mardi 14 juillet 2020

Je suis votre allié

Vous êtes victime d'injustice sociale? Je suis votre allié.

Victime de racisme? Je suis votre allié.

Victime de sexisme? Je suis votre allié.

Victime du capitalisme? Je suis votre allié.

On vous crache dessus parce que vous êtes transgenre? Je suis votre allié.

On vous méprise parce que vous portez le voile et priez Allah? Je suis votre allié.

On vous viole, on vous maltraite, on vous découpe en rondelles? Je suis votre allié.

On vous traite de sale juif, de métèque, de nègre, de bougnoule, de maudit Indien ou de French bastard? Je suis votre allié.

Bien sûr, je ne suis pas ce que vous êtes.

Je suis seulement différent, comme chacun et chacune d'entre nous.

Je n'épouse aucune idéologie en particulier.

Je fais de mon mieux pour porter secours aux personnes qui sont dans le besoin.

Je dis ce que j'ai à dire et c'est difficile de me faire taire.

Je suis votre allié. Pas votre père. Ni votre mère. Et encore moins votre maître.

Je ne suis ni votre guide ni votre timonier.

J'ai assez de mener ma barque sans mener la vôtre.

Si vous pouvez m'aider à écoper un peu, au passage, je ne dirai pas non.

Autrement, je me débrouillerai bien. Comme d'habitude.

Je suis votre allié. Pas votre ami. Ni votre député.

Je ne suis qu'un type parmi tant d'autres floué par les mêmes crapules qui vous empoisonnent la vie.

On ne prie pas le même dieu.

On ne mange pas tous les mêmes plats.

On ne baise pas tous de la même manière.

Mais on se fait chier par des flopées de pervers narcissiques qui ne se rendent même pas compte qu'ils sont aussi prisonniers de leur masculinité toxique ou bien de leurs privilèges inavoués.

Parfois, il se peut que je ne sois pas tout à fait l'allié de vos rêves.

Je dois briser pas mal de vos conventions, parce que je me fous pas mal des conventions.

Je ne me fous pas des personnes cependant.

Je suis votre allié.

Chu un bon gars...

Puisque je vous le dis.

lundi 13 juillet 2020

Rien ne va plus!

Il y avait un problème avec la justice en France en 1788. C'était comme si les seigneurs pouvaient à peu près tout faire impunément. Ce qui finit par irriter le bon peuple qui n'était plus si patient que ça avec le bon roi. Aurait-il attendu dix siècles de plus, le bon peuple, que les seigneurs n'auraient pas lâché si facilement le morceau, c'est-à-dire l'anneau du pouvoir, le «prr-r-récieux»...

Pour les «saigneurs» de la Terre, rien de plus précieux que leurs privilèges évidemment. 

Ils en viennent même à penser que c'est un privilège que de servir leurs privilèges.

Il y a donc deux lois. Une pour tout le monde et une pour les privilégiés.

Lorsque vous ne suivez pas les règles établies par les privilégiés, vous tombez invariablement dans l'erreur. Car il n'y a pas pire erreur que d'empêcher un privilégié de jouir de ses passe-droits. Voire de jouir tout court.

Tous les à peu près privilégiés défendront cent fois un privilégié tombé au front avant que d'accorder quelque importance à ses victimes, des pauvres, des enfants, des gens sans importance qui n'ont parfois que des surnoms. 

***

Je visionnais hier un documentaire sur Netflix à propos de l'affaire Jeffrey Epstein. Le salaud opérait un réseau de prostitution juvénile et fournissait des jeunes filles à quelques seigneurs de l'économie de marché.

Il a réussi à s'acheter de la justice tout au long de son enquête. Même un procureur. Lequel devint d'ailleurs Ministre du travail sous Donald Trump, un ami de longue date de Jeffrey... Comme si la justice pesait plus lourd de son bord que de celui des centaines de ses jeunes victimes pour lesquelles Epstein n'éprouva jamais aucun remords. 

C'est normal, voyez-vous, que de se prêter à tous les caprices d'un privilégié. S'il vous paie, il peut vous violer sur son jet ou bien son île privée. Le monde lui appartient. Vous n'êtes rien pour lui et le monde entier vous rappellera qu'il a tout pour lui.

Que vous reste-t-il? Rien. Sinon l'amitié de centaines de personnes qui, comme vous, se sont faites flouer par un salopard.

Tous les moyens sont bons pour ce salopard pour vous faire taire. On n'ose même pas imaginer tout ce qui pourrait vous être fait. Ce n'est pas notre monde. C'est le monde des privilégiés. Le monde de la haute gomme. Le monde qui fait les lois et n'a pas besoin d'y obéir.

