jeudi 8 décembre 2016

CONTES DE NOËL PAS RACONTABLES

J'ai effectué une mise à jour sur une série de contes que j'ai écrits en 2010.

Vous trouverez tout ça en cliquant ici.


Crier pour rien

8 décembre 1904. Une fine neige tombe sur Montréal. Les ouvriers du quart de soir s'apprêtent à remplacer ceux du quart de jour dans les bas-quartiers de la ville. Ça gueule dans les taudis parce que les travailleurs ne sont pas suffisamment économes. Ils voudraient manger des oranges et des beurrées de mélasse tous les jours au lieu de se serrer la ceinture comme il se doit. Ils demandent la lune parce qu'ils sont jaloux de ceux qui réussissent bien dans la vie. C'est une maudite époque où celui qui n'a rien voudrait voler celui qui a tout. Des socialistes venus des États-Unis, des Juifs pour la plupart, viennent monter la tête des ouvriers. Le désordre règne jusqu'au sein des bonnes familles. Des jeunes filles se mettent à réclamer le droit de voter et de porter des pantalons. La belle et bonne société est perturbée par la canaille.

Les patrons, quant à eux, profitent d'un moment de détente pour oublier tous les soucis qui les préoccupent.

Comme ces quatre hommes tirés à quatre épingles qui se réunissent souvent en fin de journée pour partager un bon cigare autour d'un bon porto. Ces gentilshommes ont en commun le statut d'hommes d'affaires avisés. Ils brassent beaucoup d'argent. Ils ont des idées bien arrêtées sur la direction que doit prendre le monde.

-Heureusement que nous sommes des gentlemen! Il n'y a plus que ça, des gens qui crient et hurlent comme des enfants gâtés! Ce n'était pas assez que de demander la semaine de soixante heures. Maintenant, ils voudraient qu'on paie les heures supplémentaires et qu'on verse des indemnités aux travailleurs accidentés comme si nous étions une oeuvre de charité! Est-ce que j'ai l'air d'une soeur grise moi?

-Tu as bien raison Roland. Ils n'ont plus de limites! On aurait dû leur couper l'herbe sous le pied... Envoyer l'armée... Arrêter les meneurs et les pendre en public pour sédition! Mais non! On devient mous... On se laisse gagner par une forme de tolérance qui rend notre situation intolérable... On vend l'utopie aux gens au lieu de leur servir les moyens qu'il faut pour économiser et mener une vie de bon catholique! Tout est à sa place dans ce monde, comme Dieu l'a décidé. Un mouton ne peut pas devenir un lion. Et on ne peut pas obliger un lion à se comporter en mouton...

-Très juste Armand! C'est comme ma fille... Imelda... C'est triste à dire, mais je ne sais plus quoi faire avec elle! Les policiers l'ont arrêtée la semaine dernière parce qu'elle criait au beau milieu de la rue en distribuant des tracts qui réclamaient... j'ai peine à le dire... qui réclamaient le droit de vote pour les femmes! Et je sais qui lui a mis ça dans la tête... Elle fréquente la maudite Bertha Larose...  La Larose qui fréquente un sale Juif de Saint-Henri qui a été arrêté pour des activités subversives... C'est un communiste et un athée! Je crains que ma fille se fasse happer par ses charognes qui auraient mieux fait de rester aux États-Unis...

-Il faudrait que tu tiennes la bride plus serrée mon ami. On ne peut pas laisser nos filles jeter le déshonneur sur nos familles... Montre-lui que c'est toi le patron! Apprends-lui les bonnes manières à grands coups de ceinture sur les fesses! Et dis-toi que tu fais ça pour son bien...

-Oui... Je veux bien... Mais sa mère me tuerait... Mon épouse elle-même se laisse gagner par ces propos séditieux! Elle hurle autant que ma fille... Pas moyen de lui faire entendre raison sur quoi que ce soit... Elle répète les âneries des Juifs américains et autres protestants qui ne se mêlent pas de leurs affaires... J'ai dû rencontrer monsieur le curé à maintes reprises pour qu'il lui fasse entendre raison lorsqu'elle va au confessionnel... Je lui ai dit de remettre ses paroissiens à leur place... de leur rappeler que des athées s'inspirent du Diable pour saper les fondements de nos familles et de notre peuple!

-Crier, hurler, gesticuler, vociférer! Ils ne savent que faire ça, ces singes! Est-ce que je crie, moi? Est-ce que je gesticule, moi? Je suis posé, raisonnable et logique. Je ne me laisse aucunement emporter par les émotions qui sont de très mauvais maîtres... Regardez-les ces suffragettes, ces socialistes, ces fauteurs de troubles! Ils ne savent que crier, protester, bloquer! Et le pire, c'est que nos députés eux-mêmes se laissent ramollir... Ils fréquentent des clubs de francs-maçons et s'abandonnent à des idées insensées pour flatter leur électorat de pouilleux qui ne savent ni lire ni écrire!

