mardi 16 janvier 2018

Don Quichote / Projet en cours

Je vais vous épargner avec la politique aujourd'hui. La machine à produire de l'art est repartie. Je travaille en ce moment sur le projet d'une toile représentant Don Quichote. Je m'amuse donc à faire de petits dessins qui devraient me mener vers quelque chose de plus touffu.

Je ne tiens pas à reproduire ce qui s'est déjà fait. Autrement ça ne vaut pas la peine. Alors j'explore. Quitte à tout compromettre, dont la version de Cervantès.

Je vous reviens avec d'autres niaiseries un peu plus tard.


lundi 15 janvier 2018

Céréale Caouette

Céréale Caouette était une bonne femme. Ou bien une femme bonne si vous préférez. Ce n’est jamais évident de jouer avec les mots.

En tout cas elle était gentille, Céréale.

Elle s’appelait Céréale parce que ses parents étaient particuliers. Ils étaient du genre à se promener avec des fleurs dans les cheveux. Et Céréale, ils trouvaient ça nourrissant.

Céréale adopta un surnom pour contrecarrer l’effet loufoque de son prénom. Elle se fit surnommer Wa. Wa comme dans Oua. Wa comme pourquoi pas. Je ne pourrais même pas vous dire d’où venait ce Wa. Mais il était clair que Céréale Caouette n’était maintenant connue que sous ces deux lettres : Wa.

Wa était une bonne femme. Ou bien une femme bonne si vous préférez. Et n'était pas bonne en-soi mais plutôt bonne dans la soie. Elle faisait de la couture à vil prix. Travail, chômage et aide sociale. Puis le cycle reprenait. Inlassablement. Toujours naufragée du capitalisme sauvage et sans espoir de s'en sortir.

Et elle faisait son bonhomme de chemin dans la vie.

Le seul hic c’est qu’elle n’avait jamais d’argent même lorsqu'elle travaillait. Comme c’est le cas de la majorité des gens en ce monde. Il ne suffit pourtant que de tomber dans un voisinage où tout n’existe que par et pour l’argent pour se sentir subitement diminué, sinon humilié.

Wa se sentait toujours mal de n’avoir jamais rien.

Et on la faisait sentir mal parce qu’elle n’avait rien.

À part de ça, elle était gentille, faisait sa bonne femme de chemin même si elle n’avait pas un rond.

«Pourquoi tout ce qui compte c’est l’argent?» demandait-elle naïvement à tout un chacun.

«Qu’est-cé tu veux qu’on fèze?» lui répondait-on en se frottant le nez.

Céréale Caouette, alias Wa, n’était pas riche.

Elle avait donc tort sur toute la ligne.


Des gens qui n’ont rien, comme ça, si on se met à leur prêter attention on pourrait finir par oublier de faire encore plus d’argent.

Ce n'était, bien sûr, qu'un vulgaire exercice d'anthropologie.

Oubliez ça.

La vie des vedettes est tellement plus palpitante...

dimanche 14 janvier 2018

Plufaude et le trou à merde

Plufaude allait à l'école depuis qu'il avait miraculeusement trouvé le moyen d'avoir accès au savoir via une tablette qu'un cousin du Québec lui avait donnée. Il lui avait expliqué comment se brancher gratuitement sur le WiFi via certains points de service de Port-au-Prince. Puis il lui avait laissé un chargeur solaire pour qu'il puisse donner du jus à sa tablette.

Plufaude avait quitté l'école le 12 janvier 2010. Ses parents avaient aussi quitté ce monde le même jour. En fait, la perle des Antilles avait été détruite ce jour-là par un tremblement de terre qui fit plus de 100 000 morts ainsi qu'une multitude de blessés et de sans-abris.

Quoi qu'il en soit, Plufaude avait traversé l'enfer au cours des sept dernières années. Tant et si bien qu'il ne savait plus par où commencer pour vous raconter son parcours. Il savait d'instinct que les gens autour de lui seraient passés à autre chose. Tout le monde était en mode survie.

Plufaude est passé par les camps de réfugiés puis a vécu de trois fois rien avec les dix fois rien qu'il trouvait ici et là.

Depuis qu'il avait sa tablette, Plufaude s'était cependant mis en tête de s'instruire.

Il n'allait pas utiliser sa tablette que pour jouer à des jeux en ligne et échanger des photos de petits chats.

