mardi 31 mai 2016

CHANGEMENT À LA TOPONYMIE


Épître à quelqu'un qui ne soucie pas du nombre de clics produits par ses textes

Thomas More et Érasme ont longtemps correspondu l'un avec l'autre sans se rencontrer. Je ne suis ni l'un ni l'autre, bien entendu, mais j'ai souvent l'impression de vivre d'aussi grandes joies intellectuelles que ces deux loustics avec mes correspondants.

L'un d'entre eux, que je ne nommerai pas pour une raison évidente, est demeuré dans le plus pur des anonymats pendant des mois. Je n'ai jamais osé lui demander son nom, son métier et ses origines. Je trouvais trop précieux ce bonheur de lire des propos intelligents sans que je n'aie à tout gâcher avec de la curiosité malsaine.

D'abord, il écrit sans fautes et sa plume semble trempée dans l'encrier de Schopenhauer. Il me tient des propos d'une précieuse lucidité que je ne rencontre que trop rarement.

J'ai bien d'autres correspondants dotés de belles qualités, mais je me reconnais dans ce qu'il écrit mieux que chez bien d'autres. Appelons ça le hasard.

J'ai su récemment quel était son nom, ses mille et un pénibles métiers et même son lieu de résidence.

Il s'est même mis à écrire sous son vrai nom pour une publication dont je tairai le nom.

Bref, il est sorti de son anonymat, avec possiblement une pointe de regret.

J'aimerais reprendre in extenso ce qu'il m'a écrit mais il faudrait que je lui en parle avant que de publier ici sa missive. Je n'ai pas le temps de le faire et dois couper au plus court par pure facilité.

Disons, pour résumer, qu'il m'a parlé de l'ambition qu'il a de vivre de sa plume mais qu'il fait face à l'impossibilité d'écrire sur l'actualité et autres billevesées. En somme, il souhaiterait qu'on le reconnaisse pour ce qu'il est intrinsèquement, quelqu'un qui casse la routine des biens-pensants.

Si je ne peux pas vous dévoiler ce qu'il m'a écrit, je puis tout de même vous révéler ce que je lui ai répondu.

Ça vaut ce que ça vaut.

Et, franchement, c'est mieux que rien.

Voici donc mon épître à quelqu'un qui ne se soucie pas du nombre de clics produits par ses textes.

***

Salut S***,

Tu fais bien de ne pas faire de forcing pour éviter de pondre de la marde.

Je connais quelques blogueurs qui ne carburent qu'aux clics et se contentent de nourrir avec du caca bouilli les membres de leur secte. Untel se dit nationaliste et chie du nationalisme. L'autre est patriote et chie du patriotisme. Et le plus con colle à l'actualité parce que ça pogne alors qu'il a le jugement et la finesse d'esprit d'un cégépien qui habite encore chez ses parents.

Je ne nommerai pas ces blogueurs qui, de toutes façons, finissent par lasser les plus brillants pour mieux s'entourer de zéros. ("Tu veux te multiplier par dix, par cent, par mille? Tu veux des disciples? Alors, cherche des zéros." Friedrich Nietzsche que je cite de mémoire.)

Mon modèle en matière de chronique c'est incontestablement Le journal d'un écrivain de Dostoïevski. Comme lui, je me permets de passer de la littérature au commentaire d'actualité, de la psychologie des foules à la folie des hommes sans autre souci que d'être sincère avec ce que je couche sur le papier. Je ne suis pas parfait, loin de là, mais c'est mon seul et unique modèle avec, sans doute, Hunter S. Thompson, polytoxicomane et créateur du journalisme gonzo. Les essais de Montaigne me semblent pas mal aussi. Bref, et je le dis sans vantardise, je me suis donné des modèles à la hauteur de la démesure que je vise pour demeurer allumé.

Être capable de se regarder dans le miroir sans y voir un autre est la plus belle des qualités.

Puisses-tu écrire tous ces livres spéciaux dont tu rêves sans te soucier des revers de fortune et du contenu de ton frigo.

La sincérité ne rend pas plus populaire. mais elle éloigne les faux-culs. Même si ça ne sonne pas nécessairement en espèces sonnantes, c'est une grande récompense avant que de finir comme tout le monde la tête dans le trou des chiottes.

Alea jacta est! Et mort aux cons!


lundi 30 mai 2016

Religion, politique et poisson pourri

Ordralphabétix, dessin de Uderzo
-Y'a deux choses dont i' faut jamais parler dans les bars: la religion pis la politique...

C'est ce que m'avait dit l'un de mes amis, un chrétien marginal grand consommateur de psychotropes devant l'Éternel. À prime abord, je me disais qu'il s'accrochait à cette maxime pour ne pas gâcher son trip. C'était sans savoir, à cette époque, que sa réflexion allait me poursuivre encore longtemps, même en étant aussi sobre qu'une tête d'enterrement.

J'accroche à toutes sortes de niaiseries, dictons, proverbes ou affirmations gratuites. J'ai le malheur d'avoir une mémoire d'éléphant et de retenir des paroles ou des événements pour une raison qui m'échappe souvent à prime abord.

Pourquoi cette simple phrase proférée par un drogué dans un bar résonne encore en moi comme une vérité qui transcende bien des traités de stoïciens et autres saltimbanques de la philosophie? Honnêtement, je n'en sais rien. J'imagine que c'est comme ça pour tout le monde. À moins que je ne sois qu'un indécrottable conteur qui retient toutes sortes de racontars pour broder ses bobards.

Il m'arrive, bien entendu, de parler de religion et de politique. J'ai cependant le malheur de ne pratiquer aucune religion en plus de n'être membre d'aucun parti. Ce qui ne peut que me nuire face à tous les exaltés.

Je perçois la religion et la politique comme ce poisson pourri que le philosophe Diogène avait accroché dans le dos d'un type qui aspirait à devenir son disciple. Le prosélyte l'avait suivi toute une journée sous le chaud soleil d'Athènes. Le poisson puait toujours un peu plus à chaque heure. Tant et si bien qu'il finit par quitter Diogène après s'être enlevé le poisson pourri qui pendait dans son dos.

-Que fais-tu là? lui demanda Diogène.

-Je te quitte! J'ai passé toute la journée avec un poisson pourri dans le dos sans que tu ne m'adresses la parole une seule fois! Tu ne m'as rien appris! Je ne veux plus être ton disciple! Nah!

-Tu prétends que je ne t'ai rien appris aujourd'hui? rétorqua Diogène. Ce matin, tu étais prêt à te promener avec un poisson pourri dans le dos et à me suivre n'importe où comme le dernier des abrutis. Et maintenant que tu me quittes, ne vois-tu pas que je t'ai tout appris puisque tu es devenu ton propre maître?

Évidemment, je résume un tant soit peu cette anecdote que j'ai lue dans Les Cyniques grecs, fragments et témoignages. Ces textes ont été rassemblés par Léonce Paquet. L'ouvrage a été publié en 1988 aux Presses de l'Université d'Ottawa. Cela se lit aussi bien qu'un recueil d'histoires drôles. Ce qui a peut-être nui au cynisme. On n'aime pas ce qui ne fait pas sérieux. Et encore moins ce qui semble avoir inspiré les anarchistes au fil des siècles.

Diogène a probablement parlé de temps à autres de religion ou de politique. C'était sans doute pour s'en moquer si je me fie à son style de pensée. Il est dommage par ailleurs que la bibliothèque d'Alexandrie fusse incendiée par des chrétiens qui ne voulaient pas s'embarrasser de science et de philosophie païennes. Diogène avait écrit quelques livres, bien qu'il ait vécu dans une amphore abandonnée dans le dépotoir d'Athènes. On ne saura jamais ce qu'il a couché sur le parchemin. Il ne nous est resté de lui que des anecdotes et des histoires drôles.

Ce qui est certain, tout compte fait, c'est que l'on ne doit jamais parler de religion ou de politique en présence d'ivrognes ou bien d'imbéciles fanatiques.

Les uns comme les autres ne vous pardonneront jamais de vous en prendre à leurs lubies.

