vendredi 24 mai 2019

La chute à cinq piastres

Il était une fois un type très nerveux qui avait suivi un parcours très typique de typographe.

Les temps étant ce qu'ils sont, ce type ne sut pas se convertir à l'infographie. L'eusse-t-il fait que même ce métier-là n'en serait pas moins mort aujourd'hui. Tout le monde s'improvise infographe. Même les paresseux.

C'était donc un type pauvre qui maintenant poursuivait un chemin atypique de grain de poussière comme vous et moi, charrié par les glaciers du temps.

Il vivotait autant qu'il vivait et s'il devait mourir il le ferait avec le sentiment du devoir qui ne doit jamais être accompli. Plutôt mourir que de se fendre le cul pour quelqu'un qui mange toute la galette.

C'était un type typiquement typographe il y a de cela des lustres déjà.

Un type paumé, comme plusieurs, vous et moi j'imagine -peut-être pas.

Il était nerveux même s'il ne fumait pas.

Il mangeait et dormait peu.

Il attendait.

Quoi? N'importe quoi.

N'importe qui n'importe quand n'importe comment.

On attend toujours pour rien.

Sa vie n'aurait pu être que de couler du plomb dans des moules d'imprimerie.

Elle n'était maintenant qu'une habitude à tuer le temps.

Ce temps qui ne voulait pas mourir.

Ce temps qui lui survivrait quoi qu'il fasse.

Et j'oubliais évidemment d'écrire que ce type-là n'avais jamais aimé jouer au parchési.

Il était même plutôt maigre.

Et il manquait une branche à ses lunettes.

Quand il souriait il ressemblait à Iggy Pop.

Mais lorsqu'il ne souriait pas, il ne ressemblait même pas à un typographe déchu.

Vraiment, ce type-là était un mystère.

D'autant plus qu'on ne l'a jamais revu.

C'est rare que l'on passe par Notre-Dame-de-Montauban-des-Mines pour aller visiter la chute à cinq piastres.

jeudi 23 mai 2019

La laïcité inclusive contre la répression conservatrice

Les sociétés qui meurent, faute d'espoir, se réfugient invariablement dans le passé.

La Turquie de Erdogan rêve de rétablir l'Empire ottoman.

En Italie, sous le règne des néo-fascistes, on se tourne vers l'Empire romain.

Aux États-Unis, on revient à l'Alabama d'avant les marches pour les droits civiques.

Au Texas, des conservateurs qui ne portent pourtant pas le voile rêvent d'une législation qui condamnerait à la peine de mort une femme qui se ferait avorter. Au même moment, des femmes qui portent le voile musulman défendent l'accès à l'avortement libre et gratuit. Cherchez l'erreur...

Il est infâme de promouvoir des atteintes aux droits de l'Homme et de la Femme.

On s'en prend par-dessus tout au droit des femmes, surtout les musulmanes, d'afficher leur différence. On taxe les musulmanes d'obscurantisme comme si tous les catholiques étaient membres des Bérets blancs. Une simple discussion avec une femme voilée suffit généralement à faire lever le voile (sic!) sur ce tissus de ragots ignorants qu'on nous sert. Tout ça pour justifier cette tentative de voter une loi qui favorise la ségrégation et porte atteinte aux droits civiques reconnus par les tribunaux.

Le rouleau-compresseur continue de broyer tous ceux et celles qui ne correspondent pas au grand rêve du passé: femmes voilées, transgenres, homosexuels, écologistes, syndicalistes, féministes, etc.

Tout ce qui n'est pas uniforme passera au cash, qu'on se le tienne pour dit. Ne croyez pas que ça s'arrêtera aux femmes voilées. Ça va bientôt s'étendre comme une flambée envers tous ceux et celles qui menacent les privilèges d'une certaine élite de bourreaux pleins aux as qui prennent des postures victimaires pour se dédouaner de leurs agressions quotidiennes envers les minorités.

Voilà pourquoi je m'oppose au Projet de loi 21 portant sur l'interdiction des signes religieux.

C'est un projet de loi tourné vers le passé qui ne correspond en rien à une société de droit.

Cela contrevient aux chartes canadienne et québécoise des droits et libertés.

Cela va à l'encontre de la Déclaration universelle des droits de l'Homme que le Canada a signé en 1948.

La liberté de religion est tout aussi précieuse que la liberté d'expression. C'est le sens à donner à la laïcité ouverte qui respecte les personnes et engage l'État à adopter la neutralité dans ses institutions communes. C'est le Canada et le Québec d'aujourd'hui: fiers, debouts et modernes.

J'ai parfois l'impression que le Projet de loi 21 n'est qu'une tentative de déifier des idéologies politiques au détriment des libertés et droits fondamentaux.

Ce n'est pas de la laïcité, mais un règlement de compte.

C'est du ressentiment face à l'avenir.

Du repli identitaire vers un passé révolu.

Je demande donc à tout homme et toute femme de bonne volonté de manifester clairement son opposition à ce projet de loi réactionnaire et moralement douteux. Le Projet de loi 21 n'est que la première manifestation de nombreuses atteintes aux droits de la personne à venir si nous laissons le passé gouverner le présent.

Ne laissons pas les apprentis-sorciers de la CAQ, bouffis de conservatisme amer, faire des expériences de laboratoire avec nos droits civiques.






mercredi 15 mai 2019

Pouding à l'avocat: un délice!

Un blog ça vous servirait n'importe quoi.

Dont une recette pour un pouding au chocolat à l'avocat... J'en remercie Ricardo et les Sud-Américains qui mangent l'avocat en dessert.

