lundi 18 juin 2018

Maurice Duplessis

Maurice Duplessis porte le même nom que l'ex-Premier ministre du Québec. À la grande différence qu'il est un criminel aux yeux de la loi. Pour ce qui est du physique, disons qu'il ressemble à Maurice Duplessis en plus cool.

Mais il ne faut pas se fier sur les apparences. Sous des dehors cool, Maurice Duplessis s'avère le plus gentil des hommes. Son seul crime, en fait, c'est de ne pas réfléchir aux conséquences de ses passions effrénées pour toutes les drogues, du café à l'alcool en passant par toutes les substances prohibées inimaginables.

Maurice Duplessis est un vieux freak qu'on n'a pas réussi à remettre dans le rang. Aussi fréquente-t-il la prison de temps à autre. Cela fait partie des risques du métier puisque son métier c'est de payer pour s'intoxiquer. Maurice Duplessis vend donc de la drogue et des cigarettes.

On le dirait malade, bien sûr. Puisqu'il faut être malade pour se saouler du matin au soir et veiller jusqu'à très tard le soir en balbutiant des conneries inaudibles. Pourtant, il semble heureux. N'était-ce des petits inconvénients du métier.

Parmi ses récentes démêlées avec la justice, il y avait cette année de prison qu'il venait tout juste de terminer.

C'est l'un de ses clients qui l'avait dénoncé. Une manière d'atténuer sa sentence. Maurice Duplessis lui en voulait. Mais il avait fini par s'en sacrer. Et, d'ailleurs, on n'avait plus jamais revu ce mouchard.

Il s'était fait prendre avec plusieurs sacs de poudre, du pot, des pinotes, des cigarettes, etc. Toutes substances qu'il testait sur lui-même devant ses clients rassurés.

Maurice Duplessis en avait bavé un peu plus qu'à l'accoutumé lors de son dernier séjour en prison.

-J'approche de 76 ans batêche! C'est long un an de prison dans la vie d'un vieux...

Ce n'est pas tout. Après qu'il eut payé sa dette à la société, Maurice Duplessis dut payer sa dette à l'Agence de revenu du Canada et Revenu Québec qui lui réclamaient quelque chose comme 100 000$ de taxes non perçues sur le produit de ses ventes de cigarettes...

Évidemment, Maurice Duplessis n'a plus un rond.

Il l'a tout dépensé dans la surconsommation en attente de son procès. Le reste était passé à la cantine de la prison...

Donc, Maurice doit faire des travaux compensatoires. À 76 ans. Quelque chose comme je ne sais combien de milliers d'heures. Autant dire qu'il n'aura jamais le temps de les faire, ses heures. Il mourra sur les travaux compensatoires...

D'ailleurs, il a de la difficulté à se déplacer.

On peut être criminel et infirme en même temps, même si ça ne rentre pas dans le coeur de tout le monde.

Maurice Duplessis, pour oublier qu'il est faitte à l'os, continue de surconsommer jusqu'à la fin de son temps.

Il est puni en quelque sorte.

Tout le monde n'en est que plus heureux sans doute...




mercredi 13 juin 2018

L'art à grands coups de pieds dans l'cul

Voici en vedette mes mannequins préférés: Hector et Nowhereman.

Bon cop bad cop

Bon cop bad cop. C'est le titre d'un film. Mais c'est aussi une méthode bien établie pour mener un interrogatoire. Un peu de brutalité suivie d'un peu de douceur, ça rend le prisonnier moins récalcitrant. Il vendrait sa mère et son père après plusieurs séances de bon cop bad cop. 

Le bon cop, celui qui a l'air humain, veut la même chose que la brute.

Ils font partie de la même paire.

Mais le prisonnier ne le sait pas. Ou ne veut pas le savoir. Ou voudrait être ailleurs.

Les baffes succèdent aux privilèges: fumer une cigarette, boire un verre d'eau, dormir dans un lit.

À la fin de plusieurs cycles de bon cop bad cop, le prisonnier est cassé. On fait de lui ce que l'on veut. Ou presque.

***

C'est ainsi que je vois la politique. Un cycle de bon cop bad cop dont nous sommes les prisonniers. Les lobbies du pétrole ou des armes ou de la schnoute-en-canne nous servent parfois une crapule qui charcutent les programmes sociaux et détruit tout sur des kilomètres à la ronde. Ensuite ils nous servent son opposant, payé par les mêmes fonds, pour nous chanter la pomme et nous doter de grands principes qui ne coûtent pas cher tandis que l'on pille encore plus fort nos poches ainsi que nos ressources naturelles.

Dans le fond, nous sommes prisonniers de ce système de marde.

Et nous tentons de croire aux promesses du bon cop tout en sachant que le bad cop va revenir pour nous arracher les dents et les ongles.

***


5.8 millions de Québécois et Québécoises ne sont membres d'AUCUN parti politique. Cela représente 96% des électeurs inscrits en 2014 (6 012 440). 96% de la population est prise en otage par 4% d'acteurs politiques... Et si on leur donnait leur 4%?

***

Le jeu continue.

On fera semblant d'y participer.

Il y aura encore des guerres.

Encore du bang-bang pis du clinquant.

Et beaucoup de schnoute-en-canne.

Tout le monde vivra heureux mais moins libre.

La liberté, ça fait rien que de la chicane.

Et puis le bon cop nous a donné un verre d'eau.

Même s'il est tiède, c'est toujours bien donné.

Les gens se plaignent pour rien.

La «poutinisation» du monde

L'âge moyen d'une personne qui habite dans une démocratie occidentale est d'environ 45 ans. C'est l'âge auquel on associe la Génération X.

L'âge moyen d'un humain est beaucoup plus bas ailleurs dans le monde. Au Nigéria ou en Iran, ça tourne autour de 19 ans. Vous pouvez vous amuser à lire ce rapport de l'ONU si ça vous chante.

Mon point, c'est que nous vivons en ce moment avec les problèmes et les solutions de ma génération, une génération pas très militante, cynique par rapport aux droits sociaux et soumise à toutes sortes de contraintes économiques et de clauses orphelins qui ont fait d'elle cette génération aigrie qui n'a jamais vraiment été jeune.

Les hooligans d'hier sont devenus les hooligans d'aujourd'hui pour toujours rentrer servilement au travail sans jamais contester les autorités. Il n'y en a que contre ceux et celles qui osent encore chialer et se tenir debout: les féministes, la go-gauche et autres bronzés qui réclament des droits civiques...

Le populisme à tendance fasciste a toujours été là mais il a repris de la vigueur avec Reagan pour mettre fin à ses crottés anti-guerre de Vietnam qui se promenaient avec une fleur dans les cheveux.

On a remis l'homme occidental au pas.

De sorte qu'aujourd'hui on peut assister à une rencontre du G7 à Charlevoix où l'on dénombre 6 000 policiers pour 30 manifestants, comme si nous étions à Moscou, sur la Place Rouge, en 1977...

La «poutinisation» du monde va se poursuivre avec toute une gamme de leaders vieillots à la mâchoire carrée qui hurleront des insanités en balançant leurs excréments sur la foule qui en redemandera.

Heureusement que l'âge moyen de la population mondiale en ce moment n'a rien à voir avec celui de la génération X, la génération la plus larbine d'entre toutes, la plus asociale, la plus amorale et atypique de toute l'histoire de l'humanité.

L'histoire va se poursuivre malgré tous ces vieux pets qui veulent nous plonger dans les vicissitudes et les turpitudes de leur morale déglinguée de hooligan qui prend le contre-pied de tout ce qui est sain, humain et naturel pour un bipède.

On veut plus de pollution, plus de gros chars, moins d'hôpitaux, moins de taxes, moins d'impôts, des cheeseburgers full gras et des stationnements à n'en plus finir.

On s'en crisse d'hier et de demain. On veut tripper aujourd'hui et crever comme une ordure.

Rien à foutre...

Je continue de croire, contre vents et marées, qu'il est possible de servir le bien, la beauté et la justice au sein de la communauté.

Je ne me ferai pas attraper au piège tendu par les trumpistes et autres scélérats crypto-fascistes de notre monde en ruines.

Je vais ouvrir mon esprit et mes bras aux étrangers pour régénérer ce monde vieux et décrépi qui malheureusement tend à s'enfoncer dans le déni des malheurs et injustices commises par nos maîtres adorés envers les populations de ces pays bien plus pillés que sous-développés.