Ils ont trouvé la vérité et n'entendent pas errer dans le monde des idées comme des électrons libres loin de leur noyau.

Ils ont besoin d'avoir une explication facile pour toute chose, quitte à se promener soir et matin avec un poisson pourri dans le dos.

Ne tentez jamais de leur enlever ce poisson pourri, même si ses exhalaisons vous démangent les narines.

Ils pourraient vous étriper pour aussi peu.

J'en ai souvent fait l'expérience.

Et je n'ose même pas dire avec qui et en quelles circonstances.

S'ils ont été capables d'incendier la bibliothèque d'Alexandrie, ils seraient bien capables de me conduire moi-même au bûcher pour cause d'impiété ou crime de doublepensée.

En écrivant ces lignes, je sais bien que je m'expose à être suspecté d'intelligence avec un ennemi tout aussi imaginaire que puisse l'être un dieu.

J'en prends le risque.

De toutes façons, je ne me tiens plus dans les bars.

Je préfère parler de religion, de politique ou de poisson pourri quand ça me plaît.

dimanche 29 mai 2016

Cartier, Champlain et ceux qui marchaient pieds nus sur la Terre Sacrée

Je viens tout juste de relire les Voyages au Canada(1) de Jacques Cartier. Pour demeurer dans le thème, j'ai aussi relu Des Sauvages(2) de Samuel de Champlain.

Dans un cas comme dans l'autre, j'ai encore une fois été frappé par la manie de ces explorateurs de juger les aborigènes à l'aune de ce qu'ils appellaient la vraie foi.

Je comprends qu'il est malaisé de juger une époque avec les valeurs d'aujourd'hui.

Pourtant, on ne cesse d'encenser Cartier et Champlain qui, à plusieurs égards, n'en méritent pas tant.

D'abord, il convient de rappeler que ce pays-ci n'a pas été découvert par des Français, des Bretons, des Basques, des Portugais ou bien des Italiens.

Il y a 11 000 ans, au moment où la mal nommée Mer de Champlain se retirait pour former le fleuve Magtogoek (anciennement Saint-Laurent) , des humains venus  dont ne sait trop où vinrent y chasser le caribou et autres cervidés. Ils ont progressivement occupés les lieux. Tant et si bien que cette partie de l'Île de la Tortue, comme les aborigènes la nomment encore pour désigner l'Amérique, formèrent des villages puis des nations avec une langue et une culture originales.

Champlain réalise bien que les Sauvages sont mieux adaptés à leur environnement que les Français avec leurs lourdes barques. Il comprend que sans imiter les Sauvages toute entreprise de conquête de ce pays est vouée à l'échec. Il faudra que les Français apprennent à se servir d'un canot d'écorce tout aussi bien que de raquettes. Ce que Cartier n'avait pas le temps de réaliser pleinement.

Par ailleurs, Champlain, tout comme Cartier, reprochent aux autochtones de ne pas connaître la vraie religion. À les lire, il semble que les aborigènes n'accordent pas une très grande importance à Dieu. Il existe peut-être, mais il fait partie des légendes racontées par tout un chacun et son influence peut être tout autant bénéfique que mauvaise. Ce qui pousse les aborigènes à n'avoir confiance qu'en eux-mêmes, comme c'était le cas par ailleurs chez les Vikings et probablement les Gaulois. Il n'y avait pas, à proprement parler, de clergé organisé.

-Comment faites-vous pour prier? leur demande Champlain via un interprète.

-Nous nous retirons seuls en quelque endroit et nous prions... lui répond un sagamo, c'est-à-dire un chef, qu'on ne saurait distinguer des autres membres de la tribu autrement que par une coiffe légèrement plus colorée.

-Votre Dieu est faux! réplique Champlain. Le vrai Dieu c'est le nôtre! Il a conçu Adam en le façonnant dans la glaise et a extirpé une côte d'Adam pour ensuite former Ève, la première femme! Votre Dieu n'est que superstitions et légendes ridicules! Ha! Ha! Ha!

Le chef ne dit rien. Il l'écoute poliment. Puis il se dit en lui-même qu'il vaut mieux ne pas bousculer les croyances de ce fanatique qui pourrait vous transpercer la peau avec son arquebuse.

Tout au long du récit de Cartier et Champlain, on finit souvent par trouver plus de sagesse chez les Autochtones que chez les conquistadors européens qui passent pour de vrais mufles et de grossiers personnages.

Cela ne manquera pas d'attirer l'attention de bon nombre de philosophes d'outre-mer qui élaborèrent ce mythe du Bon Sauvage qui n'était pas vraiment un mythe.

Le baron de Lahontan ne s'y est pas trompé en rédigeant son Dialogue avec un Sauvage, livre qui a grandement influencé les intellectuels du Siècle des Lumières. Les Sauvages y apparaissent souvent sous un jour hautement philosophique en comparaison duquel la civilisation chrétienne semble fondée sur le fanatisme, pour ne pas dire le mensonge.

Les Sauvages sont pauvres mais libres.

Ils peuvent discuter pendant des heures d'une décision à prendre qui nécessite l'appui de tous les membres. C'est plus qu'une démocratie directe. C'est une démocratie totale.

Benjamin Franklin s'inspirera plus tard de la Ligue des Cinq-Nations pour rédiger la constitution des États-Unis. Ce n'est pas l'Europe qui a inspiré la démocratie ici, mais la démocratie qui était déjà ici bien avant l'arrivée des Européens.

Il est dommage que nous ayons si peu de témoignages écrits desdits Sauvages. Tout ce que l'on sait d'eux provient soit d'écrits contaminés par la chrétienté, soit de la tradition orale des autochtones, laquelle ne compte pour rien pour les historiens.

Au collégial, je cherchais la sagesse par le biais de mes lectures. J'allais aux sources de la philosophie grecque, puis de la philosophie orientale. Sans renier leur apport, j'oubliais tout de même l'essentiel: la philosophie des miens, la sagesse des Autochtones.

Il appert que je suis un Métis. Je suis mâtiné de Français, d'Anishnabé, de Micmac et probablement d'un peu d'Anglais. La part de moi-même reliée à l'Île de la Tortue aura trop longtemps été enfouie, pour ne pas dire reniée. On sait que les vaincus ont toujours tort. Si les Nazis avaient gagné la guerre, la sagesse serait de croire en l'inégalité des races...

Pour tous ceux qui voudraient connaître un peu mieux la sagesse des habitants du Nouveau-Monde, je ne saurais vous recommander plus chaleureusement cette lecture: Pieds nus sur la terre sacrée. C'est une anthologie de textes rassemblée par T.C. McLuhan accompagnés de photographies de Edward S. Curtis. Ce très beau livre vous hantera longtemps et vous fera dédaigner la lecture de Jacques Cartier et Samuel de Champlain.

L'autre livre qui m'aura aussi passablement marqué n'est pas digne de confiance à 100% mais me semble plus approprié que les journaux de bord de nos deux matelots. Ce sont les récits de voyage de Pierre-Esprit Radisson, fondateur de la Compagnie de la Baie d'Hudson, traîtres aux Français comme aux Anglais, et grand explorateur du continent.

Radisson a été enlevé par les Iroquois alors qu'il était parti à la chasse du côté de Pointe-du-Lac, à l'Ouest de Trois-Rivières. Il aura vécu plus d'un an parmi eux après avoir failli mourir entre leurs mains. Adopté par les Haudenosaunees, Radisson raconte mieux que quiconque la vie parmi eux. Cela se passe à une époque trouble de leur histoire cependant. Un temps de guerre qui ne montre pas le meilleur de l'homme où que l'on se trouve. C'est disponible ici sur le projet Gutenberg. C'est en anglais, parce que Radisson écrivait pour obtenir des sous de la couronne d'Angleterre.

Voilà pour mes lectures du dimanche.

Vous pouvez maintenant vous reposer de moi...