C'est le meilleur pouding au chocolat que j'aie goûté de ma vie. Et je pèse mes mots.

L'avocat confère au pouding une texture plus onctueuse que du lait bourré de féculent. La texture se rapproche de celle du beurre. C'est doux, crémeux, céleste...

J'ai changé un peu la recette de Ricardo.

Je remplace le sucre à glacer par du miel.

Et le cacao par des barres de chocolat Lindt pur à 99%.

J'ai aussi adapté la recette pour faire une mousse aux fraises et aux bananes aromatisée au sirop d'érable: un smoothie qui tient ferme. La même texture crémeuse. Le goût sensationnel.

Les premiers missionnaires sud-américains surnommaient l'avocat «le beurre du pauvre». Il s'agit bien d'un beurre. Mais il est riche en nutriments. Et excellent pour faire baisser le taux de cholestérol dans le sang.

J'ajoute qu'un diabétique peut se le permettre de temps à autres.

Comme je le fais.

Dans la mesure où l'on compense par l'activité physique pour contrôler sa glycémie.

Je retourne flatter mes petits pots de pouding dans mon frigo en pensant au plaisir que j'aurai à en manger un ce soir avant d'aller au travail.

mardi 14 mai 2019

Pour un débat civilisé avec Achile Tapon

Achile Tapon passe ses journées à dénigrer les musulmans.

Il lui est tellement important de les présenter subtilement comme des rats ou bien des parasites qu'une grande entreprise de presse québécoise qui n'est pas membre du Conseil de presse a retenu ses services pour sévices rendus envers les minorités.

Achile Tapon occupe désormais toutes les tribunes offertes par ladite entreprise.

Il est grassement payé pour écrire qu'on veut les égorger, lui et nous-mêmes, peut-être pas vous ou moi, mais certainement Nous...

Des intellectuels à la petite semaine, farcis de nationalisme frileux comme des écureuils anxieux qui hurlent comme des loups, relaient ses propos et renchérissent pour bien montrer le poids qu'a cette élite au sein de notre Petit Québec.

S'attaquer à cette élite, de près ou de loin, c'est invariablement s'attaquer à Nous, peut-être pas à vous ou moi, mais certainement à Nous...

65% des Nous veulent entre autres, si l'on se fie à des sondages très scientifiques, abolir les chiffres arabes de nos écoles, couper les barbes des prêtres orthodoxes, raccourcir les boudins des rabbins et dénuder la tête des terroristes islamiques... C'est du sérieux ça. Beaucoup d'intellectuels québécois me l'ont rappelé chaque fois que j'ai osé dire qu'Achile Tapon est un idéologue bas de gamme à l'image de l'entreprise qui l'emploie pour exciter la meute des ignorants fiers de l'être.

Ce Nous dont Tapon parle mange depuis toujours des fèves au lard et aime plus que tout les chansons francophones autorisées d'être entendues à La Voix devant toute la nation frémissante.

De la canaille d'extrême-droite qui circule autant sur les médias sociaux que dans nos rues se prend évidemment d'affection pour Achile Tapon.

Celle-ci relaie toutes ses chroniques incendiaires qui réclament le juste châtiment envers les minorités, les étrangers, les immigrés et autres gens bizarres qui ne savent pas s'ils sont homme ou femme.

Encore une fois, le Nous du Petit Québec nous incite à comprendre les besoins légitimes de cette canaille raciste qui encourage ce qu'il y a de plus laid en l'être humain. Tout ça avec la bénédiction des ayatollahs fleurdelisés fiers de disposer d'une meute pour protéger tant l'orthodoxie du Parti que leurs misérables privilèges de colons. Ils ne veulent pas être décolonisés et s'attachent à des principes qui faisaient de leurs ancêtres des chasseurs de grenouilles autour des châteaux des seigneurs du Royaume.

Achile Tapon leur dit que c'est la faute des judéo-bolcheviques, des islamo-gauchistes, des cosmopolites, des étrangers, des apatrides, des libéraux, des multiculturalistes, des communistes, des anarchistes, des syndicalistes, des féministes, des avorteurs...

La liste de conneries qu'Achile Tapon profère s'allonge à tous les jours, à la même vitesse que celle de son patron qui lui allonge les chèques et autres gâteries comme des balades en hélicoptère.

Achile Tapon ne craint pas tant la disparition du Québec que sa propre disparition en tant que privilégié si d'aventure le pouvoir se déplaçait vers l'inclusion et le multiculturalisme...

Il est échec et mat avant même que d'avoir commencé la partie.

Le problème, c'est qu'il ne veut pas jouer aux échecs.

Il veut se la jouer pour lui-même et par lui-même, comme Humpty Dumpty sur son mur, décidant de la valeur et de la signification des mots selon son bon vouloir, comme un gras et gros bébé gâté étouffant sous sa propre fatuité.

Il a encore quelques vaniteux de son bord, Tapon, mais son temps achève.

L'époque ne roule plus pour lui et c'est le seul point avec lequel je sois d'accord avec lui.

Elle ne roule pas plus pour moi que pour vous, l'époque.

Elle écrase et charrie tout le monde, comme de vulgaires cailloux sous un glacier monstrueux.

Au bout de tout ça, Nous redeviendrons poussière.

Et ce sera la fin de l'histoire pour tout un chacun, beau, grand, blanc, mauve ou laid.

D'ici là, Achile Tapon continuera de vomir sa bile dans les médias de son patron.

