesieu, mesieu... tibizoune-su-a-flaye...

En plus de faire des onomatopées, Vital n'était rien d'autre. C'est ce qu'il ne prétendait même pas.

-J'suis rien. Comment voulez-vous prétendre à rien? J'prétends à rien. J'prétends pas. Chu pas prétentieux. Chu rien.

Ce petit bonhomme de soixante ans, maigre comme un cure-dent et osseux comme un chien mort, n'avait plus aucune ambition. C'était mieux comme ça. Il vient un temps où l'on cesse de virer fou. Ce qui permettait à Vital de ne plus s'en faire. Physiquement, il ressemblait à Marty Fledman. Il souffrait comme lui de strabisme divergent. Et ses yeux exorbités avaient clairement un effet hypnotisant.

S'il faisait des toulidoudlidi c'était pour attirer tous les chats de la ruelle qui répondaient à cette appel humain en se frôlant contre les poteaux comme des chattes en chaleur.

C'est que Vital leur apportait toujours des Ouizquisses. Et les chats raffolent des Ouizquisses.

Vital arrivait en faisant ses toulidoulidi sur son vélo qui se garait tout seul, il brassait son sac de Ouizquisses et zoup! Tous les chats étaient là. Le gros roux qui pleure tout le temps avec une voix quasi humaine. Le blanc et noir qui a l'air soupçonneux. La grosse Grisoune, la colleuse, et Tigrou celui qui rapporte des oiseaux morts en cadeau.

-Mangez les p'tits minous! Toulidoulidi!!!

Ils mangeaient.

Sa voisine d'en face, Rolande, l'observait d'un oeil torve. Elle avait en avait assez de voir les chats venir pisser sur ces sacs de vidanges près du carreporte.h

Cétait une petite madame desséchée qui passait son temps à parler contre ses voisins.

-En plus, lui i' faut qu'i' les attire! On n'en a déjà pas assez de chats comme ça Jéritol!

Or, Grisoune était justement en train de pisser sur ses sacs. Rolande était en beau joual vert. Elle prit la bouilloire qui venait tout juste de chauffer. Puis elle ébouillanta Grisoune qui en vint le dos rond et toute méchante, tant et si bien que Rolande laissa tomber la bouilloire et courut s'enfermer chez-elle tandis que Grisoune, brûlée au troisième degré, rugissait comme une lionne blessée en promettant de se venger du genre humain.

-RRrrrooouyn!

Vital était en beau fusil.

-Madame Rolande! Franchement! Vous pouvez pas faire mal à Grisoune! Qu'est-cé qu'a' vous a faitte Grisoune, hein?

-Vas-t'en chez-vous maudit innocent! C'est pas d'tes affaires! lui cria Rolande au travers de la porte-moustiquaire. J'te dis-tu quoi faire moé? Achale-moé pas pis en r'tourne-toé don' chez-vous maudit tata!

-M'a vous en faire maudit tata madame Rolande! J'vous trouve pas fine fine d'ébouillanter Grisoune de même... Ça va vous suivre dans votre karma!

-Karma-moé un oeil maudit quecombre! Tes chats j'veux pas les voir! Si t'aimes ça d'vivre dans 'a pisse de chats fais pas vivre les autres dans ta pisse!

-Vous devez beaucoup souffrir dans la vie pour m'parler d'même madame Rolande... Vous me faites pitié...

-Pitié-moé un oeil! Décrisse pis mange d'la marde! Maudit malade!

Vital passa une très mauvaise soirée.

Il se demanda si Grisoune allait survivre.

Il ne l'avait plus revue. Peut-être en était-elle morte?

-Les êtres humains sont méchants. N'est-ce pas mes p'tits chats? Toulidoudlidi goudloudloudloulalilontte !

jeudi 11 mai 2017

B-i-n-g-o!!!


La résilience des pissenlits

J'ai vu fleurir les premiers pissenlits de la saison cette semaine. Le pissenlit est ma fleur préférée. Il pousse partout, même dans les quartiers pauvres. Un peu de poussière dans la craquelure d'un trottoir lui suffit pour éclore. On le considère souvent comme de la mauvaise herbe. On l'arrache. Et pourtant, il revient toujours. 

J'y vois un symbole pour les miens, pour tous ceux et celles qui bûchent, perdent leur emploi, tombent dans la misère et malgré tout se relèvent. S'il fallait faire une révolution, ce ne serait pas les oeillets du Portugal qui nous représenteraient le mieux, mais le pissenlit. J'y verrais un signe puissant de défi et de résilience lancé tant aux gouvernements corrompus qu'aux promoteurs du capitalisme sauvage. Vous croyez venir à bout des gueux? Ils résisteront et repousseront partout, comme le pissenlit et le chiendent.