Pourtant, ce monde tremble devant une poignée de jeunes gens qui divulguent les forfaits des seigneurs sur Facebook, Twitter et Instagram. Ce monde est baisé par une poignée d'activistes qui n'obéissent pas aux règles de tout le monde et menacent de faire tomber des statues ou de prendre la Bastille...

***

Juin 1789. Les uns et les autres tergiversent sur la marche que devra prendre la Nation.

On veut abolir les privilèges. On veut réformer le monde. Plus rien ne devra être comme avant.

Puis c'est la Prise de la Bastille. Le peuple est impatient. Les règles anciennes éclatent en mille morceaux. On s'appelle désormais citoyen et citoyenne dans les rues. Les aristocrates promettent de se débarrasser de leurs titres et de leurs privilèges. Du 20 au 26 août on adopte les articles qui constitueront la Déclaration des droits de l'homme. C'est presque la fin de l'aristocratie.

Puis l'Histoire repartira tout croche et tout de travers pour quelques tours encore.

Pour se rendre jusqu'à nous, avec le même vieux problème des privilèges et de l'injustice sociale qui ne sont pas encore résolus. 

On appelle tout un chacun à utiliser les cours de justice pour faire valoir leurs droits.

Et on oublie que la justice, malheureusement, ça s'achète. Pour un violeur arrêté il y en a peut-être 1000 en liberté.

Parce que nos tribunaux de 2020, comme ceux de France en 1788, ne correspondent plus aux préjugés sociaux établis du jour.

L'arbitre n'est plus crédible. Il porte une perruque poudrée. 

Il suffirait qu'il enlève sa perruque et que nos politiciens tiennent un tout autre discours pour que la société ne sombre pas dans la guerre civile par excès d'atavisme, sinon de cannibalisme.

Il faut donc changer l'arbitre les amis.

Ainsi que les règles du jeu.

Parce que c'est évident que rien ne va plus.

Je n'encourage ni ne décourage les dénonciations. 

Honnêtement, je pense qu'il y a trop de pression dans la bouilloire.

C'est pourquoi le couvercle a sauté.

Avant de remettre un autre couvercle sur la marmite, faudra s'assurer que personne ne vienne brasser la soupe de tout le monde avec sa queue.





jeudi 9 juillet 2020

Dialogue sur la littérature et sur l'idée de se tirer une balle dans la tête

-Je vivrai, dussé-je traîner ma carcasse dans une boîte à savon montée sur roulettes!... Jusqu'à la fin les amis... Oui... Et ne me demandez surtout pas pourquoi...

-Tu es fou Bob. Moi je voudrais mourir pour moins que ça. Paf! Une balle dans la tête et c'est fini...

-Et tu crois que tous ceux qui vivent de peine et de misère, tout croche et tout de travers, n'y avaient pas pensé avant toi? Ils sont demeurés là parce que le coup d'une balle dans la tête et c'est fini ça ne fonctionne pas si bien que ça... Tu n'as pas idée à quoi l'on pourrait s'habituer Djo.

-Que veux-tu dire?

-Dans Tchekhov, je ne sais plus trop dans quelle nouvelle, je deviens vieux, je me souviens qu'il y a un vieux moujik qui dort toutes les nuits à la belle étoile avec son vieux cheval. Il n'a pas de maisons. Il dort à même le sol pluvieux ou enneigé. Et il remercie son dieu toutes les nuits en disant qu'il ne voudrait pas changer de place pour rien au monde. Tchekhov regarde ça d'un air tant étonné qu'il en rédige une nouvelle dans laquelle il se demande comment ce vieux moujik sale, malade, misérable, peut remercier Dieu alors qu'il dort dans la boue, au plus bas échelon de l'organisation sociale, sans personne ni rien que son vieux canasson... À moins que ce n'était un boeuf? Hum...

-Ah! Bob pis son Tchekhov... Faudrait bien que je le lise... On n'aurait pas dû mettre La ceriseraie au programme des lectures obligatoires du temps de mon Cégep... Ça m'a gelé pour tout ce qui s'appelait Tchekhov...

-C'est clair que les lectures obligatoires ça peut gâter un auteur pour la vie... On a failli me tuer lors de mon séminaire de littérature à l'université... Je me suis tapé les deux cent millions de volumes de À la recherche du temps perdu de Marcel Proust...

-Et?