Je ne céderai pas à la «poutinisation» du monde.

Je ne me réjouirai pas de voir une réunion de 6000 policiers pour mater 30 manifestants qui se font coller des contraventions et des amendes pour s'être seulement tenus debout devant 6000 flics armés jusqu'aux dents...

Dans quel hostie de monde sale vivons-nous?

Dans quoi s'embarque-t-on avec Trump, Doug Ford, la CAQ et le diable sait quelle calamité encore?

Une fuite en avant dans la ruine morale de l'Occident.

Un combat perdu d'avance où les losers ne sont pas ceux qu'on le croie.

Car il est là le problème: Trump, Doug Ford et la CAQ n'attirent visiblement que des losers en leur donnant l'impression qu'ils sont gagnants parce qu'ils ont le privilège de pouvoir participer avec eux au saccage et à la destruction de ce monde qu'ils vouent eux-mêmes aux gémonies.

Plus de pollution, moins de soins de santé, moins d'école et à coups de pieds dans l'cul toé chose...

Fuck you Trump!


mardi 12 juin 2018

Billy Lacasse le trou du cul qui faisait de sa vie une oeuvre d'art

Billy Lacasse, l'an passé, devant le hublot d'une porte de cuisine.
Il se souvenait vaguement qu'un type, probablement un artiste ou un écrivain, avait dit quelque chose comme il faut faire de sa vie une oeuvre d'art. Était-ce Oscar Wilde ou bien Charles Baudelaire, esthètes hors du commun, qui avaient noté cela dans le grand livre de l'humanité lettrée? N'importe qui aurait tout aussi bien vous dire ça. Ça ne prend pas un génie pour faire de sa vie autre chose qu'un travail.

Alors voilà, Billy Lacasse voulait faire de sa vie une oeuvre d'art. Parce que tout le reste ne lui disait rien. L'art ne lui en disait pas vraiment plus, mais c'était encore mieux que rien.

Un gars passant par là salua Billy Lacasse qui, trou du cul de naissance, n'avait jamais conduit une automobile ou bien une bicyclette. Il n'y avait pas d'art ni d'argent chez-lui. Ils vivaient huit à quinze personnes dans une boîte de bois en papier briques oubliée des pics des démolisseurs. Ils n'étaient pas heureux mais pas malheureux de ne pas l'être puisqu'ils ne connaissaient rien d'autre.

Billy Lacasse, trou du cul de naissance et de vieillesse aussi, avait donc fait de sa vie une oeuvre d'art.

Et le gars qui passait par là, et qui saluait Billy, eh bien c'était Ti-Caille. Pourquoi Ti-Caille? On n'en sait rien. Bien sûr qu'il est laid. Et pauvre. Autrement on l'aurait appelé Votre Excellence. Ou bien Votre Majesté. Mais pas Ti-Caille.

-Salut Billy! hurla Ti-Caille avec son air qui faisait peur aux passants qui ne le connaissaient pas encore.

-Salut Ti-Caille, susurra Billy.

-Qu'est-cé tu fais?

-Je fais de ma vie une oeuvre d'art!

Billy poursuivit son chemin, avec une canette de Coke Diète en main tandis que Ti-Caille ne comprenait pas ce qu'il voulait dire par oeuvre dard.

Billy se sentait gonflé d'orgueil d'avoir fait ce choix.

Sa vie serait donc une oeuvre d'art.

Ça le changerait de dire qu'il est sur l'aide sociale.

Parce que Billy n'aimait pas travailler.

À vrai dire, Billy a travaillé vingt ans sur une chaîne de montages à monter des pinouches après des quossins. Il était payé au salaire minimum. C'était plate à mourir. Il a fait un genre de dépression en garrochant les pinouches et les quossins au visage de son superviseur, Lévis Bouvin, un gars qui dépensait ses payes au vidéo poker.

Puis un jour, il est parti et a reçu du chômage pendant quelques temps. Puis l'aide sociale a pris le relais. Maintenant, Billy prétend qu'il étranglerait quiconque voudrait le faire travailler à nouveau.

-Qu'on ne me parle plus jamais de job! JAMAIS!

Billy avait des idées bien arrêtées, voyez-vous, et surtout ça cognait trop fort dans sa tête. Quelque chose qui lui disait de regarder les oiseaux du ciel, dont le plumage est plus beau que celui des lys des champs qui, bien sûr, ne sont pas des oiseaux. Pourquoi s'en faire, hein? Pourquoi travailler?

-Que faites-vous dans la vie Billy?

-Je fais de ma vie une oeuvre d'art! répond-t-il dorénavant à tout un chacun du commun des mortels...

Mouais. C'est sans doute ordinaire comme réponse.

Mais quand ça vous vient d'un authentique gars des bas-fonds, ça prend une toute autre résonance.

Ça vous rappelle que même les pissenlits poussent entre les fentes des trottoirs maganés.

Et que tout est matière à faire de l'art, à défaut de faire de l'argent.

On y gagne tous en dignité et en distinction.

L'art, ça fait distingué non?

Ça calme Billy qui de toute façon n'a pas besoin de dépenser toutes ses payes au vidéo poker.



Trois nouveaux airs d'harmonica improvisés...

Harmoniciste de Saint-Wenceslas
Acrylique, 8 X 10 po.


Trois nouveaux airs d'harmonica improvisés...

1 Semelles de bottes

2 Ritournelle 

3 Printemps criard 

jeudi 7 juin 2018

Le savetier et le financier


Résultats de recherche d'images pour « le savetier et le financier »Je suis souvent hanté par cette fable de La Fontaine qui met en scène un savetier et un financier. Le savetier chante du matin au soir en fabriquant ses souliers. Le financier vit à l'étage supérieur et n'en revient pas qu'un homme si fruste soit si dépourvu de ces soucis sans lesquels les affaires ne sont pas les affaires. De plus, ses chansons l'empêchent de dormir.

Alors il demande à le voir pour discuter avec lui. Il l'interroge sur ses revenus, évidemment. Le savetier n'est pas loin de la misère mais s'en accommode. Alors le financier décide de lui donner cent écus pour l'asseoir sur un trône, comme pour le narguer. Le savetier n'a jamais vu autant d'argent de sa vie. Il s'en va le cacher dans sa maison et capote au moindre bruit, comme si l'on voulait lui voler ses cent écus. Du coup, le savetier n'a plus le coeur à la chanson. Il devient triste, anxieux, méfiant.


Heureusement que la fable se termine bien.

La savetier monte chez le financier qui, d'ailleurs, dort très bien depuis qu'il ne se fait plus réveiller par les chansons du pauvrichon.

-Rendez-moi, lui dit-il, mes chansons et mon somme, et reprenez vos cent écus.

La fable s'arrête là.

Mais sans doute que le savetier s'est remis à chanter.

Pourquoi cette fable vient-elle me hanter?

Parce que fabuler est le propre des artistes.

Et parce que je soupçonne La Fontaine autant de fainéantise que de révolte contre l'autorité.

Fusse-t-elle financière, cette autorité...

N'allez pas croire que je vais vous laisser sur cette note.

Il est évident que je vais vous laisser le texte intégral de cette fable de La Fontaine. 

Pas besoin de me remercier.

J'ai déjà ma récompense.

Et je chante matin et soir moi aussi.