***

Références:

(1) Jacques Cartier, Voyages au Canada (avec les relations des voyages en Amérique de Gonneville, Verrazano et Roberval, François Maspero, FM/La Découverte (collection de poche) no 35, Paris, 1981

(2) Samuel de Champlain, Des Sauvages, L'Hexagone, coll. Typo, Montréal, 2002



vendredi 27 mai 2016

Vivre de son art au Québec

Le Québec forme une petite communauté de 8,21 millions d'habitants selon les données de 2014 de l'Intitut de la statistique du Québec.

La France compte 66 millions de Français.

Il y a 322 millions d'Étatsuniens.

Le Québec peut faire vivre un ou deux hommes de théâtre. deux ou trois écrivains et une poignée d'artistes toutes catégories confondues. Les autres vont tous crever de faim ou recevoir des subventions pour bonifier leur aide sociale.

Un pourcent de marginaux au Québec, cela représente 82 100 personnes. La population d'une ville.

Un pourcent de marginaux en France, c'est 660 000 personnes.

Un pourcent de marginaux aux États-Unis: 3 220 000 personnes...

Cela signifie qu'il est plus facile d'être un artiste marginal aux États-Unis qu'au Québec. Plus facile d'être un bédéiste aux États-Unis qu'au Québec. Plus facile de sortir son épingle de jeu dans tous les cas.

Cette évidence me frappe chaque fois que je tombe sur des artistes québécois bourrés de talent qui peinent à joindre les deux bouts.

Ne croyez pas que je me plains de mon cas. Je trouve au contraire que je m'en sors pas si mal dans la mesure où je m'en contrefous.

Par contre, c'est clair que nos chanteurs vivent mieux en France qu'au Québec. Que nos cinéastes ont tout à gagner à produire des films aux États-Unis.

J'ai débuté dans l'univers de la bédé underground en souhaitant devenir Gotlib, Reiser ou Robert Crumb. Il n'y avait rien au Québec pour diffuser mes bédés. J'ai produit des tas de fanzines photocopiées à moins de cent exemplaires et, évidemment, je n'ai pas pu vivre de mon art. C'était de la faute de personne. C'était la réalité de vivre au sein d'une petite communauté.

Je me suis résigné en ajoutant d'autres cordes à mon arc. J'ai ajouté la musique, l'écriture, la peinture et tout le tralala sans me soucier de ma notoriété et de mes moyens de subsistance.

Pourtant, j'ai compris avec une certaine amertume que le Québec ne pouvait pas m'offrir de vivre de mon art comme je l'aurais souhaité. J'en vis tout de même, dans la mesure où je ne saurais vivre sans les arts et les lettres. Mais il est clair que je ne dois rien attendre du Québec et ne rien lui reprocher. C'est mathématique: nous ne pouvons pas faire vivre plus qu'une petite poignée d'artistes et parie même que nous surpassons largement notre quota toutes proportions gardés lorsque l'on se compare à la France et aux États-Unis.

Le Québec, je le dis sans chauvinisme, est bourré de talents dans tous les domaines.

On voudrait que tout un chacun soit reconnu. On ne saurait demander plus.

Contrairement à ce que j'aurais pu croire dans ma jeunesse, le Québec est très généreux envers ses artistes. Les Québécois leur accordent plus d'audience et d'intérêt que n'importe où dans le monde, même si cela semble difficile à croire à prime abord.

Peut-être faut-il accepter les contingences de la vie au sein d'une petite communauté et ne pas rechigner pour rien.

Personne n'est tenu de lécher les pieds d'un artiste en prétendant qu'il est un pur génie.

Personne n'est obligé à cet artiste.

Personne ne peut donner plus qu'il ne pèse.

C'était ma réflexion du jour.

Elle vaut ce qu'elle vaut.

Rappelez-la moi les jours où je serai amer envers le Québec.



Parution de mon nouveau billet dans le Hufftington Post

Mon nouveau billet pour le Hufftington Post.

jeudi 26 mai 2016

On connaît le tabac!

Un nouveau règlement ayant trait à la lutte contre le tabac est entré en vigueur aujourd'hui même au Québec. Il sera désormais interdit de fumer à peu près partout, dont sur les terrasses ainsi que dans les véhicules en présence d'enfants de moins de 16 ans. À compter du 26 novembre, on ne pourra plus fumer à moins de 9 mètres de toute porte ou fenêtre qui s'ouvre. La prochaine étape sera l'incarcération pure et simple des trafiquants de tabac si l'on poussait encore plus loin cette logique...

Le plus ironique dans tout ça, c'est que les riches pourront encore contourner la loi. Les gentlemen pourront fumer le cigare dans des clubs prévus à cet effet. Il n'y aura évidemment pas de clubs pour les fumeurs de mégots, de rouleuses et autres "pollocks" de contrebande. Comment ferait-on des affaires sans un bon cigare et un bon porto?

Les voitures pourront bien sûr continuer de laisser s'évaporer le gaz de leurs tuyaux d'échappement à moins d'un centimètre des fenêtres.

Les idiots pourront continuer de rincer le moteur de leur motocyclette et produire plus de 200 décibels de vacarme à toute heure du jour ou de la nuit.

Les usines ne seront pas sanctionnées outre mesure pour le smog et les autres particules fines relâchées dans l'atmosphère. Lesquelles contribuent à l'augmentation des cancers, des maladies pulmonaires et cardiovasculaires.

***

Je n'aime pas le tabac. Je ne fume plus depuis 12 ans et l'odeur me répugne au plus haut point. J'en vomis presque de sentir l'haleine et les vêtements empestés des fumeurs.

Je comprends tous les problèmes de santé que cela peut occasionner.

Et je ne vois pas pourquoi l'on pourrait empoisonner ses voisins tant avec le tabac, qu'avec sa voiture, sa moto ou son usine.

Pourtant, on sombre une fois de plus dans la morale à géométrie variable avec les lois sur le tabac, comme c'est le cas pour les lois contre les drogues. On peut vendre de l'alcool à 94% en toute légalité mais le malheureux qui fume de l'herbe risque d'avoir un dossier criminel. Les pharmacies peuvent vous vendre toutes sortes de cochonneries à vous rendre Ti-Clin mais n'allez pas cueillir des champignons qui font rire. C'est comme ça mur à mur. C'est s'inventer des crimes pour remplir des prisons déjà trop pleines.

***

Le pétun, alias le tabac, faisait partie des drogues consommées régulièrement par les aborigènes de notre continent.

On ne disait pas que les Indiens fumaient à l'époque. On disait qu'ils "pétunaient". Il y avait même une tribu, les Khionontateronons qu'on surnommait les Pétuns pour leur vilaine habitude de bourrer leur calumet pour se remplir de fumée.

Les aborigènes s'arrêtaient souvent dans les portages et les longues marches pour pétuner, au grand dam des premiers conquérants européens qui ne comprenaient pas grand chose à cette coutume.

Ils croyaient que cela devait les tenir au chaud.

Jusqu'à ce qu'ils s'y mettent eux aussi, puis toute l'Europe et le monde entier avec eux.

Les compagnies de tabac ont "amélioré" le produit en le rendant toujours plus addictif et plus nocif pour la santé.

Il y eut toujours plus de nicotine, plus de goudron, plus de plomb, plus de tout ce que vous n'auriez pas voulu.

L'État aurait pu les obliger à travailler sur l'innocuité du produit. Il fût plutôt décidé de travailler à son éradication en plongeant dans la misère et la criminalité les fumeurs des classes populaires. Tout ça pendant que les ministres et les hommes d'affaires pouvaient fumer tranquillement leur cigare sans se faire inquiéter par l'État...

***

Bien que je ne fume pas, il me semble qu'on ne peut pas considérer le tabac comme étant un produit plus nocif que le pétrole ou le bruit.

Que fait-on pour abandonner le pétrole, source majeure de pollution atmosphérique?

Que fait-on pour diminuer le bruit, source majeure de stress et d'anxiété?

S'en prendre aussi drastiquement aux fumeurs de clopes c'est fesser sur les plus faibles.

Je déteste viscéralement le tabac. Cependant, j'abhorre encore plus toutes les autres sources de pollution pour lesquelles l'on fait si peu.