-Eh bien je me souviens que d'une seule phrase: il se pourrait que certains chefs-d'oeuvre aient été écrits en baillant... Hostie que j'ai bayé aux corneilles en lisant Proust... Peut-être que je lisais du Tchekhov pendant le cours sur Proust somme toute... Et encore! J'ai dû attendre d'avoir quarante ans pour l'apprécier pleinement. Tchekhov c'est un homme de quarante ans qui parlait alors à un homme de quarante ans. Ça rentrait mieux au poste.

-Ouais, ouais... Personnellement j'ai lu L'Être et le Néant de Jean-Paul Sartre pour finalement me rendre compte qu'il prétendait l'avoir écrit sous l'effet des barbituriques, avouant même qu'il ne savait parfois plus ce qu'il écrivait... Et, franchement, j'avais beau retourné ça dans tous les sens dans ma tête que je trouvais bien plus de néant chez Sartre que de consistance... Un petit point pour La Nausée. Il a tenté, vainement, d'imiter un peu Louis-Ferdinand Céline. Pour les générations futures Sartre n'arrivera pas à la cheville de Camus, c'est certain...

-Si tu le dis Djo. Et c'est pas moi qui vais te contredire. J'aime mieux Juliette Greco, Miles Davis et Boris Vian...  Les zazous plutôt que les existentialistes...

-Bon et si l'on revenait au thème initial de cette conversation?

-Tu veux dire se tirer une balle dans la tête?

-Oui, c'est ça Bob.

-Ok. Eh bien comme tu peux le voir, la littérature nous épargne bien des misères et des souffrances... La vie de l'esprit est plus forte que la vie du corps. C'est ce qui fait de nous des humains. Voilà...

-Es-tu en train de me dire que tu as raison mon tabarnak?

-On n'a jamais raison. Surtout pas moi. C'est un poids trop lourd à assumer, la raison. J'aime autant être un calice de fou...

-Ouais. C'est pour ça qu'on a encore du fun... Quand je suis trop sérieux, moé, je lâche un pet.

-Tu feras ça plus tard si tu veux bien...

-Ha! Ha!

Les deux amis rirent de bon coeur encore quelques instants en s'échangeant le joint.

Puis ils grattèrent de la guitare en chantant des tounes de Led Zeppelin ou de Bob Marley.

Bref, ils ne furent pas malheureux.

Et ils ne se tirèrent pas une balle dans la tête.


mercredi 8 juillet 2020

Cunégonde Labonté et le CHSLD Lionel-Groulx

On ne sait jamais dans quel enfer on peut sombrer. On peut aussi dire que c'est une question de point de vue.

Cunégonde Labonté faisait vivre la terreur au personnel soignant du CHSLD Lionel-Groulx.

Elle avait autour de soixante-quinze ans. Elle ne bougeait plus vraiment de son lit. Son diabète était plutôt avancé. On venait de lui amputer les orteils. Elle avait une sonde vésicale. Elle était aussi sous oxygène. Plusieurs petits bobos ici et là. Elle faisait du psoriasis, de l'eczéma, du cancer et tout ce que vous voulez ou ne voulez pas. Bref, on peut dire qu'elle était lourdement hypothéquée par toutes ces maladies.

On ne peut pas dire qu'elle avait l'air accueillante, Madame Labonté.

Elle était tout sauf agréable. Elle vous faisait sentir que vous ne seriez jamais capable de la satisfaire alors qu'elle recevait dix fois plus de soins que tous les autres... Cela frisait l'ingratitude, mais ça le personnel soignant finit toujours par faire avec.

Par contre, il y a des limites à ne pas franchir. Surtout si la dame en question n'a pas de troubles cognitifs connus et qu'elle peut encore signer des chèques.

Madame Labonté ressemblait vaguement à un melon sur deux pattes qui aurait eu une fraise au lieu du nez. Elle avait la tête frisée comme un mouton. La tête plutôt jaune paille.

Elle avait été pétrie de préjugés racistes et sociaux tout au long de sa vie.

Elle n'aurait jamais crue que cela finirait ainsi, entourée de «négresses» (sic!), de lesbiennes et autres magouas en tous genres.

Elle avait été présidente fondatrice du cercle des fermières de sa localité. Puis épouse du maire de tel village. Impliquée dans la politique à haut niveau. Elle avait été scrutatrice pour un quelconque parti nationaliste. Bref, elle était quelqu'une et on lui devait tous les égards bien entendu. On est au Québec icitte...

-J'veux pas m'faire laver par les négresses! Ni par la maudite lesbienne licheuse de pantoufle ou bin don' l'autre guidoune qui sauterait su' tous 'es queues! J'veux une personne normale pour me laver tabarnak! Une personne normale! hurlait Madame Labonté pour bien se faire comprendre.