-Oui... Tu as raison... J'en ai même entendus dire que les femmes au foyer devraient recevoir des allocations pour nourrir leurs bébés... Imaginez! Les oiseaux n'ont pas un gros cerveau et ils savent pourtant nourrir leurs oisillons... Après les allocations familiales, que vont-ils demander, hein? La semaine de quarante heures je suppose? Des indemnités pour les accidents de travail? Des fonds publics pour les paresseux et les mendiants? Le droit de vote des femmes? Le médecine gratuite? Cela ne fait pas sérieux! Il faudra bien leur faire ravaler leurs paroles... débusquer les meneurs... les mettre en prison au pain sec et à l'eau... la déportation... la pendaison des rebelles... Enfin! quelque chose qui maintiendra l'ordre et la sécurité de nos affaires!

-Ah Gérald! Si ta fille ne veut pas t'obéir, je te le dis, c'est parce qu'elle fait de l'hystérie... Je vais te donner le nom d'un médecin qui a fait interner la fille de Robert à l'asile... C'était pour son bien... Le remède était drastique mais après plusieurs douches à l'eau froide, elle a fini par calmer ses ardeurs... Elle est maintenant mariée et se comporte en honnête épouse catholique... Si on ne l'avait pas envoyée à l'asile, imagine où elle en serait aujourd'hui? Elle serait l'une de ces viragos qui portent des pantalons  et demandent que les femmes puissent voter, devenir médecin, avocat ou éboueur! Voyons donc! C'est ir-ré-a-lis-te!!! Bon sang! Qu'elles cessent de chialer comme des hyènes! Il faut qu'on leur montre à se tenir à leur place! Ça suffit!

La neige tombait encore à gros flocons sur Montréal. Les rues étaient désertes. Tout le monde était soit à la maison, soit à l'usine. Nos quatre amis regardaient leur montre. Ce serait bientôt l'heure de se séparer.

-On se revoit demain gentlemen?

-Of course, mon cher ami... Of course!

Nouveau billet pour le Hufftington Post Québec

Mon nouveau billet est paru ce matin dans le Hufftington Post Québec.

Il reprend le billet paru hier sur mon blogue.

Rambo, Chartrand et la démocratie directe.

mercredi 7 décembre 2016

Chartrand, Rambo et la démocratie directe

Bernard Gauthier,
représentant du local 791 de la FTQ-Construction
Un ami m'a raconté hier une anecdote mettant en scène l'anarcho-syndicaliste Michel Chartrand.

Michel Chartrand avait été invité à parler devant des travailleurs d'usine de la Mauricie. L'un d'entre eux, dans la salle, s'était levé pour dire qu'il manquait de leaders au Québec.

Or, Chartrand pouvait se montrer baveux.

-Es-tu un leader toé? Pourquoi faudrait que t'attendes ça d'un autre? Prends ta place, deviens un leader ou ferme-la... lui aurait dit Chartrand.

Je ne peux pas confirmer l'authenticité de cette anecdote mais elle semble coller à l'image que je me suis faite de ce personnage.

Si je vous raconte ça, c'est par mesure de prévention. Je vais en effet vous parler de Bernard Gauthier, alias Rambo. Ce célèbre syndicaliste de la Côte-Nord a annoncé cette semaine son intention de porter les couleurs de ce parti des sans-partis qui a été rebaptisé récemment Citoyens au pouvoir du Québec (CPQ). Ce qui est tout de même étonnant, à moins d'être blasé de tout.

Bernard Gauthier n'est pas un "sauveur". Il le dit lui-même et je veux bien le croire. Il se dit un citoyen "écoeuré d'être écoeuré". Il est devenu le porte-parole d'un obscur parti dont les statuts rappellent étrangement ceux du Parti Pirate islandais. C'est sans doute dans l'air du temps cette idée de ne plus faire confiance aux partis politiques traditionnels. J'y vois un signe positif de prise en charge de la chose publique par les citoyens et les citoyennes désabusés par les "gentils organisateurs".

Le parti des sans-partis CPQ propose de se saborder s'il prend le pouvoir. Son but est d'instaurer une démocratie directe et par cela même de favoriser un certain idéal républicain largement abandonné par les partis politiques traditionnels. Le CPQ propose encore plus de démocratie pour remédier au désengagement des citoyens face à la chose publique, prenant acte du fait que l'abstentionnisme est le résultat d'un système politique vicieux où le citoyen est bien plus consterné que concerné.

La démocratie parlementaire telle que nous la vivons et l'avons vécue est en faillite. La philosophe Simone Weil l'avait compris avant tout le monde lorsqu'elle rédigea sa fameuse Note sur la suppression générale des partis politiques. Elle avait compris que les partis politiques sont des associations de gens qui complotent dans les coulisses du pouvoir contre le peuple. Ils ne servent jamais la justice, la liberté et la vérité. Ils se nourrissent d'argent et ne véhiculent que de la propagande. La pensée n'y est jamais libre. Les citoyens n'y sont toujours que des accessoires, de vulgaires leviers pour prendre le pouvoir et faire ensuite ce que l'on veut.

