dimanche 20 octobre 2019

Le vote de mon père et le vote de ma mère

Ma mère votait parce que mon père n'arrêtait jamais de l'écoeurer avec ça: voter.

-Dis-toé au moins qu'on n'aura pas pu voler ton vote ma belle Jeannine d'amourrr! lui disait mon père.

-Ah toé pis tes maudites élections! Sont touttes des voleurs pis tu l'sais! lui répondait ma mère.

Mon père prenait autant à coeur la politique que le hockey. Il finissait par confondre les deux genres. Il y voyait une lutte à mort entre les Rouges et les Bleus où tous les coups sont permis. Faut dire que ça jouait dur dans les années '50 et '60. L'Union Nationale achetait des fiers à bras qui crissaient des volées à ceux qui allaient à des assemblées des Rouges. Des vrais hosties de fascistes comme vous n'avez pas idée si vous n'avez jamais entendu parler ou vécu cette époque.

Lui, Conrad, c'était un Rouge. Pas au sens communiste du terme. Mais pas loin.

Mes parents étaient tous deux des gens du peuple.

Mon père provenait d'une famille d'une vingtaine d'enfants de Sayabec, qu'Arthur Buies avait décrit comme le coin le plus pauvre du Québec. Il y avait deux repas par jour pendant des années: de la morue et de la morue. L'hiver, les Bouchard allaient à l'école à tour de rôle parce qu'il n'y avait qu'une paire de bottes de caoutchouc par trois enfants. On leur disait de rester à la maison lors des photos officielles des élèves de la classe parce qu'ils avaient l'air trop pouilleux.

Bref, mon père était un Rouge. Il détestait plus que tout les conservateurs, l'Union Nationale et, avec le temps, le PQ et le Bloc.

-On apprenait l'histoire pis le p'tit catéchisme pendant que les Anglais apprenaient à lire pis à écrire saint-calice de tabarnak!

Mon père sacrait beaucoup. Je tiens ça de lui.

Il a voté pour le PQ en 1976. Parce que René Lévesque était un peu Rouge à ses yeux. Il a déchiré sa carte de membre du PQ en 1978 lorsque les péquistes ont inauguré la statue de Maurice Duplessis sur la rue Bonaventure, à Trois-Rivières.

J'oubliais de dire que mon père avait dû s'enfuir devant les policiers de Duplessis, alors qu'il soutenait les grévistes de Louiseville dans les années '50. Il avait vu ses camarades se faire matraquer. Il n'y avait pas de poivre de cayenne à l'époque. Seulement des traumatismes crâniens.

Bref, mon père était Rouge de colère.

Quant à ma mère, Jeannine, elle provenait d'un milieu modeste mais sans doute mieux structuré.

Il ne semblait pas y avoir d'opinions politiques de leur côté. En tout cas, pas du côté de ma mère.

Ma mère se foutait comme de l'an quarante des politiciens.

Elle était un peu résignée.

-Quand on est valet, on n'est pas roi! qu'elle disait.

Et moi d'argumenter avec ma pauvre mère que nous vivions à une époque où l'on décapitait les rois en criant vive la révolution...

-Sont touttes pareils! Une fois qu'i' sont au pouvoir c'est toutte au plus fort la poche! rajoutait-elle.

Elle était cynique sans arrière-philosophie, simplement en-dehors du jeu, comme si l'on ne voulait rien savoir de son avis quoi qu'elle dise.

-Qu'est-cé tu veux qu'on faize? Sont touttes de miêgme!

Elle me faisait rire bien plus qu'enragée, ma mère. Que pouvais-je lui reprocher? Elle ne le croirait pas aujourd'hui, mais c'est à cause d'elle que je suis artiste, anarchiste, hors du système. Elle n'intellectualisait rien, ma mère. Pas de grands mots. Pas de notions d'histoire et encore moins de géographie. Elle connaissait la rue Cloutier et trois ou quatre autres rues autour. Tout le reste du monde lui semblait éloigné et dangereux. Là-dessus, je ne lui ressemble pas. Cependant, je ne peux renier son influence. Je la comprends mieux en m'écoutant moins moi-même.

Un jour, ma mère revient des urnes. C'était peut-être aux élections fédérales de 1984. Je ne sais trop.

Mon père lui demande pour qui elle a voté.

-Bin j'ai voté pour la petite Tellier, t'sais, la fille des Tellier dans la P'tite Pologne...

-Tellier??? Jeannine!!! T'as voté pour celle qui se présente pour les marxistes-léninistes...

-Les quoi??? Les marsistesglininistes?

-Les ceuses qui sont comme en Russie pis qu'i' crèyent pas en Dieu!

-Ha! Ha! Ha! J'ai mon voyage! J'ai voté pour les communixxes!

J'ajoute que ma mère était dyslexique. Ce qui rendait toutes ses paroles drôles malgré elle et toujours attendrissantes.

La foi en la démocratie de feu mon père se ravive parfois en moi.

Peut-être que je finis par inciter ma blonde à voter, moi aussi...

À voter pour le NPD...

Pourtant, je me dis en mon for intérieur que c'est mouman qui avait raison.

Sont touttes des voleurs.

Avant les élections sont bin fins.

Pis après i' s'calice de toé.

Je garde cette carte dans mon jeu: la marginalité absolue.

Ce que je sais c'est que les pauvres ont toujours l'impression de perdre à chaque élection, quel que soit le vainqueur.

Alors que les riches, si je me fie au bilan des dernières années, sont toujours agréablement surpris et bien servis.

Alea jacta est. Le sort en est jeté.

Que le moins pire gagne.

Et le 22 octobre, que ce soit l'un ou l'autre, la lutte continue.

Quand on est valet, on se rassemble et on renverse les rois.

C'est pas plus compliqué que ça.


jeudi 17 octobre 2019

La Beauté sauvera-t-elle le monde ou bien le monde se sauvera-t-il de la Beauté?

Est-ce moi qui traverse le spleen de l'automne ou bien est-ce le monde qui s'en va vraiment vers sa ruine?

Il y a sans doute de la beauté en ce monde. Il y en a, bien sûr. Demandez au type qui s'est acheté une île dans le Pacifique à lui tout seul s'il y a de la beauté en ce monde. Il serait fou de dire non. Et c'est le même qui fera peut-être en sorte que vous perdiez au jeu des inégalités sociales. Celui qui vous confinera directement à une vie de merde tout en feignant de l'ignorer. Celui qui a la bonté de vous laisser quelques écus après avoir volé la richesse des nations pour faire de tout un chacun un loqueteux comme vous et moi.

Oui, il y a de la beauté en ce monde.

Il y a encore la nature. Il faut la chercher toujours plus loin lorsque l'on ne vit pas sur une île au beau milieu du Pacifique de nos jours. Avant, malgré la pollution des papetières, j'y avais accès en moins d'une demie heure. Aujourd'hui, il me faut traverser quatre nouveaux quartiers résidentiels ou déserts industriels avant que de trouver un troupeau d'arbres à peu près sauvages.

Il n'y a toujours pas d'arbres sur la rue de mon enfance. Une rue triste qui a poussé à l'ombre d'une usine de textile qui a tordu des vies et rendu sourds plus d'un. C'est encore triste, sinon plus. Il ne reste que plus de misère. C'est comme si le rêve américain était un hostie de mensonge. Une farce qui n'empêche pas les crosseurs d'être réélus d'une élection à l'autre au jeu où toute beauté est toujours donnée pour perdante à dix contre un.

Mes grands-parents ont quitté la nature pour venir vivre à côté de ces usines de marde où l'on suffoquait, crevait d'un cancer en bas âge ou devenait sourd comme des pots. Où l'on se mutilait pour ne pas finir dans une cage, que ce soit en se coupant un doigt ou en prenant une brosse par jour.

Oui, c'est beau ce monde quand il ne travaillait pas. Ce monde qui riait, giguait, mangeait et buvait entre deux quarts de travail, entre les grèves ou bien le lock-out qui vous ferait bouffer le mastic autour des fenêtres mal calfeutrées.

C'est beau en hostie, quand on oublie la misère, la vie toujours plus dure. plus roffe-ène-toffe.

On peut oublier que 44% des espèces sauvages de mammifères sont disparus sur la planète au cours des 100 dernières années. Surtout si l'on est sur son île, au beau milieu du Pacifique. Si l'eau monte, il n'y aura qu'à s'acheter une montagne. L'argent déplace les montagnes. Et le talon de fer se chargera d'écraser toute foi et toute espérance. Jusqu'à ce que tout le monde crève en grappillant un peu de beauté ça et là: «Oh! Une feuille!», «Tiens! J'ai cru voir un papilon!», «C'est le gala de l'ADISQ ce soir!».

Dans le fond de l'abîme où nous pourrissons tous, il y a bien sûr de la beauté.

Il y a un zeste d'espoir, de courage et de force.

Un zeste qui s'épuise, comme tout le reste.

Un zeste de plus en plus fade et inodore, comme tous les simili-fruits vendus chez Wal-Marde ou Super-Calice.

Dostoïevski n'a jamais si bien dit lorsqu'il a écrit que la beauté sauvera le monde.

S'il revenait sur terre, comme Jésus dans La légende du grand inquisiteur tirée des Frères Karamazov, on voudrait se débarrasser de lui comme de tous les Ovide Plouffe du monde entier.

Parce que les inquisiteurs et les petits soldats des Césars ont encore poussés plus loin notre descente dans l'Âge de fer.

L'Âge d'or était derrière eux pour les Anciens qui croyaient vivre les pires temps de l'humanité.

