mardi 20 août 2019

Les arbres parlent

Des arbres à Tchernobyl, Photographe inconnu
Les arbres parlent.

Les fleurs aussi. 

Les animistes le croient et moi aussi.

Je dois donc être animiste.

On pourra dire que je suis fou.

Que je ne parle ni le langage des arbres ni celui des fleurs.

Je ne parle pas la langue anichinabée non plus mais je l'entends.

Je l'entends qui vibre en moi comme le vent dans les feuilles.

J'entends les arbres, les fleurs et les millions d'animistes de l'Île de la Tortue.

J'entends même les roches.

J'entends les coeurs de pierre.

J'entends tout vous dis-je.

Parce que je suis connecté au Grand cercle de la Vie.

Parce que je crois que je vaux autant que tout ce qu'il y a autour de moi.

Ni plus ni moins.

Autant en emporte le vain et l'infatué.

Nous sommes tout.

Et ce qui me désole c'est que nous soyons encore rien.

Rien que des roches mortes, sans âme.

Des galets lancés sur l'eau qui sombrent sur toutes les terres et tous les océans.

Mais le vent souffle.

Il souffle dans les feuilles.

Et les arbres parlent et pousseront encore.

Ils dissimuleront nos bêtises et purifieront la terre.

Ils seront là lorsque nous n'y serons plus.

Mais le vent souffle.

Il me semble que le vent souffle.

Il me semble que tout ça n'était qu'un «cauchemar climatisé».

Une distorsion de l'histoire ou de l'espace-temps.

Ceci n'est pas un poème.

Ni un texte.

Même pas un vent dans les feuilles.

Seulement des données numériques dans un espace chimérique.

mardi 6 août 2019

Diogène l'hostie d'Chien

On reprochait un jour au philosophe Diogène, dit l'hostie d'Chien, de pénétrer même dans la maison des riches.

Diogène répondait à ses détracteurs qu'un rayon de soleil entre dans les écuries sans se salir...

Il ne se tenait sans doute pas en piètre estime.

-Je vois ton orgueil au travers de ta tunique trouée! lui aurait répliqué Socrate.

Comme il l'avait dit du précurseur de Diogène, Antisthène, d'ailleurs fondateur de l'école des chiens, alias les Cyniques.

Antisthène et Diogène n'étaient pas réputés pour être très propres et très regardants sur la mode. Ils se réunissaient dans un lieu où se tenaient des courses de chiens. D'où leur surnom: les Chiens, alias les Cyniques.

Les Cyniques passeraient pour des anarchistes de nos jours. Et Socrate ne manquerait pas non plus de boire sa ciguë sous forme de boisson recommandée par le docteur Welby.

***

Les Anciens situaient l'Âge d'Or dans le passé.

Antisthène et Diogène croyaient vivre à l'Âge du Fer. L'Âge de la bêtise la plus absolue qui soit. Contrairement à l'Âge d'Or qui correspond un peu à l'état de l'Île de la Tortue avant l'arrivée des colonisateurs européens, un temps de partage et de communion avec la Nature...

Plutôt que de prêter foi à l'Âge de Fer, les Cyniques parcouraient les rues de la Grèce antique en portant leur vieille burate et leur dédain de toute autorité.

***

Un jour, un type veut devenir disciple de Diogène. Il a entendu dire qu'il en savait des choses, ce Diogène. Diogène dit au pauvre gars de ramasser un vieux poisson pourri, de se le coller dans le dos et de le suivre sous cet accoutrement ridicule partout où il va dans les rues athéniennes.

Au soleil couchant, n'en pouvant plus, le disciple balance le poisson pourri au bout de ses bras et fout le camp.

Diogène lui demande pourquoi. L'idiot lui répond qu'il l'a suivi toute la journée avec un poisson pourri dans le dos sans que Diogène ne lui apprenne quoi que ce soit ou ne lui adresse ne serait-ce qu'un peu la parole.

-Tu penses que je ne t'ai rien appris, hein? que Diogène lui envoie. Tout à l'heure tu étais prêt à me suivre partout comme un con avec ton poisson pourri dans le dos... Maintenant que tu viens de cesser de faire l'andouille, ne vois-tu pas que je t'ai appris à devenir ton propre maître?

***

J'ai à peu près tout lu de ce qui s'est écrit en français à propos de Diogène. Je ne prétends pas au titre de spécialiste, mais je fais certainement partie des amateurs.

Je ne suis pas cynique, philosophiquement parlant.

Cela ne m'empêche pas de respecter ce vieux sage.