Et il vous fera encore accroire qu'il n'y a pas pire victime que lui-même en ce monde cynique et froid qui ne laisse pas un honnête homme s'en prendre calmement aux minorités, avec tout le calme et la distinction que nécessitent les grandes décisions.







jeudi 9 mai 2019

Nous ne sommes rien



La Terre tourne à toute vitesse autour du Soleil. Le Soleil tourne encore plus vite autour du trou noir au coeur de la Voie Lactée. Et puis la Voie Lactée s'éloigne encore plus vite du point que l'on pourrait appeler le Big Bang.

J'essaie seulement de concevoir à quelle vitesse tout ça s'organise et je manque vraiment de repères.

Au-delà du million, les chiffres me deviennent totalement abstraits.

Alors, plutôt que de me tourner vers les mathématiques, eh bien je procrastine avec la politique, la religion et autres bouffonneries humaines décevantes et désagréables.

Il faut bien se battre pour quelque chose.

Même si le cosmos va trop vite.

Même si le temps qu'il nous reste à vivre ne représente même pas celui d'un clignement d'oeil au plan spatio-temporel de l'univers.

Je me réjouis de savoir que nous ne sommes rien.

Cela rend ma vie plus agréable.

Et plus douce aussi.

mercredi 1 mai 2019

Bonheur social au centre-ville de Trois-Rivières

Les rues de Trois-Rivières sont toujours très animées. Surtout les premiers du mois.

Hier après-midi, vers quatorze heures trente, un jeune homme probablement intoxiqué affichait sa colère avec un madrier dans la main. Il s'en servait comme d'une massue des temps préhistoriques pour signaler son existence et manifester sa rage. Chaque arbre du Parc Champlain goûtait de ses coups de madrier. C'était à la limite de l'effroi et de l'insolite pour les nombreux badauds du centre-ville. Tout le monde lui laissait le passage libre. Pas question de stopper ce singe en risquant de recevoir un coup de madrier en plein visage.

Je m'en suis d'abord voulu de ne pas lui faire faire un de ces célèbres vols planés qui ont fait ma fortune en tant qu'agent de la sainte paix. Cependant il n'y avait personne devant lui même s'il avançait d'un pas vif vers le Couche-Tard de la rue Laviolette.

J'ai donc communiqué avec les policiers pour leur signifier qu'il y avait un singe en liberté au centre-ville qui devait être remis en cellule au zoo aussitôt que possible par mesure de sécurité contre toutes les personnes qu'il risquait de croiser avec son madrier.

Je ne sais pas comment cette histoire s'est terminée bien honnêtement.

J'ose croire que le type au madrier a été arrêté.

Faudra-t-il que je me promène bientôt avec du poivre de cayenne au centre-ville de Trois-Rivières?

Il me semble parfois qu'une ville de 135 000 personnes avec un centre-ville recouvert de tripots et autres bordels pourrait se permettre le luxe de deux policiers qui patrouillent autour du Parc Champlain les premiers du mois...

Les policiers n'aimeront probablement pas cette idée. Je peux comprendre qu'ils aient peur eux aussi.

Cela dit, le centre-ville se détériore à la vitesse grand v avec tous ces zombies sur le crystal-meth ou bien autre une autre cochonnerie qui donnent des coups de madrier sur les arbres dans le Parc Champlain.

vendredi 19 avril 2019

Parce que le Québec n'est pas la Chine


Résultats de recherche d'images pour « camps de rééducation »La Chine appuie le projet de loi sur la laïcité du gouvernement Legault.


Cette même Chine qui envoie des millions de Ouïghours musulmans dans des camps de rééducation.

Cela devrait nous inquiéter et nous servir de leçon.

Le projet de loi 21 portant sur le port des signes religieux est à l'image des pires fantasmes des commissaires du peuple qui ont mené à la répression non seulement des religions mais aussi des individus qui avaient le malheur d'affirmer leur foi.

Est-il encore utile de rappeler que le Canada n'est pas la Chine et que notre pays a ratifié la Déclaration universelle des droits de l'homme. C'était en 1948, à la sortie de la Seconde guerre mondiale.

«Article premier

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Article 2

1. Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.»

Se pourrait-il que le gouvernement Legault erre en sagesse lorsqu'il branche son agenda politique sur les sondages et fumisteries du quotidien le plus islamophobe d'Amérique du Nord? Le rapport Bouchard-Taylor avait mis le doigt sur le Journal de Montréal pour rappeler que la supposée crise dite des accommodements raisonnables provenait en grande partie de l'amplification provoquée par ce quotidien pour servir sa propre cause.

Est-ce que le gouvernement Legault va fonder son interprétation des droits civiques sur la sagesse du Journal de Montréal ou bien de quelque publication comme The National Enquirer?

Ce projet de loi n'aboutira pas.

Il n'a aucune raison d'être.

Il témoigne de l'amateurisme juridique et de la démagogie crasse de ce gouvernement.

La Chine peut continuer à l'applaudir sans moi.

En tant que Québécois, je soutiens la Charte québécoise des droits et libertés ainsi que l'État de droit.

La Cour suprême du Canada, plus haut tribunal du pays qui est encore le nôtre, a statué en 1996 qu'un officier de la Gendarmerie royale du Canada pouvait porter le turban sikh. Cette décision a bien sûr force de loi. Il sera difficile de démolir la loi et d'y revenir. Comme c'est le cas de l'abolition de la peine de mort ou bien du droit à l'avortement.

Le recours à la clause nonobstant n'est valide que pour cinq ans et encore cette loi devrait-elle trouver sa légitimité devant nos propres tribunaux québécois puisque la Charte québécoise des droits et libertés est tout aussi implicite que celle du Canada au chapitre de la discrimination fondée sur l'appartenance religieuse.