L'Âge d'or, celui de la paix et de l'harmonie, la version grecco-romaine du mythe du Bon Sauvage qui n'en était pas un - je veux dire un mythe. C'est vrai que c'était mieux. L'Autochtone traversait moins d'épisodes de famines que les Européens prétendument civilisés. Il y avait tellement de tout en Europe qu'ils sont venus ici, sur l'Île de la Tortue, pour tout ramener chez eux parce qu'il n'y avait plus rien...

J'essaie de croire en un avenir meilleur et je vois qu'il y a pas mal de décombres et de ruines à ramasser avant même que de rebâtir quoi que ce soit.

Je sais bien que plus personne, du plus petit dénominateur commun au bourgeois le plus repus, ne croit vraiment en ce système.

C'est pour ça que tout stagne et que tout nous pète à la gueule dans l'indifférence généralisée.

On patauge dans le même marécage sombre depuis des lustres.

La beauté triomphera...

Même si je ne l'ai pas encore vue triompher.

Même s'il me semble vivre pleinement et salement son déclin.

Je ne me consolerai pas dans la philosophie. J'en serais incapable.

Je vais plutôt jouer de l'harmonica.

Et attendre la prochaine manif.




mercredi 16 octobre 2019

Ma petite vie

Ma vie a été ponctuée de petits boulots éreintants ou déprimants parce que j'étais solitaire, sans réseau de contact ni permis de conduire et que tout mon être rappelait quelque chose comme la pauvreté ou bien le dédain de l'autorité.

J'ai passé des journaux. J'ai déneigé des stationnements. J'ai livré de la bière à pied (sic!). J'ai été commis de dépanneur. J'ai été emballeur chez IGA. J'ai été étudiant en droit à l'Université Laval. J'ai été préposé aux bénéficiaires au CHUL. J'ai lavé des chiottes à l'UQTR. J'ai complété un bac en philosophie en deux ans à l'UQTR en travaillant 35 heures par semaine à titre de préposé aux bénéficiaires.

J'ai été manutentionnaire. J'ai été journalier dans une fabrique de palettes de bois. J'ai manutentionné et scié à moi tout seul des cèdres rouges de 30 pouces de diamètre et 15 pieds de longueur. J'ai vendu des dessins pour des affiches de spectacles. J'ai été vagabond quelques jours. J'ai été musicien de rue avec mes harmonicas et des flûtes que je me plantais dans le nez. J'ai travaillé dans une pizzeria à Whitehorse. J'ai sauté sur un train à Regina pour me réveiller à Saskatoon. J'ai déplacé du stock dans des hangars à Thunder Bay. J'ai fait du pouce d'un bout à l'autre du Canada. J'ai fait la file devant les banques alimentaires et les soupes populaires. 

J'ai été agent aux communications et directeur des communications d'un festival montréalais après avoir conçu un faux cévé où je m'attribuais un bac en communication. «Comment c'était tes études en communication?» «C'était bin l'fun...» Fin de l'entrevue. J'ai démissionné parce que j'en avais plein le cul de la boss qui se servait du staff en place pour travailler sur ses campagnes électorales de pseudo-sociale-démocrate qui ne prend pas le métro parce que ça pue. 

J'ai refait la file devant la banque alimentaire deux ans plus tard. Je suis reparti ici et là. Un mois d'aide sociale à Québec et retour à Vancouver au lieu de me faire chier à crever chômeur au Québec avec le Ministère de l'Éducation dans le cul pour faire rembourser mon bac même pas reconnu par la Salvation Army... Misère. Malheurs. Peine d'amour. 

Puis la vie recommence. Agent de développement pour une troupe de théâtre musical pour enfants. Animateur de radio puis directeur de radio à Labrador City. Cuisinier dans une pizzeria à Québec. Directeur de la programmation de la radio CFOU à Trois-Rivières. Congédiement pour avoir dénoncé le manque d'organisation et de transparence de la radio. Perte d'emploi. Perte de repères. Perte amoureuse. Peines d'amour multiples. Désillusions. 

Mais encore une fois je m'obstine. Chômage, aide sociale, banque alimentaire. Je fais la file devant la banque alimentaire située juste en face du logement de mon ancienne blonde dans la vieille Capitale... Je me sens foutu. Je vais à la bibliothèque tous les jours. Je vis dans une chambre sordide et mal aérée près du mail Saint-Roch. Tout est laid et triste autour de moi. J'entends mes voisins de chambre se masturber. Je me mets des bouchons de nuit et le jour je m'enfuis dans les bibliothèques. Je marche. Je pense. Je déprime. 

Puis radio Basse-Ville m'offre un micro. J'y tiens une émission hebdomadaire et j'aide les autres à la mise en ondes. Cela me permet de me refaire un réseau bien que je sois toujours seul. Je deviens agent de financement pour une coalition d'organismes communautaires. Les conditions de travail sont tout aussi excellentes que le milieu. Mais je m'ennuie. Et je souffre pleinement de solitude. 

On me propose, à Trois-Rivières, de devenir directeur et rédacteur en chef d'un journal de rue. On se souvient de moi du temps de CFOU et on se dit que je suis tout de même un gars qui ramenait du fric, même si je n'en jamais vraiment eu. Je suis excellent pour que les autres fassent de l'argent avec moi. Je sais très bien le chemin qui peut exister entre cuisinier dans une pizzeria et notable des communications. Je m'occupe de créer des plateaux de travail pour les jeunes chômeurs via le journal de rue Le Vagabond. J'y suis travailleur de rue autant qu'administrateur. Un vrai boss des bécosses. On me congédie au bout d'un temps parce que j'ai dit fuck off au comité de lecture qui voulait censurer nos textes. On m'a dit de ne pas mordre la main qui nous nourrit. Je leur ai dit d'aller chier.

J'ai atteint le fin fond du fond ensuite. Malade, pauvre et dans une situation de nouveau couple avec un enfant. La honte. La file devant la banque alimentaire. Pas un rond pour prendre l'autobus. Traverser la ville beau temps mauvais temps en déposant mes cévés partout alors que l'on me considère comme un pestiféré d'anarchiste fouteur de troubles... 

J'ai été croupier de Black Jack pour un truc événementiel. Puis j'ai été transcripteur de conversations en anglais entre des Cris et des responsables de la Société d'Énergie de la Baie James. Je ne faisais pas le gros salaire parce que j'étais embauché par une firme de placement qui prenait sa cote sur mon statut de serf moderne. 

J'ai vivoté d'un contrat à l'autre, sans jamais être sûr de quoi que ce soit. Puis j'ai fait un peu de terrassement. Un peu de rédaction technique. Un peu de traduction. J'ai touché le fond de la misère un soir en mangeant la même querisse de soupe aux choux que j'avais mangée toute la semaine avec du vieux pain de la banque alimentaire. Je n'avais rien d'autre. J'ai salé la soupe avec mes larmes. J'ai prié l'univers et surtout feu mon père de me sortir de cette merde. 

Le lendemain, je devenais assistant-superviseur pour une fondation quelconque qui m'assurerait, à tout le moins, de meilleurs repas sur la table. 

Ça s'est poursuivi jusqu'à tout récemment. Je suis redevenu préposé aux bénéficiaires en suivant des tas de formation et en travaillant à temps plein. 

Je n'ai pas de plans de retraite. Aucune couverture médicale. Rien pour les soins dentaires. Je n'ai pas grand chose pour dire vrai. Sinon ma force de travail que je vends au plus offrant, comme d'habitude, parce qu'il m'arrive d'avoir faim.

Je manque de temps.

Écrire, dessiner, peindre et travailler en même temps, c'est épuisant pour tout le monde.

Même pour ceux qui pourraient avoir quelque talent.

Je ne veux pas me plaindre. Juste comprendre que j'ai le droit de me prendre moi-même en pitié. Ça ne m'arrivera pas souvent.

Quand je parle de la misère, je n'en parle pas en fin observateur.

Je l'ai connue et l'ai vécue.

Je sais bien que d'autres ont vécu pire. 

C'est parce que je le sais que je ne vous parlerai pas souvent de tout ça.

Si j'allais plus loin là-dedans je récrirais Le désespéré et La femme pauvre de Léon Bloy...

Le monde est cruel, injuste et immoral.

Il me faut y cheminer tout en sentant le talon de fer me peser dans la face.

C'est parfois lourd à porter.

Une chance que j'ai de l'amour et de l'amitié dans ma vie.

Tout ce qui peut me faire oublier qu'en ce monde seul l'Argent triomphe.





mardi 15 octobre 2019

La nuit est plate

La nuit est lourde et ce ne sont pas des esprits qui hurlent dans les rues poisseuses du centre-ville.

La rage a fait place à l'ivresse. On entend non seulement crier, mais peut-être des coups de pied ou des coups de feu. C'est difficile à dire.

La nuit est lourde et on ne voit pas les étoiles. Rien que des affiches publicitaires qui brillent. Des pancartes électorales. Des feux de circulation.

Les feuilles sont sur le point de toutes tomber. C'est l'automne. C'est le retour de la mort. Comme d'habitude.

Un type pète sa bière sur une voiture. Un couple s'engueule. Un taxi emporte le type qui pète sa bière.

La nuit est plate.

jeudi 10 octobre 2019

Extinction de voix

La Terre a connu cinq extinctions de masse au cours des quatre derniers milliards d'années. La vie est presque disparue à plusieurs reprises. Il n'y a plus de dinosaures. Mais quelque chose de plus minuscule a survécu et s'est adapté à un climat devenu invivable pour toutes les autres espèces. Quelque chose comme de petits mammifères qui sont nos lointains parents au plan génétique.

Nous en sommes la sixième grande extinction de masse de la biodiversité et il est possible que l'activité humaine soit mise en cause. Je vous dis ça sur un ton presque banal. Comme s'il était normal de vivre constamment la fin du monde, non seulement d'un point de vue théologique, mais aussi scientifique...

