lundi 11 août 2008

Alokoko, maire de Trois-Déchets



L'histoire se passe dans une petite ville d'Absurdistan, Trois-Déchets, un dessous de bras brumeux dévasté par la misère, la pauvreté et le chômage. Le maire de la ville, Alokoko, propriétaire d'un restaurant bas de gamme, développe sa ville en n'en faisant qu'à sa tête.

Tout le monde ferme sa gueule autour d'Alokoko parce que seuls les paresseux se présentent aux élections. La plupart ont d'autres chats à fouetter. Et pendant qu'ils fouettent leurs chats, le maire et ses conseillers font toutes sortes de petites manigances pour se donner des airs de pharaons. Le monde crève de faim, cherche du boulot, et le maire leur dit tout bonnement d'aller se faire foutre, que ce sont des paresseux, des nuls à chier qui devraient être contents de l'avoir pour maire. Personne ne proteste. Ou si peu qu'on peut facilement vomir sur cette ville sans la salir.

-Je vous le dis, si ce n'était pas de ma bonté, cela ferait longtemps que je ne serais plus maire! Ceux qui protestent sont des paresseux qui ne travaillent pas, comme ceux qui viennent mendier devant mon restaurant comme des chiens!

Qu'il avait l'air fat et prétentieux, ce maire Alokoko, une tête d'oeuf au regard vide sans aucun sens d'écoute qui aurait mieux fait de se prendre pour Caliméro plutôt que pour Ramsès II.

-Nous allons organiser une grande course de mobilettes! déclara-t-il un jour pour calmer la foule qui avait faim et se pressait autour de l'hôtel de ville pour le bousculer un peu.

-Des gens de partout dans le monde viendront! Si! Si! J'en ai parlé à mon beau-frère et il paraît que des Italiens pourraient venir ici... Peut-être même des gens du village d'à côté. En tout cas, ce sera bon pour l'économie... pour les restaurants et Le Roi du tapis, car nos tapis pourraient être très recherchés... L'autre jour, sur le web, j'ai chatté avec quelqu'un qui cherchait justement un tapis! Hé! On trouve tout sur l'Internet!

Bon. La grande course de mobilettes a lieu. C'est un succès. Il n'y a qu'un léger déficit.

Le maire Alokoko trouve toutes sortes de subterfuges pour se débarrasser des pétitions qui affluent. Devant les médias, il dit qu'il ne gouvernera pas avec les groupes de pression. En fait, il gouverne seul. Il n'y a que des pleutres et des lâches autour de lui, des renifleurs de pets, des marchands de tapis usagés.

Voilà qu'il lui vient une idée grandiose, bâtir un quartier riche dans un quartier pauvre, sur un terrain contaminé par des déchets radio-actifs.

-Il y a trop de pauvres dans ma ville! Il faut faire venir des riches. Je vais leur faire de la place, juste là, et le terrain sera nettoyé, si, si, car j'ai parlé à ma belle-soeur qui connaît quelqu'un qui a déjà fait ça pendant ses études en Amérique... On va l'engager et il va nettoyer tout ça, hé. Et ensuite, tadam! on bâtit des tours géantes, les tours Alokoko-sur-le-Fleuve-Vert. Ce sera splendide les amis! Le plus grand projet de ma carrière!

Malheureusement pour Alokoko, une vieille loi stipulait que si 1917 personnes signaient un registre à l'hôtel de ville, le maire et son conseil n'obtiendraient pas le financement nécessaire à l'élaboration de leur prochain déficit.

Comme tout le monde en avait plein le cul du maire d'Alokoko et de sa bande d'endormis, ils furent plus de 3000 à signer le registre pour exiger la tenue d'un référendum.

Le soir même, apprenant les résultats, le maire, hors de lui, déchira sa chemise.

-Il n'y aura pas de référendum! Je le jure sur la tête de tous mes enfants et de tous les employés de mon restaurant! Pas de référendum! Non! Pas question! Allez tous vous faire foutre bande d'enculés! Je vous emmerde! Je suis le maire et vous n'êtes rien, vulgaires larves! Grenouilles qui vous croyez plus grosses que le boeuf!

Les médias, rassemblés là, se contentèrent de rapporter «objectivement» ces propos.

Au cours de l'année qui suivit, il y eut un nouvel exode des cerveaux.

Tout ce qui pensait et réfléchissait un tant soit peu dans cette ville de merde quitta la ville dans l'espoir de ne pas vivre dans un monde de larves et de bêtes rampantes dirigée par un despote ridicule et inculte.

-Qu'ils baisent le cul à Alokoko, ces nuls... Moi j'me casse. Fuck off! Rock and roll!

Évidemment, la ville perdit tous ses médecins, de maudits intellectuels qui s'intéressaient plus à la poésie qu'aux courses de mobilettes. Elle perdit aussi ses professeurs, puis même ses balayeurs de rue. Finalement, seuls les ploucs restèrent. Et Alikoko devint le roi des ploucs.

À chacun ses goûts, hein, et cette ville-là, que voulez-vous, elle était au goût des crétins.

Ce n'est pas étonnant de savoir qu'elle était la capitale du chômage d'Absurdistan.