À la limite, je serais en faveur de l'instauration de clubs privés où il serait possible de fumer comme des cheminées et d'y mourir d'emphysème. Cela pourrait s'appeler une taverne ou bien un bar tabac...



mercredi 25 mai 2016

Le merveilleux maire Veilleux (comédie en un acte)

(L'action se passe dans un condo au décor très zen d'une ville très corrompue. Miranda, la cousine du maire Veilleux, est en sueur. Les fenêtres sont illuminées par les gyrophares d'une brigade policière qui s'apprête à investir les lieux. Un policier corrompu, au sein de l'administration de cette ville corrompue, vient de les aviser qu'ils s'en viennent... On entend seulement la voix du maire Veilleux au téléphone qui lui dit quoi faire.)

Maire Veilleux: Vite Miranda! Ils arrivent! T'as pas le temps de tataouiner! Prends les poches de hockey cachées dans l'garde-robe et floche tous les billets de banque dans les toilettes! Ces billets sont marqués sacrament! On a été piégé par des tabarnaks de réactionnaires qui n'aiment pas le progrès dans notre belle ville!

Miranda: Oui, oui... J'vais tout flocher Gilles... C't'idée aussi de cacher le fric dans mon condo... T'auras pas pu l'crisser ailleurs?

Maire Veilleux: Il n'y a qu'à toi que j'peux faire confiance Miranda... Notre belle ville est remplie de jaloux qui ne savent pas c'est quoi la politique... Ils pensent que tout se fait tout seul...

Miranda: Gilles! Comment tu veux que j'floche un million de dollars comme ça dans les toilettes!!! C'est d'l'argent en tabarnak! Les toilettes vont boucher!

Maire Veilleux: Elles ne boucheront pas si tu commences tout de suite...

Miranda: C'est en plein c'que j'fais! Tu m'entends pas flocher les toilettes?

(Elle floche les toilettes. évidemment.)

Maire Veilleux: Tout ça n'serait jamais arrivé sans ces hosties d'étudiants communistes, des tabarnaks d'anarchistes qui défilent dans les rues le jour pis 'a nuitte pour jouer aux inquisiteurs espagnols avec nous autres! On a développé la ville! On n'a pas compté les heures pour qu'il y ait un amphithéâtre, un colisée, un stade, une autoroute, un escalier, une statue... Ils pensent qu'on va faire des affaires qui nécessitent des milliards d'investissements avec un p'tit salaire de fonctionnaire crève-la-faim! Quand tu veux jouer dans les ligues majeures, tabarnak, tu t'arranges pour qu'ça s'fasse!

Miranda: La police cogne 'a porte! J's'rai jamais capable de tout flocher l'argent saint-ciboire de calice!

Maire Veilleux: Lance-lé par la fenêtre au pire! Fais d'quoi saint-chrême!

Miranda: J'essaie! J'essaie!

Maire Veilleux: Essaye pas! Fais-lé tabarnak!!!

Un policier: Ouvrez la porte madame! Nous savons qu'vous êtes là! Si vous n'ouvrez pas la porte, nous allons la défoncer!

Miranda: (Aux policiers) Ça s'ra pas long faut que j'm'habille! J'suis tout nue!

(Miranda tente d'ouvrir la fenêtre mais elle semble bloquée.)

Miranda: Ouvre! Ouvre christ de fenêtre!!!

(La fenêtre n'ouvre toujours pas. Miranda tombe sur son postérieur et la poche de hockey laisse s'échapper des milliers de dollars. La toilette est bouchée par le fric et l'eau reflue sur le plancher. Miranda pleure. Les policiers défoncent la porte.)

Un policier: Police! Miranda Veilleux vous êtes en état d'arrestation pour complicité avec une bande criminelle... Tout ce que vous pourriez dire pourrait être retenue contre vous...

Miranda: Gilles! Gilles! I' m'arrêtent!

Maire Veilleux:  ... (Il a raccroché. On entend le long timbre sonore du téléphone puis le message d'usage.)

Message d'usage: S'il-vous-plaît veuillez raccrocher. Ceci est un message enregistré.

Un policier: Tabarnak! As-tu vu les poches d'hockey? I' doit bien y avoir quelques cent milles piastres là-dedans... peut-être même quelques millions... J'ai jamais vu autant d'argent d'ma vie!

Miranda: Je suis la cousine du maire Veilleux! Vous allez regretter de m'avoir arrêtée! Le maire Veilleux va vous dégommer! Vous allez tous perdre votre job!

Un policier: En ce moment même, madame Veilleux, on doit être en train de passer les menottes à votre cousin...

Miranda: Honte à vous! Un homme qui a tout donné pour sa ville!

(Les lumières s'éteignent. Les rideaux se ferment. On entend la célèbre chanson de Lucien Boyer, C'est en r'venant de voir mon ragoût.)

mardi 24 mai 2016

Bravo les autodidactes!

Je vais encore prêcher pour ma paroisse. Enfin, pas tout à fait puisque j'ai obtenu quelques diplômes à force de perdre mon temps. Je me sens pourtant autodidacte de corps et d'esprit.

Vous aurez compris que j'aborderai le thème de l'autodidactie au cours des prochaines lignes.

Tout ce que j'admire dans la vie se tient dans la marge. J'ai peut-être trop dessiné dans les marges de mes cahiers d'écolier à force de m'ennuyer dans des cours magistraux soporifiques.

Louis Armstrong était un autodidacte de la trompette. Il n'a jamais su lire la musique. Il pouvait reproduire tout ce qu'il entendait avec son instrument. Il a inventé de nouvelles sonorités qu'aurait sans doute reniées un chef d'orchestre englué dans une vieille pratique s'apparentant à un tic nerveux.

Jack London fût le plus grand écrivain de son temps et, le plus drôle dans tout ça, c'est qu'il n'a jamais étudié en littérature. Il a fréquenté assidûment les bibliothèques, a travaillé à la dure dans toutes sortes de métiers, puis a couché sur le papier ses récits devenus légendaires. Des tas d'écrivaillons diplômés ne lui arrivent pas à la cheville et ne réussissent qu'à fabriquer des discours inutiles, pour paraphraser l'écrivain René Daumal. Ils ne peuvent que se lire et se complimenter entre eux.

Un certain Christian Mistral, plus près de nous, n'est jamais allé à l'université et démontre une meilleure maîtrise de sa plume que bien des tâcherons bardés tout autant de diplômes qu'enveloppés d'ennui.

Les frères Wright étaient des réparateurs de bicyclettes. Plusieurs physiciens de leur temps avaient conclu qu'il était impossible à un engin plus lourd que l'air de s'envoler de sa propre force. Ils croyaient que le ballon chargé d'un gaz plus léger que l'air était la seule manière de s'élever vers les nuages. Les frères Wright, purs autodidactes, leur firent ravaler leur râtelier. À peine quelques décennies plus tard l'homme marchait sur la Lune.

Albert Einstein était un obscur employé de l'Office des brevets de Berne. Il s'est forgé une carrière de physicien en parfait autodidacte. Il lui était impossible de se conformer aux singeries académiques. L'école lui pesait sur l'esprit comme une prison. On lui doit des avancées phénoménales dans la physique moderne. Notre compréhension de l'univers connu et inconnu s'est accrue sous l'influence d'un drop-out...

Steve Hill, un virtuose de la guitare que j'ai le bonheur de connaître un tant soit peu, se faisait reprocher par ses professeurs de musique du Cégep de ne pas faire ses accords barrés comme il se doit. Il les fait encore de la même manière et gagne sa vie mieux que tous ceux qui se sont laissés décourager par ces pédants pontifiant sur l'art de tenir une guitare.

Des exemples semblables, j'en ai des milliers, dans presque tous les domaines.

Des écrivains, des peintres, des inventeurs, des traducteurs, des musiciens, des cuisiniers, alouette!

Et maintenant, voici la question qui tue: est-ce que l'école est un frein au développement du génie?