Donc, ça n'ira pas très loin.

Le gouvernement Legault doit déjà envisager sa défaite et trouver un autre truc que le nationalisme primaire et l'islamophobie afin de provoquer des gestes de rupture avec le Canada et l'État de droit.


samedi 30 mars 2019

Hier à l'épicerie, une femme voilée...

Hier, à l'épicerie, une jeune dame voilée avec son enfant qui parle l'arabe devant le comptoir des fruits. Je salue poliment les deux qui me répondent. Puis je continue mon chemin en me demandant comment ils se sentiront en apprenant qu'on les considère comme des pestiférés au Québec... 

Cela me fait mal au coeur et je vomirais sur la tête du premier raciste qui soit à ma portée.


jeudi 28 mars 2019

Mon voisin, ma voisine et l'État de marde

MON VOISIN, MA VOISINE ET L'ÉTAT DE MARDE

Mon voisin porte un turban
Ma voisine porte le voile
Mon voisin porte une kippa
Ma voisine porte des dreadlocks
Mon voisin porte une croix
Ma voisine porte le tao
Mon voisin porte un portable
Ma voisine porte des piercings
Mon voisin porte des plumes
Ma voisine porte des chaussures vertes
Mon voisin porte une barbe
Ma voisine porte aussi une barbe.
Mon voisin porte un macaron du Club Kiwanis
Ma voisine porte un foulard sur la tête parce qu'elle est presque chauve
Mon voisin porte un foulard autour du cou parce qu'il a froid.
Ma voisine porte parfois un boubou
Mon voisin porte un haut-de-forme avec une tête de mort comme Mars de Mötley Cruë
Ma voisine porte une tuque
Mon voisin porte une casquette des Expos de Montréal
Mon voisin portera bien ce qu'il veut
Ma voisine portera bien ce qu'elle veut
Les Bleus peuvent bien aller au diable vauvert
Puisque sa valeur de foi trempée
Protégera nos foyers et nos droits
Chers voisins
Chères voisines
Chers qui que vous soyez
L'État de droit
C'est tout un chacun sans distinction
L'État de marde
C'est Nous moins lui
Moins elle
Moins mon voisin
Moins ma voisine
Moins moi

Gaétan Bouchard
Aucun droit de hauteur @ 28 mars 2019

vendredi 15 mars 2019

Mes sympathies et mon soutien aux musulmans de la Mauricie

J'ai fait parvenir ce message à mes voisins musulmans via la page Facebook du Centre culturel islamique de la Maurice.


Salam alaycoum,

Je tiens à faire part de mes sympathies bien ressenties à tous les membres de la communauté musulmane de la Mauricie et d'ailleurs suite à l'attentat commis récemment envers des fidèles de deux mosquées en Nouvelle-Zélande.

Je m'engage à soutenir les droits civiques de mes frères et soeurs de confession musulmane. Je m'engage à combattre âprement la haine et l'intolérance pour que nous puissions tous vivre en paix et s'aimer simplement les uns les autres.

Comptez-moi parmi les hommes de paix et de justice sur lesquels l'on peut se fier lorsque leurs voisins se font menacer par des brutes infâmes.

Que la beauté de ce monde soit saine et sauve.

Puissiez-vous vivre en tant que musulmans dans un État de droit où les politiciens ne sacrifient pas les libertés pour une poignée de votes douteux derrière lesquels se dessinent les contours de la peur et surtout de l'ignorance.

Qu'Allah vous bénisse frères et soeurs musulmans de la Mauricie.

Puisse l'amour guider nos coeurs et nos esprits.




Gaétan Bouchard

jeudi 14 mars 2019

Je suis stupide somme toute

J'aime les gens plus que je l'aurais cru.

Si je les aimais pas, je ne m'aimerais plus.

Je suis stupide, souvent.

Cela m'accorde le privilège d'accepter la stupidité d'autrui.

Ma mère disait que j'étais un Roger Bontemps.

C'est-à-dire un gars qui ne s'en fait pour rien.

C'était sans doute un compliment.

Elle devait se demander comment je faisais ça.

Franchement, je ne saurais quoi vous répondre.

Je suis comme un gros ours, pas achalé de rien, tant qu'on ne vient pas me picosser avec un bâton pendant que le miel coule dans ma barbe.

C'est ma meilleure réponse à ce jour.

Je viens tout juste de vous la trouver.

J'aime les gens parce que je ne les crains plus.

J'ai bien plus peur de moi que de vous.

Aussi, je reste calme.

Je savoure le moment présent.

Je suis stupide somme toute.

Échouer son examen pour demeurer préposé aux bénéficiaires

C'est ici, sur mon blog intitulé Les récits d'un préposé.

mercredi 6 mars 2019

Petit exercice spirituel que d'aucuns jugeront futile

Rien ne m'horrifie plus que l'indifférence face aux injustices, cruautés et iniquités de ce monde.

Je vois dans cette indifférence l'essence même du mal qui ronge l'humanité à travers les siècles.

J'ai d'abord combattu en moi-même cette indifférence.

Mon prochain m'y a aidé.

C'est à travers l'oeil des autres que j'ai fini par mieux me voir.

Et j'ai finalement accepté l'évidence que j'étais un bon diable, un gars pas si compliqué que ça qui ne demande qu'à ce que tout le monde s'aime comme il l'a lu jadis dans les évangiles.