Évidemment, la travailleuse sociale était sur son cas: une musulmane de Musulmanie, presque voilée imaginez-vous donc!

Et c'était pareil pour le docteur. Docteur Chosebine... Docteur Falalamamadou... Elle ne s'était jamais forcée à apprendre les noms de ces gens-là. Elle l'appelait parfois Roger pour le narguer. Un genre de Roger Black qui ne connaissait rien selon Madame Labonté. En fait il s'appelait Mohamed Fall. C'était un brave homme de Dakar, au Sénégal, qui aurait préféré devenir prix Nobel de littérature. Mais qui aurait payé pour ces études-là? Bref, Monsieur Fall devait maintenant faire ce sale boulot pour toutes sortes de personnes méchantes, racistes et mauvaises.

-Je ne m'appelle pas Roger Black, Madame Labonté, je m'appelle Mohamed Fall...

-Mamadou... Grosdoudou... M'en crisse... Chu chez-nous pis moé j't'appelle Roger Black ou Gregory Charles calvaire! continua-t-elle cette fois-là.

Que devait faire Mohamed Fall? Il contacta sa famille. Or, elle n'avait plus de famille. Il n'y avait plus qu'elle pour s'occuper d'elle. Et la travailleuse sociale de Musulmanie... Et tous ces voleurs et voleuses au teint foncé...

-J'veux pas les voir dans ma chambre celles-là... Les maudites n...

Madame Labonté pouvait bien pâtir avec toute cette bande d'étrangers, de guidounes et de crétins bienveillants autour d'elle. Qu'étaient devenus son beau Québec, son pays, son drapeau, ses gens? On était libres avant. On pouvait rire d'eux tout le temps sans se faire dire d'arrêter de leur faire du mal. Que s'est-il passé pour que Madame Labonté sombre dans un tel enfer?

En fait, l'enfer était là pour tout le monde.

Les soins de santé étaient en banqueroute.

Madame Labonté avait été abandonnée sur la voie de service comme tous les autres commodes ou malcommodes. Parce qu'elle était devenue ce que l'on appelle un «cas lourd». Aucun membre de sa famille n'aurait pu s'occuper d'elle même s'il ou elle aurait voulu. Cela prenait un lève-personne et au moins deux préposées formées. Sinon trois. Et parfois quatre. Et le métier n'attirait pas tant de Québécois de souche que ça... C'était comme si c'était trop demandé à un citoyen romain lambda de nettoyer les écuries d'Augias.

Fatima avait un teint d'ébène. Elle faisait partie des victimes de Madame Labonté évidemment. Elle était faite forte Fatima. Raciste ou pas, elle lavait tout le monde sans se faire écraser par qui ou quoi que ce soit. Elle était assez énergique pour que Madame Labonté se sente obligée de se laisser laver par cette maudite folle.

-Elle, j'lui parle même pas... Elle pourrait m'empoisonner... Avez-vous vu ses yeux? Brrr.... J'me laisse faire sinon A' va m'tuer!

-Où sont les racistes qui viennent prendre soin d'elle, Seigneuuuur? disait Fatima, lorsqu'elle sortait de sa chambre, épuisée, fatiguée d'avoir à défendre une certaine idée de l'humanité face à une déplorable Québécoise de souche au seuil de la mort qui n'avait aucune once de bonté ou de reconnaissance.

Les choses finirent par aller de mal en pis pour Madame Labonté.

D'abord le CHSLD Lionel-Groulx fût rebaptisé la Maison de retraite Oscar-Peterson.

Et puis, le diabète aidant, avec un cancer des poumons qui s'ajoutait, elle piqua du nez.

Du coup, elle devint un peu moins pétrie de rancoeur.

La morphine et le seuil de la mort faisaient leur effet.

Il ne lui restait plus que ce Noir, un Haïtien qu'elle appelait affectueusement Vendredi, parce qu'elle se sentait Robinsonne Crusoë perdue quelque part dans un pays lointain, dans les bras de Morphine et de son complice Ativan.

Le Docteur Mohamed Fall continuait de venir la voir fréquemment. Plus qu'aucun Blanc ne l'aurait fait probablement. Ils sont tellement excessifs les Africains...

Madame Labonté ne l'appelait plus Roger Black. Elle l'appelait Infirmier. C'était en quelque sorte une promotion qu'elle lui accordait, riait de bon coeur Docteur Fall.