Il est sans doute dommage que je ternisse un tant soit peu l'image du pissenlit avec de telles considérations politiques. Je vous avouerai que c'était plus fort que moi. Quand je vois un pissenlit poussé, je ne peux pas m'empêcher de voir le peuple debout. Le temps des pissenlits cela me rend sentimental. Cela vaut bien le temps des cerises... Ce n'est pas aussi savoureux que les cerises, les pissenlits, mais ça se mange en salade. Et les racines, bues en infusion, auraient des vertus diurétiques. D'aucuns produisent même du vin à partir des fleurs de pissenlit. Je n'y ai jamais goûté, pour dire vrai, mais je sais que le grand-père d'un de mes amis, boulanger de métier, en faisait une production artisanale. Je devrais m'y mettre pour perpétuer une tradition qui malheureusement se perd. 

On arrachera sûrement des tonnes de pissenlits pour rien au cours des prochains jours plutôt que d'en faire du vin, de la confiture ou de la salade. Comme on jettera ses choux gras, une expression populaire qui signifie aussi se débarrasser de choses encore bonnes. 

Pour avoir le privilège d'avoir une belle pelouse dépouillée de toute vie, on s'en prendra non seulement aux pissenlits et aux choux gras, mais aussi aux champignons et aux fruits sauvages.

À Trois-Rivières où j'habite, tous les terrains où j'allais cueillir des fraises sauvages n'ont pas résisté à la bêtise de l'homme civilisé. Les herbes hautes ont été rasées dans toute la ville pour que cela fasse plus propre. Les champs où j'allais récolter des mûres et des bleuets ont été remplacés par des habitations d'autant plus laides qu'elles me privent d'une ressource alimentaire qui faisait ma joie. 
Les framboisiers de mon enfance sont disparus pour laisser place à un terrain de golf bourré d'insecticides qui se mêlent à la nappe phréatique et contaminent l'eau de source froide et fraîche où j'allais m'abreuver, heureux qui comme Ulysse revenant de voyage...

Vous me direz qu'on n'arrête pas le progrès.

Et vous aurez sans doute raison. Personne n'a réussi à l'arrêter, le progrès.

Chaque année, on perd un milieu humide, un marécage, une petite forêt, des arbres. On remplace tout ça par des stationnements asphaltés pour servir tous ceux qui ne bougent jamais leurs gros culs. On édifie des pyramides de gypse. On coule du béton. Puis on replante des cyprès et d'autres fleurs exotiques que l'on sculpte pour nous rappeler que nous ne sommes pas des sauvages. Ou bien que nous ne valons pas mieux que ceux qui ont failli exterminé tous les bisons d'Amérique.

Ensuite, eh bien l'on s'étonne qu'il y ait tant de glissements de terrain. Les racines des arbres maintenaient les sols en place voyez-vous. Mais on a beau dire, tout le monde s'en moque.

Comme il y a moins d'arbres pour diffuser de l'oxygène et préserver de la fraîcheur au sol, on finit par étouffer en ville. Le taux de pollution augmente évidemment, mais ne le dites pas trop fort: vous passeriez pour quelqu'un qui ne comprend rien à rien, un genre de rêveur idéaliste qui bouffe des pissenlits.

Malgré tout cela, je me réjouis à l'idée que la nature n'aurait besoin que de quelques années pour reprendre ses droits. 

J'ai vu cette semaine une clôture surmontée de fils de fer barbelés en pitoyable état. Des plantes grimpantes avaient assailli la clôture et avaient fini par l'abattre au bout de quelques années.

J'ai vu des terrains devenus vagues suite à l'incendie d'un immeuble se transformer en champ de fraises sauvages en moins de trois ans.

Et surtout, j'ai vu, je vois et verrai encore des pissenlits, partout, pour me rappeler qu'on ne viendra jamais à bout de la beauté malgré tous nos efforts pour enlaidir nos villes et nos villages.

Ces propos bucoliques ne doivent évidemment pas vous faire oublier de répandre des insecticides sur votre belle pelouse. Ce qu'en pensent les arbres et l'eau que vous boirez relève de la spéculation métaphysique. Alors que vos voisins, en chair et en os, ne vous pardonneraient pas de transformer leur beau quartier en terrain vague recouvert de pissenlits, de choux gras, d'asclépiades, de champignons et autres fruits sauvages. Il y a des limites à se laisser aller ainsi. Il y a des limites à se comporter comme un sauvage...