On dira ce qu'on voudra, vivre avec le sentiment de traverser l'Extinction de l'Holocène ça vous fout en l'air l'idée de faire son boulot en sifflant comme si de rien n'était.

D'aucuns désigneront ce phénomène de se «crisser de toutte» sous le vocable de l'éco-anxiété.

C'est possible que cela en soit.

Néanmoins, l'éco-anxiété me semble naturelle. C'est le contraire qui m'étonne et m'indigne en même temps.

Comment peut-on faire semblant que tout va bien quand tout va mal? 

Surtout si le bien que nous en tirons finirait par saper tous les espoirs de ceux et celles qui n'osent presque plus combattre. C'est difficile de toujours tout prendre dans la gueule à la place des autres. Parce que les autres n'ont pas d'espoir. Parce que qu'est-cé-tu-veux-qu'on-fèze? Rien. Comme d'habitude. 

Le gouvernement s'en occupera mais je n'irai pas voter. Je cultive mon petit potager à l'ombre de l'usine mal entretenue qui relâche n'importe quoi dans l'air vers 4 ou 5 heures le matin quand tout le monde dort. Et puis comme je ne fais rien je ne comprends pas que les autres fassent de quoi. Qu'est-cé-tu-veux-qu'on-fèze? Rien. Comme toujours.

On ne fait rien. Tu ne fais rien. Je ne fais rien.

Et ceux et celles qui font de quoi n'en ont plus rien à foutre de nous qui ne faisons rien.

Alors, ils se rebellent.

Ils ne veulent plus bosser comme des fous pour des conditions de vie médiocres dans un environnement pourri.

Vous aurez beau dire ou faire n'importe quoi, personne ne vous protégera avec bonheur et enthousiasme.

Même ceux qui tiennent la matraque vont se fatiguer.

Parce que tout ça est fatigant, la sixième extinction de masse.

Regardez devant, sourire, marcher en sautillant, je veux bien.

Encore faut-il un brin de sincérité.

Quand le maquillage du clown craque de partout ce n'est même plus drôle.

On baye aux corneilles devant le corniaud qui joue au Magicien d'Oz, un nain caché derrière un show de boucane.

Puis on finit par se taire.

Parce que l'extinction de masse conduit à l'extinction de voix.

Et lorsque plus personne ne se parlera...

Eh bien, ce sera vraiment la fin.

lundi 7 octobre 2019

Mon héros le héron

Le soleil miroitait entre les branches.

Les hérons terminaient leur vol au milieu de la rivière pour s'y nourrir de poissons naturellement coincés entre les roches.

Je marchais d'un pas lourd et léger.

Je m'accrochais encore à la moindre parcelle de beauté pour résister aux temps et au monde.

Je m'accrochais à l'amour et à la beauté.

Parce que tout le reste était laid et affreux.

Comme d'habitude.

Ce besoin de marcher vite.

Ces ordres d'avancer au pas de l'oie sans jamais contempler leur vol.

Ces humiliations qui font bâtir des pyramides et détruire des hommes.

Ces petits riens qui se prennent pour un gros tout alors qu'ils ne sont que la pitoyable somme de tous les préjugés sociaux passés et à venir.

Je marchais en protégeant mes yeux du soleil.

Du soleil qui me piquait les yeux comme si j'étais l'étranger de passage partout où je passe.

C'était mieux que rien.

C'était presque l'état de grâce.

Presque.

J'aurais aimé être parmi ces hérons à manger de la barbote.

Si ce n'était de l'eau froide en octobre.

C'est bien pour dire.

mardi 1 octobre 2019

«Idle no more» ou à propos de la croix de Jacques Cartier...

Croix de Jacques Cartier à Trois-Rivières
On dévoilait hier les noms de 2800 enfants autochtones morts dans des pensionnats tant canadiens que québécois.

J'ai eu une pensée pour eux ce matin en faisant mon tour de l'Île Saint-Quentin à bicyclette.

L'Île Saint-Quentin est située à l'embouchure de la rivière Tapiswan Sipi et du fleuve Magtogoek. 

On trouve sur cette île, coincée entre Cap-de-la-Madeleine et Trois-Rivières, une croix commémorant la possession de cette terre par Jacques Cartier.

Il n'est fait aucune mention des Anichinabés, des Attikamekw ou biens des Haudenosaunees sur la plaque commémorative ainsi que sur la vignette dite «historique».

C'est comme si Jacques Cartier était arrivé sur une terre où il n'y avait personne!

On ne parle pas non plus des motivations controversées qui animait ledit Jacques.

Vignette historique d'une histoire sans les Autochtones...
Jacques Cartier venait ici en conquistador. Il venait y chercher de l'or, un passage vers l'Inde et sans doute des esclaves. 

Les Vieux Mohawks racontent encore entre eux comment Donnacona et ses deux fils Domagaya et Taignoagny ont été contraints à être exilés en France par Jacques Cartier qui initia sans doute les guerres franco-iroquoises. 

Nous sommes en 2019. Rien n'indique qu'il y eut des Autochtones à Trois-Rivières, même si dans les faits il y en a encore...

Nous violons la mémoire des hommes et des femmes qui habitent ce territoire avec ces légendes de colons.

Nous formons un nouveau peuple, toutes origines confondues. Glorifier l'histoire des uns en ignorant celle des fondateurs de ce pays est infamant.

Je recommande quelque chose comme le retrait de ces trucs coloniaux. Ou bien des vignettes historiques qui laissent aussi aux Autochtones la possibilité de raconter leur version de cette histoire trop souvent tarabiscotée.

On vit sur le territoire des Atikamekw et que connaissons-nous de leur langue, de leur culture?

C'est tout simplement révoltant...

Heureusement qu'il y a ce réveil autochtone. Il y a cette résilience. Cette survivance. Cette vraie histoire qui se poursuit beau temps mauvais temps, par-delà les guerres de conquête et le capitalisme sauvage.

Sur ce, musique.






lundi 30 septembre 2019

La nature a horreur du vide

La nature a horreur du vide.

Le vide c'est tout ce qui va contre la nature.

On ne bâtira rien sur ce vide.

Tout se tient. Tout est possédé d'une âme. De l'arbre au moindre grain de poussière d'étoile.

Nous participons au concert des étoiles.

Nous sommes aussi des étoiles.

Les matériaux qui constituent la vie sont les mêmes qui constituent la nôtre.

Le vide aura bien tenté de nous annihiler tous et toutes autant que nous sommes.

Le vide de tyranneaux d'opérette qui auraient été méprisées par toute la communauté en d'autres temps.

Le vide abyssal de cohortes d'imbéciles confortés dans leur ignorance crasse qu'ils tiennent pour de hautes raisons parce qu'ils tiennent une hache dans la main et du cash dans l'autre.

Je ne sais si c'est Sitting Bull ou Géronimo qui a dit que l'argent ne se mange pas.

Néanmoins nous savons tous que le fric ne se mange pas.

Qu'on pourrait tous en finir à s'acheter un pain en bringuebalant une barouette de billets verts. tout simplement parce que le fric serait dévalué suite à une escroquerie de quelque bête méchante du capitalisme sauvage qui devrait être derrière les barreaux plutôt que sur toutes les tribunes.

On tombe malade. Toute notre fortune y passe en deux ans. Et on finit dans un mouroir de l'État souffrant de sous-financement public parce que le vide a horreur de la nature.

L'argent ne se mange pas.

Même si de petits politiciens s'achètent moins cher que l'on ne le croie. Pour une cravate et une chemise propre donnés à un vendeur de démocrasserie l'on obtient dix millions de fois la valeur initiale. Un petit cadeau ici et là, ça ne coûte pas cher.

Et voilà qu'on rase encore des espaces verts.

Voilà que l'on veut bâtir plus de stationnements et faire des grands prix automobiles.

On torture des animaux dans des rodéos. On loue des jeunes filles pour trois fois rien. On fait des shows de boucane et beaucoup de boucan.

De la vraie rapace au pouvoir qui nous chie dessus jour après jour en jouant aux fins finauds alors qu'ils ne sont que des bougres d'abrutis.

Des baveux de d'arrière-cour d'école qui sont effrayés par une fillette de 16 ans qui se tient debout.

Parce qu'ils sont ce qu'ils sont. Non seulement du vide. Mais aussi des lâches.

Qui n'est pas tout à fait un jambon cuit voit ce trou béant entre l'intelligence et le vide généré par des promoteurs, des gestionnaires et des fabricateurs de néant.

Ils ne méritent pas de gérer nos vies. Ils s'en sont montrés souvent indignes et encore plus souvent incapables.

Le monde et les temps changent. Ici. Maintenant.

Il n'est pas extrémiste que de laisser la nature suivre son oeuvre.

La nature a horreur du vide.

Le temps du vide est déjà passé.

L'humanité pensante est due pour autre chose.

L'âge moyen d'un être humain sur Terre est de dix-neuf ans.

Dix-neuf ans...

Alors que nos sociétés sont essentiellement gérées par de vieilles idées tout autant surannées que vides. Nos vieilles sociétés ne se renouvellent plus au plan des idées et s'effondrent dans un rire tragico-comique de politique ubuesque et foncièrement grotesque. Des clowns fascistes sont au pouvoir. Ils s'appuient sur 20% de la population en âge de roter pour imposer leurs vues xénophobes et climato-sceptiques à l'autre 80% qui n'y comprend rien mais viendra un jour à se laisser contaminer par la révolte contre le vide.

La Terre est en feu.

Nous allons vers la sixième extinction de toutes les espèces.

