dimanche 20 octobre 2019

Le vote de mon père et le vote de ma mère

Ma mère votait parce que mon père n'arrêtait jamais de l'écoeurer avec ça: voter.

-Dis-toé au moins qu'on n'aura pas pu voler ton vote ma belle Jeannine d'amourrr! lui disait mon père.

-Ah toé pis tes maudites élections! Sont touttes des voleurs pis tu l'sais! lui répondait ma mère.

Mon père prenait autant à coeur la politique que le hockey. Il finissait par confondre les deux genres. Il y voyait une lutte à mort entre les Rouges et les Bleus où tous les coups sont permis. Faut dire que ça jouait dur dans les années '50 et '60. L'Union Nationale achetait des fiers à bras qui crissaient des volées à ceux qui allaient à des assemblées des Rouges. Des vrais hosties de fascistes comme vous n'avez pas idée si vous n'avez jamais entendu parler ou vécu cette époque.

Lui, Conrad, c'était un Rouge. Pas au sens communiste du terme. Mais pas loin.

Mes parents étaient tous deux des gens du peuple.

Mon père provenait d'une famille d'une vingtaine d'enfants de Sayabec, qu'Arthur Buies avait décrit comme le coin le plus pauvre du Québec. Il y avait deux repas par jour pendant des années: de la morue et de la morue. L'hiver, les Bouchard allaient à l'école à tour de rôle parce qu'il n'y avait qu'une paire de bottes de caoutchouc par trois enfants. On leur disait de rester à la maison lors des photos officielles des élèves de la classe parce qu'ils avaient l'air trop pouilleux.

Bref, mon père était un Rouge. Il détestait plus que tout les conservateurs, l'Union Nationale et, avec le temps, le PQ et le Bloc.

-On apprenait l'histoire pis le p'tit catéchisme pendant que les Anglais apprenaient à lire pis à écrire saint-calice de tabarnak!

Mon père sacrait beaucoup. Je tiens ça de lui.

Il a voté pour le PQ en 1976. Parce que René Lévesque était un peu Rouge à ses yeux. Il a déchiré sa carte de membre du PQ en 1978 lorsque les péquistes ont inauguré la statue de Maurice Duplessis sur la rue Bonaventure, à Trois-Rivières.

J'oubliais de dire que mon père avait dû s'enfuir devant les policiers de Duplessis, alors qu'il soutenait les grévistes de Louiseville dans les années '50. Il avait vu ses camarades se faire matraquer. Il n'y avait pas de poivre de cayenne à l'époque. Seulement des traumatismes crâniens.

Bref, mon père était Rouge de colère.

Quant à ma mère, Jeannine, elle provenait d'un milieu modeste mais sans doute mieux structuré.

Il ne semblait pas y avoir d'opinions politiques de leur côté. En tout cas, pas du côté de ma mère.

Ma mère se foutait comme de l'an quarante des politiciens.

Elle était un peu résignée.

-Quand on est valet, on n'est pas roi! qu'elle disait.

Et moi d'argumenter avec ma pauvre mère que nous vivions à une époque où l'on décapitait les rois en criant vive la révolution...

-Sont touttes pareils! Une fois qu'i' sont au pouvoir c'est toutte au plus fort la poche! rajoutait-elle.

Elle était cynique sans arrière-philosophie, simplement en-dehors du jeu, comme si l'on ne voulait rien savoir de son avis quoi qu'elle dise.

-Qu'est-cé tu veux qu'on faize? Sont touttes de miêgme!

Elle me faisait rire bien plus qu'enragée, ma mère. Que pouvais-je lui reprocher? Elle ne le croirait pas aujourd'hui, mais c'est à cause d'elle que je suis artiste, anarchiste, hors du système. Elle n'intellectualisait rien, ma mère. Pas de grands mots. Pas de notions d'histoire et encore moins de géographie. Elle connaissait la rue Cloutier et trois ou quatre autres rues autour. Tout le reste du monde lui semblait éloigné et dangereux. Là-dessus, je ne lui ressemble pas. Cependant, je ne peux renier son influence. Je la comprends mieux en m'écoutant moins moi-même.

Un jour, ma mère revient des urnes. C'était peut-être aux élections fédérales de 1984. Je ne sais trop.

Mon père lui demande pour qui elle a voté.