-La pauvre vieille... Il ne lui en reste plus pour longtemps... Elle a des métastases partout... C'est pas joli... On ne peut lui donner que des soins de confort... Je vais lui apporter des chocolats blancs... On m'a dit qu'elle aimait les chocolats blancs...

Elle mourut, bien entendu. Elle mangea tout de même trois ou quatre morceaux de chocolats blancs donnés par Infirmier...

Il n'y eut personne aux funérailles de Cunégonde Labonté 1943-2020.

Sinon Vendredi, alias Napoléon Bélizaire, Haïtien, préposé de nuit à la Maison de retraite Oscar-Peterson. Il constata le décès. Il lava son corps souillé d'excréments. Il transféra son cadavre au four crématoire via les services ambulanciers.








vendredi 3 juillet 2020

Seulement fermer sa gueule et écouter

Peut-on trouver du plaisir à réduire les autres à rien en prétendant que c'est pour leur forger le caractère ou bien les instruire?

Sans doute, puisque plusieurs énergumènes vous feraient subir tous les supplices avec délectation, comme si c'était Noël tous les jours.

On les trouve un peu partout. Surtout dans les hautes sphères du pouvoir. Cerbères inclus. Là où il est permis de tenir le fouet sans aller en prison. Dusse-t-on blesser tout ce qui se trouve devant notre chemin, dans la mesure où ce sera fait loin des caméras, en catimini.

Maintenant les caméras... Parlons-en des caméras.

Nos fichues caméras révèlent des tas de bêtes rampantes qui grouillent sous une roche. Une fois que la roche est soulevée et qu'on regarde tout ce qui s'y passe, on dégueule un bon coup et on essaie de se faire à l'idée que c'est aussi ça la vie.

Pourtant il m'arrive de rêver d'une autre vie. Et il m'arrive même de la vivre. Il faut seulement que je n'aie pas une roche à la place du coeur.

Je ne rabaisserai jamais le caquet d'un pauvre ou d'une humiliée.

Je ne donnerai pas de leçons de résignation et de renoncement aux victimes.

Je vais seulement fermer ma gueule et les écouter.

Ce qui n'est pas si facile que ça puisque je parle beaucoup trop.

Comme beaucoup trop d'hommes autour de moi qui prétendent tout savoir et tout connaître alors qu'ils sont intrinsèquement d'authentiques cabochons, souvent accompagnés d'une femme qui passe pour le second violon alors qu'elle est l'organisatrice en cheffe dudit cabochon.

Bref, il faut savoir écouter.

Et ce n'est pas facile.

Les Autochtones se passaient un bâton de parole lors de leurs réunions. Le bâton est un peu le président ou la présidente de l'assemblée. Quand tu l'as dans les mains, tu peux parler. Et quand tu ne l'as pas, tu écoutes.

Par ailleurs, les premiers Européens en contact avec les Autochtones rapportent souvent leur caractère silencieux et stoïque. Par-delà tous les préjugés négatifs, les colons leur reconnaissaient des vertus socratiques. Ils avaient de la prestance quoi.

En fait, les Autochtones n'ont jamais été silencieux.

Ils attendaient que les Blancs aient fini de parler.

Ils les écoutaient avec le respect que leur enseignait leur culture quand venant le temps de dialoguer entre vrais humains.

Et les colons, comme Papa a raison ou le Père Ubu, n'en finissaient jamais de parler...

Blablabla et ceci et cela sortaient de leur langue fourchue.

Territoires volés. Villages pillés. Génocide. On y a mis le paquet pour se faire entendre,

Peut-on trouver du plaisir à réduire les autres à rien en prétendant que c'est pour leur forger le caractère ou bien les instruire?

Sans doute, puisque plusieurs énergumènes vous feraient subir tous les supplices avec délectation, comme si c'était Noël tous les jours...

Évidemment, vous êtes mieux d'être gentils si vous voulez des cadeaux. Ou bien des miettes du festin.

Il y a des limites à écouter les malpris se plaindre à tort et à travers pendant que les adultes discutent ensemble d'économie et de projets mirobolants.

Ouais. Seulement fermer sa gueule et écouter...


mercredi 1 juillet 2020

Quand tu fais rien y'arrive rien

C'était au temps de la COVID-19.

Tout un chacun se trouvait confiné dans sa chambre depuis trois mois au Foyer Gerboise.