Plufaude fit ses classes avec sa tablette. Il apprit d'abord le français de A à Z. Il faisait encore quelques fautes mais son niveau d'écriture était déjà supérieur en finesse et en justesse à celui de la majorité de nos étudiants de niveau collégial au Québec. Puis il se mit à utiliser sa tablette pour faire des affaires. Pour financer ses études en quelque sorte. Ce serait long de tout vous détailler ça.

Quoi qu'il en soit, Plufaude était en train de se tirer de ses malheurs.

Puis vint le 12 janvier 2018.

Le Père Ubu qui habite la Maison Blanche désigna son pays de trou de merde.

C'était les voeux du président des États-Unis aux victimes du tremblement de terre de 2010.

Il prit soin quelques semaines auparavant de se débarrasser des réfugiés haïtiens jusqu'alors protégés par Obama pour pouvoir mieux se défouler sur Haïti.

Plufaude ne fût pas très heureux d'apprendre que le président des États-Unis disait de telles sottises et indignités.

Ça lui fit un peu mal à l'âme de constater que Babylone gouvernait encore le monde.

Puis il prit son cellulaire et parla à son cousin Charles, lequel demeurait à Montréal.

La conversation eut lieu en créole. Charles le parlait mal mais il s'y tentait tout de même.

Il apprit que Plufaude avait été accepté à la faculté de médecine de l'Université Laval suite à toutes sortes de démarches difficiles à vous expliquer ici sans abuser de votre patience.

Et il promit à son cousin Charles qu'un jour les trous du cul comme Donald Trump ainsi que tous les médiocres politiciens corrompus d'Ayiti n'auraient plus aucune influence sur le sort du monde.

jeudi 11 janvier 2018

L'histoire du gars qui voulait sauver Le Monde.

Ce gars-là était plutôt un mauvais gars qui avait appris à bien se raser et à sentir un peu moins la sueur au fil des années. Il avait investi dans toutes sortes de combines et s'était constitué un petit magot à force d'économiser sur le bénéfice de ses larcins. Les tempes grisonnantes, le dentier un peu trop large pour sa bouche, ce gars-là, eh bien il s'appelait Raymond Mondoux. Mais tout le monde l'appelait Ray. Ou Momon. Ou jamais.

Raymond Mondoux voulait sauver Le Monde.

Le Monde avait fermé ses portes depuis le mois de décembre. Le printemps arrivait. Monmon s'était dit qu'il y avait encore du profit à tirer de ce restaurant.

Il acheta donc Le Monde, fit des rénovations, et le rouvrit sous la même enseigne avec le même menu légèrement amélioré. Tous les menus seraient pré-congelés. Il n'y aurait plus de cuisinier. Seulement des types qui dégèlent des menus au micro-ondes et tentent de faire passer ça pour de la fine cuisine à 5,99$ l'assiette.

Les employés furent bien sûr traités comme de la marde. On ne sauve pas Le Monde sans faire de sacrifices. Et ce sont les esclaves qui en subirent les frais. Ils accomplissaient dorénavant l'ouvrage de trois personnes. Et Ray avait établi un véritable régime de terreur, faisant tout en son possible pour contourner les Normes du Travail et crier après ses serviteurs.

Ce qui devait arriver arriva. Ray fût identifié comme étant un étron sur deux pattes qui traite mal son staff sur les réseaux sociaux. Les projecteurs étaient braqués sur cette nouvelle vedette du capitalisme sauvage.

Le Monde ne fût pas sauvé. Enfin, pas cette fois-là.

Les affaires de Raymond Mondoux périclitèrent.

Il dut fermer Le Monde.

Les années passèrent.

Le local qui abritait Le Monde était désert, comme tous les autres locaux commerciaux autour.

Le monde ne sortait plus au centre-ville.

En fait, le monde ne sortait plus du tout.

Le monde restait à la maison en se préparant des pizzas surgelés pour souper.

Puis, un jour, il y eut comme des réunions d'alcooliques anonymes qui se tenaient dans le local vide de l'ancien restaurant Le Monde.

D'une réunion à l'autre, il y avait pas mal de monde. Et cela devint une maison de thérapie.

On y soigne tous les éclopés du centre-ville. Et il y en a beaucoup. Et tout autant de locaux vides, à vendre ou à louer.

Comme quoi Le Monde sert encore à quelque chose...

Et Raymond Mondoux? Je ne sais pas. Tout le monde se contrefout de ce qu'est devenu Raymond Mondoux. Sauf moi qui suis un peu trop sensible.


mercredi 10 janvier 2018

L'islamophobie selon le PQ


La peur des musulmans au Québec


Cela fera bientôt un an qu'est survenu l'attentat de la mosquée de Québec.