***
Le savetier et le financier
Jean de La Fontaine


Un Savetier chantait du matin jusqu'au soir : 
C'était merveilles de le voir, 
Merveilles de l'ouïr ; il faisait des passages, 
Plus content qu'aucun des sept sages. 
Son voisin au contraire, étant tout cousu d'or, 
Chantait peu, dormait moins encor. 
C'était un homme de finance. 
Si sur le point du jour parfois il sommeillait, 
Le Savetier alors en chantant l'éveillait, 
Et le Financier se plaignait, 
Que les soins de la Providence 
N'eussent pas au marché fait vendre le dormir, 
Comme le manger et le boire. 
En son hôtel il fait venir 
Le chanteur, et lui dit : Or çà, sire Grégoire, 
Que gagnez-vous par an ? Par an ? Ma foi, Monsieur, 
Dit avec un ton de rieur, 
Le gaillard Savetier, ce n'est point ma manière 
De compter de la sorte ; et je n'entasse guère 
Un jour sur l'autre : il suffit qu'à la fin 
J'attrape le bout de l'année : 
Chaque jour amène son pain. 
- Eh bien que gagnez-vous, dites-moi, par journée ? 
- Tantôt plus, tantôt moins : le mal est que toujours ; 
(Et sans cela nos gains seraient assez honnêtes,) 
Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours 
Qu'il faut chommer ; on nous ruine en Fêtes. 
L'une fait tort à l'autre ; et Monsieur le Curé 
De quelque nouveau Saint charge toujours son prône. 
Le Financier riant de sa naïveté 
Lui dit : Je vous veux mettre aujourd'hui sur le trône. 
Prenez ces cent écus : gardez-les avec soin, 
Pour vous en servir au besoin. 
Le Savetier crut voir tout l'argent que la terre 
Avait depuis plus de cent ans 
Produit pour l'usage des gens. 
Il retourne chez lui : dans sa cave il enserre 
L'argent et sa joie à la fois. 
Plus de chant ; il perdit la voix 
Du moment qu'il gagna ce qui cause nos peines. 
Le sommeil quitta son logis, 
Il eut pour hôtes les soucis, 
Les soupçons, les alarmes vaines. 
Tout le jour il avait l'oeil au guet ; Et la nuit, 
Si quelque chat faisait du bruit, 
Le chat prenait l'argent : A la fin le pauvre homme 
S'en courut chez celui qu'il ne réveillait plus ! 
Rendez-moi, lui dit-il, mes chansons et mon somme, 
Et reprenez vos cent écus.



mercredi 6 juin 2018

Chaise qui craque n'amasse pas mousse


Sa chaise craquait.

Elle craquait toujours.

On entendait un bruit sourd de réfrigérateur et de multiples ventilateurs servant à refroidir diverses machines.

La chaise craquait par-dessus tous ces bruits devenus imperceptibles à force de les entendre.

C’était un peu comme vivre avec un acouphène permanent. 

Il avait presque fini par s’y faire.

Jusqu’à ce qu’il craque. 

Il n’était vraiment plus capable de l’entendre craquer.

Il  a enfourché son vélo et a franchi les 15 kilomètres qui le séparaient d’un endroit peu fréquenté, pratiquement inhabité, en bordure d’un plan d’eau dont il nous faut taire le nom pour des raisons bien évidentes.

À cet endroit, il n’entendait plus sa chaise craquer. Ni les bruits des frigos ni ceux des autos. C’était le calme plat. La bise qui soufflait dans ses cheveux. Le chant des oiseaux. Quelques poissons qui venaient renifler en surface.

Puis il fallut rentrer.

Le bonheur n’est jamais éternel.

Chez-lui, il y avait toujours sa chaise qui craque.

Puis le bruit sourd du frigo et de toutes les foutues machines qui servent à emmerder la quiétude des braves gens.

Il s’est mis les Gymnopédies d’Érik Satie pour étouffer tous ces sons et se créer une bulle de beauté dans la petite boîte carrée qui lui servait de salle d’attente.

Avec sa chaise qui craquait.

Comme s’il avait un acouphène.

Alors qu’il n’en avait même pas…

mardi 5 juin 2018

14 faits historiques ignorés de tous

Tout pigiste qui se respecte n'écrit que des textes qui s'avèrent des énumérations de bêtises.

Heureusement que je ne suis pas pigiste.

Autrement j'écrirais les 10 façons d'être plus heureux dans la vie. Ou bien les 5 défauts qu'il ne faut pas communiquer aux autres lors d'un souper.

Les 14 faits historiques ignorés de tous c'est pas mal plus dans mes cordes de chroniqueur de l'absurde en des temps troublés et toxiques.

Commençons donc par le 14.

****

14. 27 982 av. J.-C. : Smoumphus trouve un champ de fraises derrière sa hutte. Smoumphus était le roi des Zanus, une tribu oubliée dont on n'a jamais entendu parlée. Cette tribu évoluait sur l'actuel territoire du Vatican il y a exactement 30 000 ans. Si je dis ça c'est parce que je le sais bon.

13. 27 982 av. J.-C. : J'oubliais d'ajouter que le même jour il faisait un peu froid.

12. 34 av. J.-C.: Cette année-là, quoi qu'en disent les historiens, il ne se passa strictement rien dans le monde. L'année d'ensuite ils s'entre-tuèrent à force de mourir d'ennui. Les survivants s'appelèrent les Joyeux Troubadours.

11. 33 av. J.-C.: Les Joyeux Troubadours commencent leur tournée d'un village antique à l'autre à jouer de la lyre et de la cithare devant des tas de gens ravis.

10. 0 pendant J-C.: Pendant que jouaient les hautbois et résonnaient les musettes, un monsieur a perdu un soulier. Il croit que c'est en grimpant la petite colline. Son soulier s'est pris dans une cavité et pas moyen de le retrouver. Vous direz que son soulier était sûrement une sandale. Tout le monde portait des sandales à l'époque. Mais peut-être que ce monsieur était Romain. Ou cordonnier. Ou inventeur. En tout cas, on ne parle jamais de ça...

9. 1933: Un ver de terre est sorti de son trou parce qu'il pleuvait trop.

8. 1934: Le fond de l'air est frais. Il y a une hirondelle sur un chapeau.

7. 1976: Cet exercice devient tout à fait fastidieux.

6. 1989: Place Tien An Men.

5. 1997: L'ancien hockeyeur et gardien de but Vladislav Tretiak est nommé Ken Dryden par erreur au cours d'une cérémonie quelconque au Kremlin.

4. 2012: Les érables coulaient très tôt cette année-là et le petit Flavien, de St-Flavien, a attrapé une barbote à la pêche.

3. 2016: Ayoye.

2. 2017: Prout.

1. ______________ (Écrivez ce que vous voulez.)


lundi 4 juin 2018

Alex le voyageur du temps

Toute histoire reposant sur des réalités intangibles nécessite tout ce que les nécessités de la vie ne suffisent pas à nous enseigner. Si vous croyez que tout est croyances c'est que vous sous-estimez le ridicule du scepticisme.

C'est complexe, bien entendu. Comme tout sujet complexe.

Et cette histoire, complexe, met en scène un gars sans complexes qui s'appelait Alex. Certains l'appelaient Alec. Comme Beauchemin par exemple. Beauchemin qui avait une déformation du palais. Du coup, il ne prononçait jamais les ixes. D'où Alec.


Cela dit, tout le monde l'appelait Alex et Beauchemin n'a rien à voir avec notre histoire, qui est déjà bien assez complexe comme ça.

Alex était capable de voyager dans le temps voyez-vous. Présent, passé et futur n'avait plus de secret pour lui. Parce qu'il avait hérité d'un passage, une porte qui lui permettait de visiter l'année 1922 et l'année 2069 en raison d'une anomalie de l'espace-temps comme on en trouve un peu partout de nos jours. Peut-être n'avez-vous jamais vu ça, un passage spatiotemporel, mais bon les lois de la physique existent pour tout le monde. C'est pas seulement pour les fous.

Donc, Alex était un voyageur du temps.

En 1922, c'était plutôt épuisant. Il tombait au milieu d'un champ et des chiens errants courraient après lui. Parce que le passage tombait au milieu de nulle part.

Évidemment qu'en 2022, aujourd'hui, c'est plus confo. De plus, Alex a ses amis, hormis Beauchemin qu'Alex ne connaît pas vraiment.

Pour ce qui est de 2069, bof. Tout est en décrépitude. Et l'air est irrespirable. Y'a plus aucune loi. Des drônes volent partout et explosent dans la gueule des curieux.

Alors Alex a condamné la porte vers 2069.

Il va parfois se reposer en 1922.

Parce que c'est beau, un champ, l'été.

Et c'est pareil l'hiver.

Quant aux chiens, ils ont fini par aimer les petits biscuits qu'Alex leur apporte.

Et Dieu sait que les chiens sont toujours gentils avec ceux qui les nourrissent.

Alex peut se la couler peinard en 1922.

2022 n'est pas si mal certains jours.

Il y sent un petit côté vintage.

Mais ne lui parlez pas de 2069!

Ce monde-là, c'est le cloaque.


vendredi 1 juin 2018

Gratte, gratte la guitare

Parler de soi-même est toujours un peu inconvenant. On risque de passer pour un fat, sinon pour un pervers narcissique. Il y a sans doute un peu de tout ça, à divers degrés, en chaque être humain. Pourtant, un trèfle demeure un trèfle, si vous voyez ce que je ne veux pas dire.