J'aurai tenté plusieurs fois d'allumer une petite étincelle d'amour, de compassion et surtout d'empathie chez ces cohortes d'indifférents que j'aurai croisées au cours de ma vie.

J'aurai été souvent allumé par la charité des meilleurs d'entre les hommes et les femmes que j'ai eu le privilège de rencontrer.

Je sais que ce monde n'est pas tissé que d'horreurs. Même s'il m'est difficile de ne pas jeter la serviette en déclarant, comme tous les indifférents, que le monde est voué aux gémonies et qu'il ne nous reste plus qu'à jouer de la lyre en regardant Rome flamber sous nos poèmes narcissiques.

Je n'attends rien de personne.

Tout ce que je fais, c'est en âme et conscience, guidé par je ne sais trop qui ou quoi. Quelque chose comme une impulsion spirituelle. Quelque chose comme servir la beauté du monde pour qu'il guérisse de sa laideur.

Paul de Tarse, dans son épître aux Corinthiens, affirmait que la foi n'est rien sans la charité.

Les belles et bonnes idées ne sont rien sans l'action de donner.

On n'a pas besoin d'être passé sous le soleil de Damas pour se rendre compte qu'on ne changera pas le monde en maugréant dans son fauteuil, mais bien en ne craignant pas d'aller à la rencontre de l'autre, de notre prochain, de celui ou celle qui ne demande qu'à nous libérer de la foi afin que la charité puisse nous transfigurer.

Bref, je souhaite atteindre cet état de grâce qui me donnera la force et la confiance de lutter encore longtemps pour l'avènement d'un monde plus libre, plus doux et plus harmonieux.

Je souhaite ne jamais manquer de courage pour ouvrir ma grande gueule quand je vois une injustice se commettre devant moi.

Je souhaite me battre, encore et encore, longtemps, pour la part d'humain que le Grand Esprit m'a légué non seulement en rêve, mais aussi en chair et en os.



mercredi 27 février 2019

À propos des cons racistes qui pitchent leur marde sur les médias sociaux

Il y a toujours eu des cons.

Aujourd'hui les cons disposent de moyens technologiques pour rivaliser en publicité avec les prix Nobel.

Remarquez bien qu'un prix Nobel demeure, aux dires de feu Jacques Ferron, de la crème fouettée sur un bâton de dynamite...

Assez de facéties, je vais reprendre mon fil conducteur.

Il y a toujours eu des cons.

Il y a toujours eu des gens qui cherchaient à mettre en valeur ce qu'il y a de plus sale et de plus grotesque en l'être humain.

Il y en a de nos jours qui se font de belles petites vidéos sur YouTube pour se vanter d'être racistes, homophobes et même violeurs de femmes. Ils affirment sans vergogne leurs vilenies. Ils se vautrent dans la partie obscure et surtout fangeuse de leur âme.

Que voulez-vous y faire?

Ce que vous faites sans doute déjà. À chacun ses moyens de les combattre et de les effacer de sa vie.

Quant à moi, je m'éloigne de ces abrutis, évitent même de les confronter sur les médias sociaux, et m'en tiens à bâtir un monde à peu près meilleur. Ce n'est pas le choix de l'empire Québecor, j'en conviens. Aussi je m'éloigne autant que faire se peut des journaux jaunes et autres torchons tout aussi incendiaires que ne l'était Radio Mille-Collines au Rwanda. Faire la promotion de la haine et s'étonner ensuite des commentaires émis par les cons qui se sentent allumés par les fabricateurs de préjugés sociaux vieux comme le monde, eh bien ça ne fait pas sérieux.

Les cons qui se vantent d'être cons me font l'effet du singe qui lance ses excréments sur les visiteurs au zoo. Le pauvre singe se sent prisonnier, ne devrait pas être là selon moi, et tout ce qu'il lui reste c'est de pitcher sa marde. Sa révolte est vaine mais de la marde c'est toujours bien de la marde. C'est sale et ça laisse entendre l'inconfort du singe face à une situation en théorie inchangeable.

Dans le cas des cons, la porte de leur prison est souvent ouverte mais ils préfèrent encore pitcher de la marde en se pétant la tête sur les barreaux de leur cellule.

Que voulez-vous y faire? disais-je.

Ce que vous faites.

Ce que je fais.

Ce que nous faisons.

Souhaitons que les racistes sortent de leur marde.

Souhaitons qu'ils évoluent et qu'ils cessent de tous nous faire chier.

Il y a des limites à ne pas dépasser.


samedi 23 février 2019

Taf était en hypoglycémie

J'ai vu Taf l'autre jour. Le vent froid du Lac St-Pierre soufflait fort à la croisée des rues des Forges et Royale. Si vous tapez Trois-Rivières et centre-ville sur Google je crois bien que la flèche vous envoie là. Comme elle y envoie tous les pauvres et rejetés de la Mauricie.

Dans le cas de Taf, eh bien je l'ai connu dans mon ancienne vie de directeur du journal de rue Le Vagabond. Il mendiait. Et il mendie encore. Il est toujours demeuré fidèle au squeegee ainsi qu'aux drogues. Ce qui lui a valu une belle flopée de tickets pas payés de Montréal à Québec en passant par Sherbrooke, Drummondville et finalement Trois-Rivières.

Heureusement, ses tickets c'est du passé à Trois-Rivières. Taf a observé à la lettre les conditions de sa libération conditionnelle. Dont celle de se pointer tous les jours à la pharmacie pour prendre de la méthadone. Un moyen de contrer son accoutumance aux drogues. Le buzz semble fonctionner. Mais Taf continue de mendier. Parce qu'il n'a pas de jobs et aussi parce qu'il se nourrit mal: pain tranché blanc industriel, petits gâteaux industriels et beurre d'arachides industriel sont les trois ingrédients de son alimentation.