Sans aucun doute. Et comme le génie est rare, on n'aura certes pas fini de s'intéresser aux apparences plutôt qu'aux fondements de la sapience. À vrai dire, le savoir importe peu. C'est même un obstacle pour faire partie d'une institution. On veut un outil, pas une nouvelle façon de faire. On veut du silex pour faire du feu, pas un briquet...

Quand on me dit le mot école, je pense invariablement au Magicien d'Oz.

Il y a souvent de la sagesse dans les contes d'enfants et le Magicien d'Oz nous démontre qu'il ne suffit que de remettre un diplôme à un épouvantail pour qu'il se sente tout de suite investi de savoir.

On reprochera aux autodidactes de manquer de méthode et de n'accorder aucune importance aux écrans de fumée.

On leur reprochera de ne pas connaître le solfège ou bien la quadrature du cercle.

Par contre, on continuera de juger l'arbre à ses fruits.

Les fruits seront bien plus mûrs et bien plus juteux dans l'arbre de ceux qui plongent leurs racines dans des terres profondes et jamais fréquentées.

Ils seront petits et secs dans les arbres rachitiques des grands salons de ces courtisans qui ne font qu'ânonner leur petit catéchisme de diplômés sans génie.

lundi 23 mai 2016

samedi 21 mai 2016

La mer / Vernissage de Marie-Ève Larose à l'Atelier Silex

L'Atelier Silex nous conviait hier au vernissage de Marie-Ève Larose sous la formule d'un 5 à 7. La température était plus que clémente et consommer de l'art représentait une bonne manière de terminer la semaine. 

Marie-Ève Larose est étudiante finissante en arts visuels au Cégep de Trois-Rivières et devrait faire son entrée à l'Université Concordia pour la session d'automne. Son exposition s'intitulait La mer et nous offrait une installation tout aussi enveloppante que l'eau puisse l'être.

Au centre de cette mer intérieure, si je puis dire, il y avait les méduses, des animaux fragiles mais redoutables qui chassent leurs proies avec des tentacules venimeuses. Certaines espèces de méduses sont mêmes capables de se régénérer et sont considérés, pour cette raison, comme immortelles.

Il n'en faut pas plus pour susciter des liens avec la mer, la mémoire et l'éternité.

L'installation de l'artiste Marie-Ève Larose contribuait à exalter cette fragilité avec force.

Elle est encore toute jeune, mais on sent déjà qu'elle n'a pas fini de nous surprendre.

Évidemment, son oeuvre, en elle-même, se passe d'explications et méritait d'être savourée lentement comme une plongée dans l'inconscient.

Son univers surréaliste, tout aussi figuratif que conceptuel, est à découvrir.





vendredi 20 mai 2016

Le 20 mai 1980



J'avais 12 ans le 20 mai 1980. Je me souviens vaguement d'avoir entendu les adultes se disputer à propos d'un référendum portant sur un projet de souveraineté-association entre le Québec et le Canada. Pour mon père, cela ressemblait tout de même à l'indépendance, même si c'était un projet édulcoré afin de rejoindre ce 60% d'électeurs québécois qui n'avaient pas choisi le Parti Québécois en novembre 1976. La marche était haute. Et sans doute que René Lévesque avait compris que six Québécois sur dix s'opposaient à son option. D'où les contorsions de la réalité, les stratégies alambiquées et la question confondante.


Quoi qu'il en soit, je n'avais que 12 ans et, pour moi comme pour mes amis de la P'tite Pologne, un quartier pauvre de Trois-Rivières, la réponse ne pouvait être que l'indépendance du Québec.

Tandis que les adultes se disputaient, nous passions nos soirées à faire des graffitis sur les hangers et portes de garage du quartier. Nous tracions des OUI! partout où nous le pouvions. Et parfois on y allait même d'un QUÉBEC LIBRE! accompagné d'une fleur de lys plus ou moins bien tracée. Il faut dire que la fleur de lys, tout comme la feuille d'érable, sont des logos extrêmement complexes à reproduire fidèlement, même pour un graphiste professionnel. Toutes ces lignes et ces courbes parfaites requièrent le compas et le rapporteur d'angles.

Il n'y avait pas beaucoup de NON MERCI! dans la Basse-Ville de Trois-Rivières. Il devait bien s'en trouver quelques-uns, mais pas tant que ça de mémoire. Trois-Rivières est la ville ayant le plus grand pourcentage de francophones en Amérique du Nord. Ça devait tourner autour de 98% en 1980.

Mon père, un Rouge de longue date, anticlérical et antiduplessiste notoire, avait tout de même suivi René Lévesque. Peut-être parce que Lévesque était lui-même un ancien député et ministre des Rouges. Lévesque était un artisan de la Révolution tranquille qui avait mis fin au règne de l'Union Nationale. De plus, il provenait de New-Carlisle, de cette Gaspésie si chère aux yeux de mon père, ce natif de Sayabec. Et puis Lévesque partageait avec nous un ancêtre commun dans son arbre généalogique, un certain Michel Bouchard. Il y avait donc un peu de nous dans celui que l'on surnommait affectueusement Ti-Poil, compte tenu de sa coupe de cheveux tout aussi surréaliste que celle de Donald Trump de nos jours.

Sans Lévesque, mon père n'aurait probablement pas suivi tous ces "hosties de péquistes" qui ne manquèrent jamais de le faire un peu chier. Il détestait viscéralement les Bleus, c'est-à-dire les conservateurs tant fédéraux que provinciaux. Et curieusement, il n'était pas sans bons mots pour Pierre Elliott Trudeau, dont il respectait sans doute l'audace et son opposition à feu Duplessis. Ce Trudeau sans lequel le camp du Non aurait sombré avec le peu charismatique Claude Ryan, alias "La main de Dieu"...

J'ai passé la soirée du 20 mai 1980 avec mon père, devant le téléviseur en noir et blanc qui n'était pas encore connecté au réseau de câblodistribution.

Mon père qui m'avait tant et tant parlé de Frontenac, du marquis de Lévis, de Louis-Joseph Papineau et Louis Riel, dut sans doute ravaler sa rage d'indépendance et de liberté lorsque sortirent les résultats du référendum. Comme prévu, 60% des électeurs qui n'avaient pas voté pour le PQ optèrent pour le Non. Une leçon à retenir pour l'avenir du mouvement républicain québécois.

Lévesque, vaincu, se présenta au Centre Paul-Sauvé devant les militants indépendantistes en larmes.

-Peut-être que vous êtes en train de me dire à la prochaine fois... bredouilla-t-il en toussotant.

Il ne se sentait pas en voix pour entamer le Gens du pays, d'autant plus qu'il fumait comme une cheminée. Il demanda à la foule de l'entonner à sa place.

-Gens du pays, c'est votre tour, de vous laisser parler d'amour...

Le lendemain, on retira progressivement les affiches.

On fit disparaître nos graffitis et nos espérances sous plusieurs couches de peinture.

Puis, ce fût la crise économique...

Cela fait maintenant trente-six ans que nous, républicains, tentons de digérer cette défaite.

Il serait ridicule d'accuser le peuple de ne pas nous avoir suivis dans cette option.

Ne prêcher qu'à des convertis nous mènera à la même situation qu'en 1980.

Peut-être que le référendum de 1995 a été volé. Peut-être...

Et pourtant, Lucien Bouchard et Mario Dumont, dont je ne suis pas un fan, firent tout de même la différence entre obtenir 40% et 50% plus un...

Sans l'appui des électeurs de la Coalition Avenir Québec, de Québec Solidaire et même d'Option Nationale, l'article un du programme du Parti Québécois ne demeurera qu'un rêve.

Pour le moment, comme je ne suis pas en voix, je vous laisse chanter cet hymne.








jeudi 19 mai 2016

École de l'humour juste pourri...


Deux airs d'harmonica improvisés pour vous et moi

J'ai improvisé deux airs d'harmonica rien que pour vous et moi ce matin.

Le premier s'intitule Nova Scotia et s'inspire de sonorités entendues là-bas.

Le second a pour titre Oh mon p'tit lard / Oh my lord. C'est un blues qui me trottait dans la tête.