Les partis politiques servent inévitablement l'oligarchie. Le peuple y est sous-représenté. On y voit rarement des serveuses de casse-croûte, des préposés aux bénéficiaires, des journaliers ou bien des travailleurs de la construction.  Il semble que le parlement soit le terrain de jeu des avocats, médecins, professeurs et journalistes qui sont largement sur-représentés.

Nous sommes devenus des adultes. Les gens sont plus renseignés qu'auparavant. Ils peuvent participer aux décisions aussi bien, sinon mieux, qu'un malfrat qui s'y engage pour s'y remplir les poches avec l'assentiment de ses commanditaires vers lesquels l'ascenseur redescend inévitablement.

Une maxime faussement attribuée à Einstein laisse entendre que seuls les fous s'attendent à un résultat différent en répétant toujours la même chose.

Nous avons répété ad nauseam la politique partisane qui ne nous a mené à rien d'autre qu'à la faillite de notre communauté. Des politiciens véreux ont détourné nos institutions publiques de leur vocation pour tout vendre à rabais aux promoteurs du capitalisme sauvage. Qu'ils soient de gauche ou de droite, le politicien traditionnel est toujours à la solde des banquiers et jamais au service de ses concitoyens. Il est temps de mettre un terme à la lente agonie de nos institutions démocratiques en favorisant l'engagement des citoyens dans la vie politique du Québec.

Qu'un gars du peuple conscient de faire des fautes d'orthographe monte au front pour dire le fond de sa pensée, c'est la preuve par A plus B que le temps des experts est révolu. C'est la preuve qu'on peut devenir juré dans un procès ou député au parlement sans avoir à montrer le contenu de son compte bancaire. Tous les citoyens sont égaux, cela va de soi...

Je ne donnerais pas le bon Dieu sans confession à Bernard Gauthier, ni à Chartrand, ni à qui que ce soit. Par contre, il faut savoir reconnaître qu'il est des événements fondateurs dans la vie d'un peuple.

Le Printemps érable, en 2012, était l'un de ceux-là. Du jour au lendemain, nous avons tous été surpris par l'ampleur de la contestation et par la justesse des revendications qui transcendaient largement le simple point des frais de scolarité. On a assisté à la naissance d'un mouvement sans chef qui déboussola les experts de la chose publique.

D'aucuns ont laissé entendre que ce mouvement n'avait rien donné, qu'il était mort dans l'oeuf.

D'autres ont sans doute dit que le Québec manquait de leaders...

Pourtant, nous sommes encore bercés par l'onde de ce caillou jeté dans la mare.

Il y a eu un avant et un après Printemps Érable.

Les Québécois, comme la plupart des peuples du monde, ont réalisé qu'ils étaient floués, dépossédés et ridiculisés par les élites au pouvoir.

Des mouvements citoyens ont essaimé partout dans le monde. Des mouvements sans chef, spontanés, qui se réclament de quelque chose comme la démocratie directe.

Bernard Gauthier aurait pu militer pour le Parti Québécois ou tout autre parti soucieux de tromper l'électorat avec de la bullshit.

Ce n'est pas la voie qu'il a choisi.

Il n'a pas choisi de siéger sur quelque chose qui s'apparenterait au CA du Mouvement Desjardins qui a ruiné l'idéal coopératif en minant le pouvoir décisionnel des membres.

On peut lui reprocher ses coups de gueule, ses propos intimidants de syndicaliste et tout le tralala.

Quant à moi, pour le moment, j'y vois l'un de mes frères de combat. Ce qui n'a pas échappé à l'écrivain Victor-Lévy Beaulieu qui a écrit une biographie à son sujet. J'ai même eu le malheur d'en parler sur mon blog.

Bref, Bernard Gauthier est un gars de ma classe sociale.

Un gars du peuple qui monte au batte comme on dit.

Les experts et les spécialistes se sentiront sûrement menacés par la canaille et autres sans-culottes qui veulent prendre d'assaut ces institutions qui nous servent si mal.

Ils font maintenant partie du problème.

Les étouffoirs de la liberté et autres fossoyeurs de la chose publique peuvent d'ores et déjà en prendre pour leur rhume.

L'heure de la démocratie directe a sonné.

mardi 6 décembre 2016

Coupable d'être pauvre et malade

On dit de la maladie qu'elle peut tomber sur vous comme la même misère tombe sur les pauvres. Si vous êtes pauvres et malades, plus rien ne peut vous tomber dessus. Enfin, on peut se permettre de le croire même si les faits ne croient en rien.