La justice se chargera de sévir contre le responsable de l'attentat. Et il serait bien sûr déraisonnable de soutenir des thèses que même les avocats d'Alexandre Bissonnette ne soutiendraient même pas. Mais qu'est-ce que la vérité? comme dirait Ponce Pilate. Tout le monde s'en lave les mains. Pourvu que l'on se conforte dans son idéologie. Son monde tellement à l'ombre que la lumière n'y pénètre plus.

L'islamophobie n'est plus théorique depuis l'attentat de la mosquée de Québec. Elle porte une histoire. Et elle baigne dans le sang cette histoire.

On vous dira que la religion n'est pas une race. Que nulle religion n'est exempte de critique. 

Je ne dirai pas le contraire puisque je ne pratique aucune religion et ne crois pas au concept de race.

Les juifs allemands n'étaient pas une race. On y a pourtant stigmatisé cette communauté tout au cours des années '20, les accusant d'être fourbes, de vouloir dominer le monde et même de manger des bébés pendant le sabbat. On les a écartés de toutes les institutions publiques dans les années '30. Puis on les a menés vers la mort dans les années '40. Plusieurs intellectuels européens ont malheureusement collaboré avec le projet d'exterminer les juifs d'Europe. Ils ont trouvé toutes les logiques du monde pour justifier le massacre. C'était scientifique. C'était comme nettoyer sa maison des rats et des souris.

On aurait pu croire qu'on tournerait à jamais la page sur cette sombre période de l'histoire de l'humanité. Qu'on se dirait tous et toutes que cela ne doit plus jamais se produire. Eh bien non! Ça revient. Et il faudra encore une fois nous soigner de la peste brune.

Je constate que les membres de la communauté musulmane sont quotidiennement stigmatisés non seulement par de piètres personnages des médias sociaux mais aussi par les soi-disant professionnels des médias commerciaux. Des journaux jaunes sont imprimés tous les jours pour distiller la peur des musulmans au sein de la communauté. On s'indigne sur la base de rumeurs, quiproquos et fausses nouvelles abondamment reprises par les médias poubelles qui, à l'instar de Radio Mille-Collines au Rwanda, font appel à la vindicte contre les rats, les parasites, les serpents...

Le racisme existait aussi dans l'Allemagne des années '30 et ne visait pas que la communauté juive. Cependant, il est évident que la communauté juive servit de bouc émissaire à la propagande nazie. 

Et c'est idoine pour la communauté musulmane qui passe dans le tordeur bien au-delà d'une simple critique religieuse...

Je rappelle par ailleurs que l'extermination des Sioux a été facilitée dans l'opinion publique américaine à la suite d'un certain Sitting Bull qui célébrait la religion de ses ancêtres dans les Plaines, pratiquant la cérémonie sacrée de la Ghost Dance qui terrifiait les gentils colons dotés évidemment de la vraie religion.

Je pense qu'il y a lieu de faire notre examen de conscience en tant que communauté.

Il y a lieu de réfléchir sur la notion de vérité.

Le premier devoir d'un ou d'une patriote, selon moi, reste encore de protéger les minorités de la majorité. C'est d'ailleurs cette attitude qui permit à notre pays de devenir justement une terre d'accueil. Il serait dommage de sacrifier une si belle conception de la vie ensemble pour satisfaire la rage de personnes fondée sur des rumeurs et des reportages fallacieux de TVA Nouvelles.


lundi 8 janvier 2018

Exégèse des stupidités racistes entendues fréquemment sur les médias sociaux



1- La religion n'est pas une race

Cette affirmation n'est pas illogique en-soi. D'autant plus que l'on ne croie pas au concept de race. Cela dit, on retrouve souvent cette formule chez ceux qui dissimulent ou ignorent (peut-être) leur racisme. Cette affirmation justifie la stigmatisation de la communauté musulmane, des «Arabes» pour faire court, puisque les Arabes forment une race.  La religion n'est pas une race... Allez dire ça aux Juifs qui ont survécu à l'enfer du camp de concentration d'Auschwitz. S'il en reste.

2- Je ne suis pas raciste mais

Tout ce qui vient après le mais est une logorrhée de propos ignobles et indignes d'être repris ici.


3- Ils nous demandent de les respecter, alors qu'ils nous respectent!