Sur la photo, je tiens mon harmonica à l'envers rien que pour vous confondre tous.

Mon nouveau billet dans le Hufftington Post

Mon nouveau billet dans le Hufftington Post.

mercredi 18 mai 2016

La polyvalente du temps de Mâchoire

Résultats de recherche d'images pour « machette rambo »Il n'y aura pas eu de temps plus cruel dans ma vie que celui où je fréquentais un cube de béton sans fenêtres que les architectes de la Révolution tranquille avaient surnommé une polyvalente.

Une période d'anxiété s'ouvrit après la fin de mes études à l'école primaire. L'un de mes frères aînés ne cessait de me rappeler que j'aurais à me battre tous les jours. Il me conseillait sur les coups et les parades que je devais adopter pour survivre à la polyvalente.

-Tu fais semblant que t'es niaiseux pis tu t'rapproches du gars qui veut t'en crisser une en faisant semblant de brailler... Pis quand l'gars s'y attend pas, tu l'pousses de toutes tes forces dans l'escalier pour qu'il soit plus capable de bouger... Après ça tu vas l'rejoindre en bas d'l'escalier pour l'achever jusqu'à temps qu'tu sois sûr qu'i' se r'lèvera p'us...

Ces sages conseils me donnaient la migraine. 

Au cas où il n'y aurait pas un escalier dans les environs le jour où l'on aurait affaire à un bully, nous crûmes bon de nous équiper dans un magasin de surplus d'armée. 

Mes amis optèrent pour des machettes, des Jack knives et autres objets contondants. Je me suis acheté un simple couteau de pêche à lame d'acier pour ouvrir de bas en haut le requin qui voudrait s'en prendre à moi.

Nous étions prêts pour la rentrée scolaire. Quiconque tenterait de nous intimider aurait affaire à la bande des Cobras, comme nous nous appelions naïvement.

Il faut dire que nous avions tous le profil pour nous faire baver: l'un était maigre, les autres trop gros, trop grands ou trop petits, et moi, un gros et grand premier de classe.

Je n'ai heureusement jamais eu à sortir mon couteau. J'ai presque toujours trouvé des escaliers pour pratiquer ma technique de traître.

***

On le surnommait Mâchoire. C'était un gros baveux qui avait redoublé trois fois sa troisième année de secondaire. Il était la terreur de la polyvalente. Il avait la réputation de foutre des raclées à tout le monde. De plus, il s'entraînait à la boxe tous les soirs.

Un jour où je faisais la file à la cafétéria avec un petit gros qui était devant moi, Mâchoire s'immisça dans la file entre moi et le malheureux petit gros pour lui faire la vie dure.

Je n'ai pas osé réagir de crainte de devenir sa victime. Et, oui, j'ai laissé Mâchoire s'en prendre au petit gros.

-Heille p'tit gros, lui dit Mâchoire, donne-moé trois piastres pour payer mon repas à la cafétéria...

-J'ai pas d'argent, bredouilla le petit gros.

-T'as pas d'argent? Ah ouais? 

Mâchoire entreprit de fouiller ses poches pour voir s'il mentait. Il trouva un billet de dix dollars.

-Ça vient de te coûter sept piastres de plus parce que tu m'as menti ti-gros!

Le malheureux n'osa pas répliquer. Il prit sa portion de pâté chinois et vint s'asseoir à mes côtés, comme s'il s'attendait à ce que je le protège.

Mâchoire vint nous rejoindre.

-Qu'est-cé qu't'as pris ti-gros? Du pâté chinois? J'va's y goûter pour voir si y'est bon...

Mâchoire lui enleva son assiette, piocha dans le pâté chinois, puis fit couler un long filet de morve verte dans le repas gâché de ti-gros.

-J'espère que tu vas l'manger pareil bouboule! Arf! Arf! Arf!

Le petit gros pleurnichait. Personne ne trouvait rien à redire. Même moi. Je me disais que cela ne me regardait pas...

Quelques minutes plus tard, alors que j'étais en train de prendre mes cahiers pour mon prochain cours, voilà que Mâchoire fonça sur moi pour que je devienne sa prochaine victime.

Il était accompagné de quelques vauriens qui l'encourageaient à s'en prendre à moi.

-Heille grosse plotte! me dit-il. J'te parle grosse plotte!

La grosse plotte, évidemment, c'était moi.

Mâchoire tendait ses mains devant moi comme s'il souhaitait me faire une quelconque prise de bras comme on en voyait parfois dans les Super Étoiles de la Lutte.

Mon sang ne fit qu'un tour. Je me suis souvenu du triste sort du petit gros survenu précédemment à la cafétéria de la polyvalente. J'ai empoigné les mains de Mâchoire puis les ai tordus de toutes mes forces jusqu'à ce que ses poignets craquent. 

Mâchoire se mit à hurler de douleur. Je lui avais cassé les deux mains.

Je profitai de sa déconfiture pour dire aux membres de son fan-club que j'allais les achever eux aussi.

Mâchoire me promit que ça n'allait pas se terminer là.

Je lui promis de lui casser les deux jambes la prochaine fois, histoire de le réduire au statut d'homme-tronc.

Mâchoire dût se présenter à l'hôpital pour se faire mettre les deux mains dans le plâtre.

Le lendemain, on ne me regardait plus de la même manière.

Le petit gros était content d'être devenu mon ami et me pardonna ma lâcheté.

Dans les semaines qui suivirent, moi et mes amis nous mirent ensemble pour crisser une volée à tous les baveux de la polyvalente. 

Ce fût un temps héroïque.

Quelque chose comme un rêve de justice qui se réalisait enfin.

On ne verrait plus jamais les petits gros et les premiers de classe de la même manière.

Nous allions faire le grand ménage parmi cette bande de pourris.

Entre temps, Mâchoire s'était suicidé.

Pas vraiment à cause de moi.

Mais parce que son mal de vivre avait fait de lui un être répugnant.

Je ne vois pas d'autres explications.

mardi 17 mai 2016

Je soutiens la lutte contre l'homophobie

La liberté d'expression prise au sérieux

« La liberté n’est pas une marque de yogourt. »
Pierre Falardeau

On fait dire tout et n’importe quoi à la liberté parce que sa définition elle-même se passe de contraintes. Au nom de la liberté d’un peuple, on prive un individu de sa liberté. Au nom de la liberté d’un individu, on condamne un peuple à la survie. Certains vont même jusqu’à se réclamer de la liberté d’expression pour promouvoir une idéologie qui mettrait fin à la liberté d’expression. La liberté  s’avère donc un mot fourre-tout que chacun semble s’arroger pour faire taire les autres.

Pourtant, comme le laissait entendre cette saillie de Pierre Falardeau, la liberté n’est pas une marque de yogourt.

Il y en a encore qui meurent pour elle, un peu partout dans le monde. Il suffit de lire le rapport annuel d’Amnesty International pour s’en faire une juste idée.

Des gens sont jetés en prison, torturés et parfois assassinés pour s’être tout simplement exprimés. Ces héros, qui nous sont souvent inconnus, sont occultés à l’intérieur de nos frontières par des événements mineurs qui relèvent du libelle diffamatoire et de la propagande haineuse, sinon d’une décision d’affaires.

Récemment, des humoristes québécois se sont insurgés contre la décision d’un commanditaire de retirer un sketch produit par Guy Nantel et Mike Ward pour le Gala des Olivier 2016. Ce gala récompense les artisans du milieu de l’humour québécois. On reprochait aux deux humoristes de tenir des propos inconvenants, des peccadilles selon les deux lurons, des gags sur la liberté d’expression, des blagues sur les Juifs et ceux qui se tournent vers la Mecque.

La compagnie d’assurances n’a pas souhaité se diriger vers un procès, à tort ou à raison, mais ce n’était certainement pas la fin du monde annoncée et dénoncée par tout un chacun sur les médias sociaux. C’était, pour tout dire, une décision d’affaires. Le sketch a pu être vu et entendu par tout le monde dès le lendemain via les médias sociaux. L’État n’a pas emprisonné ni torturé Mike Ward et Guy Nantel. Mike Ward s’est même mérité l’Olivier de l’année, un prix décerné par le vote du public. On peut dire qu’il ne s’en tire pas si mal n’est-ce pas?