Jeanne n'avait pas les moyens de tomber malade puisqu'elle était raide pauvre. Elle avait quatre bouches à nourrir dont son mari, Ti-Pet, qui avait fait une dépression après avoir perdu sa job au casse-croûte Chez Roger. Ti-Pet avait plutôt l'air d'un gros pet foireux, chauve et mal rasé, qui portait toujours des pantalons de gymnastique en coton ouaté qui lui faisaient puer de la poche. Il était laid, évidemment, et n'essuyait jamais les taches de moutarde ou de beurre d'arachides aux commissures de ses lèvres.

Quand à Jeanne, c'était une madame toute maigre de trente-cinq ans qui avait l'air d'en avoir cinquante. Il lui manquait déjà plusieurs morceaux, dont des dents. Elle boitait d'une jambe après s'être tourné la cheville. Ses vêtements étaient tout autant élimés que kitsch. Ses cheveux étaient roux et crépus comme des tampons à récurer. Elle sentait la vanille et le vieux tabac. Bref, elle n'avait rien pour elle.

Jeanne faisait des ménages pour une firme qui obtenait des contrats gouvernementaux en sous-traitance. Évidemment, Jeanne ne bénéficiait pas des conditions salariales et avantages sociaux du Comité paritaire de l'entretien ménager. Jeanne était payée au salaire minimum et son patron était plein d'astuces pour ne jamais payer les heures supplémentaires. C'est à peine s'il payait les congés fériés. Dans la tête de son patron malveillant, les Normes du travail nuisaient à l'économie. Il aurait aimé pouvoir payer ses employés deux ou trois piastres de l'heure, sans avoir à débourser pour toutes ces charges sociales. Évidemment, il ne payait jamais d'impôts et multipliait les coups bas pour s'affirmer en tant que maître et saigneur de toutes choses.

Un beau matin, enfin un matin pas si beau que ça, Jeanne s'était réveillée avec d'affreuses douleurs abdominales. Elle avait vomi du sang en plus de tacher sa petite culotte.

Comme elle n'avait pas de médecin de famille, elle s'était présentée à l'urgence de l'hôpital régional pour savoir ce qu'elle avait. C'était, pour tout dire, une grosse tumeur à l'utérus.

-La tumeur est énorme et nous allons devoir vous opérer la semaine prochaine... Deux à trois mois d'arrêt de travail, lui avait dit le docteur. Vous faites aussi une phlébite. Va falloir vous déboucher ça...

-Je ne peux pas cesser de travailler! Je suis le seul soutien de ma famille! On ne connaît personne pour nous prêter de l'argent! Je vais perdre ma job! avait pleuré Jeanne.

Le médecin eut la décence de hocher la tête, sans plus. Il n'avait pas que ça à faire, écouter les doléances des misérables des bas-quartiers.

Raymond, le patron de Jeanne était en beau fusil. Ce gros tabarnak au visage porcin ne se laissait jamais gagner par la pitié. Il traitait ses employés comme de la marde pour que le gouvernement, via le parti politique au pouvoir, lui fournisse toujours plus de contrats. Il cassait autant d'employés que de syndicats, ce bougre, et devenait indispensable à la survie du capitalisme sauvage.

-Si tu penses que j'va's t'garder ma crisse de profiteuse! qu'il lui avait dit pour lui remonter le moral. Si t'es pas capable de suivre, c'est pas mon problème. J'suis pas l'Armée du Salut moé tabarnak!

Il l'avait donc congédiée de crainte qu'elle ne vienne mettre du sable dans l'engrenage de sa compagnie.

-Qu'est-cé que j'vais faire? Qu'est-cé que j'va's devenir? s'inquiéta Jeanne sur le chemin du retour qui la ramenait chez-elle.

Arrivée à la maison, elle vit Ti-Pet qui regardait Le tricheur à la télé tandis que ses trois garçons se fessaient dessus pour une palette de chocolat que l'un d'entre eux avait gobé sans la partager.

Jeanne s'effondra dans le fauteuil et pleura toutes les larmes de son corps.

-Bouhouhou! Waaa!

Ti-Pet piqua une colère.

-Tu m'empêches d'écouter mon programme avec ton hostie d'braillage! As-tu fini d'toujours brailler tabarnak?

-J'ai perdu ma job! Faut qu'ej' me fasse opérer! J'pisse el' sang! Comment qu'on va arriver, hein?

-Hostie tu fais toutte pour nous crisser dans 'a marde! Moé j'me fends l'cul pour garder 'es enfants pis toé toutte c'que tu trouves à faire c'est d'toutte crisser ça là! Comment j'va's payer mes cigarettes calice? Tu penses rien qu'à toé égoïste!

-Ti-Pet! I' vont m'faire la grande opération!!! Qu'est-cé qu'tu voulais que j'fasse sacrament? Tu pourrais pas te l'ver l'cul pis t'trouver une job? Pourquoi y'a juste moé qui s'fend l'cul pour la maison?

-M'man passe-moé cinq piastres! demanda Arnaud, le plus vieux de ses enfants qui avait déjà quatorze ans et beaucoup d'acné.