Monsieur Normand Gauthier faisait partie du lot. Normand, alias Ti-Norme, était un petit monsieur d'à peine cent livres tout trempe. Il serait difficile de résumer tout ce qu'il avait comme maladie. Dans le milieu l'on disait qu'il avait la totale: diabétique, MPOC, un seul rein, un seul oeil, une seule jambe, plus aucun orteil, sourd de la gauche, etc. Le vieil homme de 95 ans se déplaçait encore péniblement avec son déambulateur. De plus en plus péniblement compte tenu des restrictions aux déplacements au sein même de son établissement.

Il avait survécu à la COVID-19 sans avoir le moindre symptôme alors que cinq de ses voisins étaient décédés sur son étage. Tant et si bien qu'il ne restait plus que lui dans le coin de cette aile maintenant désertée.

Monsieur Gauthier n'en pouvait plus d'être enfermé. Il n'était pourtant pas solide sur ses pattes et chutait plusieurs fois par semaine.Son corps maigre était recouvert d'ecchymoses. On ne voyait presque plus le teint incarnat. C'est comme s'il avait mangé une volée à coups de bâtons de baseball. Et qu'on l'avait abandonné sur le bord de la route avec ses affaires emballés dans des sacs verts.

Lorsque les consignes de la Santé publique s'assouplirent, Monsieur Gauthier fût le premier à réclamer le droit de se déguiser en courant d'air.

-Ça fait trois mois que chu pas sorti d'icitte torvisse! J'aimerais mieux mourir que d'passer une journée d'plus icitte! se plaignit-il au personnel soignant.

On en arrivait à la conclusion que Monsieur Gauthier, aussi inapte soit-il à se déplacer, n'avait pas de mandat d'inaptitude et pouvait, légalement parlant, prendre le chemin qui lui plaisait.

Il s'appela donc un taxi. Puis se rendit tout de go au Dollarama.

Dès qu'il fit son entrée, avec son déambulateur, il se sentit revivre. C'était comme le plus beau jour de sa vie. Un moment tout aussi merveilleux que d'avoir dix dollars dans ses poches chez Dupuis Frères en 1951.

Il y avait là plein d'humains. Quelques-uns étaient masqués. Comme lui. Monsieur Gauthier savait qu'on ne lui pardonnerait pas à son âge de sortir sans masque... C'était sa seule concession pour atténuer l'extase de cette journée de magasinage, ultime liberté du consommateur abandonné depuis trois mois, voire trois ans.

Monsieur Gauthier ne pouvait pas bénéficier d'accompagnateurs. Il n'avait plus de famille. Il ne lui restait qu'à prendre des risques. Jusqu'à ce que tout lui fût à jamais refusé.

Ce qui devait advenir arriva.

Monsieur Gauthier planta en pleine face en tentant de caresser la tête d'un petit chien en peluche juché un peu trop haut pour lui.

Il se cassa la jambe solide qui lui restait. Ainsi que son bras. Il se fractura aussi le crâne sur le plancher.

Bref, on le transféra à l'hôpital pour le réparer. Puis il revint en isolement préventif, dans sa chambre du Foyer Gerboise, au cas où il aurait attrapé une maladie nosocomiale comme la COVID-19...

Monsieur Gauthier était en très mauvaise posture. Il fallait qu'il sonne une préposée pour tous ses déplacements. Maudite affaire!

-C'est triste que vous vous soyez fait mal de même Monsieur Gauthier... Vous devriez pas sortir tu-seul de même... lui disait-on.

-Bin là! Si tu veux qui arrive rien dans 'a vie bin tu fais rien! répliquait-il invariablement, comme l'ivrogne qui oublie ses bosses du lendemain pour se rappeler la sublime ivresse de la veille.

Monsieur Gauthier n'avait qu'à se fermer les yeux pour se rappeler sa demie heure passée au Dollarama. Ah! Ces gens qui marchent comme ça librement, avec un panier dans les mains. Et ces articles à vendre, ces bonbons, ces chips, ces liqueurs...

Il était mieux de se fermer les yeux, tout compte fait.

Quand il les ouvrait, il n'y avait que quatre murs bien blancs et une fenêtre au rebord de laquelle aucun oiseau ne venait se poser.

Monsieur Gauthier attendrait d'être bien réparé. Et cette fois-là il partirait pour de bon. Comme lors du dernier voyage de Tolstoï. Il se ferait itinérant lui aussi. Il irait vivre sous un pont à Montréal, tiens. N'importe quel pont. Pourvu qu'il y ait de la vie un peu. Et de la liberté. Et de la boisson.

-C'est l'heure de votre glycémie Monsieur Gauthier... Votre sucre était pas mal haut pour souper... On va vous donner aussi votre insuline pis votre collation... Avez-vous encore des champignons sous le scrotum? J'va's vous mettre de la crème fongicide...