Je vais donc vous parler de ma guitare, pour éviter de vous parler de moi-même ou bien des trèfles.

Ce sera difficile de ne pas vous parler de moi au passage puisque je ne forme qu'un avec ma guitare.

C'est comme si elle avait épousé les formes de ma bedaine. Ce qui fait qu'avec elle toujours je m'endors. Surtout après un repas, le soir. Quelques notes et squrouïïï-nk! Je râpe mes doigts sur les cordes et je ronfle.

Évidemment, il m'arrive d'en jouer un peu plus longtemps.

Et, même quand je ne m'endors pas avec ma guitare, cela demeure une relation fusionnelle.

Oh! je ne suis pas Jimmy Hendrix, ni Django Reinhardt, ni Harry Manx.

Je suis entre Bob Dylan et Woody Guthrie à la guitare, avec quelques tonalités de Johnny Cash et de vieux blues. Je m'accompagne à l'harmonica, sur lequel instrument je suis nettement meilleur, pour compenser mon manque de technique et de variations. Et je mets un capot sur les cordes parce que je suis nul pour faire des accords barrés avec mes gros doigts de géant vert.

Je joue au son, évidemment. Je n'ai jamais appris les notes. Sinon pour savoir quel accord d'harmonica correspond à tel accord de guitare. Si je joue en mi à la guitare ça me prend un la à l'harmonica. Donc mi-fa-sol-la. Si je joue en fa c'est un harmonica en si: fa-sol-la-si. Vous comprenez? Moi aussi j'ai eu de la misère à le comprendre mais c'est mathématique.

Accorder ma guitare a été le plus grand défi que m'a posé la guitare et cela continue encore malgré le temps.

Je m'accorde avec mon vieux diapason qui donne un la. Ou bien je vais sur Youtube et clique sur guitar tuning. Ça dépend.

Dans tous les cas, il faut capter la dernière vibration, celle qui s'en va: laaaaa.a.a..a..a...a...a!

Et hop! Voilà que la guitare est accordée. C'est déjà la joie. Tout ce qui suivra sera pur plaisir.

***

J'ai quelques guitares, dont une électrique, une petite pour débutant ainsi qu'un ukulélé.

Ma guitare favorite est ma guitare classique Yamaha. C'est d'elle dont je parle.

Je la traîne partout depuis plus de 20 ans.

J'aime ses cordes de nylon. Parce que je déteste jouer avec un pic. Je préfère utiliser mes doigts, pincer les cordes, les gratter avec le cuir épais de mon pouce. Il me semble pouvoir faire vibrer ma guitare plus intensément de cette façon, comme si le son ne se limitait plus qu'à des pincements de plastique mal amortis. Le son me semble plus doux, plus voluptueux, plus bossa nova.

C'est mon affaire.

On peut aimer ou ne pas aimer.

La guitare ne m'en veut pas pour mes illusions.

Et elle me permet d'en vivre d'autres tous les jours.

Et hop! je me tape un petit reggae... Et pourquoi pas un peu de folk? Tiens je vais jouer Tracy Chapman. Ah oui celle-là de America... Willy Lamothe... Paul Brunelle... Bob Marley... Police and Thieves in the street! Oh yeaaah! Et voilà que je chante et gratte ma guitare depuis une heure. J'ai inventé trois blues au passage et raconté une histoire à propos d'un dépotoir.

***

J'ai fait de la scène, guitare en main, harmonica en bouche et micro devant moi.

Je détestais le son de la scène. Le son étouffant d'un bar. Ce son que l'on n'entend pas lorsque l'on joue, même avec un moniteur, de sorte qu'on en vient presque à faire seulement des mathématiques au lieu de se laisser aller.

Cela explique sans doute mon préjugé favorable envers les albums réalisés en studio, sans spectateurs.

La musique y est bien plus vivante selon moi.

On me dira que j'ai tort.

Je défendrai mon point de vue.

Je n'ai jamais trippé musique sur scène. Tu rentres dans ta bulle et tu fais ta job.

Tandis qu'en studio, en trio, en duo ou en solo, c'est comme si tous les instruments nous guidaient.

La musique hypersonorisée me dérange. Au-delà de 100 décibels on me perd. Je deviens agressif. Je n'éprouve plus aucun plaisir. Je cherche une pierre pour écraser le haut-parleur. Ce qui fait que je vais rarement voir des spectacles. Je suis plate comme ça. Ou bien j'ai quelque chose dans l'oreille que les autres n'ont pas. Et c'est sans doute un défaut. Le son dans le prélart ça me fait sortir de mes gonds. Comme si on faisait crisser une craie sur un tableau d'école.

Cela dit, mon vrai trip c'est de jouer de la guitare en inventant toutes sortes de trucs et de chansons.

Créer est le vrai trip.

En toutes circonstances.


jeudi 31 mai 2018

Du mauvais usage de la roue

Il est connu que les Premiers habitants de l'Île de la Tortue (que les conquistadors ont appelé l'Amérique en l'honneur d'un obscur marin italien) n'utilisaient pas la roue pour se véhiculer.

Ils en connaissaient l'usage mais refusaient de «rouler» sur la Terre sacrée.

Une vieille prophétie, qui circule parmi plusieurs tribus de l'Île de la Tortue, laisse entendre que le monde sera un jour détruit parce qu'on roulerait sur la Terre sacrée.

On peut en rire ou en pleurer. Je ne me fonderai pas sur les prophéties pour argumenter, évidemment. Mais je ressens tout de même du mépris pour les automobiles. Un mépris tellement intense qu'il en devient déraisonnable.

Ce matin, je suis allé voir mon doc à vélo. Sur le boulevard des Forges, direction Nord, j'ai croisé un piéton et un cycliste mais 4000 automobiles sinon plus. Il fait beau et chaud. Les autos pompent l'air. Rajoutent une couche de pollution dans ce même air. Et on se fait klaxonner de rouler à côté de 4000 caves qui polluent sans mauvaise conscience. Mettons 3999. Je sais que vous avez une conscience écologique, vous qui passiez par là ce matin dans votre vieux bazou.

Je passerai encore pour un vieux grincheux.

C'est pourtant ce que je suis.

J'aime autant rouler à vélo.

Ou marcher.






mercredi 30 mai 2018

La religion barbare des habitants des terres que l'on convoite



On a justifié la colonisation des terres des Sioux en stigmatisant la religion de Sitting Bull, l'homme-médecine qui pratiquait la Ghost Dance qui effrayait tant les Blancs de Washington... C'est pour combattre ces moeurs prétendument «barbares» qu'on a permis à l'armée américaine de massacrer les Sioux comme ils l'ont fait à Wounded Knee. 

Et ça continue sous d'autres formes de nos jours. 

La religion de ceux dont on convoite les terres ne peut être que répugnante...

mardi 29 mai 2018

J'ai vécu tout près d'l'usine Wabasso quand j'étais un flo


Je vous livre les paroles d'une de mes chansons. Un jour, je vous la chanterai. Je m'accompagne à la guitare et à l'harmonica. C'est du folk.


J'ai vécu tout près d'l'usine Wabasso
Quand j'étais un flo
J'fréquentais l'école St-Jean-d'Bosco
Près d'la Wabasso

Mes amis c't'ait des truands
Y'avaient pas encore dix ans
Qui battaient tous les enfants
Simplement pour passer l'temps

J'étais l'plus bolé d'la ruelle
Quand j'étais un flo
J'savais qu'la vie était cruelle
Près d'la Wabasso

Mes parents m'traînaient église
I' voulaient pas que j'souèye bandit
Que j'vole, que j'tue, que j'vandalise
C'est pas d'même qu'on grandit

Les souvenirs me r'montent dans 'a tête
Du temps que j'étais un flo
On était des jobbers honnêtes
De la Wabasso

Aujourd'hui c'est le printemps
Les pissenlits sèchent dans les champs
Et leur pollen blanc comme la laine
Me rappelle nos joies pis nos peines

On était au coton ! (Au coton!)
Près d'la Wabasso
On était au coton ! (Au coton!)
Près d'la Wabasso

Paroles et musique: Gaétan Bouchard

lundi 28 mai 2018

«L'art, c'est raconter une histoire»

(Vendue/Collection privée)
L'art, pour moi, consiste à raconter une histoire.