-J'peux pas... J'ai perdu ma job... J'ai pas une cenne...

-Ah oui? Comment j'va's faire pour payer mon jeu vidéo ma crisse de chienne? Hostie d'nulle de crisse!

-Parle-moé pas d'même! J'su's ta mère!

-C'est ça va chier vieille crisse de lette! Les parents de Ronny lui paient toutte c'qu'i' veut pis moé j'ai jamais rien parce que mes parents sont des hosties d'minables!

Ti-Pet se leva et glissa jusqu'à sa chambre où il s'enferma pour pouvoir continuer à regarder Le tricheur à la télé.

-Y'en a-tu un seulement qui m'aime dans c'te crisse de maison de fous? Gang de crisse d'innocents! Chu malade! J'pourrais crever! J'ai pardu ma job! Calice de gang de crisse de famille de mongols!

-Ta yeule! J'écoute la tévé! hurla Ti-Pet. Crissez-moé toutte patience tabarnak!

-Si j'ai pas mon cinq piastres, j'va's l'voler calice!

-Bouhouhou! Snif! sanglota Jeanne en se frappant la tête avec la paume de sa main.

Évidemment, tout le monde l'avait laissée pleurer toute seule en se demandant ce qu'avait cette crisse de folle à vouloir saper leur moral.

Paresseuse comme elle était, Jeanne fit une dépression au lieu de se faire opérer.

On la vit se promener dans la rue les pantalons maculés du sang jaillissant de son utérus malade.

Ses enfants furent confiés à la Direction de la protection de la jeunesse parce que Ti-Pet ne savait pas comment s'en occuper.

Ti-Pet se loua une chambre dans un taudis pour hommes seuls, célibataires et alcooliques. Il pouvait écouter Le tricheur comme d'habitude mais le vieux téléviseur qu'on lui fournissait déformait un peu les visages. C'était comme s'ils n'avaient plus de nez.





lundi 5 décembre 2016

Devenir éboueur ou Gotlib

Quand j'étais jeune, je souhaitais devenir éboueur. J'avais été impressionné par une bédé de Gotlib dans laquelle il racontait avoir eu le même souhait. L'éboueur représentait l'aventurier, celui qui découvre des trésors cachés dans les poubelles. L'éboueur était cet homme libre qui se tenait derrière son camion comme le corsaire se tient sur la rampe de son navire prêt à l'abordage du bateau ennemi.

Puis j'ai voulu devenir Gotlib. Je l'imitais autant que faire se peut. Je m'amusais à créer des fanzines où mes personnages étaient de piètres copies tirées de l'univers de Gotlib.

C'est donc dire qu'il m'a marqué. Comme il a marqué des générations de francophones adeptes de rigolade et de contre-culture.

Il y a probablement un peu de nous dans Gotlib. S'il n'y avait pas eu Mainmise pour influencer le magazine français Actuel, le monde déjanté de Crumb n'aurait peut-être pas atteint Gotlib pour l'emmener aussi loin dans son iconoclastie. Aussi, je tiens à souligner le travail exceptionnel réalisé par les membres de Mainmise à l'époque où Jean Basile en était la figure centrale. L'équipe de Mainmise aura insufflé une énergie exceptionnelle aux créateurs d'hier et d'aujourd'hui. Aucune revue québécoise, à mon humble avis, n'est arrivée à la cheville de Mainmise. Aucune. Et je pèse mes mots.

Il est sans doute étrange de rendre hommage à Gotlib en félicitant Mainmise...

Pourtant, tout vient de là, j'en suis convaincu.

Gotlib aurait été tout aussi excellent sans son imprégnation de la contre-culture américaine. Par contre. la fréquentation de Robert Crumb l'aura emmené plus loin dans son mépris des conventions établies. Qui a publié Crumb en français? Mainmise. Qui l'a repris en France? Actuel, qui tirait son inspiration de Mainmise. Puis Fluide glacial, qui a poursuivi le travail d'Actuel via la bande dessinée.

Cela dit, il convient de saluer le magnifique coup de crayon de Gotlib. Son dessin épuré était fortement contrasté. Ses traits étaient tout aussi fins que gras. Ses dessins étaient conçus d'un geste souple et assuré.

Nous sommes probablement des millions à être en deuil de Gotlib.

Des millions à nous rappeler avec émotion les Dingodossiers, Rubrique-à-brac, la coccinelle, Gai Luron, Superdupont, Isaac Newton, Pervers Pépère, Hamster jovial...

C'était l'idole de ma jeunesse. Justement parce qu'il n'y allait pas avec le dos de la cuillère.

J'ai rêvé un temps de devenir bédéiste parce que Gotlib était mon inatteignable étoile.

Oui, devenir éboueur ou Gotlib...









samedi 3 décembre 2016

C'est comme ça, oui...

Il était une fois quelqu'un qui n'était ni petit, ni gros et ni moyen. C'était quelqu'un d'énorme qui n'aimait ni le chou ni les vols-au-vent au poulet.