Si tout le monde vivait comme moi, ce serait ennuyant.

Il me permet de vivre une autre vie, par procuration. Celle que j'ai peut-être vécu dans ma jeunesse. Celle qui m'attend peut-être. Diogène demeure toujours une option.

***

Plutarque raconte qu'Alexandre le Grand vint à la rencontre de Diogène après avoir apporté le sang et la civilisation sur son passage, par-ci par-là.

-Que puis-je faire pour toi, vieux que l'on dit sage? lui demanda le Grand.

-Ôte-toi de mon soleil. Tu me fais de l'ombre, répliqua Diogène.

Diogène lui raconta aussi qu'il était plus grand que le Grand. Parce que, sur un champ de bataille, personne ne songerait vraiment à tuer un vieux vagabond portant la burate alors que lui, le Grand, il serait la première cible, incapable de se déplacer sans sa garde rapprochée.

Diogène était baveux. Tellement baveux qu'un jour, après avoir été fait esclave, il en surprit plus d'un.

-Que sait-tu faire? lui demanda l'encanteur du marché des esclaves devant tous les clients rassemblés.

-Diriger, répondit-il.

Puis, pointant l'homme qui lui semblait le plus riche de l'assemblée:

-Vendez-moi à lui. Il a besoin d'un maître!

L'homme qui devint son maître devait sans doute entendre à rire. Il l'acheta. Puis Diogène, qui savait aussi lire et écrire, devint le précepteur de ses deux fils. Malheureusement, Diogène réussit à s'enfuir avec ses deux fils qui, eux aussi, devinrent des Cyniques, préférant l'anarchie à une vie de gosses de riche esclavagiste.

***

Diogène a écrit des livres. Peut-être une vingtaine. Ils sont tous passés au feu dans l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie, d'ailleurs fondée par Alexandre le Grand. Il ne reste de Diogène que des fragments, des anecdotes, un tempérament plus qu'une pensée.

Pourtant, cette pensée continue d'influencer notre monde.

Elle est au coeur de la révolution hippie et on en trouve des relents chez les anarchistes contemporains.

C'est comme ça.

***

Un jour, quand je serai vraiment vieux, j'écrirai un pseudo-traité de Diogène. Le traité retrouvé de Diogène, tiens, avec un genre de vieux prof de philosophie qui se battrait contre le Vatican et le Poulet Frit Kentucky.

Je vous reviendrai là-dessus plus tard.

Bien entendu.

Pour le moment, eh bien je ne suis pas cynique.

Je suis seulement moi.

Je ne porte pas de poisson pourri dans le dos.

Je n'appartiens à rien ni personne.

Et c'est très bien ainsi.




jeudi 1 août 2019

Bella Ciao en joual


Et voici ma version one shot de Bella Ciao en joual pour mes prochaines manifs. Ma voix est enrouée. Ma guitare est croche. Mais bon, ça donne une idée. Je serai meilleur lundi si je la joue à tous les jours jusqu'à en péter des cordes.




mardi 30 juillet 2019

Samedi de la honte à Trois-Rivières

Trois-Rivières sentait la charogne samedi
Des racistes déshumanisés et méchants
Ont défilé dans ses rues
Désormais souillées par cette fange trumpienne

Trois-Rivières, État-policier
Centre-ville fermé et bloqué de toutes parts
Pour une poignée de nazis
Qui font des appels aux armes
Contre les juifs
Les musulmans
Les sikhs
Les homosexuels
Les végétariens

Les Trifluviens ont peur
Même moi j'ai peur
De me faire fendre le crâne

Je suis parmi les braves
Les juifs
Les musulmans
Les sikhs
Les homosexuels
Les intellectuels
Les transgenres
Les féministes
Les végétariens
Les unijambistes
Les féministes
Et autres parias
Qui font face
À l'État-policier
Qui protège
Et sert
Le défilé fasciste
D'une poignée de morons
Sans coeur et sans âme

Mes camarades aussi ont peur
Ils chantent Bella ciao
Pour se donner du courage
Et j'en ressens des frissons
Jusque dans le fin fond
De mes vieux orteils

Si l'on meurt en partisans
Contre le fascisme
Que l'on nous enterre
Là-haut sur la montagne
À l'ombre d'une belle fleur
Morte pour la liberté
O Bella ciao bella ciao
Bella ciao ciao ciao

C'est vrai que les flics sont menaçants
Et que les fascistes intimident tout un chacun
Même les clients des restaurants
Qui ont le malheur
D'être
Végétariens