Ça pourrait tout aussi bien être autre chose. J'en connais pour qui l'art n'est rien. À moins que vous ne les épatiez avec des chiffres.

Trêve de plaisanteries.

Je me sers de mes histoires pour raconter de l'art.

J'illustre Trois-Rivières depuis ma tendre enfance, par-delà les monts et les vaux, Montréal, Québec, Vancouver et Whitehorse et j'en passe. Et je reviens toujours à Trois-Rivières. Toujours. Parce que c'est comme ça. Cette ville ne veut pas sortir de moi. Même si d'aucuns ont souhaité me sortir de la ville. Tout le monde n'a pas la chance de me connaître. Ceux qui me connaissent savent que je suis un bon djack. Un gentil Guétan. Appelez ça comme vous voulez. Tout le monde m'aime sauf ceux et celles qui ne me connaissent pas. Que voulez-vous qu'on y fasse? Rien et c'est ce que je ferai: rien.

On ne parlait pas de moi et j'ai glissé sur ce sujet comme un cégépien en panne d'imagination. C'est le printemps. Il y a cinquante ans c'était mai 68. Le temps où j'aurais aimé avoir vingt ans. Mais ça c'est une autre affaire. Pour tout bagage on a sa gueule, quand on a vingt ans, pour reprendre Léo Ferré. Et ça ne vous en dit pas plus sur l'art.

C'est que je raconte une histoire même lorsque j'écris.

J'aurais pu me contenter d'écrire que l'art consiste à raconter une histoire.

Ou bien...

«L'art, c'est raconter une histoire.»

Avec de la chance, je recevrais des droits d'«hauteur».

Ce ne sera pas le cas pour cette fois-ci. Je ne connais pas encore le milieu des arts. Je ne connais que mes acheteurs. Ils sont tous très gentils évidemment. C'est ça aussi, l'art. Une relation humaine.

Comment voulez-vous que je déteste quelqu'un qui aime ce que je barbouille?

Ça me fend le coeur pour toujours.

Mon coeur n'a pas de prix. Mais quand on y met vingt-cinq sous, il est pétri de reconnaissance et de gratitude. Parce que je n'aime pas vendre. Parce que je voudrais tout donner. Parce que.

Donc, pour reprendre, l'art raconte une histoire.

Tu joues de l'harmonica? Eh bien ton blues qui couine de ta ruine-babines c'est une histoire, dude.

Idem pour tes contes, tes poèmes, tes affiches, tes bédés, tes toiles, tes sculptures...

On entend le murmure de la multitude, l'écho de mille vies parallèles résonnant dans des univers juxtaposés.

Où en étais-je?

Je ne sais plus.

C'est toujours comme ça lorsque je raconte une histoire...



dimanche 27 mai 2018

Le Dépanneur Roger, véritable institution de la P'tite Pologne

Une autre nouvelle toile. Le Dépanneur Roger. Il est situé sur la rue Williams à Trois-Rivières, dans le quartier communément appelé la P'tite Pologne. Cette authentique institution fête ses 70 ans cette année. C'est ma manière de dire bonne fête Roger.

samedi 26 mai 2018

Les mots

Il m'arrive souvent de penser que je suis le roi des cons. Je le pense pour tant de raisons qu'il serait déraisonnable d'élaborer à ce sujet. Ai-je une piètre estime de moi-même? Non. Je m'estime avec bien plus de justesse en moi-même que je ne saurais même le faire par écrit. Ce qui me pousse à écrire un peu moins ces derniers temps.

La peinture trahit moins mes états d'âme. Je n'ai vu personne sur cette terre s'étriper pour de la peinture. Mais j'en ai vu des tonnes le faire pour des mots qui ne sont, somme toute, que des grognements latins prononcés avec un accent allemand: le soi-disant génie de la langue française...

Les amateurs de mots vont certainement me morigéner pour cette propension que j'ai de les tarabuster à tout propos pour qu'ils en viennent à me rappeler à mon devoir d'aimer la république des Lettres.

Une phrase comme celle-là devrait les rassurer quant à la pureté de mes intentions. Néanmoins, les mots sont traîtres, tout le temps, et ils s'interprètent tout croche et tout de travers. On pourrait croire que vous êtes hargneux d'avoir choisi tel phrasé alors que vous êtes en train de vous curer le nez en mangeant une sanouiche aux oeufs. Vous ne pourrez pas manger une sanouiche aux oeufs en vous curant le nez si vous êtes en train de peindre Guernica, dussiez-vous vous appeler Pique-Assiette plutôt que Picasso.

Où en étais-je?

Aux mots...

...

...

...

***

Communiquer l'indicible est le privilège du poète. Beaucoup prétendent l'être mais très peu arrivent à communiquer l'indicible dans ce latin bâtard mâtiné de germain qui forme la langue françoise. Françoise étant la vieille appellation de française. C'est pareil pour Thérèse. Avant on disait Théroise. À moins que je ne dise n'importe quoi. Vous n'aurez qu'à googler ça dans vos temps libres. Vous n'apprendrez peut-être rien mais vous tomberez par inadvertance sur une petite vidéo de chat amusante  qui vous fera oublier l'objet même de votre recherche. Et ce sera bien tant mieux.

On se casse la tête pour tant de choses. Et on nous la casserait pour deux fois rien. Simplement parce que nous sommes des serfs, je veux dire des cerfs, du gibier quoi.

Écrire vous fait dire n'importe quoi, vous le voyez bien.

Tandis que peindre un âne, c'est un exploit. Parce que les ânes ont de grandes oreilles. Et parce que leurs orteils ne ressemblent pas aux nôtres. C'est comme s'intéresser à autre chose qu'à soi-même. Et c'est reposant.

***

Untel est chroniqueur pour l'empire Québecor. Il nous livre jour après jour son vomi nationaliste et sa complainte du petit Blanc fleurdelisé qui rêve de revoir sa Normandie. Il tient à obliger tout un chacun à marcher au pas de l'oie comme il l'entend parce qu'il est maître chez-nous, c'est-à-dire aussi chez-vous. Il crie sur tous les tons qu'il est victime de la gauche, qu'on le force à se taire, comme les 200 autres chroniqueurs de la province qui pensent comme lui et sont payés rubis sur l'ongle pour dire qu'on les fait taire, ces hosties de crosseurs.

Il est aussi victime des féministes s'il veut encaisser son chèque. Et les races, et les autres religions, il vous montrera qu'elles sont méprisables et qu'elles ne valent pas la nôtre, la plus belle d'entre toutes, la religion nationale, celle qui voudrait que je passe mon temps à me dégraisser le salami dans le drapeau du Québec en hurlant sur tous les tons qu'on veut assassiner les valets de pisse de Québecor. C'est-à-dire ceux et celles qui tiennent si noblement le pot de chambre du monarque qui règne sur sa colonie de cerfs sans panaches.

L'extrême-droite? Haha! N'y pensez pas. Ça n'existe pas au Québec. C'est un complot pour faire moins vendre les produits de Québecor. Il n'y a que des patriotes au Québec. Dont certains sont plus impatients que d'autres face aux «races»...

Que l'on s'appelle les élus d'Odin, les Bons Aryens ou les Chiens Sales de l'Aube Dorée, on trouvera moyen de vous faire passer pour un groupe de citoyens respectueux de l'ordre et des règlements que la police peut tenir par la main en faisant des tatas à la télé.

Voilà.

Les mots, c'est vraiment de la marde. `


***

Je ne sais plus où je voulais en venir et ça importe peu.

J'ai livré mon bout de pensée.

Je retourne à mes pinceaux et à mon art qui me sauvent de cette sale époque.


mardi 22 mai 2018

Deux petits dessins pour islamophobes


Le livre noir des élites québécoises / Professeur Martin Malo

J'ai reçu hier la visite de mon ami et camarade Martin Malo, alias Professeur Martin Malo. Il était de passage à Trois-Rivières hier et il en a profité pour me laisser quelques exemplaires d'un livre de son cru auquel j'ai eu l'insigne honneur de collaborer en tant qu'illustrateur.

Difficile de vous présenter Martin Malo en quelques lignes. En plus d'enseigner, il est porte-parole et président de l'ACCD (Action coalition pour notre Caisse Desjardins). Sa lutte contre les fermetures des Caisses Desjardins, qui devaient à l'origine servir les intérêts des coopérants et petits épargnants, lui a permis de comprendre comment tourne la machine du pouvoir au Québec et comment on fait taire des opposants par toutes sortes de subterfuges.