On lui connaissait pas d'amis parce qu'il n'avait jamais le temps pour ça.

Il n'était pas vraiment chauve même s'il avait peu de cheveux.

Il portait souvent le même pantalon ainsi que la même chemise. Pour la simple et bonne raison qu'il avait acheté plusieurs items du même modèle. Ça ne le dérangeait pas de ne pas être à la mode. Pourvu qu'il ne soit pas tout nu et tout était tiguidou.

On disait qu'il buvait beaucoup. Surtout de l'eau. Il pouvait boire jusqu'à six litres par jour si ce n'était pas plus.

Or, c'était la veille de Noël.

Il marchait seul sur les trottoirs, comme d'habitude, et n'avait pas l'esprit à la fête.

Les chansons et cantiques de Noël le laissaient froid.

Il pensait au charbon.

Il se demandait quelle était la quantité de charbon produite au pays chaque année.

Il se demandait aussi si l'ingestion de charbon pouvait vraiment guérir les cors aux pieds.

Il n'avait pas de cors aux pieds. Mais il avait entendu ça. Et ça lui titillait l'esprit pour rien. Comme s'il n'arrivait pas à chasser ça de sa mémoire.

Il songeait aussi à Mister Péteux. Pourquoi Mister Péteux? Il avait entendu ça aussi. C'était un gars qui vivait au-dessus de l'appartement de Raymonde Langevin. Il ne la connaissait pas plus mais il l'avait entendu dire que les cloisons de son logement étaient si mince qu'elle entendait son voisin péter. D'où son surnom de Mister Péteux.

À part de ça tout allait bien.

C'était une veille de Noël comme les autres.

Pas de quoi en faire un fromage.

Comme il n'était pas marié, il n'avait pas d'enfants.

Il ne faisait rien à Noël et rien au Jour de l'An.

Il vivait dans l'indifférence la plus totale. Autant de la sienne que de celle des autres.

Sa seule passion était de ne pas en avoir.

Il n'écoutait ni la télé ni la radio.

Il s'assoyait dans sa chaise berceuse, lorsqu'il revenait du boulot, et ne faisait jamais rien d'autre que de regarder les murs et les plafonds.

Il n'aimait pas lire.

Il n'aimait pas la musique.

Il n'aimait rien ni personne.

Et, le pire dans tout ça, c'est qu'il ne se saoulait jamais.

Personne ne sait son nom.

C'est à peine si son propriétaire le sait.

C'est comme ça.

Oui.




vendredi 2 décembre 2016

Mon nouveau billet pour le Hufftington Post

C'est ici.

Gilles Vaillancourt et la rédemption du genre humain

Je ne pourrai jamais me réjouir de la souffrance ou de la mort d'un homme quel qu'il soit. Est-ce une marque de faiblesse ou bien un signe de grandeur d'âme? Vous me permettrez de ne pas répondre à cette question, ne serait-ce que pour  faire preuve d'humilité.

J'ai tout de même ma petite idée qui m'en fait tenir le beau rôle pour une raison qui ne m'échappe pas. Protogoras disait que l'homme est la mesure de toutes choses et le seul homme que je connaisse bien c'est moi-même. Et encore qu'il me manque parfois des bouts...

Je sens que tous les êtres humains, aussi répugnants soient-ils, sont un tant soit peu mes frères et mes soeurs.

L'on me verra pas souvent et encore moins longtemps adopter le rictus amer de l'homme du ressentiment face à la souffrance d'un soi-disant ennemi. Il me restera toujours un fonds de pitié dans lequel j'irai puisé quelque chose comme le pardon et, pire encore, la croyance en la rédemption de tout un chacun.

On pourrait dire à tort que c'est le signe de mon éducation judéo-chrétienne.

On dit ça à toutes les sauces en oubliant que le pardon est universel et n'appartient à aucune secte en particulier. Il aura été pratiqué par toutes sortes de gens autour du globe, et à toutes les époques. C'est d'ailleurs le sens qu'il faut donner à la parabole chrétienne du bon Samaritain. Le seul type qui vous aidera si l'on vous trouve blessé dans un fossé pourrait bien être quelqu'un qui ne partage ni votre religion ni vos idées.

***

Hier j'ai été touché par Gilles Vaillancourt. Je ne l'aurais jamais cru l'an passé...

L'ex-maire de Laval écope de six ans de prison pour corruption. Je ne remets pas en doute le bien-fondé de cette sentence. Par contre, je ne me réjouis pas que l'on envoie un vieillard en prison. Et je dirais même que j'ai ressenti la misère à laquelle cet homme fait face en ce moment.

Malgré tout ce que j'ai pu lui reprocher par le passé, je ne suis pas insensible de constater qu'il donnait des poignées de main à tout le monde hier au Palais de Justice, même aux policiers de l'UPAC qui l'avaient arrêté.