Les bourgeois et notables de Trois-Rivières
Ne feront jamais rien
Ce sont toujours les parias
Qui tombent au front
Quand le fascisme pointe le nez

Ça fait partie d'la game

Aussi je pratiquerai Bella Ciao
Matin et soir
À la guitare
Au clavier
À l'harmonica
À l'accordéon
À la guimbarde
Pour toujours me sentir prêt
À mourir
Pour la liberté

O Bella ciao bella ciao
Bella ciao ciao ciao


dimanche 28 juillet 2019

J'me suis fait poivrer par l'anti-émeute hier pendant que Legault lisait Mathieu Bock-Côté

C'est moi le gros au milieu.
Un défilé raciste s'est tenu, avec difficulté, dans les rues de Trois-Rivières.

Il n'aurait pas eu lieu du tout s'il n'eût été de votre humble serviteur entouré de manifestants et manifestantes qui ne votaient probablement pas pour François Legault.

En fait, Trois-Rivières avait l'air d'une ville sous Occupation hier.

Je n'y avais jamais vu autant de policiers de ma vie... Et j'ai 51 ans. Dix autobus. À peu près 200 policiers. Quatre bateaux de policier sur le fleuve Magtogoek. Tout était bloqué par la police, partout au centre-ville.

Je me suis pointé vers 12h30 au Carré de la Fosse avec ma pancarte et mes harmonicas. Sur ma pancarte on pouvait y lire «Caricatures gratuites pour les fachos».

Plusieurs camarades portant le voile pour plusieurs raisons y étaient. Le climat était tendu, pour ne pas dire explosif. Voir des types armés de matraques et de boucliers faire mur devant soi pour laisser calmement défiler des fascistes, on ne voit ça qu'en Pologne, en Hongrie ou en Alabama.

J'ai compris, lorsque je me suis fait poivrer avec d'autres manifestants contre le racisme, qu'il n'était pas si bête de porter un voile, ne serait-ce que pour ne pas se faire empoisonner par la police anti-émeute. Ça chauffe en maudit, le poivre de cayenne. Ça pique les yeux, mais ça redonne radicalement de l'adrénaline. Dix minutes plus tard moi et mes camarades reprenions la rue. Et quinze minutes plus tard je jouais le meilleur solo d'harmonica de ma vie à un mètre de la police anti-émeute pour leur rappeler qu'on n'interrompt pas un musicien pendant un solo. J'aurai joué de l'harmonica pendant quatre heures pour détendre un peu l'atmosphère...

Pour ce qui est des caricatures, c'était difficile. Les policiers bougeaient tout le temps. Je n'étais pourtant pas là pour eux, mais pour les fachos, ceux qu'ils protégeaient de nous, coincés quelque part sur le bord du parc portuaire.

-Arrêtez de bouger! que je disais aux policiers de l'anti-émeute. Je ne serai jamais capable de vous dessiner!

Pourquoi empêcher un défilé d'extrême-droite de se terminer devant le Café Frida, un café végétarien qui est la cible de l'extrême-droite depuis un mois, comme si nous étions dans un trou perdu de la Géorgie? Sommes-nous rendus moralement si bas qu'il faille revenir au climat qui a préludé à Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948, que le gouvernement Legault ne s'est pas gêné de piétiner du pied avec sa loi sur l'interdiction des signes religieux? Ces questions trouvent leurs réponses dans des actions concrètes pour protéger nos droits et libertés.  S'il faut devenir paria pour combattre la haine et l'intolérance, eh bien soit. Je serai paria, antifa, n'importe quoi sauf un rassis qui laisse calmement défiler des nazis devant ses yeux sans rien faire.

Pendant que nous nous faisions poivrer et intimider par la police provinciale de François Legault, ce dernier lisait (ça ne s'invente pas!) L'Empire du politiquement correct de Mathieu Bock-Côté. Voici son commentaire sur Twitter: «Lu le dernier de Bock-Côté. Toute société a besoin de 2 pôles: progressisme et conservatisme. Certains médias de notre société actuelle condamnent le conservatisme. Ils condamnent entre autres le nationalisme. Heureusement, au Québec, on a redonné sa place au nationalisme.»