Ce qui m'a fait collaborer avec lui, bien honnêtement, c'est parce qu'il m'était inconnu et venait de nulle part. C'est une voix citoyenne, comme la mienne, qui veut participer au débat et favoriser la prise de parole et aussi la prise de pouvoir des nouveaux serfs de la communauté. En ce sens, j'y vois un frère de combat, pour ne pas dire un camarade, un terme qui n'est pas que péjoratif, surtout dans le cadre d'une lutte qui rappelle celles menées par d'obscurs militants des droits sociaux tout au cours de l'histoire. L'union fait la force. Et j'ai humblement uni mes dessins à ses textes.

Le livre noir des élites québécoises est le premier d'une trilogie. J'imagine que Martin Malo s'attend à ce que je sois illustrateur aussi pour les deux prochains.

Je vous laisse sur quelques images tirées de mon portable.

Je vous invite à vous procurer le livre de Professeur Martin Malo.

Ceux et celles qui n'aiment pas lire pourront regarder les images.

Quant aux autres, eh bien ils trouveront matière à animer des débats et à réchauffer des luttes sociales sans lesquelles la misère revient en force.

Le livre noir des élites québécoises est disponible ici en ligne ainsi que dans les bonnes librairies.






lundi 21 mai 2018

Henri Riri Richer n'aime rien

Henri n'a aucune passion et ne comprend pas que les autres en aient une ou deux de plus que lui. Il aime, bien sûr, la tarte aux pommes et donnerait une cote de 10 sur 10 pour le film Il danse avec les loups. Pas à cause des loups. Mais à cause des images des Plaines de l'Ouest. Il n'y est jamais allé et il trouve ça beau. D'ailleurs, il ne pourrait pas vous nommer un seul acteur de ce film. Et encore moins le film. Il décrit le film et on doit le deviner si vous voyez ce que je veux dire.

Parle, parle, jase, jase et j'en oublie de vous présenter Henri, cet homme sans passion.

Difficile de présenter un summum de néant.

Il pourrait passer pour n'importe qui, Henri, avec ses cheveux courts bruns et son menton normal. Une petite bedaine de bière, comme tout le monde. Ni grand, ni petit. Propriétaire d'un petit commerce de bouts de tuyaux qui lui permet de joindre les deux bouts. Ni riche, ni pauvre. Pas d'enfants. Ni d'épouse. Hétérosexuel oublié dans un garde-robe. Seul mais pas vraiment l'envie de l'être. Pas très propre de sa personne mais ça ne paraît pas trop une fois que les pantalons sont relevés.
Voilà Henri. Henri Richer. Qu'on appelait Riri à l'école. Et qu'on n'appelle jamais depuis. Son téléphone ne sonne que pour ses affaires. Et encore.

Vous vous dites que ça ne se peut pas un gars sans passion, quelqu'un qui ne s'intéresse à rien, même pas à son travail.

Eh bien, pourquoi devrions-nous douter de la sincérité de Henri Riri Richer, hein?

Je le crois sur parole.

Il a bien quelques biens. Comme tout le monde. Mais au fin fond de lui-même: il n'a rien.

C'est lui-même qui le dit.

-J'ai rien. J'aime rien. J'suis rien. J'veux rien.

Ça ne l'empêche pas de vivre. Même le suicide ça ne lui dit rien.

Alors il continue, un jour à la fois, sans espérance, sans but, sans projection.

L'idée de la gloire ne lui a jamais frôlé l'esprit.

Il a abdiqué de tout après que la première fille ait refusé son invitation à danser lors du bal des étudiants en secondaire 5.

Il aurait pu se saouler. Détruire une auto. Escalader l'Everest. Manger de la crème glacée.

Mais ce n'étais pas dans la nature de Henri que d'être excessif.

Alors, il ne fit rien et se jura de ne plus jamais inviter une fille à danser, lors d'un bal ou n'importe quand.

Il finit par se trouver un moyen pour survivre.

Aime-t-il son atelier de bouts de tuyaux?

Non.

Mais ça ne fait rien.

Il n'aime rien.

Ça ou autre chose: c'est pareil.

Riri ne rigole pas avec la vie.

Il est plate en hostie.

Il le sait.

Et ça l'indiffère.

dimanche 20 mai 2018

Merci camarade Jaggi Singh!

Code criminel canadien
Encore une fois, un anarchiste s'est fait arrêté hier alors qu'il défendait pourtant les grands principes de notre constitution comme l'on ne saurait trouvé meilleur patriote pour le faire.

Des hooligans membres d'organisations aux titres aussi pacifiques que Storm Alliance ou bien La Meute se réunissaient près du poste frontalier de Lacolle pour aller intimider les demandeurs d'asile et autres vagabonds malpropres.

Des citoyens, anarchistes pour la plupart puisque le courage fait parfois défaut chez les sociaux-démocrates, ont bloqué pendant un moment une portion de l'autoroute 15. Ils croyaient que c'était nécessaire d'aviser les citoyens que des groupes d'extrême-droite comme Storm Alliance (dont l'acronyme SA rappelle celui des Sections d'assaut d'Adolf Hitler) et la Meute (un rappel de quelque chose qui mord comme un berger allemand) ne représentaient pas les valeurs de notre communauté.

Jaggi Singh a été arrêté. C'est vrai qu'il a l'air d'un étranger. On n'était pas pour arrêter Éric ou André de Storm Alliance. D'autant plus qu'ils collaborent avec les policiers pour que tout se fasse dans l'ordre, comme en 1933.

La semaine dernière, à Montréal, des étrangers à la peau basanée ont aussi manifesté devant un édifice qui héberge un représentant international de l'extrême-droite qui assume Hitler et ses idées nauséeuses. Des policiers séparaient les deux groupes qui s'affrontaient puisque des militants d'extrême-droite y étaient bien entendu. Ils portaient des bâtons de baseball et des barres de fer. Et que faisaient les policiers? Ils protégeaient les nazis armés des méchants anarchistes désarmés. Sans penser à désarmer les nazis...

Nous en sommes rendus là. On arrête les honnêtes citoyens qui partagent les plus hautes valeurs de notre pays pour sauver une poignée de nazillons détestables qui flirtent avec les articles 318 et 319 du Code criminel canadien qui interdisent la propagande haineuse, l'appel au génocide et menacent de 5 ans de prison les propagandistes.

Vous croyez que j'exagère? Il y en qui croyaient qu'on exagérait Hitler et sa vocation pour le Mal alors qu'il remplissait des trains entiers de passagers pour un aller sans retour vers les camps de la Mort.

On minimise la menace de l'extrême-droite.

Un anarchiste comme Jaggi Singh la prend au sérieux et, dans ce contexte, je ne puis que l'appeler mon camarade.

Honte aux représentants de l'ordre de ne pas savoir distinguer un citoyen exemplaire d'une «raclure de poubelle mini-hitlérienne» pour reprendre l'expression du poète Claude Gauvreau.

Merci camarade Jaggi Singh et merci à tous les autres manifestants et manifestantes de représenter ma voix et mon indignation face à ces mauvaises gens qui s'en prennent à de pauvres gens.




jeudi 17 mai 2018

Parce que nous ne sommes pas cannibales

Résultats de recherche d'images pour « saturne dévorant un de ses fils »

Lorsque l'on n'éprouve aucune satisfaction à faire souffrir les autres on se place tout de suite en position d'être marginalisé même si l'on ne fait pas partie des victimes.

Il y a une logique inhérente à la joie de faire souffrir autrui.

Je dirais même que les gens méchants se donnent toute la logique du monde pour continuer.

De sorte qu'il ne nous reste que des émotions, des sentiments et des états d'âme pour les combattre.

Ce n'est pas beaucoup.

Mais ce n'est pas rien.

C'est toute la différence entre vivre comme des cannibales qui s'entre-dévorent les uns les autres ou bien vivre ensemble, en toute quiétude.


mardi 15 mai 2018

Gendron

Gendron est un gars assez solide sur ses deux pieds avec de la gélatine à la place du cerveau.

Il ressemble à Omer Simpson en plus chevelu.

Il a longtemps étudié la philosophie, la psychologie et la théologie à l'université. Si longtemps qu'il en est resté avec des séquelles.