Ce n'est pas de la connerie de crétin qui crache sa morve dans la cour d'école en menaçant les intellectuels et les premiers de classe parce qu'on se croit tout permis quand on rote en troupeau de lâches.

La science ne se laissera plus ridiculisée par de petits farceurs infâmes et sans finesse d'esprit.

La nature ne se laissera plus faire.

La nature a horreur du vide.

Remplissons-le, ce vide.

Changeons-le, ce monde.






jeudi 26 septembre 2019

Lettre à Madame Greta Thunberg

Je tiens d'abord à saluer la force que vous donne vos convictions, Madame Thunberg.

C'est une force rare pour des convictions aussi nobles qui transcendent tous les froids calculs des mafieux planétaires.

C'est une force précieuse.

Loin de moi l'idée de vous instrumentaliser, de vous signifier quoi dire ou que faire.

Je n'ai rien dit ni rien fait de mieux à ce jour pour rameuter le monde entier face à ce que l'on peut appeler la sixième extinction des espèces, conséquence de l'activité humaine qui dérègle les climats et massacre la vie sur Terre.

Que pourrais-je vous conseiller Madame Thunberg?

Rien.

Je ne peux qu'espérer plus de votre génération que de la mienne, prise au piège et asservie aux impératifs de l'argent avec tous les vices et cruautés que cela génère. Ma génération est perdue, mesquine, malade, mais aussi au pouvoir.

Le monde va changer, avec des gens comme vous, peut-être sans moi, sans nous, parce que nous sommes vraiment trop cons.

Demain, je ferai la grève du sommeil avant que d'aller travailler et je me mêlerai aux Trifluviens et Trifluviennes qui répondront à votre appel d'une manifestation pour le climat, vendredi le 27 septembre 2019.

Changeons-le, ce monde, ici aussi.

Merci Madame Thunberg d'être ce que vous êtes.



lundi 23 septembre 2019

La démocratie c'est pas un focus group

Il était une fois un focus group.

Mangez-vous de la salade ou de la saucisse?

Quelle est votre parfum préféré?

Voteriez-vous pour un phoque?

Et finalement, à la fin du focus group, il était une fois un programme politique.

Un programme sur mesure, basé sur des données empiriques.

Tant de mangeurs de salade soutiennent tel ou tel parti.

Tant de mangeux de saucisses appuient le combat contre les cors aux pieds.

Les cors aux pieds sont un enjeu électoral si le clown en parle à la messe du dimanche.

Il était une fois un focus group.

Un groupe d'humains gouvernés par des sondages et des données empiriques.

Ces gens-là s'empourpraient pour rien.

Pour un programme politique qui ressemble à un catalogue de Simpsons Sears.

Avec des vendeurs d'un autre temps qui vivent dans le déni de la faillite imminente de l'humanité.

Devant eux, il y a ceux qui ne participent jamais à un groupe de discussion commandité par la firme Poudre de Perlimpinpin Inc.

Ceux qui ignorent le génie des grands politiciens qui savent se battre, se laver les mains, attacher les lacets de leurs souliers, courir un demi-marathon ou bien participer à une danse en ligne au Festival de la cruauté animale de St-Tite.

Il y a la publicité, écrasante, totalitaire.

Et il y a les bas-fonds.

Là où parvient à peine l'écho des focus groups.

Là où l'on finit par se dire qu'ils sont tous une belle bande de tabarnaks de crosseurs.

Là où l'on vote peu ou pas du tout.

Là où prendre la rue, fusse-t-elle de briques jaunes, vaut encore mieux que de faire le zouf pour un focus group commandité par le Magicien d'Oz, un nain caché derrière un show de boucane.


jeudi 19 septembre 2019

J'ai failli vous parler d'Aristote et je ne l'ai heureusement pas fait

Un peu plus et je rédigeais un texte philosophique à l'effet que les hominidés vivent tous en groupe. J'ai supprimé mon texte à partir du passage où je citais Aristote...

-Voyons gros niaiseux! De la bouette d'étudiant... Aristote... La cité... Les citations... La méthode académique de noyer les grandes questions dans les bourdonnements d'un bazar antique...

Zap! Et il n'y a plus de politique. Ni d'élucubrations.

Il ne reste que ce beau et tendre silence.

Et, pourquoi pas, une chanson.

N'importe laquelle.

Celle-ci fera l'affaire.

mercredi 18 septembre 2019

Hommage aux personnes qui n'aiment pas qu'on leur rende hommage

Les personnes les plus admirables que j'aie connues ne seraient pas nécessairement contentes de me voir leur faire une dithyrambe.

Elles ne cherchent ni les éloges, ni les honneurs.

Elles se contentent de se chercher elles-mêmes et, du coup, échappent à toutes les notions de réussite.

Il leur importe peu de réussir d'ailleurs.

Elles ne vibrent pas à l'évocation du mot «argent».

Au contraire: ce mot les mortifie. Elles savent que le monde est dégueulasse sous plusieurs aspects et ne veulent pas en rajouter une couche. Elles ne veulent pas servir l'absurdité de ce monde, mais y résister sans renier leurs principes moraux.

Les personnes que j'admire ont autant d'argent qu'elles n'en ont pas. Si elles en ont, c'est par hasard et je parie qu'elles auront tôt fait de s'en débarrasser. Dans tous les cas, ces personnes que je voudrais glorifier ne sont pas intéressées à discuter longtemps de l'argent. Elles préfèrent regarder les étoiles. Écouter la brise qui soulève les feuillages des arbres. Sentir la présence de quelque chose de moins mesquin que l'humain ou l'argent.

Elles se reconnaîtront dans mes propos, ces personnes-là.

Et même si elles ne s'y reconnaissaient pas, je ne les renierai pas.

Parce que ces personnes-là sont rares en ce monde.

Surtout dans notre monde. À 1000 kilomètres à la ronde pour mieux délimiter le champ d'étude.

C'est trop souvent à qui va humilier l'autre à la grande satisfaction de la meute des baveux et baveuses de la petite cour d'école qui ont mal grandis.

Les personnes que j'admire n'aiment pas humilier les autres.

Elles n'aiment pas les baveux et les baveuses, les injustes, les lâches et les mesquins.

Elles aiment les naïfs, les doux, les humbles.

Les personnes qui vaudraient la peine d'être nommées ici sont parfois anonymes.

Je me souviens d'Untel et d'Unetelle qui sont passés comme un coup de vent dans ma vie en laissant derrière eux une longue filée d'étoiles.

J'en connais d'autres qui brillent encore au firmament de mon esprit.

Parce que les personnes qui ne recherchent ni les honneurs ni l'argent, ni les éloges ni rien, sinon faire du bien à leur prochain, simplement, sans fanfare ni trompettes, eh bien ces personnes-là sont ma seule raison valable de vivre et de ne pas désespérer d'être parmi une bande d'idiots.


mardi 17 septembre 2019

ÉLECTIONS CANADA 2019 : «Flouche mou gadoue boue vous nous pouet.»

«Flouche mou gadoue boue vous nous pouet.»

C'est tout ce que m'inspire la campagne électorale fédérale.

Voter libéral, c'est voter pour le pipeline sur le Saint-Laurent et surtout pour Valérie Renaud-Martin l'ancienne numéro deux de l'ancien maire Yves Lévesque qui se présente sous la bannière conservatrice dans mon comté. Je ne pourrais pas voter pour des partenaires de Yves Lévesque même en me bouchant le nez. Elle l'a appuyé jusqu'à la fin, le petit despote de Trois-Rivières qui se présente maintenant pour les conservateurs, champions du recul des femmes et saboteurs de tous nos acquis sociaux.

Voter conservateur, cela dit, c'est impensable. 

Voter Mad Max Bernier c'est même pire. De la pure bêtise. Du racisme décomplexé et trumpien.

Voter Vert, c'est comme voter pour Steven Guilbeault, déjà rendu avec le parti libéral des pipelines.

Voter pour le Bloc, c'est voter pour le Nous raciste et xénophobe de la CAQ.

Voter NPD, c'est voter pour un candidat qui a peur d'afficher son chef avec un turban sikh sur la tête et qui ne semble pas s'opposer à l'atteinte aux droits et libertés relative à loi sur l'interdiction des signes religieux... 

Voter pour qui, pour quoi?

Mon vote ira au NPD, de reculons, mais j'ai tout de même l'envie d'ajouter «Vive l'anarchie!»

Plus de 97% des électeurs et électrices inscrits ne sont membres d'AUCUN parti politique.

Seulement 3% appartiennent à un parti. Et parmi ce 3% on peut dire que moins du dixième milite vraiment activement.

Les minorités sont toujours au pouvoir. La majorité aime marcher à grands coups de pieds dans le cul. Que ce soit les conservateurs ou les communistes au pouvoir, le peuple continuera d'obéir en maugréant tant qu'on lui demandera seulement de fermer sa gueule comme d'habitude.

On forme des gouvernements majoritaires avec moins de 25% du vote du total des électeurs et électrices inscrits.

On appelle ça la démocratie.

Chez les Autochtones, les Haudenosaunees en particulier, aucune décision n'était prise sans avoir obtenu l'aval de l'ensemble des membres de la communauté. Cela devait faire de longues discussions mais on ne peut envisager une démocratie plus directe et plus absolue.

Dans nos grandes cités, soumis à tous les esclavages modernes, l'homme et la femme qui n'appartiennent à rien, comme 97% de la population, ont peu ou pas de voix dans le Parlement. Des experts parlent à notre place et on s'étonne qu'ils aient la langue de bois...

Tout le monde joue le jeu. Ou presque. Suffisamment pour entretenir l'illusion que le Magicien d'Oz est un grand homme.