Raïf Badawi est encore emprisonné et menacé de recevoir le fouet pour avoir remis en question les fondements théocratiques de l’Arabie Saoudite. Il mérite sans doute plus d’égards. Idem pour tous ces militants et manifestants méconnus qui se battent corps et âme, jour après jour, pour que nos droits et libertés ne soient pas réduits comme des peaux de chagrin.

Porter un masque marqué d’une croix comme si la liberté d’expression était une épidémie de grippe ne change rien à l’affaire.  Cette petite rébellion contre le commanditaire du Gala des Olivier est d’autant plus pathétique que les humoristes ont tout de même participé à l’événement. On se serait cru à une mutinerie à la salle de quilles Chez Bouboule.

La liberté d’expression transcende, de loin, ces décisions d’affaires qui ne sont que des banalités.

Je n’apprendrai rien à personne. La liberté absolue est une illusion. On ne peut pas dire que l’on violerait telle artiste au joli minois plusieurs fois d’affilée. On ne peut pas prétendre que les propos d’un Juif nous font regretter la disparition des fours crématoires. On ne peut pas risquer de commettre des millions de morts supplémentaires pour protéger le droit d’un fasciste à lancer des appels au meurtre au nom d’une liberté d’expression factice et détournée.

Il est coutumier sur les médias sociaux de lire des propos orduriers tenus envers les uns et les autres. L’insulte est souvent la norme et le goujat ne manquera jamais de se réclamer de la liberté d’expression la plus authentique pour justifier l’intimidation, la diffamation et même le discours haineux.  

Évidemment, défendre seulement la liberté d’expression de ceux avec qui nous sommes d’accord ne veut rien dire. La liberté d’expression prend tout son sens lorsqu’on est prêt à défendre celle de son ennemi. Encore faut-il s’entendre sur le respect de cette règle commune qui nous tient lieu d’arbitre.

On peut contester, évidemment, la décision d’un arbitre.

Il serait néanmoins stupide, selon moi, de croire que la liberté d’expression puisse se passer de l’État de droit.


Et il vaudrait mieux que nos humoristes participent aux actions d’Amnesty International pour être pris au sérieux…

lundi 16 mai 2016

Les faux culs

Le faux cul désignait à l'origine ce rembourrage aux formes arrondies que portaient les femmes sous leurs jupes pour se sentir coquettes. Cette définition a été oubliée au fil du temps. Elle désigne désormais les faux jetons, c'est-à-dire les hypocrites.

J'aime bien l'expression faux cul. Il me semble que ça cogne plus fort que faux jeton. Je l'emploie souvent, peut-être trop. J'use et j'abuse de cette épithète malsonnante. Il est vrai que je vois souvent des faux culs, surtout au centre-ville de Trois-Rivières, d'autant plus que je ne vais jamais au centre-ville de Paris.

Le faux cul doit d'abord être connu de la personne qui le désigne pour se mériter ce titre. Traiter un inconnu de faux cul, ça ne se fait pas. Ce n'est pas tant une question morale qu'une logique toute élémentaire. Un inconnu doit être apprivoisé avant que de le qualifier de faux cul, de marin d'eau douce ou bien de banquier. J'ai connu plusieurs inconnus dans ma vie et, franchement, je continue à ne rien savoir d'eux.

Par contre, je connais très bien les faux culs et je dois prendre des précautions pour ne pas les soumettre à la vindicte. Mon blog, aussi humble soit-il, est lu par toutes sortes de gens qui ne sont pas toujours bien intentionnés. 

Je sais bien que vous ne faites pas partie de ces gens-là. Néanmoins, je me dois d'être prudent. Il y en a même qui finissent par penser que je ne fais que m'adresser à eux chaque fois que je publie une de ces fatuités de mon cru. Ils finissent par m'en vouloir à mort et iraient même jusqu'à prétendre que je suis un faux cul si je n'étais pas aussi imperméable aux mauvaises critiques. Comment salir un chic type comme moi, hein? D'aucuns s'y sont essayés et ont dû ravaler leurs paroles. J'ai plein de défauts, d'accord. Mais je ne suis pas faux-cul.

-Gaétan, un faux cul? vous répondront mes amis et mes ennemis les plus loyaux. Voyons don'! C't'un bon gars! I' dessine des gros nez. I' joue d'l'harmonica. I' parle avec tout l'monde. I' s'pense pas pour un autre. C't'un gros nounours... Un vrai Teddy Bear... Lui, un faux cul? Même pas vrai!

On ne devrait pas tous penser comme ça que je suis si bon. Mais peut-on empêcher un coeur d'aimer? Je connais bien tous mes défauts, soyez sans crainte, néanmoins je suis convaincu de ne pas être un faux cul.

Un faux cul, c'est quelqu'un qui vous salue, vous pique une jasette comme ça. Il vous laisse ensuite croire qu'il pense comme vous lorsque personne ne l'entend. C'est surtout celui qui change de trottoir et fait semblant de vous ignorer s'il marche auprès d'un notable ou d'une gente dame à la morale gluante. Il changera d'autant plus de trottoir s'il vous voit en train de discuter avec la lie de la société. Il n'est pas question que le faux cul vous adresse la parole si vous parlez avec des prostituées, des restants de prison, des mendiants édentés et autres fous notoires. Le faux cul tient à son image de carton, c'est-à-dire à son faux cul rembourré aux formes arrondies.

Il faut dire que je parle à tout le monde et suis aussi curieux de l'avis d'un juge, s'il n'est pas faux cul, que je ne le suis de celui qu'on pourrait considérer à tort comme un trou du cul.

Quand nous serons tous dans la misère, ce qui pourrait bien se produire un jour ou l'autre, c'est le soi-disant trou du cul qui se portera à notre secours. Ses vingt années d'expérience dans le domaine de la misère seront une mine de renseignements pour le malheureux novice en la matière. Le trou du cul vous montrera les us et les astuces d'une vie dans la dèche. Vous auriez tort de vous priver de ses connaissances, accessibles en tout temps sur les trottoirs de nos grandes villes.

C'est donc dire que je prends des notes auprès de tous les paumés croisés au hasard de mes balades au centre-ville. Oui, je tiens les trous du cul en haute estime. Et, oui, je méprise les faux culs.

N'allez pas croire que je suis un homme bon ou un saint homme. Je ne suis qu'un plaisantin. Et je m'adresse à tout le monde parce que, justement, je ne suis pas un faux cul.

On trouve des faux culs dans toutes les couches de la société. Par contre, il y en a un peu plus au sommet de la pyramide pour une raison qui m'échappe. Peut-être que plus on approche du sommet, plus l'air se raréfie. L'oxygène finit par manquer et le cerveau devient confus. On se transforme alors en parfait candidat pour l'épithète malsonnante de faux cul.

dimanche 15 mai 2016

TRès polluée



Trois-Rivières est la ville de tous les superlatifs et notre bon maire, l'autocrate Kid Kodak, ne rate jamais une occasion de se faire photographier en s'arrogeant tous les mérites.

Pour une fois, curieusement, on ne l'entend pas parler. Trois-Rivières obtient pourtant la première position.

L'acronyme TR, pour Trois-Rivières, est souvent utilisé dans les campagnes publicitaires pour présenter notre ville comme le lieu vers lequel le monde entier devrait nécessairement converger.

Cela donne à peu près ceci:

TRès 
Trois-Rivières!

Et ça vient en général avec une photo du pont Laviolette.

J'ai cru bon de détourner cette publicité trompeuse en présentant Trois-Rivières pour ce qu'elle est vraiment: LA VILLE LA PLUS POLLUÉE DU QUÉBEC! 