Monsieur Gauthier répondait par oui et par non.

Il avait l'envie de se crisser en bas de la fenêtre.

mercredi 24 juin 2020

Aphorismes en tout genre pour engendrer un bof ou un clic

Quand tu n'as rien à dire, tu ne le dis pas. C'est ce que disait Papa. Et Gaston Bournival aussi. Mais bon, mettons que c'est moi maintenant qui dis ça. On devra me verser des royautés dorénavant. J'accepte les chèques qui ne rebondissent pas et l'argent liquide.

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Un pays c'est quelque chose qui sert à te lever le matin sinon tu vas manger un coup de pied dans le cul. Autrement, c'est nul. 

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Les toasts trop rôties ont tendance à être dures et sèches. Montaigne n'en a jamais parlé dans ses Essais. Il ne savait pas tout.

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Des aphorismes ça s'écrit en laissant glisser ses doigts sur un clavier. Et hop! Une belle pensée après l'autre. Le sens viendra après. Il y a bien des trucs laids auxquels l'on trouve du sens. Et puis les habits neufs de l'empereur sont de la frime. Il s'en va tout nu et tout le monde pense qu'il porte les habits pourpres du roi Salomon. S'ils voient n'importe quoi, les gens, ils lisent aussi n'importe comment. Dites n'importe quoi n'importe qui trouvera preneur n'importe où n'importe quand. Quand vous en aurez trouvé dix vous ferez un trait.

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«Ah! Civilisation catholique occidentale de langue françoise oui oh ah je jouis... une crêpe dans mes shorts... oh!» Quintessence de la pensée nationaliste.

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La Lune est à sa place, là où elle doit être. Elle n'y serait pas qu'on ne pourrait rien y changer. Alors, n'emmerdez plus la Lune.

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J'ai déjà mangé des épinards.

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Il est indubitable qu'on ne peut point douter de ce qui ne supporte que le poids de l'habitude.

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Un jour, en me levant, j'avais chaud.

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Le monde c'est ce que j'en fais. Je fais rien? Eh bien le monde n'en a rien à faire. Moi aussi. Vous aussi. Et pourquoi pas eux? Alors ne vous souciez plus de ce que le monde pense. Il se pansera bien lui-même. Et vous crèverez bien avant le monde. Parce que vous n'êtes qu'un petit animal ridicule qui ne vit même pas 500 ans. Le monde, c'est comme dire de la mélasse. On sait que ça existe. C'est bon sur de la galette de sarrasin. Et puis quoi, hein? On en fait du rhum... Ok. Donc, le monde se pose bien trop de questions.

***

Il faut être sérieux. C'est pas parce que parfois on fait des «pets-sauce» qu'il faut se mettre à douter de sa prestance et de sa surhumanité.

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L'ennemi de l'être humain c'est vous si vous faites chier Pierre-Henri Grenon. Vous ne le connaissez peut-être pas mais il vous déteste déjà. Comme quoi on aurait beau bien se présenter, bien parfumé et tout, il y aura toujours un PH Grenon pour nous tomber dessus parce qu'on n'aime pas ses disques de Ping Floille ou autres fétiches. 

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L'amour c'est bon pour tout le monde. Ce n'est pas une bonne raison pour ne pas se laver les mains.

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Voyager c'est comme sortir de chez-soi et se retrouver ailleurs...

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La faim justifie l'économie des moyens.

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Qui a bu boira. Qui a vu verra. Qui a su suera. Qui a cru tuera.

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Il y a deux choses importantes dans la vie: la première et surtout la deuxième...

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Tout finit par finir à moins que ça ne vaille la peine de faire une suite pour refaire encore du cash.






mardi 23 juin 2020

Enrico Labonté était vide en titi

Enrico Labonté regardait défiler les informations avec un mélange de lassitude et de monotonie macabres.

Tout lui semblait vide. En-dehors comme au-dedans de lui-même.

Pour combler ce vide, il avait tenté de suivre des cours de mambo.

Il s'était même inscrit à un site de rencontres en ligne. Son avatar s'appelait Grosses Gosses Qui Pendent. Il y avait une vraie photo de lui en train de boire un verre de lait. Derrière la photo on voyait un calendrier Famili-Prix. Et puis c'est tout.

Le mambo ne lui fut pas utile pour rencontrer une âme qui ne lui était pas du tout apparentée.

Et Grosses Gosses Qui Pendent n'eut aucun succès. Personne ne s'intéressait à lui. Et lui de même ne s'intéressait à personne.