La petite Dorothée est toujours perdue sur ces chemins d'asphalte jaunes qui promettent mers et mondes et qui ne débouchent que sur un marécage nauséabond camouflé sous un écran de fumée.

Le robot n'a pas de coeur. L'épouvantail n'a que des diplômes. Et le lion rugit comme ceux qui ont perdu leur virilité.

C'est mou, flou, flasque.

«Flouche mou gadoue boue vous nous pouet.»

C'est tout ce que m'inspire la campagne électorale fédérale.

lundi 2 septembre 2019

Cet homme-là

Un homme portait le poids du monde sur ses épaules.

Il avait attrapé cette maladie d'enregistrer bien malgré lui toutes les souffrances dont il était témoin.

D'autres, plus sains d'esprit et meilleurs en affaires, avaient cette faculté bien naturelle de tout oublier sans trop développer de tics nerveux.

Mais lui! Lui, il fallait que ça lui colle à l'esprit et au coeur toute la journée et parfois toute la nuit.

Il n'en parlait à personne, évidemment. Et il ne demandait pas de l'aide pour s'en guérir. Comment peut-on se guérir d'avoir trop de coeur? Ou trop de mémoire? Franchement, ça ne lui venait même pas à l'esprit qu'il était malade. Il allait même jusqu'à croire que tout le monde était malade autour de lui.

Était-il homme à ne se rappeler les souffrances d'autrui sans jamais rien y faire?

Pas du tout. Il était même prêt à se salir les mains pour les autres. Voire à se déposséder. Si quelqu'un n'avait pas ce qu'il avait, c'est qu'il était lui-même un voleur finissait-il par se dire.

N'allez pas croire que c'était un saint. Cet homme-là ne croyait en rien. Enfin, il ne croyait plus en rien. Il avait peut-être cru en quelque chose, il y a longtemps. Mais sa mémoire lui rappelait que les croyances participaient aussi aux souffrances d'autrui. Et il tenait mordicus à ce devoir de se tenir l'âme loin de tout métalangage.

Il vivait pour cesser de souffrir. Et voir les souffrances de tout un chacun, ça lui cassait son party.

Comment avoir du fun, si tout le monde crève?

Chaque moment de plaisir serait donc irrémédiablement gâché par sa conscience.

Ou magnifié par celle-ci.

Être conscient, n'est-ce pas afficher plus de présence, plus d'authenticité?

Bon. Cet homme-là ne faisait pas que se poser de grandes et longues questions.

Il tenait sa philosophie un peu de côté, comme le gars de chantier ne parle pas à tous les jours de ses clous ou de ses marteaux, à moins de chercher à faire fuir ses amis.

Il avait peu d'amis, cela dit. Parce qu'on a toujours peu d'amis. Ceux qui pensent en avoir trois milles le sauront le jour où ils tomberont malades.

Non, cet homme-là n'était pas malade.

Il retenait trop ce qui se passait ou ne se passait pas autour de lui.

Il voyait un gars s'arracher les dents lui-même avec un pince-grippe et ne comprenait pas le suicide de la dentiste qui affichait pourtant un large sourire sur son affiche.

Il voyait une femme de ménage perdre conscience pendant son quart de travail et il revoyait sa mère à demi morte d'épuisement à travailler comme une folle à petit salaire pour ses enfants.

Le mendiant sur la rue était plein de métastases. Il lui restait trois semaines à vivre. Quatre si nous lui donnions deux piastres. L'homme vida toutes ses poches. Quatre piastres et trente-cinq sous.

Et ça continuait comme ci comme ça, partout, tout le temps.

Cet homme-là portait le poids du monde sur ses épaules un peu voûtées.

Et pourtant, il parlait avec les étoiles.

Cet homme-là, je vous le dis, il parlait avec le ciel.

Il ne le faisait pas devant tout le monde.

À vrai dire, il ne le faisait devant personne.

Il le faisait simplement, comme ça lui venait.

Pour se laver l'esprit de toutes les saletés qui auraient pu l'empêcher de se rappeler les souffrances d'autrui.

Sans cette mémoire, il savait qu'il n'était rien.

Pour vous, qui êtes normaux, c'est possible qu'il en aille autrement.

Mais pas pour lui.

Et il n'en ferait pas tout un plat, j'en suis sûr, s'il était là pour vous en parler.

D'abord, il ne parle jamais de ses affaires-là, ce gars-là.

Il est tellement occupé à résoudre l'énigme de la souffrance ici-bas qu'il en oublie des bouts.

Voilà.






mardi 20 août 2019

Les arbres parlent

Des arbres à Tchernobyl, Photographe inconnu
Les arbres parlent.

Les fleurs aussi. 

Les animistes le croient et moi aussi.

Je dois donc être animiste.

On pourra dire que je suis fou.

Que je ne parle ni le langage des arbres ni celui des fleurs.

Je ne parle pas la langue anichinabée non plus mais je l'entends.

Je l'entends qui vibre en moi comme le vent dans les feuilles.

J'entends les arbres, les fleurs et les millions d'animistes de l'Île de la Tortue.

J'entends même les roches.

J'entends les coeurs de pierre.

J'entends tout vous dis-je.

Parce que je suis connecté au Grand cercle de la Vie.

Parce que je crois que je vaux autant que tout ce qu'il y a autour de moi.

Ni plus ni moins.

Autant en emporte le vain et l'infatué.

Nous sommes tout.

Et ce qui me désole c'est que nous soyons encore rien.

Rien que des roches mortes, sans âme.

Des galets lancés sur l'eau qui sombrent sur toutes les terres et tous les océans.

Mais le vent souffle.

Il souffle dans les feuilles.

Et les arbres parlent et pousseront encore.

Ils dissimuleront nos bêtises et purifieront la terre.

Ils seront là lorsque nous n'y serons plus.

Mais le vent souffle.

Il me semble que le vent souffle.

Il me semble que tout ça n'était qu'un «cauchemar climatisé».

Une distorsion de l'histoire ou de l'espace-temps.

Ceci n'est pas un poème.

Ni un texte.

Même pas un vent dans les feuilles.

Seulement des données numériques dans un espace chimérique.

mardi 6 août 2019

Diogène l'hostie d'Chien

On reprochait un jour au philosophe Diogène, dit l'hostie d'Chien, de pénétrer même dans la maison des riches.

Diogène répondait à ses détracteurs qu'un rayon de soleil entre dans les écuries sans se salir...

Il ne se tenait sans doute pas en piètre estime.

-Je vois ton orgueil au travers de ta tunique trouée! lui aurait répliqué Socrate.

Comme il l'avait dit du précurseur de Diogène, Antisthène, d'ailleurs fondateur de l'école des chiens, alias les Cyniques.

Antisthène et Diogène n'étaient pas réputés pour être très propres et très regardants sur la mode. Ils se réunissaient dans un lieu où se tenaient des courses de chiens. D'où leur surnom: les Chiens, alias les Cyniques.

Les Cyniques passeraient pour des anarchistes de nos jours. Et Socrate ne manquerait pas non plus de boire sa ciguë sous forme de boisson recommandée par le docteur Welby.

***

Les Anciens situaient l'Âge d'Or dans le passé.

Antisthène et Diogène croyaient vivre à l'Âge du Fer. L'Âge de la bêtise la plus absolue qui soit. Contrairement à l'Âge d'Or qui correspond un peu à l'état de l'Île de la Tortue avant l'arrivée des colonisateurs européens, un temps de partage et de communion avec la Nature...

Plutôt que de prêter foi à l'Âge de Fer, les Cyniques parcouraient les rues de la Grèce antique en portant leur vieille burate et leur dédain de toute autorité.

***

Un jour, un type veut devenir disciple de Diogène. Il a entendu dire qu'il en savait des choses, ce Diogène. Diogène dit au pauvre gars de ramasser un vieux poisson pourri, de se le coller dans le dos et de le suivre sous cet accoutrement ridicule partout où il va dans les rues athéniennes.

Au soleil couchant, n'en pouvant plus, le disciple balance le poisson pourri au bout de ses bras et fout le camp.

Diogène lui demande pourquoi. L'idiot lui répond qu'il l'a suivi toute la journée avec un poisson pourri dans le dos sans que Diogène ne lui apprenne quoi que ce soit ou ne lui adresse ne serait-ce qu'un peu la parole.

-Tu penses que je ne t'ai rien appris, hein? que Diogène lui envoie. Tout à l'heure tu étais prêt à me suivre partout comme un con avec ton poisson pourri dans le dos... Maintenant que tu viens de cesser de faire l'andouille, ne vois-tu pas que je t'ai appris à devenir ton propre maître?

***

J'ai à peu près tout lu de ce qui s'est écrit en français à propos de Diogène. Je ne prétends pas au titre de spécialiste, mais je fais certainement partie des amateurs.

Je ne suis pas cynique, philosophiquement parlant.

Cela ne m'empêche pas de respecter ce vieux sage.

Si tout le monde vivait comme moi, ce serait ennuyant.

Il me permet de vivre une autre vie, par procuration. Celle que j'ai peut-être vécu dans ma jeunesse. Celle qui m'attend peut-être. Diogène demeure toujours une option.

***

Plutarque raconte qu'Alexandre le Grand vint à la rencontre de Diogène après avoir apporté le sang et la civilisation sur son passage, par-ci par-là.

-Que puis-je faire pour toi, vieux que l'on dit sage? lui demanda le Grand.

-Ôte-toi de mon soleil. Tu me fais de l'ombre, répliqua Diogène.

Diogène lui raconta aussi qu'il était plus grand que le Grand. Parce que, sur un champ de bataille, personne ne songerait vraiment à tuer un vieux vagabond portant la burate alors que lui, le Grand, il serait la première cible, incapable de se déplacer sans sa garde rapprochée.