D'aucuns pourraient dire qu'il n'y a rien là-dedans et que je sombre dans la sensiblerie. D'autres comprendront qu'à la guerre on ne tire pas sur les ambulances.

L'homme qui se nomme Gilles Vaillancourt vient de manger une raclée. Il est défait, démoli et s'en va au pénitencier fédéral. Devrais-je applaudir, hurler de joie et souhaiter qu'on le maltraite en prison? Non, je ne le ferai pas. Je dirai même que je regarderai d'un oeil sévère quiconque souhaitera rajouter une couche de violence au sort qui l'attend. L'homme a été jugé par ses pairs. Bien sûr qu'on peut douter de l'appareil judiciaire soumis de trop près au monde politique. Par contre, je ne vois pas pourquoi je devrais exiger plus de souffrance pour un vieillard qui, dans l'adversité, montre le meilleur qu'il reste de lui-même, quelque chose comme des airs de gentleman auxquels je ne suis pas insensible.

***

J'avais aussi été touché par Saddam Hussein suite à sa capture. Je n'avais aucun atome crochu avec ce tyran sanguinaire, il va sans dire. Par contre, ce n'était déjà plus le même homme lors de son arrestation. C'était une bête traquée qui vivait dans un trou à rats. Suite à sa capture, on l'a vu entre les mains des dentistes. Saddam Hussein souffrait d'une rage de dents. On le montrait à la télé, la gueule ouverte, plus nu qu'un empereur dénudé. Un peu plus et on nous montrait ses hémorroïdes. Ce n'était plus le grand timonier de l'Irak, mais une vieille godasse trouvée dans un fossé.

Ma colère et mon mépris de Saddam Hussein ont fait place à un vague sentiment de pitié.

Je ne voyais plus le dictateur, mais l'homme dans toute sa lumière crue. Un homme fragile qui avait mal aux dents et peut-être au cul.

***

"Qui aime bien châtie bien." Il n'y a pas que de la sagesse dans les proverbes. Celui-ci m'en semble dépourvu. Qu'est-ce que l'amour vient faire avec le châtiment? Si je te fouette, te pète les dents dans la gueule et te pend haut et court, c'est parce que je t'aime... C'est de la pure connerie!

Je ne remets pas en question la quête de la justice. On ne peut pas demeurer indifférent et ignorer les crimes commis contre la communauté. Surtout les crimes contre la personne.

Pourtant, on ne gagne rien de plus à souhaiter qu'un criminel souffre encore et encore.

Se satisfaire d'une vengeance cruelle c'est commettre un crime tout aussi odieux que celui que l'on veut châtier. Oeil pour oeil, dent pour dent, c'est une morale de mafieux. Il est normal que des gens qui se veulent doux et respectueux appliquent des sentences douces et respectueuses pour ne pas agir comme ce qu'ils dénoncent. Cela tombe tellement sous le sens que cela se passe d'explications.

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Dans le roman Les Misérables de Victor Hugo, Jean Valjean est d'abord une pourriture. Il est prêt à voler un enfant et à éventrer quiconque se met au-travers de son chemin. Cependant, il trouve un jour sa rédemption. Il pleure amèrement ses crimes passés et devient une toute autre personne. Une personne tellement digne d'estime qu'on le nomme maire de son village. Il adopte une petite fille abandonnée. Jean Valjean se révèle un être humain exceptionnellement bon.

L'inspecteur Javert ne voit pas les choses ainsi. Il poursuit Jean Valjean partout et l'oblige même à s'enfuir pour échapper à ses griffes. Javert ne voit que la loi, la punition, le châtiment. C'est un ange exterminateur sans pitié. Il est à l'image de certains de nos contemporains qui se plaignent des bons traitements que l'on fait aux prisonniers. Il est comme tous ceux qui voudraient que les criminels soient punis jusqu'à la fin des temps, sans aucune possibilité de réhabilitation, sans aucune voie offerte pour leur rédemption. Bref, le salaud dans cette histoire c'est l'homme de loi et non pas le criminel repenti.

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Je suis sans doute trop sensible, trop humain, trop Roger Bontemps.

Je n'éprouve aucun plaisir à faire souffrir.

Je ne comprends pas la rancune et la vengeance.

Cela vaut surtout pour ceux qui pourraient être qualifiés mes ennemis.

Surtout pour eux.

Au risque de passer pour un cave même à leurs yeux.

Tout simplement parce que je ne veux pas devenir ce que je déteste.




jeudi 1 décembre 2016

Un nazi peut-il être un homme bon?

Le monde n'a jamais fini de nous étonner à moins que l'on ne soit blasé et du coup imperméable à l'étonnement. Ceux qui ont le coeur sur la main comprendront ce que je veux dire même si je ne sais pas encore où je veux en venir.

J'avais dans la tête de vous décrire ce matin la vie d'un propriétaire qui va mettre la clé dans la porte de sa bijouterie pour prendre sa retraite. J'avais beau chercher un angle pour vous raconter son histoire que rien ne me réussissait. Peut-être que je ne comprends rien tant aux bijoutiers qu'aux retraités.