Tant et si bien que Enrico Labonté vivait seul et ne s'en plaignait pas plus que de tout le reste.

Tout lui pesait, bien entendu. Si tout lui avait été léger on ne l'aurait pas reconnu, Enrico.

Et puis, bon, Enrico vivait plutôt une vie de merde et ses idées de merde étaient au diapason.

Ses non-idées devrait-on dire.

C'était clair comme la musique de Rush que Enrico ne pensait vraiment à rien, qu'il était encore plus vide que tout un troupeau de nihilistes russes du XIXe siècle.

Rien. Quand on dit rien, c'est rien.

Souvent l'on demandait à Enrico s'il pensait à ceci ou cela.

-Je pense à rien, répondait-il sans même une pointe de sarcasme.

-Mais c'est impossible de ne penser à rien! lui répliquait-on souvent.

-Pas pour moi, ajoutait-il tout de go.

De fait, saint-chrême, Enrico ne pensait vraiment à rien.

Et c'était un peu inconvenant pour tout un chacun de lui chercher des noises à lui reprocher des scies ou des sas ou des framboises.

Enrico était vide comme on dit vide et plus vide que ça encore.

Oh! Il n'était pas sans énergie mais il n'y avait plus de signal au poste.

Les informations, voyez-vous, il les voyait défiler comme si de rien n'était.

Le monde, pour Enrico, ressemblait à un poème de Claude Gauvreau. Une suite de borborygmes entrecoupés de quelques mots connus.

-Qwerty Trump aoschematagadou COVID-19 blamakatapouet manifestations flamand rose crevette langoustine tinasweptedidedlou...

Bref, il savait très bien qu'il n'y a rien d'intéressant dehors et s'il se repliait vers le dedans, c'est pour s'y nicher dans le rien le plus absolu qui soit.

Il n'était pas l'homme du ressentiment de Nietszsche.

Il n'était pas Nietzsche ni Symphorien ni Colette Jutras.

Il n'était presque pas.

Il était rien.

Et encore, rien c'est un mot trop long,

Pour ce qui est de l'apparence de Enrico Labonté, eh bien il ressemblait à Lucien de Samosate. Vous savez le rhéteur de la Rome antique... Sauf qu'il ne placotait pas trop Enrico. Et qu'on n'a pas vraiment de portrait de Lucien de Samosate. Vous dire qu'il ressemblait à quelqu'un dont on n'a pas la photo, c'est même un peu cave.

J'oubliais d'ajouter qu'il travaillait.

Mais ça, tout le monde bosse un peu.

Et on ne s'en vante pas pour autant.

Cela dit, Enrico Labonté était vide en titi.

Je ne l'ai jamais revu pour tout dire.

J'ai tout de même cru bon de vous raconter son histoire.

Cela ne vous aura pas coûté un sou.

Vos commentaires ne sont pas vraiment nécessaires.

Je serais le seul à écrire et à me lire que cela ne me ferait pas un seul pli sur la poche.


jeudi 18 juin 2020

Ouais Huet tu n'es plus Caca Huet

Il vaut mieux flotter avec un tant soit peu de philosophie que de sombrer dans les abîmes de la mélancolie.

Évidemment, cela dépend pour qui. Le sage vous dira pourquoi.

Quoi qu'il en soit, Jacques Huet flotte au-dessus du temps et des événements. Il n'adhère à rien de particulier. Il n'en veut à personne en particulier. Et il n'est même pas particulier. Ouais, il est ce Huet parmi tant d'autres. Ouais.

Plus jeune, on l'avait longtemps surnommé Caca Huet. Et vous savez quoi? Jamais il n'avait réagi. Ni négativement. Ni positivement. Tant et si bien que Caca Huet redevint Huet. Ouais. Ouais.

On ne lui connaissait pas de métier. Ni d'épouse. 

Huet vivait tout fin seul dans un demi sous-sol plutôt glauque d'un quartier malfamé.

Son passe-temps préféré était d'écouter la radio. Surtout la musique classique. Surtout Radio-Canada.

Et c'est à peu près tout.

Parce que la télé l'emmerdait.

Il ne fumait pas.

Il ne buvait pas.

Il ne se droguait pas.

Il ne faisait rien de spécial.

Il flottait naturellement quoi.

Sacré Huet!

Plus personne ne le surnomme Caca Huet de nos jours.

Sinon quelque malheureux à la mémoire malsaine et malveillante.

Même Huet ne se souvient plus d'eux.

C'est donc dire que le temps passe.

Et que pour Huet, somme toute, ça va mieux.

Ouais Huet tu n'es plus Caca Huet...