Diane Blain a déclaré dans le Parc Victoria, juste avant le début du défilé nationaliste dit de la Vague Bleue, qu'être patriote c'est aussi avoir à prendre les armes contre les juifs, les musulmans et les sikhs. (Voir lien sur YouTube)  Le Nouvelliste rapporte les paroles d'un des participants de la Vague Bleue, Stéphane Gagné, l'illustre Général Lee autoproclamé de la Mauricie: «Je viens à la manifestation en tant que nationaliste. Je suis un blanc, je suis fier de ma patrie et j'aime ça me promener et me sentir chez-moi. On n'est pas à Montréal ici. C'est pour ça qu'il faut garder notre image de ville de blancs.»

Ni Stéphane Gagné, ni Diane Blain ne se sont faits poivrer hier.

Ce sont les antifascistes qui ont tout pris dans la gueule par les farces de l'Ordre, dont votre humble serviteur...

Il y a bien sûr eu l'arrestation de Pierre Dion. Un sympathique moron d'extrême-droite qui disait qu'il y aurait du sang à Trois-Rivières au cours de sa manif patriotique.

Je remercie mes nouveaux amis et camarades qui ont osé affronter autant les fascistes que la police provinciale d'un gouvernement malpropre et irresponsable qui nourrit le chaos social et entretient le racisme.

Hier, j'ai reçu le baptême du poivre de cayenne avec mes frères et soeurs de combat pour la justice sociale.

Je remercie tous ceux et celles qui ont le courage de défier ce qui défie le bon sens d'une société libre, juste et démocratique.

No paseran!





jeudi 25 juillet 2019

Non au défilé raciste samedi le 27 juillet à 13h00 à Trois-Rivières !

Photo de TRès inclusif.Je serai à cette contre-manifestation samedi. Parce que je ne laisserai pas défiler les nazis dans les rues de Trois-Rivières sans rien faire. Parce que je pense à quelqu'un qui est allé au front se battre contre Hitler, le meilleur ami de feu mon père. Parce que les organisateurs de la manifestation dite de la Vague bleue sont tous directement reliés à des groupes aux noms révélateurs de la mouvance d'extrême-droite: Storm Alliance (initiales SA, comme dans Sections d'assaut, les troupes de choc hitlériennes), Soldiers of Odin (Aryens à souhait...), voire La Meute, pathétique rassemblement de personnes bêtes et méchantes envers les autres.

Je crois qu'il y a lieu de s'inquiéter de la détérioration du climat social tout autant que du climat tout court.

Les animaux circulent librement d'une frontière à l'autre. Mais pas les humains. Pas nos frères et nos soeurs. Quels progrès avons-nous accomplis? Pourquoi en sommes-nous à sacrifier à tous les jours un peu plus la beauté du monde? Pourquoi donner raison à ce qu'il y a de plus laid et de plus sale en l'esprit humain?

Je veux bien que l'on protège nos frontières de nos vrais ennemis.

Je ne vois pas comme un ennemi une personne qui fuit la guerre, trouve refuge ici et contribue par son travail et ses compétences au progrès de notre communauté.

L'ennemi, c'est la haine, la méchanceté envers les gros, les homos, les Noirs, les Jaunes, les Mauves et les Zôtres. Il y a des limites à considérer un problème social comme une opinion banale et anodine d'ultranationalistes fiers de leur pays.

Je n'aurais pas voulu me trouver à cette contre-manifestation samedi prochain le 27 juillet. D'abord ça scrappe une belle journée d'été. Je ne jouis pas à l'idée de manifester. Je déteste ça. Mais je le fais quand même et plus souvent qu'à mon tour. Parce que j'ai quelque chose comme une conscience...

Je n'aime pas particulièrement la chicane, la violence, la niaiserie, mais j'ai le malheur de vivre sous un gouvernement qui méprise les droits civiques en pratiquant l'abolition de la constitution pour cinq ans.

J'ai le malheur de vivre en une époque malsaine où l'on dédouane le racisme et les pires idéologies qui ont dévasté la planète au vingtième siècle.

Les 60 000 000 de morts de la Seconde guerre mondiale nous obligent à plus de réserve dans nos idées. La sagesse serait de mise dans nos politiques. La démagogie a toujours mené l'humanité à sa ruine, toujours.

Je vais me présenter samedi le 27 juillet devant de pauvres types qui pensent que l'amour de la patrie passent par la haine d'autrui, dont celle de mes collègues de travail, mes amis et mes voisins.

Je ne veux pas que les étrangers se promènent dans les rues de Trois-Rivières ou de n'importe où ailleurs au Québec sans se sentir en sécurité.

Je ne crois pas qu'un défilé du Ku-Klux-Klan, de La Meute ou de quelques autres organisations mini-hitlériennes puissent contribuer à faire passer ce message de paix et de solidarité.