Cahier d'esquisses extirpé de ma boîte de Pandore

Je vous livre ici sans vergogne mon pitoyable cahier d'esquisses. Je l'ai probablement débuté en décembre 2014 puis je l'ai laissé traîné longtemps dans ma boîte de Pandore pour n'en l'extirper que tout récemment. J'ai éprouvé une certaine stupeur. Sachez pardonner. à l'avance, ce manque d'inhibition qui m'oblige à exhiber ces futilités sans nom.























Nouvelle parution dans le Hufftington Post

Mon nouveau billet est paru dans le Hufftington Post. Il traite du mythe de la société des loisirs.

Publication dans Le Nouvelliste / Trois-Rivières, la pollution et les parias

Peut-être que Trois-Rivières, plus que toute autre ville... (Courtoisie)Ma lettre ainsi que ma photo ont été publiées dans Le Nouvelliste: Trois-Rivières, la pollution et les parias.

vendredi 13 mai 2016

Trois-Rivières, la pollution et les parias

Un palmarès publié par l'Organisation Mondiale de la Santé nous révèle que Trois-Rivières mérite le titre peu enviable de ville la plus polluée du Québec. Trois-Rivières est la quatrième ville la plus polluée au Canada, derrière Courtenay, Regina et Vanderhoof.

Je me suis accoutumé bien malgré moi à ces fines particules de pollution qui peuvent causer des problèmes de santé chroniques pour nos systèmes pulmonaire et cardiovasculaire.

Tout jeune, dans les années '70, je me souviens que la neige n'était pas toujours d'une blancheur immaculée autour de la défunte usine de textile Wabasso. Elle était souvent picotée de fines particules noires tout autour de l'usine. Notre naïveté d'enfant n'allait pas jusqu'à nous faire mordre dans cette neige comme tous les enfants devraient le faire. Nous étions insouciants mais un instinct purement animal nous rappelait que c'était sans doute nocif.

Aux Indes, où les problèmes de pollution sont encore plus sévères qu'ici, il y a eu longtemps un système de caste selon lequel les représentants de la plus basse caste, les parias, doivent boire uniquement de l'eau boueuse ou croupie. Ces 'intouchables", il y en a un peu dans tous les pays sous différentes formes. Il semble qu'on puisse en trouver un peu plus à Trois-Rivières qu'ailleurs au Québec si l'on se fie au palmarès de l'OMS...

Il y a de cela quelques mois,  par un jeudi soir où je revenais du travail, une grosse boucane noire et insipide flottait à ras le sol sur le boulevard Gene-H.-Kruger. Était-ce un incendie? Était-ce le froid qui collait au sol la fumée de la papetière Kruger? On ne voyait pas à dix pieds devant soi et, évidemment, je n'en sus trop rien par la suite. Rien parce qu'aucun média n'en a parlé le lendemain. Sinon moi, sur mon petit blog sans prétention. J'en ai conclu que ça devait être normal que de respirer de fines particules de pollution pour les parias de Trois-Rivières. Il y a des limites à vouloir vivre en bonne santé quand on n'a rien.

Peut-être que Trois-Rivières, plus que toute autre ville du Québec, devrait se doter d'une politique environnementale digne de ce nom. Peut-être qu'on pourrait planter des arbres au lieu d'élever des structures de béton monumentales qui confortent l'avidité de promoteurs et de petits politiciens sans scrupules.

Évidemment, une table de pique-nique et quelques arbres inutiles finissent toujours par jurer un peu à côté d'une cheminée d'usine.

C'est avec de la belle pollution qu'on développe une grande ville.

En tant que paria de Trois-Rivières, je ne le sais que trop bien.

jeudi 12 mai 2016

Le syndrome de la page blanche

Writer's Block - A Supercut from Ben Watts on Vimeo.

Puisque ça nous arrive tous à un certain moment... Writers Block, un montage de 53 films produit par Ivan Kander et Ben Watts.

Photo balade sur le Chemin du Roy à Trois-Rivières

Pancarte sur le Chemin du Roy à Trois-Rivières
Je me demande à qui je fais vraiment plaisir lorsque je nourris mon blog avec cette désinvolture déconcertante. Il est clair que je ne m'oublie pas. À l'instar de Yvon Deschamps qui riait constamment de ses blagues, je souris aux niaiseries que je publie allègrement sur toute la surface de la Terre accessible par une connexion Internet. Un Mongol ou bien un Argentin tombera un jour ou l'autre sur mes images, à défaut de comprendre mes textes, et se demandera sans doute comment il en est arrivé là.

Ce matin, honnêtement, je ne savais pas trop quoi vous écrire. Jusqu'à ce que je réalise que mon Iphone pouvait s'avérer un outil redoutable pour communiquer ce néant qui m'habitait.

-Je vais prendre des tas de photos et je vais broder une histoire là-dessus! me suis-je dit fort naïvement.

Et c'est bien ce que j'ai fait tout en déambulant sur le Chemin du Roy, alias la route 138 Ouest, du centre-ville de Trois-Rivières jusqu'au Parc Pie-XII.

Lorsque j'étais adolescent, ma mère m'avait laissé un appareil-photo jetable pour que je puisse photographier un voyage parascolaire au centre de ski de Val-David. Ma mère alla faire développer les photographies, comme cela se faisait dans ce bon vieux temps où chaque clic coûtait un bras. Elle fût catastrophée de voir que je n'avais pris que des murs en photo... En fait, il n'y avait aucun être humain. Rien que des murs d'un jaune décrépit, des planchers gris et quelques pistes de ski vues de l'intérieur de cette boîte de carton qui nous tenait lieu de chalet.

-À quoi as-tu pensé bonyeu! Au prix qu'ça coûte les photos!

Ma chère mère, aussi gentille soit-elle, n'est pas nécessairement avant-gardiste en matière d'art et surtout de photographie...

En 2016, je peux prendre ma revanche et photographier tout ce que je veux sans craindre d'avoir à vider mes poches. Tout ce que j'ai à vider, en fait, c'est mon Iphone. Et cela se fait avec une telle facilité que j'en suis béat d'admiration, même si cela n'étonne pas du tout ceux qui n'ont pas connu les appareils photo à pellicule.

Alors voilà, chers lecteurs et lectrices de mes insignifiances passagères. J'ai pris des photos. Pas des photos de petits chats. Ni des photos de moi-même. Seulement des photos d'un type qui voit ce qu'il voit et sans plus. Comme si c'était vous qui les aviez prises. Comme si vous faisiez partie de l'expérience.

Il y a déjà beaucoup trop de mots sur cette simple aventure.

Je sais que vous me les pardonnerez. À moins que vous n'ayez quitté cette lecture fastidieuse pour aller visionner d'autres futilités bien plus attrayantes que les miennes.

La cathédrale de Trois-Rivières vue de la rue Royale.

Le soleil du matin baigne le quartier Saint-Philippe.

Le Parc Victoria, aussi appelé Parc des Patriotes, profite de la floraison des tulipes pour se refaire une beauté printanière.

Derrière ce garage où l'on lave les autos à la main, il y a surtout cette corde à linge.

Des traces de pneus, des fils électriques, des bourgeons dans l'arbre.

Ces formes géométriques, ces lignes pures: on croirait presque que c'est une oeuvre de Mondrian...

À louer et sans doute à rénover.

Les pissenlits poussent là où l'on s'y attend le moins. C'est ma fleur préférée parce qu'elle pousse même dans les ghettos.

Deux murs de brique et un conteneur à déchets. De la vraie poésie!

La Sainte-Vierge vue de dos au rond-point de la Couronne.

La Sainte-Vierge vue de face au même endroit.

Un type a probablement perdu cet enjoliveur. Un amateur de ready-made l'a accroché avec un collier de serrage autobloquant après la clôture du Parc Pie XII. Je croise cette oeuvre d'art digne de Marcel Duchamp tous les jours.

La clôture du Parc Pie-XII n'est pas parfaite.

Il n'y avait pas d'ombre sur ce trottoir il y a 40 ans. Et maintenant, c'est devenu une rue ombragée. Progrès manifeste des hippies des années '70.

Ce n'est qu'un arbre.

Ce n'est qu'un tronc d'arbre.