Il voudrait travailler. Mais son employeur doit comprendre qu'il doit aller prendre sa dose de méthadone à la pharmacie tous les soirs.

Des restaurateurs lui ont offert de faire la plonge à temps partiel.

-Seize heures par semaine... C'est moins qu'mon BS... Pis qui qui va payer ma méthadone, hein? J'veux bien...

-C'est quoi qu't'aimerais faire Taf?

-Chauffer des camions à neige... Sauf que j'ai perdu mon permis y'a vingt ans... Faudrait que je r'passe le cours...

-Hum...

Que vouliez-vous que je dise à Taf pour remonter le moral à Taf qui mendiait? Rien. Alors je lui ai refilé mon obole.

***

Quelques jours plus tard, je revois Taf.

Il est épuisé, assis sur le bord de l'escalier d'une banque.

Il m'explique qu'il est allé au supermarché pour acheter du pain tranché et des brioches. Ce qui représente une marche d'une heure.

Taf n'avait pas mangé.

Il s'est senti les jambes molles. Puis il s'est assis sur le bord de l'escalier de la banque de Hong Kong.

Il était presque rendu chez-lui.

Je lui ai dit de manger tout de suite sa brioche plein de sucre puis d'aller se faire une prise de glycémie au CLSC. Je soupçonne Taf d'avoir fait de l'hypoglycémie puisque sa grosse cochonnerie sucrée l'a tout de suite requinqué.

-J'me sens mieux ciboire! Man! J'sais pas c'que j'avais...

-T'es peut-être diabétique Taf... Check ça calice... J'ai failli me faire botter un pied y'a trois ans...

-Ah ouais?... Brrr! C'est sûr que j'va's aller voir ça!

-Mange une autre brioche... Pis prends ça...

Je lui ai refilé quelque chose.

Puis Taf a repris son chemin, quelque part entre le bar de danseuses et la flèche qui pointe sur le centre-ville de Trois-Rivières sur Google.

vendredi 1 février 2019

Y'a pas d'place pour Jules à Trois-Rivières ?

Jules était guitariste quand il était jeune. Il a remplacé plein de guitaristes de groupes connus sur le pouce. Il aurait joué pour Aut'Chose, entre autres, et peut-être Johnny Cash. Je ne me souviens pas trop.

Il a pris ensuite plein d'autres chemins, Jules. Parce que la vie n'est pas faite que pour accommoder les gratteux de guitare, aussi bons fussent-ils.

Je pense qu'il a travaillé dans l'arrière-cuisine des restaurants. Puis peut-être qu'il a passé la moppe souvent ensuite. Son dernier emploi connu était celui de concierge dans un bar du centre-ville de Trois-Rivières. Petit, les cheveux blancs, un oeil qui observe pendant que l'autre dort, c'est un monsieur qui n'est pas sans sagesse et qui ne prétends pas en savoir plus que quiconque.

Jules, qui doit bien avoir dans les soixante-dix ans bien sonné, a eu un accident récemment.

Son coeur a flanché et il a paralysé et perdu la faculté de parler.

On l'a transféré à Shawinigan où il s'ennuie à mourir.

Ses amis, à peu près tous paumés, sont à Trois-Rivières. Ils pourraient aller le voir tous les jours et je sais qu'ils le feraient. Je les connais ses amis. Ils sont du genre à trouver pleins de paumés morts tout seuls dans leur appartement. Ils font partie d'une sorte de fraternité de paumés qui s'assurent ainsi d'une forme de sécurité. Qui ont trouvé Jules, pensez-vous, sinon ces paumés?

Et comment voulez-vous que ses proches aidant paumés aillent le visiter à Shawinigan?

Il n'y a pratiquement pas moyen de s'y rendre par le transport en commun, sinon à un horaire tellement erratique que l'on croirait attendre son tour pour se rendre sur un sommet des Himalayas alors que ce n'est qu'à 45 kilomètres...

Jules s'ennuie à mourir à Shawinigan. Personne ne s'en soucie sinon la fraternité des paumés du centre-ville de Trois-Rivières.

Il y a quelque chose qui cloche.

Jules a vécu toute sa vie à Trois-Rivières.

Il est une sorte de monument vivant du centre-ville trifluvien.

Il arpente la rue des Forges depuis soixante-dix ans.

Et il ne suffit que d'un pépin pour qu'on le condamne à l'exil, loin de tout son monde?

Il n'y a pas de place pour Jules à Trois-Rivières?

Ne pourrait-il pas être rapatrié de Shawinigan via l'hélicoptère de l'Honorable Jean Chrétien?

Faut-il lancer l'opération Sauvons Jules?

Ou bien jaser avec quelqu'un à quelque part dans cette bureaucratie kafkaïenne pour en venir à comprendre que Jules n'est pas un gars de Shawi et qu'il ne connait personne là-bas?

Trop de questions sans réponses pour Jules.

Et pour moi-même.

Je ne parlerai pas pour vous.

Ni pour nous.

Je me contenterai de dire que ça n'a pas de calice de bon sens.

Ce sera tout.



jeudi 17 janvier 2019

Mes parents étaient des petits poulets et vous aussi

Il fût un temps où l'image que j'avais de mes parents était un mensonge coutumier.

Je voyais à travers mes parents l'image que ma communauté se fait des parents.

Je suis heureusement tombé sur ce que l'on appelle de bons parents.