Par contre, j'en connais un peu plus sur ceux qui se passionnent pour la politique, quelle que soit l'idéologie à laquelle ils adhèrent.

Je vais donc vous raconter sommairement l'histoire d'un type qui a le malheur d'être un néo-nazi.

C'est un maigrichon qui n'a pas l'air d'un père de famille. Il a pourtant cinq enfants et vit encore avec sa femme, Brigitte, qui ne s'intéresse pas du tout à la politique et ne ressent pas ce racisme qui dévore les viscères de son époux qui, d'ailleurs, s'appelle Arnold.

Arnold considère, certainement à tort, que les immigrés volent nos jobs en plus que de voler d'honnêtes commerçants à la pointe du couteau. Il est convaincu que les Juifs contrôlent le monde. Il croit que ce fou d'Hitler a bien servi le peuple allemand.

Je devrais, bien sûr, détester Arnold. Rien de ce qu'il pense n'est agréable à mon esprit. Je ne me reconnais pas dans son charabia raciste et ses délires contre le couscous.

Pourtant, c'est un homme bon. J'aimerais bien croire qu'il est méchant, qu'il pendrait des Noirs aux arbres s'il le pouvait, mais je vois bien que ses actes vont à l'encontre de sa foi.

Arnold est sensible comme un poète. Ses yeux se mouilleraient devant le spectacle d'un papillon se posant sur une fleur. Il a rien d'un gros abruti, sinon cette idéologie de merde à laquelle il s'accroche comme l'on devient collectionneur de timbres. Il possède une vaste librairie d'ouvrages s'articulant autour du Troisième Reich, dont la collection complète Time-Life sur l'histoire de la Seconde Guerre mondiale.

-Erwin Rommel! Ah! Quel renart du désert il était! vous dira-t-il pour souligner son érudition en matière de nazisme. Les Anglais ne l'auront pas eu facile... S'il y avait eu dix Rommel en Allemagne, eh bien le monde serait Allemand aujourd'hui! Sieg heil!

Arnold a l'air un peu con avec sa petite moustache à la Hitler. Sa femme ne trouve pas que ça le rend plus séduisant mais lui permet tout de même cette fantaisie.

-Arnold est un grand enfant... Il est encore en train de jouer avec ses bébelles... Hitler ou G.I. Joe, c'est du pareil au même...

Elle lui permet de faire ce qu'il veut seulement dans le garage qui lui tient lieu d'atelier. Elle ne veut pas voir de svastika et autres signes nazis dans sa maison. Évidemment, le garage d'Arnold est un authentique musée à la gloire de Hitler.

-Qu'est-cé qu't'as à tripper su' cet hostie d'trou d'cul d'Hitler? lui demande-t-on souvent.

-Hitler s'est sacrifié pour son peuple! réplique invariablement Arnold.

-Pas du tout! Hitler a sacrifié son peuple! C'était une tapette qui bandait croche! Il a violé sa nièce! Il a gazé des Juifs dans les camps de concentration! Allume Arnold tabarnak!

-Vous ne me ferez pas changer d'idée! Mein führer c'est Hitler! Sieg heil! répond-t-il en faisant le salut nazi après avoir claqué des bottes.

-Ah pis d'la marde! T'es fêlé en hostie toé pis ton Hitler...

Arnold ne milite au sein d'aucune organisation d'extrême-droite. Il se contente de fantasmer tout seul dans son coin. Il est un peu comme cet énergumène qui serait fasciné par ses figurines de Darth Vader.

Arnold a bien sûr quelques qualités.

Ça vous étonnera peut-être, mais il donne aux pauvres et achète ses livres chez un libraire juif.

Si vous étiez en train de vous noyer, il vous lancerait une bouée de sauvetage, même si vous étiez Noir.

Bien sûr, je ne veux pas disculper Arnold.

Je ne tiens pas à le faire passer pour meilleur qu'il ne l'est.

Je tiens simplement à établir une distinction entre la foi et les actes.

Arnold n'a pas les bonnes croyances, mais il n'agit heureusement pas comme elles le lui suggéreraient.

Bien sûr qu'il est con.

Mais on peut être con, complètement à côté de la track, et malgré tout être presqu'un homme bon.

Je ne dis pas que j'approuve les idées d'Arnold, loin de là.

Simplement, j'en connais qui pense comme moi qui ne sont jamais bons avec qui que ce soit.

J'en connais qui ne sont ni racistes, ni nazis, et qui pourtant sont d'authentiques vipères pour leurs congénères.

Il n'y a pas que l'habit qui ne fait pas le moine.

Il y a aussi les idées qui ne font pas le bon homme.

C'est difficile à comprendre.

Je le sais bien.

Et je ne trouve pas le moyen d'en dire plus.

Le monde n'a jamais fini de m'étonner.