C'était pourtant le gars le plus sage du monde lorsqu'il était rentré à l'université au mois d'août 1977. C'était un étudiant studieux, célibataire, à ses affaires.

Tout a pété après avoir rencontré Linda. Puis France.

Gendron est tombé follement amoureux.

Linda puis France n'ont rien voulu savoir. Elles trouvaient Gendron trop space.

Gendron s'est enfoncé dans l'alcool et les autres drogues pour montrer qu'il n'était pas qu'un gars sage et sérieux.

Puis il s'est de plus en plus défoncé.

Jusqu'à devenir une loque parmi tant d'autres qui faisait de la free-base.

Il était fort sur la poudre, Gendron, et de plus en plus parano.

Il passait la majeure partie de son temps à se geler tout seul dans son minuscule logement, regardant par la fenêtre avec anxiété tout en grinçant des dents.

Le hic, c'est qu'il voyait les fonctionnaires du bureau d'aide sociale travailler juste en face de sa fenêtre. C'était d'ailleurs tout ce qu'il voyait puisque l'édifice gouvernemental occupait tout son champ de vision.

Et Gendron capotait évidemment.

Il passa cinq ans à se geler en pensant que tous ces fonctionnaires travaillaient sur son cas.

Cinq ans d'enfer dans la plus authentique et subliminale des paranoïas.

Ce sont les pompiers qui le tirèrent de là après qu'il eut mis le feu à son logement.

Depuis ce temps-là, Gendron a cessé de consommer.

Il fume quatre paquets de cigarettes par jour.

Il boit trois cafetières.

Mais il ne consomme plus.

La coke lui faisait faire de la paranoïa.

Alors que maintenant, assis à sa fenêtre toute la journée, avec sa cigarette et son café, Gendron ne ressent plus de vibrations négatives. Ni de positives d'ailleurs. Il est seulement là et il attend de crever, comme tout le monde, sans s'imaginer toutes sortes de scénarios capotés.

Le manteau

«Il y avait donc dans une chancellerie un homme, un employé qui, je ne puis le cacher, était d’un extérieur assez insignifiant. De petite taille, il avait le visage quelque peu grêlé, les cheveux quelque peu rouges, le crâne passablement chauve, les tempes et les joues sillonnées de rides, sans compter les autres imperfections. Tel était le portrait de notre héros, comme l’avait fait le climat de Saint-Pétersbourg.» 
Nicolas Gogol, Le manteau


Le manteau de Jocelyn était devenu gris, sale et élimé. Il n'était pas particulièrement coquet mais là il avait l'impression de s'enfoncer dans la dèche. Tout son linge était troué. Et ses espadrilles aussi. Ce gars dans la quarantaine grisonnante avait la sale impression de ne plus être de la partie pour se trouver un emploi ou bien une blonde avec ses vieilles nippes dégueulasses. De petite taille, il avait une face d'ananas, les cheveux effilochés, la boîte à poux dégarnie, l'air imparfait. Ce n'était pas un héros et il vivait sous un climat trop chaud, trop froid, bref trop humide.

Un miracle survint comme il en survient rarement.

Jocelyn s'était trouvé un job sous-payé pour une compagnie de livraisons des produits Woufwouf. C'était de la bouffe pour chiens distribuée sur un large territoire qui s'étend de l'Estrie jusqu'au fin fond de la Minganie. Il livrait avec un petit camion-cube. Et, comble de bonheur, il avait droit à un tee-shirt Woufwouf, une calotte Woufwouf et un manteau Woufwouf. Il était équipé de la tête aux pieds par Woufwouf.

Du coup, sa vie s'améliora.

Jocelyn eut l'air moins pauvre.

On voyait que c'était un gars sérieux. Un gars à qui l'on confie un volant et un bel uniforme. Ce qui l'aidait à mieux se sentir en confiance.

Il avait l'air propre avec son uniforme Woufwouf.

Il en avait même un pour toutes les saisons. C'était tout simplement génial.

Puis, le malheur revint.

Jocelyn perdit son emploi en raison d'une restructuration des produits Woufwouf.

On lui reprit le manteau Woufwouf mais on lui laissa le tee-shirt puisqu'il avait un peu trop pué dedans.

Jocelyn retrouva son vieux manteau élimé et sale.

Il attendit son chômage.

Il fouilla dans les bacs bleus pour trouver des contenants consignés.

Ça payait ses cigarettes.

Et son baloney.

vendredi 11 mai 2018

Quand j'étais puceau

J'ai déjà été puceau. On l'a tous été un jour et d'autres le sont encore. On ne choisit pas toujours sa situation. Et on n'est pas toujours choisi à la loterie de l'amour.

Du temps où j'étais puceau j'ai pensé moi aussi que j'étais le garçon le plus sympathique du monde, sérieux comme un pape, bourré de talent, de quoi se faire pâmer une princesse... Mais les princesses ne voulaient pas de moi. D'autant plus que je ne savais pas quoi leur dire. Cela finissait par sortir tout croche et tout de travers comme une catastrophe.

La première fois que j'ai dit je t'aime à une femme j'étais saoul. Je m'étais saoulé toute la veille et je l'avais appelé au matin, en relevant de brosse, pour lui dire au téléphone que je l'aimais. Évidemment, cela n'a pas marché du tout. J'ai passé pour un type un peu bizarre aux yeux de la fille en question qui est tout de même demeurée mon amie par charité chrétienne...

Comme tant d'autres célibataires, je me suis surpris à penser que les femmes n'aimaient que les salauds et détestaient les gentlemen. J'étais puceau. Aussi bien dire que j'étais stupide.

Une femme s'est intéressée à moi. Puis une autre. Et, enfin, je ne fus plus puceau. Je jure que je volais, comme le chantait Jacques Brel dans Mon enfance.

J'ai réalisé que les femmes ne détestaient pas les gentlemen.

Elles ne peuvent tout simplement pas aimer quelqu'un qui ne s'aime pas lui-même.

Ni passer du temps à s'ennuyer avec quelqu'un alors que tout un chacun peut très bien faire ça tout seul.

C'est moi qui étais dans l'erreur. J'étais jeune. J'étais puceau.

Une fois que j'eus accès à la magie des femmes et de l'amour, j'avoue que ma vie n'a plus jamais été la même. Elle s'est nettement améliorée. Je n'ai plus jamais été habité par le désespoir de la solitude. Et j'ai cessé d'être centré sur moi.

Et, oui, j'ai été aimé des femmes. Et me sens privilégié de l'être encore par une seule qui compte à mes yeux plus que toutes les autres. Cela m'empêche d'être tout à fait aigri, amer et triste. La femme, et ma femme par-dessus tout, est mon rayon de soleil, la seule quête qui importe par-dessus toutes les autres. Le reste, c'est pour passer le temps. Ou le tuer.

À vrai dire, je n'ai rien connu de pire dans la vie que d'être puceau. Et je ne parlerai évidemment que pour moi-même.

Et je n'ai rien connu de mieux que tout ce dont rêve le puceau en pensant que cela ne doit pas vraiment exister.

***

L'attentat de Toronto a été commis par un type qui glorifiait les Incels, les célibataires involontaires, un genre de groupe Facebook pour puceaux qui se masturbent virtuellement en groupe pour se décharger de leurs insanités mentales.

Je ne sais pas comment traiter les puceaux.

Je sais seulement qu'on demeure puceau quand on ne sait pas parler au sujet de notre désir.

Le silence et la prostration ne mènent à rien en matière d'amour et même de sexe.

***

J'oubliais d'ajouter que j'ai cessé d'être puceau à la même période où je prenais mon premier buvard de LSD. Je n'en consomme plus depuis longtemps, soyez sans crainte, mais je serais malhonnête de ne pas dire que cela m'a peut-être délivré du pire. Mon vieux Moi a pris un coup après mon premier trip d'acide et n'est jamais revenu comme avant.

On me reprocherait de faire la promotion des psychotropes si j'allais plus loin.

On ne me reprocherait pas d'avoir prié...

Quel monde étrange.

Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour enfin péter sa coquille et ouvrir ses ailes.


mercredi 9 mai 2018

L'indifférence est une paralysie de l'âme

Je suis tombé par hasard sur une citation de Anton Tchekhov.

C'est tiré de sa nouvelle intitulée Une banale histoire.

«L'indifférence est une paralysie de l'âme, une mort prématurée.»