Je ne veux certes pas minimiser le rôle qu'ils ont accompli.

Au contraire.

Je les ai vus trop longtemps toujours forts, négligeant leurs faiblesses.

Je veux surtout dire leur droit d'affirmer ces faiblesses.

Ils se seront toujours montrés forts devant moi, mais de plus en plus mollement au fil des ans.

Ils avaient suivi eux aussi ce chemin que j'emprunte en ce moment.

Ils ont pris le chemin de la cinquantaine.

Ce chemin qui nous rend mystérieusement plus sensible, à moins que je ne me trompe.

Pour ma part, il m'arrive d'avoir les yeux embués pour des niaiseries qui ne me foutaient rien il y a trente ans.

Je n'aurais jamais pleuré devant un coucher de soleil, mettons. Ou bien devant un enfant qui rit.

C'est que l'on devient tous et toutes de petits poulets en vieillissant.

Mes parents l'ont été aussi, des petits poulets.

C'est en découvrant leurs faiblesses que je me suis aussi découvert moi-même.

Je porte l'histoire de mes parents, de mes bons parents qui étaient aussi des petits poulets.

Nous sommes des petits poulets parce qu'il y a les maladies, les rêves brisés, les espoirs malmenés, les crimes et les injustices.

Je regarde une vieille photo de ma mère et je la vois en petit poulet, toute menue, douce, fragile,, ballottée par l'espace et le temps dans un quartier pauvre de Trois-Rivières.

Idem pour ma part. Sa photo où il a l'air de Max Gros-Louis ne ment pas sur sa nature de petit poulet. Il est aussi tout petit, doux, fragile mais heureux aux côtés de sa Jeannine, l'amour de sa vie.

Je vois ces deux petits poulets s'aimer.

Et je me regarde, moi aussi, en tant que petit poulet.

Un petit poulet qui perd des plumes, comme à peu près tout le monde.

Et qui se démène tant bien que mal avec ses rêves brisés et sa bienheureuse insouciance de Roger Bontemps.

«Vanité des vanités, tout est vanité et poursuite de vent», disait un type qui s'appelait L'Ecclésiaste.

Je n'ai retenu que cette phrase d'un gros livre qui contenait des milliers de page.

Comme si cette formule de petit poulet me convenait.




lundi 14 janvier 2019

La Valkyrie du Journal de Marde

Elle voulait faire du théâtre.

Elle était mauvaise actrice.

Elle a donc fait des romans.

Cependant elle écrivait mal.

Il lui restait seulement la célébrité.

Peu importe les arts, le théâtre ou les humanités.

L'essentiel était de flamboyer comme une vieille amante déçue qui se prendrait pour une Dalida avant son dernier spasme.

L'ultranationalisme lui remettait une couche de Rommel dans les yeux.

Elle se sentait la plus jeune parmi tous ces vieux boucs qui sentaient le sébum.

Parmi les vieux, elle était comme la petite princesse qu'elle avait toujours souhaité devenir.

Elle leur collait deux ou trois blagues féministes, pour se donner un peu de caractère, mais ne détestait pas pavoiser devant un sourire viril et carnivore. C'était son talon d'Achille. Son talon aiguille. Sa vanité. Son insignifiance. Sa place au sein du Boy's Club.

Au fond, elle était toujours la même petite fille qui n'en faisait pas trop pour ne pas déplaire aux vieux mononcles qui la laissaient parfois distribuer les cigares ou les drinks. Elle se montrait toujours aimable, serviable, docile. Elle aurait dit rusée, évidemment...

Quoi qu'il en soit, elle avait suivi toutes les modes de son temps pour finalement adopter les idéaux des politiciens de son temps, toujours.

Comme la mode était à la suprématie blanche catholaïque, elle oublia facilement des années de progressisme gaga et considéré puéril par manque d'envergure mentale.

Elle répétait maintenant des trucs qu'on aurait pu lire dans Le Patriote ou Le Goglu de Adrien Arcand, dans les années '30. Du vrai caca raciste à propos du déclin de la race blanche et du péril étranger... C'était à en donner froid dans le dos.

Brrr-rrr....

D'autant plus froid qu'elle publiait parmi d'autres ploucs tout aussi racistes qui, sous prétexte de défendre leurs valeurs, les sacrifiaient toutes pour un plateau d'argent.

L'antisémitisme n'étant pas encore considéré comme socialement acceptable, ils se sont défoulés sur les musulmans.

L'islamophobie n'est pas un mot assez fort pour décrire ce type de pourriture publié à 1 000 000 d'exemplaires et diffusé à la grandeur du Québec.

Mais bon, laissons la le sort du monde.

L'important c'est qu'elle brille enfin.

Elle est à son zénith.

Comme Dalida.

Fière comme une Valkyrie.





dimanche 13 janvier 2019

Le pot aux roses

Les étalages sont vides dans les succursales de la Société québécoise du cannabis (SQDC).

Comme dans l'ancienne URSS, les supermarchés sont ouverts mais il n'y a plus rien à vendre, sinon des rutabagas de Belgique et des dattes d'Afghanistan.

Il reste encore de la vodka Victoire-du-peuple. Mais il n'y plus de vin de Géorgie. Ni de yaourt de jument de Mongolie.

C'est la pénurie perpétuelle. L'État ne fournit pas. Le marché noir est beaucoup plus efficace. Déjà l'on voit poindre les futurs seigneurs de l'après-Perestroïka. Bientôt les étalages seront pleins. La mafia assurera toujours une meilleure distribution parce qu'elle ne peut pas se nuire à elle-même en bloquant le trafic des biens et des marchandises.