Diogène était baveux. Tellement baveux qu'un jour, après avoir été fait esclave, il en surprit plus d'un.

-Que sait-tu faire? lui demanda l'encanteur du marché des esclaves devant tous les clients rassemblés.

-Diriger, répondit-il.

Puis, pointant l'homme qui lui semblait le plus riche de l'assemblée:

-Vendez-moi à lui. Il a besoin d'un maître!

L'homme qui devint son maître devait sans doute entendre à rire. Il l'acheta. Puis Diogène, qui savait aussi lire et écrire, devint le précepteur de ses deux fils. Malheureusement, Diogène réussit à s'enfuir avec ses deux fils qui, eux aussi, devinrent des Cyniques, préférant l'anarchie à une vie de gosses de riche esclavagiste.

***

Diogène a écrit des livres. Peut-être une vingtaine. Ils sont tous passés au feu dans l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie, d'ailleurs fondée par Alexandre le Grand. Il ne reste de Diogène que des fragments, des anecdotes, un tempérament plus qu'une pensée.

Pourtant, cette pensée continue d'influencer notre monde.

Elle est au coeur de la révolution hippie et on en trouve des relents chez les anarchistes contemporains.

C'est comme ça.

***

Un jour, quand je serai vraiment vieux, j'écrirai un pseudo-traité de Diogène. Le traité retrouvé de Diogène, tiens, avec un genre de vieux prof de philosophie qui se battrait contre le Vatican et le Poulet Frit Kentucky.

Je vous reviendrai là-dessus plus tard.

Bien entendu.

Pour le moment, eh bien je ne suis pas cynique.

Je suis seulement moi.

Je ne porte pas de poisson pourri dans le dos.

Je n'appartiens à rien ni personne.

Et c'est très bien ainsi.




jeudi 1 août 2019

Bella Ciao en joual


Et voici ma version one shot de Bella Ciao en joual pour mes prochaines manifs. Ma voix est enrouée. Ma guitare est croche. Mais bon, ça donne une idée. Je serai meilleur lundi si je la joue à tous les jours jusqu'à en péter des cordes.




mardi 30 juillet 2019

Samedi de la honte à Trois-Rivières

Trois-Rivières sentait la charogne samedi
Des racistes déshumanisés et méchants
Ont défilé dans ses rues
Désormais souillées par cette fange trumpienne

Trois-Rivières, État-policier
Centre-ville fermé et bloqué de toutes parts
Pour une poignée de nazis
Qui font des appels aux armes
Contre les juifs
Les musulmans
Les sikhs
Les homosexuels
Les végétariens

Les Trifluviens ont peur
Même moi j'ai peur
De me faire fendre le crâne

Je suis parmi les braves
Les juifs
Les musulmans
Les sikhs
Les homosexuels
Les intellectuels
Les transgenres
Les féministes
Les végétariens
Les unijambistes
Les féministes
Et autres parias
Qui font face
À l'État-policier
Qui protège
Et sert
Le défilé fasciste
D'une poignée de morons
Sans coeur et sans âme

Mes camarades aussi ont peur
Ils chantent Bella ciao
Pour se donner du courage
Et j'en ressens des frissons
Jusque dans le fin fond
De mes vieux orteils

Si l'on meurt en partisans
Contre le fascisme
Que l'on nous enterre
Là-haut sur la montagne
À l'ombre d'une belle fleur
Morte pour la liberté
O Bella ciao bella ciao
Bella ciao ciao ciao

C'est vrai que les flics sont menaçants
Et que les fascistes intimident tout un chacun
Même les clients des restaurants
Qui ont le malheur
D'être
Végétariens

Les bourgeois et notables de Trois-Rivières
Ne feront jamais rien
Ce sont toujours les parias
Qui tombent au front
Quand le fascisme pointe le nez

Ça fait partie d'la game

Aussi je pratiquerai Bella Ciao
Matin et soir
À la guitare
Au clavier
À l'harmonica
À l'accordéon
À la guimbarde
Pour toujours me sentir prêt
À mourir
Pour la liberté

O Bella ciao bella ciao
Bella ciao ciao ciao


dimanche 28 juillet 2019

J'me suis fait poivrer par l'anti-émeute hier pendant que Legault lisait Mathieu Bock-Côté

C'est moi le gros au milieu.
Un défilé raciste s'est tenu, avec difficulté, dans les rues de Trois-Rivières.

Il n'aurait pas eu lieu du tout s'il n'eût été de votre humble serviteur entouré de manifestants et manifestantes qui ne votaient probablement pas pour François Legault.

En fait, Trois-Rivières avait l'air d'une ville sous Occupation hier.

Je n'y avais jamais vu autant de policiers de ma vie... Et j'ai 51 ans. Dix autobus. À peu près 200 policiers. Quatre bateaux de policier sur le fleuve Magtogoek. Tout était bloqué par la police, partout au centre-ville.

Je me suis pointé vers 12h30 au Carré de la Fosse avec ma pancarte et mes harmonicas. Sur ma pancarte on pouvait y lire «Caricatures gratuites pour les fachos».

Plusieurs camarades portant le voile pour plusieurs raisons y étaient. Le climat était tendu, pour ne pas dire explosif. Voir des types armés de matraques et de boucliers faire mur devant soi pour laisser calmement défiler des fascistes, on ne voit ça qu'en Pologne, en Hongrie ou en Alabama.

J'ai compris, lorsque je me suis fait poivrer avec d'autres manifestants contre le racisme, qu'il n'était pas si bête de porter un voile, ne serait-ce que pour ne pas se faire empoisonner par la police anti-émeute. Ça chauffe en maudit, le poivre de cayenne. Ça pique les yeux, mais ça redonne radicalement de l'adrénaline. Dix minutes plus tard moi et mes camarades reprenions la rue. Et quinze minutes plus tard je jouais le meilleur solo d'harmonica de ma vie à un mètre de la police anti-émeute pour leur rappeler qu'on n'interrompt pas un musicien pendant un solo. J'aurai joué de l'harmonica pendant quatre heures pour détendre un peu l'atmosphère...

Pour ce qui est des caricatures, c'était difficile. Les policiers bougeaient tout le temps. Je n'étais pourtant pas là pour eux, mais pour les fachos, ceux qu'ils protégeaient de nous, coincés quelque part sur le bord du parc portuaire.

-Arrêtez de bouger! que je disais aux policiers de l'anti-émeute. Je ne serai jamais capable de vous dessiner!

Pourquoi empêcher un défilé d'extrême-droite de se terminer devant le Café Frida, un café végétarien qui est la cible de l'extrême-droite depuis un mois, comme si nous étions dans un trou perdu de la Géorgie? Sommes-nous rendus moralement si bas qu'il faille revenir au climat qui a préludé à Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948, que le gouvernement Legault ne s'est pas gêné de piétiner du pied avec sa loi sur l'interdiction des signes religieux? Ces questions trouvent leurs réponses dans des actions concrètes pour protéger nos droits et libertés.  S'il faut devenir paria pour combattre la haine et l'intolérance, eh bien soit. Je serai paria, antifa, n'importe quoi sauf un rassis qui laisse calmement défiler des nazis devant ses yeux sans rien faire.

Pendant que nous nous faisions poivrer et intimider par la police provinciale de François Legault, ce dernier lisait (ça ne s'invente pas!) L'Empire du politiquement correct de Mathieu Bock-Côté. Voici son commentaire sur Twitter: «Lu le dernier de Bock-Côté. Toute société a besoin de 2 pôles: progressisme et conservatisme. Certains médias de notre société actuelle condamnent le conservatisme. Ils condamnent entre autres le nationalisme. Heureusement, au Québec, on a redonné sa place au nationalisme.»

Diane Blain a déclaré dans le Parc Victoria, juste avant le début du défilé nationaliste dit de la Vague Bleue, qu'être patriote c'est aussi avoir à prendre les armes contre les juifs, les musulmans et les sikhs. (Voir lien sur YouTube)  Le Nouvelliste rapporte les paroles d'un des participants de la Vague Bleue, Stéphane Gagné, l'illustre Général Lee autoproclamé de la Mauricie: «Je viens à la manifestation en tant que nationaliste. Je suis un blanc, je suis fier de ma patrie et j'aime ça me promener et me sentir chez-moi. On n'est pas à Montréal ici. C'est pour ça qu'il faut garder notre image de ville de blancs.»

Ni Stéphane Gagné, ni Diane Blain ne se sont faits poivrer hier.

Ce sont les antifascistes qui ont tout pris dans la gueule par les farces de l'Ordre, dont votre humble serviteur...

Il y a bien sûr eu l'arrestation de Pierre Dion. Un sympathique moron d'extrême-droite qui disait qu'il y aurait du sang à Trois-Rivières au cours de sa manif patriotique.

Je remercie mes nouveaux amis et camarades qui ont osé affronter autant les fascistes que la police provinciale d'un gouvernement malpropre et irresponsable qui nourrit le chaos social et entretient le racisme.

Hier, j'ai reçu le baptême du poivre de cayenne avec mes frères et soeurs de combat pour la justice sociale.

Je remercie tous ceux et celles qui ont le courage de défier ce qui défie le bon sens d'une société libre, juste et démocratique.

No paseran!





jeudi 25 juillet 2019

Non au défilé raciste samedi le 27 juillet à 13h00 à Trois-Rivières !