Je ne peux m'empêcher ensuite de penser à l'engouement qu'on peut avoir pour les séries mettant en scène des morts-vivants.

J'y vois une métaphore de nos vies de décérébrés, errant sans but dans le monde avec nulle autre prétention que de manger d'autres êtres humains sans se questionner.

Peut-être que je m'exprime comme un vieux gnochon.

C'est dur à dire.

Le fait demeure que j'assiste parfois à des formes d'extinction de l'amour et de l'empathie.

Certains ont des ego gros comme l'univers et l'empathie d'une crotte.

Le malheur c'est que notre époque semble propice à la reproduction de ces ego. On les place dans les plus hautes fonctions, au détriment de tous.

L'époque roule pour les ego froids et stupides, pour ne pas dire indifférents.

Cela génère des armées de larbins marchant comme des zombies dans les eaux sales du capitalisme sauvage.

Devant tous ces malheurs, il importe de résister.

De ne pas se laisser abattre par la fatuité.

Les zéros finissent toujours par s'effacer.

Les nullités aussi.

Avoir un coeur est une qualité.

Tous ceux et celles qui prétendent le contraire sont morts prématurément et ne le savent pas encore.

Comme dirait l'autre dont le nom m'échappe, on peut mourir à vingt ans et être enterré à quatre-vingts.

Voilà. Et vivent les vivants bon sang!

mardi 8 mai 2018

Il sèche

Êtes-vous plutôt ceci ou plutôt cela?

Lui n'est ni l'un ni l'autre.

Qui est-il? Il ne le sait pas lui-même.

Et il ne cherche même plus à le savoir.

Il marche. D'un point à l'autre. Ce n'est pas toujours lui qui décide du trajet. Mais la plupart du temps ça ne varie pas trop. Il en a pris ses habitudes. Et ça n'intéresse personne.

Il ne vend rien.

Il ne se vend même pas lui-même.

Il ne se vante pas.

Il est comme le bois mort qui sèche sur le rivage.

Sauf qu'il n'y a pas de rivage.

Il n'y a que lui dans le rôle du bois mort qui sèche.

On l'oublie même dans les statistiques.

Et on lui refile un chèque par mois.

Le reste du temps, bien sûr qu'il sèche.

Il sèche.

Il sèche.

Oui il sèche.

Je ne sais pas son nom.

Personne ne veut savoir son nom.

Il a de grosses lunettes de cornes.

Il a l'air d'un puceau.

Il est déjà vieux mais c'est comme s'il avait encore 16 ans.

Il vit dans une chambre avec une toilette partagée par trois autres chambreurs.

Il a son petit frigo et même un petit lavabo.

Il a une vieille télé et un vieux radio.

Et une Bible. Il lit la Bible.

C'est le seul livre qu'il lit.

Et même qu'il ne le lit pas vraiment.

Il l'ouvre au hasard pour y trouver une raison de changer quelque chose.

Et rien ne change.

Jamais.

lundi 7 mai 2018

Orignaux et désaxés

Diane Arbus, née Diane Nemerov, est une photographe de mode qui s'est progressivement tournée vers la photographie des rues et des personnages excentriques de New-York. Ses portraits sont encore d'actualité. On sent l'intensité de la vie derrière ses portraits de marginaux, transsexuels, nudistes, femmes à barbe et j'en passe. Bien plus que derrière une photo de mode: c'est beau mais c'est mort.

Louis-Honoré Fréchette me semble un maître de notre littérature pour la même raison que j'attribuerais ce titre à Diane Arbus pour la photographie. Ce ne sont pas les poèmes de Louis Fréchette qui ont soulevé mon intérêt et ma passion pour son oeuvre. En fait, tout l'intérêt que je lui porte est fondé sur Originaux et détraqués ainsi que sur ses fameux Contes de Jos Violon. Ses vers patriotiques et tout le reste: zéro intérêt. Mais ses contes! Ses histoires! Ça c'est du vivant. Et ça gigote encore après plus de 130 ans.

Fréchette a d'ailleurs fréquenté Mark Twain, un autre excellent conteur d'histoires. Peut-être se sont-ils influencés l'un l'autre. Peut-être que Fréchette passe pour un auteur secondaire comparé à la verve et à l'influence de Mark Twain. Mais bon, c'est un bon départ pour notre littérature. Enfin, avec Fréchette, trouvait-on quelqu'un pour tenter de la décoincer. Et de la décoincer comment? En faisant le portrait des originaux, marginaux et détraqués.

Je dis ça parce que je fais pareil.

On aime si facilement ce que l'on est. Je ne vaux pas mieux que les autres sur ce point.

En tout cas, je prends pour modèles artistiques ceux et celles qui ont su faire le portrait des exclus plutôt que de peindre la gloire toxique des bourreaux et des conquérants.

Je ne me vois pas faire autrement.

Je collectionne les visages étranges, les événements grotesques, les saillies vulgaires.

L'attrait que j'ai pour les exclus provient sans doute de mon propre sentiment d'exclusion.

Je suis un intellectuel. Un anarchiste. Un emmerdeur seulement pour ceux qui ne se sentent pas exclus. Les autres m'apprécient pour une raison qui m'échappe. Comme si je me battais à leurs côtés. Ce que je fais sans doute. Je ne m'en rends pas compte. Je pense naïvement qu'on peut tout dire. Qu'il n'y a pas de règles ou de conventions pour empêcher quelqu'un de réussir. Je dirais même que ceux qui ne suivent que les règles ou les conventions ne réussissent rien dans la vie, sinon de ne pas échouer: ils flottent, bien entendu, et ne coulent jamais. Mais pour quoi faire?

J'aime les originaux et les détraqués, c'est certain, et je parierais même que je suis fou, ne serait-ce que pour rassurer les gens normaux quant à leurs choix de vie.

Je me sens bien avec les fous.

Je me sens toujours mal à l'aise avec des gens sérieux qui jettent sur le monde un regard pontifiant de mépris.

Je me sens à l'étroit avec ceux qui se demandent ce que les autres vont penser d'eux-mêmes s'ils s'habillent de telle manière ou disent un gros mot comme caca ou prout.

Ces pressions-là, je m'en rends bien compte, doivent être combattues en faisant comme si elles n'existaient pas. Il faut laisser aller sa folie. Créer en puisant à sa source. Refuser de produire des oeuvres insipides et sans vie qui s'empêtrent dans des détails insignifiants par manque d'empathie.

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Ça fait une semaine que je le vois partout. Il ressemble à Frankenstein. Et je ne fais même pas des farces. Il a une tête énorme, chevelue, presqu'une tête de rasta aux traits qui rappellent ceux de Boris Karloff. Il n'a pas de sourcils et pas de cils. Ses yeux semblent flotter sur un visage vide. Il boite d'une jambe qu'il traîne lamentablement sur le trottoir en la ramenant parfois d'une main.

On ne peut pas le rater. On le voit une seule fois et on s'en rappelle toute sa vie.

Il a peut-être l'intellect d'un enfant de 10 ans dans le corps magané d'un bonhomme de 40 ans.

Il est gentil, pas dangereux pour deux sous, plutôt serviable et généreux même s'il n'a rien, mais on retient surtout qu'il fait peur à prime abord.

Voilà pourquoi vous le verrez prochainement sur l'une de mes toiles ou bien dans l'un de mes contes.

Je ne peux pas le laisser filer aussi facilement.

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Trois-Rivières est une mine d'or pour y trouver des tas d'originaux et détraqués. Je dirais que c'est un titre qu'elle partage avec La Malbaie. J'y étais depuis cinq minutes, à La Malbaie, que j'en avais déjà croisé cinq.

Hier, je suis allé chercher des trucs à la pharmacie.

Comme je viens pour traverser la rue, voilà que j'entends venir un cycliste. Il faisait un bruit du tonnerre. Cela provenait de sa roue arrière qui était dépourvue de pneu. Il roulait directement sur le cadre de roue et cela faisait presque des étincelles sur l'asphalte.

J'ai senti que je vivais dans un quartier pauvre à ce moment-là.

Comme si j'étais dans une vidéo du YouTubber Antoine Daniel. Du genre «c'est normal en Russie». Sauf que ça se passe dans Ste-Cécile. C'est normal dans Ste-Cécile, à Trois-Rivières, de rouler sur les rims de bicycles...

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Voilà.