C'est de mon devoir en tant que citoyen et humain responsable de me tenir debout devant les racistes qui veulent parader dans les rues de Trois-Rivières.

Je serai là avec mes amis et camarades pour dire non à ces voyous.

Je vais tout de même y aller dans une optique d'humour et d'amour de mes semblables.

Je vais même être gentil avec les fascistes. Je leur proposerai des caricatures gratuites d'eux-mêmes qu'ils pourront emporter avec eux s'ils m'approchent de trop près. Je leur soufflerai un morceau d'harmonica, évidemment. Peut-être Gens du pays en version Jimmy Hendrix. Je ne sais pas trop encore.

Je vais continuer de dire et de pratiquer cette simple philosophie: Aimons-nous les uns les autres.

Tout le reste c'est de la marde.

En fait, samedi si nous étions vraiment smart nous réussirions à convertir tous les nazis présents pour finir ça en jam de tamtams autour d'un verre d'eau.

Je me permets de le rêver.

Ok. J'emmène mon cahier de croquis, mes crayons et mes harmonicas samedi le 27 juillet à 13h00 au Carré de la Fosse, au centre-ville de Trois-Rivières.




mercredi 24 juillet 2019

Tranche de vie devant Les escomptes Lecomte

Je suis allé au magasin Les Escomptes Lecomte ce matin. C'est un magasin presque général qui rendrait les gens malheureux s'il n'y était pas. Il fait office de quincaillerie, de boutique cadeau et même d'épicerie pour plus d'un Trifluvien condamné à vivre au centre-ville.

Le centre-ville était plutôt calme ce matin. Un type dans la trentaine mendiait non loin de là, comme d'habitude. Il était habillé pour l'automne et portait un bandana étoilé en couvre-chef.

Un policier était garé sur la rue Champlain, une rue transversale à la rue des Forges.

Nous entrâmes tous les deux au même moment aux Escomptes Lecomte. Moi c'était pour y magasiner. Je n'aurais pas pu dire pourquoi le policier s'y rendait.

Je lui ai tenu la porte parce qu'il me semblait presser. Les civils ne sont pas là pour nuire au travail des gens en uniforme ai-je dû assimiler inconsciemment. À moins que je ne sois naturellement poli avec tout le monde. Je tiendrais la porte même pour mon ennemi parce qu'on ne se fait pas de mal à se faire du bien... 

Quoi qu'il en soit je m'achète une toile ainsi que des éponges afin de poursuivre mes oeuvres.

Je paie la facture puis je sors.

Qui vois-je en sortant? Le même itinérant que tout à l'heure.

Je lui refile une obole ou deux.

Il me remercie mollement, comme s'il sortait de son sommeil.

Il m'a l'air un peu knock-out. La nuit a été dure.

Je poursuis mon chemin vers la boucherie Alex Lamy. Puis je reviens sur mes pas.

Le jeune itinérant n'y est plus mais il a laissé son sac et ses affaires sur le trottoir.

Deux ambulanciers arrivent dans leur grosse caisse jaune.

-Il doit être rentré en-dedans! leur dit le policier.

J'imagine que oui.

Le mendiant avait du moins un peu de mon argent pour se payer quelque chose.

Comme quoi ma bonne action finira peut-être à l'hôpital...

Je ne sais pas pourquoi je vous raconte ça.

Peut-être parce que je me sentais bizarre.

Trop d'insolite pour ne pas y voir matière à creuser davantage.

J'aurai au moins, avec ce texticule, donné le premier coup de pelle.

lundi 22 juillet 2019

ÉriKKK-81 alias Jean-Luc Héroux ...

EriKKK-81, alias Jean-Luc Héroux, était un paumé qui, comme tous les paumés, trouvait des tas de raisons à des problèmes qu'il inventait pour se dédouaner de réfléchir.

Il se cachait sous un avatar et agissait en troll sur les Internettes parce que c'était facile, au début à tout le moins, et parce que ça lui avait permis de rencontrer des tas de types sympas comme Kuclusclam Matane, Tyrannosaure Rexxx et Luc Gravel. Ces types l'aimaient vraiment, lui donnaient des grandes claques dans le dos, payaient sa bière, lui offraient des lignes à sniffer, et menaient un sale combat courageux contre tous ces parasites de gauche, ces cosmopoliques multiculturaliches à la Trudeau, ces homos, ces avorteuses, ces viragos, ces étrangers qu'on ne sait même pas prononcer leur nom, ces mangeux de poulet à l'ail islamique...