Les femmes ont obtenu le droit de vote au 20e siècle. Les hommes qui s'opposaient au vote des femmes trouvaient que les suffragettes manquaient de respect envers les hommes... Martin Luther King manquait de respect envers les Blancs qui travaillent dur pour tolérer des Noirs dans leurs affaires. Et même que les Visages Pâles ont bâti des toilettes rien que pour les «gens de couleur»... Quels ingrats ces Noirs qui passent leur temps à revendiquer!

4- Ils mangent des bébés

On disait des Juifs qu'ils mangeaient des bébés. Des Sioux qu'ils scalpaient tout le monde. Tout ce que l'on dit à l'encontre des Musulmans est souvent du même ordre. Rien que du racisme ordinaire. Avec les «preuves» à l'appui. Le Protocole des Sages de Sion par exemple: un faux fabriqué par la police du Tsar de toutes les Russies et réimprimé par les gogos qui croient au complot des Illuminatis et autres Reptiliens à la peau grise...

5- Djemila Ben Habib

C'est comme demander à un Québécois parti vivre en Alberta de ne pas dénigrer le Québec et les mesures sociales d'extrême-gauche du cheikh Philippe Couillard, adorateur de Karl Marx... Comme s'il avait une poussière libertarienne dans l'oeil qui faussait son jugement et l'incitait à déformer la réalité.

6- Pourquoi ils viennent icitte s'ils ne nous aiment pas?

Je ne vous aime pas, vous les racistes, et pourtant je ne suis pas encore parti. Par contre, je les aime bien, eux, les étrangers. C'est comme s'ils apportaient un peu d'air frais dans un contexte qui sent le renfermé. Un besoin de décoloniser notre pensée, de revoir nos certitudes, d'ouvrir la société à des innovations et discussions d'un autre ordre.

7- 319

Il y a des limites à ne pas dépasser quand on argumente avec un raciste. Il ne faut pas oublier que nos chartes des droits et libertés canadienne et québécoise nous protègent des préjugés comme du racisme. Sans compter l'article 319 du Code criminel canadien qui est très clair à cet effet. Quelqu'un prétend qu'il faut expulser les Musulmans du pays? Relevez son identité. Article 319. Et qu'il mange sa marde. Merci bonsoir.


#319racistes


samedi 6 janvier 2018

Le bon Léon

Léon a toutes les qualités du monde bien que d'aucuns l'auraient traité de raté. Heureusement que Léon ne croise aucun de ceux-là sur son chemin.

-J'vis parmi du bon monde... dit Léon. C'est facile d'avoir les qualités du bon monde parmi tant de bons exemples...

J'oubliais de vous présenter ses formes pour que vous puissiez vous en faire une image mentale.

Léon ressemble à Lou Reed. Et si vous ne savez pas plus qui c'est, mettons Tony Curtis. Ou René Simard. En tout cas, Léon ne ressemble ni à vous ni à moi.

Il vit humblement. Son statut change aux neufs mois. Il passe de l'assistance sociale au travail, puis du travail au chômage, et du chômage à l'aide sociale. Le cycle normal de la survie au pays de l'injustice. Et ne me demandez pas de tout vous expliquer. Il ne suffit que d'arrêter de se regarder le nombril et de renifler l'air vicié des quartiers pauvres un tant soit peu.

Or, Léon est une bénédiction pour son quartier.

Il n'a rien, mais il a tout.

Il a, d'abord et avant tout, son éternel sourire aux lèvres.

On le voit piquer de saintes colères, de temps à autres, mais elles ne durent jamais longtemps et font place à des chansons burlesques de son cru à propos des patates, des carottes et des oignons.

-Patate que oui! Patate que non! Carotte rote l'oignon! Excusez-là! Pompompompom...

Et il poursuit son chemin en chantonnant, communiquant de bonnes paroles aux uns et aux autres, aidant tout un chacun, faisant même de son logis un refuge pour tous les miséreux et loqueteux de son coin.

On vient chez-lui pour prendre un café. Il en a toujours pour tout le monde. Il achète de grosses boîtes de café en spécial. Et ses invités ne font jamais les difficiles. À cheval donné, on ne regarde pas la bride. Et toutes ces sortes de choses.

Donc, Léon est foncièrement un homme bon. Il ne juge personne. Il a des bons mots pour les menteurs et les vauriens. Il trouverait moyen de pardonner un tas de marde.

De temps à autres, pour aider les pauvrichons affamés vers le milieu du mois, il organise chez-lui des repas communautaires. Rien de bien compliqué. Du spaghetti ou des bines. Tout le monde y trouve son compte. Ça rit et ça se dit des folies.