Photo de TRès inclusif.Je serai à cette contre-manifestation samedi. Parce que je ne laisserai pas défiler les nazis dans les rues de Trois-Rivières sans rien faire. Parce que je pense à quelqu'un qui est allé au front se battre contre Hitler, le meilleur ami de feu mon père. Parce que les organisateurs de la manifestation dite de la Vague bleue sont tous directement reliés à des groupes aux noms révélateurs de la mouvance d'extrême-droite: Storm Alliance (initiales SA, comme dans Sections d'assaut, les troupes de choc hitlériennes), Soldiers of Odin (Aryens à souhait...), voire La Meute, pathétique rassemblement de personnes bêtes et méchantes envers les autres.

Je crois qu'il y a lieu de s'inquiéter de la détérioration du climat social tout autant que du climat tout court.

Les animaux circulent librement d'une frontière à l'autre. Mais pas les humains. Pas nos frères et nos soeurs. Quels progrès avons-nous accomplis? Pourquoi en sommes-nous à sacrifier à tous les jours un peu plus la beauté du monde? Pourquoi donner raison à ce qu'il y a de plus laid et de plus sale en l'esprit humain?

Je veux bien que l'on protège nos frontières de nos vrais ennemis.

Je ne vois pas comme un ennemi une personne qui fuit la guerre, trouve refuge ici et contribue par son travail et ses compétences au progrès de notre communauté.

L'ennemi, c'est la haine, la méchanceté envers les gros, les homos, les Noirs, les Jaunes, les Mauves et les Zôtres. Il y a des limites à considérer un problème social comme une opinion banale et anodine d'ultranationalistes fiers de leur pays.

Je n'aurais pas voulu me trouver à cette contre-manifestation samedi prochain le 27 juillet. D'abord ça scrappe une belle journée d'été. Je ne jouis pas à l'idée de manifester. Je déteste ça. Mais je le fais quand même et plus souvent qu'à mon tour. Parce que j'ai quelque chose comme une conscience...

Je n'aime pas particulièrement la chicane, la violence, la niaiserie, mais j'ai le malheur de vivre sous un gouvernement qui méprise les droits civiques en pratiquant l'abolition de la constitution pour cinq ans.

J'ai le malheur de vivre en une époque malsaine où l'on dédouane le racisme et les pires idéologies qui ont dévasté la planète au vingtième siècle.

Les 60 000 000 de morts de la Seconde guerre mondiale nous obligent à plus de réserve dans nos idées. La sagesse serait de mise dans nos politiques. La démagogie a toujours mené l'humanité à sa ruine, toujours.

Je vais me présenter samedi le 27 juillet devant de pauvres types qui pensent que l'amour de la patrie passent par la haine d'autrui, dont celle de mes collègues de travail, mes amis et mes voisins.

Je ne veux pas que les étrangers se promènent dans les rues de Trois-Rivières ou de n'importe où ailleurs au Québec sans se sentir en sécurité.

Je ne crois pas qu'un défilé du Ku-Klux-Klan, de La Meute ou de quelques autres organisations mini-hitlériennes puissent contribuer à faire passer ce message de paix et de solidarité.

C'est de mon devoir en tant que citoyen et humain responsable de me tenir debout devant les racistes qui veulent parader dans les rues de Trois-Rivières.

Je serai là avec mes amis et camarades pour dire non à ces voyous.

Je vais tout de même y aller dans une optique d'humour et d'amour de mes semblables.

Je vais même être gentil avec les fascistes. Je leur proposerai des caricatures gratuites d'eux-mêmes qu'ils pourront emporter avec eux s'ils m'approchent de trop près. Je leur soufflerai un morceau d'harmonica, évidemment. Peut-être Gens du pays en version Jimmy Hendrix. Je ne sais pas trop encore.

Je vais continuer de dire et de pratiquer cette simple philosophie: Aimons-nous les uns les autres.

Tout le reste c'est de la marde.

En fait, samedi si nous étions vraiment smart nous réussirions à convertir tous les nazis présents pour finir ça en jam de tamtams autour d'un verre d'eau.

Je me permets de le rêver.

Ok. J'emmène mon cahier de croquis, mes crayons et mes harmonicas samedi le 27 juillet à 13h00 au Carré de la Fosse, au centre-ville de Trois-Rivières.




mercredi 24 juillet 2019

Tranche de vie devant Les escomptes Lecomte

Je suis allé au magasin Les Escomptes Lecomte ce matin. C'est un magasin presque général qui rendrait les gens malheureux s'il n'y était pas. Il fait office de quincaillerie, de boutique cadeau et même d'épicerie pour plus d'un Trifluvien condamné à vivre au centre-ville.

Le centre-ville était plutôt calme ce matin. Un type dans la trentaine mendiait non loin de là, comme d'habitude. Il était habillé pour l'automne et portait un bandana étoilé en couvre-chef.

Un policier était garé sur la rue Champlain, une rue transversale à la rue des Forges.

Nous entrâmes tous les deux au même moment aux Escomptes Lecomte. Moi c'était pour y magasiner. Je n'aurais pas pu dire pourquoi le policier s'y rendait.

Je lui ai tenu la porte parce qu'il me semblait presser. Les civils ne sont pas là pour nuire au travail des gens en uniforme ai-je dû assimiler inconsciemment. À moins que je ne sois naturellement poli avec tout le monde. Je tiendrais la porte même pour mon ennemi parce qu'on ne se fait pas de mal à se faire du bien... 

Quoi qu'il en soit je m'achète une toile ainsi que des éponges afin de poursuivre mes oeuvres.

Je paie la facture puis je sors.

Qui vois-je en sortant? Le même itinérant que tout à l'heure.

Je lui refile une obole ou deux.

Il me remercie mollement, comme s'il sortait de son sommeil.

Il m'a l'air un peu knock-out. La nuit a été dure.

Je poursuis mon chemin vers la boucherie Alex Lamy. Puis je reviens sur mes pas.

Le jeune itinérant n'y est plus mais il a laissé son sac et ses affaires sur le trottoir.

Deux ambulanciers arrivent dans leur grosse caisse jaune.

-Il doit être rentré en-dedans! leur dit le policier.

J'imagine que oui.

Le mendiant avait du moins un peu de mon argent pour se payer quelque chose.

Comme quoi ma bonne action finira peut-être à l'hôpital...

Je ne sais pas pourquoi je vous raconte ça.

Peut-être parce que je me sentais bizarre.

Trop d'insolite pour ne pas y voir matière à creuser davantage.

J'aurai au moins, avec ce texticule, donné le premier coup de pelle.

lundi 22 juillet 2019

ÉriKKK-81 alias Jean-Luc Héroux ...

EriKKK-81, alias Jean-Luc Héroux, était un paumé qui, comme tous les paumés, trouvait des tas de raisons à des problèmes qu'il inventait pour se dédouaner de réfléchir.

Il se cachait sous un avatar et agissait en troll sur les Internettes parce que c'était facile, au début à tout le moins, et parce que ça lui avait permis de rencontrer des tas de types sympas comme Kuclusclam Matane, Tyrannosaure Rexxx et Luc Gravel. Ces types l'aimaient vraiment, lui donnaient des grandes claques dans le dos, payaient sa bière, lui offraient des lignes à sniffer, et menaient un sale combat courageux contre tous ces parasites de gauche, ces cosmopoliques multiculturaliches à la Trudeau, ces homos, ces avorteuses, ces viragos, ces étrangers qu'on ne sait même pas prononcer leur nom, ces mangeux de poulet à l'ail islamique...

Bref, il avait des idées maintenant.

Et il était fier de croire que ces idées correspondaient mot à mot avec les valeurs du bon gouvernement du Québec qui mettait au pas les immigrés et les multiculturalismes à la Chakira, au bikini et au poulet à l'ail...

Un jour, à force de conneries sur le ouèbe, il lui prend l'idée lui aussi de devenir le héros d'une nouvelle croisade hitlérienne contre les ceusses qui ne sont pas comme lui et Luc Gravel.

Alors il se fait à l'idée d'intimider commerçants et individus associés à la gauche, dont les boutiques d'aliments naturels, les ateliers de réparation de bicyclette et les ceuses qui ont faitte perdre la djobbe de Luc Gravel à la fromagerie. Luc disait seulement la vérité à propos des sales races qui viennent voler sa djobbe à la fromagerie. Il était tellement triste qu'il a bien dû sniffer cinq grammes de poudre ce soir-là avant de se filmer en direct en train de chier sur un globe terrestre en prétendant que la terre était plate et dirigée par des francs-maçons bolchevisses sous l'ordre des Reptiliens...

Bon, vous voyez tout de suite qu'on a affaire à un cas de psychiatrie si nous étions en 1970.

Mais nous sommes en 2019 et le président des États-Unis est un crackpot.

On se bat un peu partout sur la planète pour le dernier puits de pétrole, le dernier point d'eau, la dernière chaudronnée de fruits de mer...

Un jour il n'y aura plus rien.

Peut-être qu'il n'y a plus rien depuis longtemps...

En tout cas, la vacuité mène ce monde.

Vacuité, vanité et fatuité sont à l'honneur.

Tout être intelligent qui n'est pas frappé de spleen devant tant d'horreur et de déshonneur ne peut pas être intelligent.

Enfin! Ce n'est pas l'opinion de EriKKK-81. Un jour les antifas et autres tapettes vont payer. Trump est leur président. Legault leur bon Maréchal Pétrin.

C'est incroyable mais vrai.

C'est le cauchemar quotidien des médias sociaux qui ne pratiquent aucune forme de Netiquette.

Il faudra réapprendre un jour ou l'autre des bonnes manières.

N'importe quoi pourvu que personne ne se sente autorisé à vous vomir n'importe quoi dans la figure en menaçant de vous tirer à vue à la mitraillette...

On pourrait commencer par respecter la Constitution du Canada et la Charte des droits et libertés. Ce serait un bon début.


mardi 16 juillet 2019

Ça veut dire quoi «Maître Suprême» ?