Bref, il avait des idées maintenant.

Et il était fier de croire que ces idées correspondaient mot à mot avec les valeurs du bon gouvernement du Québec qui mettait au pas les immigrés et les multiculturalismes à la Chakira, au bikini et au poulet à l'ail...

Un jour, à force de conneries sur le ouèbe, il lui prend l'idée lui aussi de devenir le héros d'une nouvelle croisade hitlérienne contre les ceusses qui ne sont pas comme lui et Luc Gravel.

Alors il se fait à l'idée d'intimider commerçants et individus associés à la gauche, dont les boutiques d'aliments naturels, les ateliers de réparation de bicyclette et les ceuses qui ont faitte perdre la djobbe de Luc Gravel à la fromagerie. Luc disait seulement la vérité à propos des sales races qui viennent voler sa djobbe à la fromagerie. Il était tellement triste qu'il a bien dû sniffer cinq grammes de poudre ce soir-là avant de se filmer en direct en train de chier sur un globe terrestre en prétendant que la terre était plate et dirigée par des francs-maçons bolchevisses sous l'ordre des Reptiliens...

Bon, vous voyez tout de suite qu'on a affaire à un cas de psychiatrie si nous étions en 1970.

Mais nous sommes en 2019 et le président des États-Unis est un crackpot.

On se bat un peu partout sur la planète pour le dernier puits de pétrole, le dernier point d'eau, la dernière chaudronnée de fruits de mer...

Un jour il n'y aura plus rien.

Peut-être qu'il n'y a plus rien depuis longtemps...

En tout cas, la vacuité mène ce monde.

Vacuité, vanité et fatuité sont à l'honneur.

Tout être intelligent qui n'est pas frappé de spleen devant tant d'horreur et de déshonneur ne peut pas être intelligent.

Enfin! Ce n'est pas l'opinion de EriKKK-81. Un jour les antifas et autres tapettes vont payer. Trump est leur président. Legault leur bon Maréchal Pétrin.

C'est incroyable mais vrai.

C'est le cauchemar quotidien des médias sociaux qui ne pratiquent aucune forme de Netiquette.

Il faudra réapprendre un jour ou l'autre des bonnes manières.

N'importe quoi pourvu que personne ne se sente autorisé à vous vomir n'importe quoi dans la figure en menaçant de vous tirer à vue à la mitraillette...

On pourrait commencer par respecter la Constitution du Canada et la Charte des droits et libertés. Ce serait un bon début.


mardi 16 juillet 2019

Ça veut dire quoi «Maître Suprême» ?

Il m'arrive de saisir au vol des conversations qui n'ont ni queue ni tête.

Cela m'est arrivé pas plus tard qu'il y a dix minutes.

J'étais au dépanneur. Deux commis étaient derrière le comptoir. Deux jeunes. Un gars et une fille plutôt cool et relativement marginaux. L'un était du type caucasien avec des dreadlocks. L'autre avait l'air de F dans Stranger Things avec des bas deux couleurs rouge et blanc comme des colonnes de barbier. Ils m'apparurent tout de suite sympathiques. J'aime inconditionnellement les excentriques.

Lorsque vint mon tour de passer à la caisse avec mon spécial trois Coke diète pour cinq piastres, ces deux-là discutaient de je ne sais trop quoi en se souciant plus ou moins de mon existence. Ce dont je ne saurais le leur reprocher. C'est l'âge. Ou l'époque. On devient peut-être plus présent pour autrui en vieillissant. Quoiqu'il y ait suffisamment de vieux cons pour détruire toute tentative de généralisation en ce sens-là.

Peu importe. Mes deux jeunes rebelles discutaient ensemble d'un sujet très sérieux dont je ne saisissais pas toute la portée.

-Ça veut dire quoi «Maître Suprême»? demandait l'un à l'autre.

Et l'autre de lui répondre, sur un ton désabusé:

-Je l'sais pas... C'est p't'être comme un titre de Dongeons et dragons... Des affaires de même: Maître Suprême...

-Ah ouais? C'est parce qu'i' doivent être des millionnaires man!

-Ouin... I' doivent être pleins aux as...

-Maître Suprême... Fuck that... C'est quoi ça «Maître Suprême»?

J'ai payé mes trois Coke diète.

Puis j'ai salué mes deux jeunes philosophes.

-Salut à vous deux ô Maîtres Suprêmes!

Ils ont rigolé.

Je ne sais pas trop pourquoi.

Peut-être que je suis drôle.

Ou vieux.

Ou con.