La tablée de Léon est les Nations-Unies. Ça vient de partout et de nulle part. D'Albanie et de Toxicomanie. Il y a même un Inuit. Stud. Celui qui veut devenir Jimmy Hendrix. Sauf qu'il n'a qu'une guitare sèche. Et qu'il a encore des croûtes à manger.

Tout le monde aime Léon, évidemment.

Qui peut ne pas aimer Léon?

Eh bien j'en ai trouvé un.

Jérôme. Celui qui est prof de philo à l'université. Vous savez le petit gars qui porte des tee-shirts moulants à l'effigie de Albert Einstein? C'est lui. Il n'a pas l'air d'un prof, hein? Ça fait longtemps qu'ils n'ont pas plus l'air que la chanson...

On penserait que ces gens-là sont des demis-dieux, des purs génies dotés de toutes les vérités en toutes choses. Et on n'a finalement affaire qu'à des séminaristes prétentieux, infatués d'eux-mêmes et gonflés de vanité puérile.

J'ai rencontré Jérôme le philosophe au hasard d'une promenade. Comme j'ai étudié avec lui il y a longtemps, j'ai cru bon de le saluer et même de lui parler.

Comme il me parlait de Wittgenstein et autres produits universitaires soporifiques, j'ai cru bon de lui faire part de mon admiration pour Léon. Il le connaît puisque Jérôme a longtemps été son voisin, du temps où il étudiait.

-Léon, admirable? C'est un foutu chrétien!

-Léon est chrétien? Je ne savais pas...

-Catholique! Il croit que le Frère André peut te guérir...

-Ah bon... Et alors?

-Je ne peux pas admirer quelqu'un qui croit en Dieu! Je n'admire pas les gens superstitieux!

La conversation s'est arrêtée là. Je voyais bien que Jérôme était toujours aussi cave. Un diplôme n'est pas un gage d'intelligence. On connaît tous le truc du Magicien d'Oz qui donne un diplôme à un épouvantail stupide pour lui conférer l'illusion qu'il a de l'esprit.

Léon est admirable. C'est un bon gars, chrétien ou pas.

Et Jérôme, cette petite crotte séchée de docte rat, athée d'opérette et fion fin finaud, ne lui va pas à la cheville.

D'abord, il ne donne rien à personne. Tout le monde le trouve cupide, stupide, avide et même vide.

Et même moi, qui suis tout de même athée à temps partiel, je préfère de loin Léon le chrétien à tous ces crétins de Jérôme bardés de diplômes qui ont le coeur desséché et l'esprit sectaire.

Léon a d'ailleurs invité Jérôme à son dîner aux bines dimanche prochain.

Il m'a invité aussi. J'y vais parfois. Pas tout le temps.

Jérôme n'y va plus depuis vingt ans. Ça faisait son affaire de bouffer sur le bras de Léon quand il était cassé, dans le temps qu'il était étudiant.

Jérôme se demande comment je fais pour me tenir avec des gens aussi répugnants qui ne nourrissent aucune forme de vie intellectuelle.

Comment ne pas aimer des gens comme Léon, hein?

J'échangerais huit millions de Jérôme pour un Léon, chrétien ou pas.

jeudi 4 janvier 2018

Nous sommes tous des Sioux

Qui veut faire l'ange fait souvent la bête. C'est une formule qui vient de Pascal.

Cela vaut aussi pour les anges exterminateurs. Surtout pour ces derniers. Pour tous ceux qui rêvent de plonger le monde dans une fournaise pour servir je ne sais trop quelles lubies, quels massacres.

Sitting Bull ne faisait pas l'ange. Il priait le Grand Esprit et célébrait le culte de ses ancêtres dans une danse des Esprits qui résonnait dans les Prairies. Ça faisait trembler les Visages Pâles d'entendre les chants des Sioux. On les a bien sûr exterminés. À Wounded Knee entre autres. Et partout ailleurs ensuite. Jusqu'à ce que les Sioux soient parqués dans des réserves, dépouillés de tout, ruinés, punis...

On oublie que le mépris de la religion des Sioux a été déterminant pour susciter l'approbation des massacres par les «philanthropes» de la Maison Blanche. On détestait la religion du Sioux, religion satanique, démoniaque et barbare. On préférait la vraie religion. Celle du Christ conjuguée à celle du Veau d'Or.

On n'a qu'à lire les Relations des Jésuites pour prendre conscience du mépris que les Robes Noires ont pu avoir envers les moeurs de leurs hôtes. Un mépris à la mesure d'une relation qui n'est jamais partie sur de bonnes bases avec les humains de l'Île de la Tortue. Le Sauvage pue. Le Sauvage est adultère. Le Sauvage n'a que des chants sataniques. La religion du Sauvage est fausse. Par contre, ils font du bon sirop d'érable...