***

Il est pour le moment plus facile d'acheter du pot chez le pusher -et moins cher- que de faire ses achats à la SQDC.

Les ventes en ligne fonctionnent mieux. C'est plus facile d'acheter du pot en Colombie-Britannique via l'Internet et de se le faire livrer par Postes Canada... Un de mes amis facteurs ironisait l'autre jour. Il me disait, avec raison, qu'il était devenu le runner des nouveaux dealers officiels du cannabis. Le runner, c'est celui qui fait les commissions, le plus petit en bas de l'échelle, celui qui va en prison et qui reçoit des oranges de ses amis les vendeurs s'il a pas trop mal fait sa job. Un plan de retraite et un nouveau boulot l'attendent s'il run encore...

Cela dit, il me semble qu'il y a un pot aux roses derrière la manière que l'on gère la vente légale de cannabis au Québec. C'est comme si l'on n'acceptait pas l'idée de la vente légale en faisant tout pour la décourager. L'objectif de la loi était de nuire aux activités du crime organisé et de rendre légale cette culture entourant ce psychotrope qui, somme toute, peut même agir à titre de médicament. Ce qui n'est pas le cas de la bière ou de l'alcool, frelaté ou non, à ce que je sache.

En légalisant le cannabis, le gouvernement fédéral a permis d'envisager la fin de la vente de cannabis frelaté, ce qui n'est pas rien.

Les rares produits trouvés sur les étalages de la SQDC ou bien en ligne ne mentent pas sur la qualité du produit. L'étiquetage est conforme. Le dosage est prescrit. De plus on vous avise que vous pourriez devenir schizophrène dans certains cas. Mettons que l'on ne fait pas autant de chichis avec les bouteilles de vin ou d'alcool à 94% en vente libre à la SAQ... Hypocrisie, oui!

Y'aurait-il une «conspiration» avec notre manière québécoise de gérer la SQDC? Quelque chose comme discréditer le service public pour démanteler la SAQ et Hydro-Québec du même coup? Pourrait-on se servir de ce triste exemple de faillite commerciale? Plusieurs millions de dollars de profits ont échappé à la SQDC depuis la légalisation. Cet argent qui devait revenir dans les poches des contribuables s'est volatilisé ailleurs, on ne sait trop où. Les Québécois et Québécoises perdent beaucoup trop d'argent à chaque jour où la SQDC n'ouvre pas et ne fournit pas.

Qu'est-ce qui se passe?


***

La SQDC, c'est moche.

Deux gardiens de sécurité qui t'attendent et te scrutent de l'oeil comme au pénitencier d'Orsainville.

À l'intérieur, une douzaine d'employés sont occupés à s'expliquer devant des étalages vides. Il reste un peu de cannabis sativa Sierra Terra, des pilules de 2mg et de 10mg, de l'huile, à peu près rien.

Il n'y a plus de file d'attente d'ailleurs.

Tout le monde est parti ailleurs.

Dans le privé, la vente se fait autour d'une bonne bière ou d'un bon café.

On discute. On fume. On jase.

On parle de politique internationale.

Et de musique. Ou de Dostoïevski. Ça dépend avec qui.

Au public, au Québec, on se croirait plutôt dans Une journée d'Ivan Denissovitch.

C'est gris, laid, morbide comme une pharmacie vide gardée par deux malabars qui ont l'air encore plus louches que des motards dans un club.

Même les motards peuvent sourire de temps à autres et se montrer un peu humains.

C'est tout dire.




jeudi 10 janvier 2019

Veilleur de nuit

J'ai toujours aimé me promener seul tôt le matin ou bien tard la nuit, à l'instant même où ces deux moments se rejoignent.

J'occupe désormais les fonctions de préposé aux bénéficiaires et effectue un quart de nuit qui va de vingt heures le soir à six heures du matin.

J'ai occupé un poste de nuit pendant quatre ans. C'était il y a trente ans. D'abord au Centre hospitalier de l'Université Laval, puis au Foyer Joseph-Denys à Trois-Rivières. J'avais vingt ans. J'étais très jeune pour travailler en présence de la maladie et de la mort. Pourtant, je ne serais pas qui je suis aujourd'hui sans ces quatre années d'empathie et de compassion poussées au maximum de mes jeunes capacités.

Je reviens donc à mes anciennes amours. C'est un homme de cinquante ans qui n'a plus le même regard ni les mêmes ambitions. Un homme plus mûr, plus zen et certainement moins amer.

Dans le cadre de mes nouvelles fonctions je devais consentir à ce que l'on enquête sur mes antécédents judiciaires. J'ai l'heureuse nouvelle de vous apprendre que mon dossier est vierge. Je suis un dangereux anarchiste gratteux de guitare qui n'a pas encore trouvé le moyen de troubler la société au point d'aller derrière les barreaux.

Bon, j'aurais encore bien des choses à vous dire.

Cependant le travail m'appelle ce soir.

Je m'en vais travailler avec le sentiment d'être vraiment utile à quelque chose dans la vie.

Ce n'est pas rien.

C'est peut-être tout.

Bref, je suis le veilleur de nuit.


mardi 8 janvier 2019

Quelques esquisses tirées de mon carnet de croquis

Je prends de plus en plus plaisir à dessiner au feutre en me servant ensuite du crayon pour offrir une troisième dimension à mes créations et créatures. J'estompe au doigt et à la brosse. C'est sur du papier je ne sais trop quel nom. Un carnet de croquis acheté chez Escompte Lecomte sur la rue des Forges aux Trois-Rivières.