Il m'arrive de saisir au vol des conversations qui n'ont ni queue ni tête.

Cela m'est arrivé pas plus tard qu'il y a dix minutes.

J'étais au dépanneur. Deux commis étaient derrière le comptoir. Deux jeunes. Un gars et une fille plutôt cool et relativement marginaux. L'un était du type caucasien avec des dreadlocks. L'autre avait l'air de F dans Stranger Things avec des bas deux couleurs rouge et blanc comme des colonnes de barbier. Ils m'apparurent tout de suite sympathiques. J'aime inconditionnellement les excentriques.

Lorsque vint mon tour de passer à la caisse avec mon spécial trois Coke diète pour cinq piastres, ces deux-là discutaient de je ne sais trop quoi en se souciant plus ou moins de mon existence. Ce dont je ne saurais le leur reprocher. C'est l'âge. Ou l'époque. On devient peut-être plus présent pour autrui en vieillissant. Quoiqu'il y ait suffisamment de vieux cons pour détruire toute tentative de généralisation en ce sens-là.

Peu importe. Mes deux jeunes rebelles discutaient ensemble d'un sujet très sérieux dont je ne saisissais pas toute la portée.

-Ça veut dire quoi «Maître Suprême»? demandait l'un à l'autre.

Et l'autre de lui répondre, sur un ton désabusé:

-Je l'sais pas... C'est p't'être comme un titre de Dongeons et dragons... Des affaires de même: Maître Suprême...

-Ah ouais? C'est parce qu'i' doivent être des millionnaires man!

-Ouin... I' doivent être pleins aux as...

-Maître Suprême... Fuck that... C'est quoi ça «Maître Suprême»?

J'ai payé mes trois Coke diète.

Puis j'ai salué mes deux jeunes philosophes.

-Salut à vous deux ô Maîtres Suprêmes!

Ils ont rigolé.

Je ne sais pas trop pourquoi.

Peut-être que je suis drôle.

Ou vieux.

Ou con.





mercredi 10 juillet 2019

Le cancer de la gorge de Bob le livreur de la rôtisserie Chez Ti-Poula

Bob est livreur à la rôtisserie Chez Ti-Poula. L'homme né en 1957 approche de la retraite. Il n'y est pas encore et travaille pour survivre, comme tout le monde.

Bob fume trois paquets de cigarettes par jour et il est tout constitué de nerfs. C'est comme si ce maigrelet était artificiellement maintenu en vie par le tabac. C'est du moins ce que tout le monde croyait jusqu'à ce que Bob attrape un fichu cancer de la gorge.

Du coup, Bob n'est plus livreur à la rôtisserie. Il n'est plus rien en fait. Il va retirer un chèque de chômage bientôt et en attendant il est sur le point d'aller mendier à l'aide sociale.

Bob n'arrive plus. Comme il n'a pas grand chose, il ne lui est pas difficile de lâcher prise. C'est le système qui le prend en charge depuis qu'on l'a emmené à l'urgence d'où le médecin de service diagnostiqua son cancer.

On l'envoie en convalescence à la résidence Gros Dodo parce qu'il est trop faible et surtout trop étourdi pour s'occuper de lui-même. Ses traitements en oncologie le foutent à terre. Il peine à se relever. Pourtant, Bob semble garder quelque chose comme le moral ou bien l'habitude de traverser de la misère.

C'est le convalescent le plus pauvre, le moins éduqué, le plus ignorant du point de vue des connaissances générales et tout. Pourtant, c'est un homme adorable, d'une gentillesse et d'une politesse exceptionnelles.

Alors que tous les autres patients semblent parfois aigris, pour ne pas dire acerbes, Bob en est l'antonyme vivant quant à leurs attitudes.

Bob est reconnaissant pour tous les services qu'il reçoit.

Il n'a que des mots gentils pour tout le monde.

Certaines employées africaines doivent parfois affronter le racisme larvé des patients qui parlent d'elles comme étant des négresses.

Bob, c'est tout le contraire. Pour lui, ce sont des déesses africaines. Et il leur dit ça sur un ton qui n'a rien de sexuel ni de condescendant. C'est dit comme ça lui vient, à Bob. C'est noble et sincère.

-Qu'est-cé qu'j'ai faitte au bon Dieu pour être servie d'même par des déesses africaines? Moé chu rien qu'un trou d'cul dans 'a vie... J'livre du poula...

-Voyons monsieur Bob! qu'elles lui sourient tout naturellement parce que Bob a de la classe malgré tout.

-Jamais j'aurais pu rencontrer d'aussi belles femmes qu'icitte... Quelle femme va s'intéresser à servir el déjeuner au litte à un gars qui sent toujours la maudite graisse à patates frites hein?

Bob est un rigolo, voyez-vous. Et tout le monde rigole avec lui sans malice aucune.

Bob n'a que des bons mots pour le personnel soignant.

-Icitte, chu servi é wane. É wane. Numéro un. Rien à dire. Sont toutte fins, toutte gentils, toutte... Pas de misère pantoutte... Une chance que j'vous ai Jésus, Marie, Joseph...

-C'est un plaisir d'servir un monsieur qui est plaisant... qu'on lui répond.

-Plaisantin! Oubliez qu'chu un plaisantin moé-là! Pis tabarnouche que c'est dur d'arrêter d'fumer... Maudit poéson... Qu'est-cé tu veux qu'on faize quand y'est trop tard, hein?

Bob, contrairement aux autres, ne parle pas de ses finances. Il est ruiné, comme d'habitude. Cela explique son silence à ce sujet.

Il se laisse aller.

Soixante-trois ans avec un cancer de la gorge virulent.

Il s'attend à subir une trachéotomie.

Et peut-être plus.

Mais à quoi bon s'agiter plus qu'il ne le faut?

-Ça va déjà assez mal à shop pour moé que s'i' faut que j'déprime en plus ça y'ira pas bin bin mieux... Pus capable d'avaler... M'en v'as vers un gavage... Hé saint-crèche! Qu'est-cé tu veux qu'on faize? On fait dur! Ha! Ha! Ha!

Bob regarde dehors. Puis regarde ses souliers. Puis regarde la télé.

Encore des films poches à TVA.

C'est mieux que rien.

-Je r'garde ces conneries-là d'paôfe-paôfe pis j'm'endors...

C'est Cours après moi Shérif 2 qui passe ce soir-là.

Un film vraiment poche, oui.


mercredi 3 juillet 2019

La Fin du monde permanente

Le triomphe de la mort de Pieter Bruegel l'Ancien (1562)
Musée du Louvres
Nous vivons sous l'effet d'une Fin du monde tout autant permanente qu'imminente. Ce ne sera pas nécessairement celle que nous aurions crue. Néanmoins, elle est déjà là et on lui donne des chaires à l'université.

Le monde tombe en ruines non pas parce que je m'imagine cela. Je ne suis pas un vulgaire démon qui jubile à l'idée de voir sombrer l'humanité en enfer. Je ne suis qu'un témoin. Un vulgaire témoin de la Fin du monde.

Elle est partout, la Fin du monde.

Elle était à Hiroshima, Nagasaki, Tchernobyl et Fukushima.

Nous ne maîtrisons pas le nucléaire. Ni l'atome. Ni les abeilles.

Finalement, nous ne maîtrisons pas grand chose.

Nous sommes cons comme des manches.

Nous pissons et chions dans l'eau que nous buvons.

Nous coupons les arbres pour qu'il y ait plus de stationnement. Pour que la température augmente de 6 Celsius de plus, une fois de trop.

Nous vivons dans des bocaux climatisés, comme sur une planète hostile que nous apprenons à coloniser en se réfugiant sous Terre, après avoir éradiqué toute forme de vie à la surface.

Nous jetons, surconsommons et détruisons tout sur le passage de la loi du marché.

***

L'anxiété croît au sein de notre espèce comme dans tout le règne animal.

On s'entre-tue pour le dernier point d'eau après que tout eut été transformé en désert ou bien en stationnement.

Pour oublier tout ça, on fait encore plus de bruit.

On célèbre la pollution sous toutes ses formes pour annihiler sa conscience.

On oublie tout le temps d'une guerre ou d'une publicité.

Le cynisme l'emporte. On attend la Fin du monde.

Qu'elle vienne des Nazis ou bien du gaz de schiste et plus personne ne s'en soucie.

C'est à qui s'en sortira le mieux.

Après moi le déluge ou le désert ou rien.

C'est fini je vous dis.

F-i fi, N-i ni: fini!

***

Et pourtant...

Pourtant: rien.

L'espoir est une abstraction.

Vous l'expliquer me déconcentre de mon autoguérison.

Je me dis qu'on peut stopper la Fin du monde.

Et parfois je me dis que nous sommes foutus...

Mon espoir est faible, très, très faible.

Pas parce que je déprime.

Parce que je vois clair.

Enfin, je crois bien voir clair...

Qu'on vienne me dire pourquoi nous consommons autant de pilules contre l'anxiété? Pourquoi le sommeil de plus d'un ou d'une est troublé? Pourquoi tout ça ne trouve son sens que dans l'annihilation de la raison et la soumission à l'autorité?

Laissez faire...

Je n'ai pas plus l'envie d'entendre d'explications...

C'est déjà la Fin du monde.

Mon témoignage ne servira à rien.

Nous coulons et il est trop tard.

En attendant de mourir, je ferai de mon mieux.

Je ferai comme si je pouvais changer quelque chose à ce monde.

Je vais me battre quand tout le monde me dit de me reposer.

Je vais lutter quand on est si bien à ne rien faire...

Je ne gagnerai pas un prix pour autant.

Ma vie ne sera que plus compliquée.

Mais au moins, hostie, elle aura du sens.