***

On a décrit la période des années '60 comme celle de la décolonisation.

Des tas de pays déclarèrent leur indépendance en Afrique et en Asie.

Pourtant, il me semble que cette décolonisation, loin d'être terminée, est encore plus forte aujourd'hui.

Elle nous pousse à remettre en question nos préjugés sociaux, culturels et économiques.

D'autant plus que le monde a rapetissé.

Quelques heures d'avion nous séparent de l'autre côté du globe.

Même pas une micro seconde par l'Internet.

La décolonisation se poursuit par d'autres voies.

L'histoire, telle qu'on l'avait connue, n'est déjà plus.

Le doute s'est installé.

Le temps fera son oeuvre.

***

Un de mes amis Bosniaques aime Geronimo. Il se reconnaît dans ce héros qui a combattu pour que son peuple ne soit pas réduit en poussière par les colons américains.

Je connais aussi des Palestiniens qui apprécient Geronimo.

Et je dirais que moi-même, lorsque j'étais jeune, je préférais toujours jouer le rôle de Geronimo ou Crazy Horse quand d'autres voulaient jouer au Général Custer. Une fierté inconsciente d'être un Sauvage. De ne pas se plier devant le Veau d'Or. De combattre pour sa tribu. Pour la rue Cloutier. Pour les travailleurs floués de l'usine de textile Wabasso. Pour les gars de la Reynold's Aluminium où travaillait mon père. Pour les préposées aux bénéficiaires des foyers et les couturières, comme le fût ma mère. Pour tous ceux et celles qui n'ont pas le sourire aux lèvres quand on leur parle des succès de la Bourse et des miracles de l'économie de marché.

Nous sommes tous traités comme des Sioux.

Nos religions dérangent.

Nos idées dérangent.

Nos existences dérangent.

On voudrait nous faire tous plier l'échine.

Tous comprendre qu'en-dehors de l'argent il n'y a rien.

Soumettons-nous tous au nouveau dieu, Moloch infâme qui réclame ses bûchers et son lot incommensurable de sacrifices humains!

Et pourtant...

***

Et pourtant, un autre monde est possible.

Un monde qui ne repose pas sur ce qu'il y a de plus laid en l'homme.

Ce monde-là, je sais qu'il existe.

J'y vis. Il est bien réel. Ce n'est pas une utopie. Ce n'est pas du pelletage de nuages.

Il y a de la bonté en ce monde.

Il y a du bon monde.

Et ils ne pensent pas tous comme moi.

Et je ne leur demande pas de s'habiller comme moi.

Je demande seulement le respect des uns et des autres.

Respect pour le dieu des autres, même si je n'y crois pas.

Un respect qui ne fait pas abstraction des droits civiques et constitutionnels de tout un chacun. Surtout des marginaux.

La majorité a un devoir moral de protéger les minorités.

Ça s'appelle de la solidarité.

Et c'est vraiment post-colonialiste comme pensée et surtout comme geste...

Je ne peux pas être totalement heureux si mes frères et soeurs souffrent en ce monde.

Traitez-moi de brute hypersensible si vous voulez.

Vous ne trouverez rien en moi pour justifier les pogromes, les razzias et les guerres.

Nous sommes tous des Sioux.

Nous sommes tous des Juifs.

Nous sommes tous des Musulmans.

Nous sommes tous des Québécois.

Et puisque nous sommes dans la ligne de mire des crapules qui asservissent ce monde, il serait utile de nous entendre pour ne plus leur obéir.

Cela se fera, j'en ai la ferme conviction.

Mais je ne sais pas quand.

Kitché Manitou, alias le Grand Esprit, en décidera.




mercredi 3 janvier 2018

Aparté pour mes lecteurs et lectrices

J'ai peu écrit au cours des derniers jours et c'est tant mieux.

J'en ai profité pour recharger mes batteries.

Je débute l'année 2018 sans me presser.

Je nous souhaite la paix, la santé, l'amour et toutes ces sortes de choses.

J'envisage la nouvelle année avec un mélange de crainte et d'espoir.

Je crains que cela ne devienne encore pire.

J'espère que ce ne sera pas le cas.

Je touche du bois.

Pour le moment, tout va bien...

Merci de m'avoir lu en 2017.

Merci de me lire en 2018.

Et coetera,