-Bin j'ai voté pour la petite Tellier, t'sais, la fille des Tellier dans la P'tite Pologne...

-Tellier??? Jeannine!!! T'as voté pour celle qui se présente pour les marxistes-léninistes...

-Les quoi??? Les marsistesglininistes?

-Les ceuses qui sont comme en Russie pis qu'i' crèyent pas en Dieu!

-Ha! Ha! Ha! J'ai mon voyage! J'ai voté pour les communixxes!

J'ajoute que ma mère était dyslexique. Ce qui rendait toutes ses paroles drôles malgré elle et toujours attendrissantes.

La foi en la démocratie de feu mon père se ravive parfois en moi.

Peut-être que je finis par inciter ma blonde à voter, moi aussi...

À voter pour le NPD...

Pourtant, je me dis en mon for intérieur que c'est mouman qui avait raison.

Sont touttes des voleurs.

Avant les élections sont bin fins.

Pis après i' s'calice de toé.

Je garde cette carte dans mon jeu: la marginalité absolue.

Ce que je sais c'est que les pauvres ont toujours l'impression de perdre à chaque élection, quel que soit le vainqueur.

Alors que les riches, si je me fie au bilan des dernières années, sont toujours agréablement surpris et bien servis.

Alea jacta est. Le sort en est jeté.

Que le moins pire gagne.

Et le 22 octobre, que ce soit l'un ou l'autre, la lutte continue.

Quand on est valet, on se rassemble et on renverse les rois.

C'est pas plus compliqué que ça.


jeudi 17 octobre 2019

La Beauté sauvera-t-elle le monde ou bien le monde se sauvera-t-il de la Beauté?

Est-ce moi qui traverse le spleen de l'automne ou bien est-ce le monde qui s'en va vraiment vers sa ruine?

Il y a sans doute de la beauté en ce monde. Il y en a, bien sûr. Demandez au type qui s'est acheté une île dans le Pacifique à lui tout seul s'il y a de la beauté en ce monde. Il serait fou de dire non. Et c'est le même qui fera peut-être en sorte que vous perdiez au jeu des inégalités sociales. Celui qui vous confinera directement à une vie de merde tout en feignant de l'ignorer. Celui qui a la bonté de vous laisser quelques écus après avoir volé la richesse des nations pour faire de tout un chacun un loqueteux comme vous et moi.

Oui, il y a de la beauté en ce monde.

Il y a encore la nature. Il faut la chercher toujours plus loin lorsque l'on ne vit pas sur une île au beau milieu du Pacifique de nos jours. Avant, malgré la pollution des papetières, j'y avais accès en moins d'une demie heure. Aujourd'hui, il me faut traverser quatre nouveaux quartiers résidentiels ou déserts industriels avant que de trouver un troupeau d'arbres à peu près sauvages.

Il n'y a toujours pas d'arbres sur la rue de mon enfance. Une rue triste qui a poussé à l'ombre d'une usine de textile qui a tordu des vies et rendu sourds plus d'un. C'est encore triste, sinon plus. Il ne reste que plus de misère. C'est comme si le rêve américain était un hostie de mensonge. Une farce qui n'empêche pas les crosseurs d'être réélus d'une élection à l'autre au jeu où toute beauté est toujours donnée pour perdante à dix contre un.

Mes grands-parents ont quitté la nature pour venir vivre à côté de ces usines de marde où l'on suffoquait, crevait d'un cancer en bas âge ou devenait sourd comme des pots. Où l'on se mutilait pour ne pas finir dans une cage, que ce soit en se coupant un doigt ou en prenant une brosse par jour.

Oui, c'est beau ce monde quand il ne travaillait pas. Ce monde qui riait, giguait, mangeait et buvait entre deux quarts de travail, entre les grèves ou bien le lock-out qui vous ferait bouffer le mastic autour des fenêtres mal calfeutrées.

C'est beau en hostie, quand on oublie la misère, la vie toujours plus dure. plus roffe-ène-toffe.

On peut oublier que 44% des espèces sauvages de mammifères sont disparus sur la planète au cours des 100 dernières années. Surtout si l'on est sur son île, au beau milieu du Pacifique. Si l'eau monte, il n'y aura qu'à s'acheter une montagne. L'argent déplace les montagnes. Et le talon de fer se chargera d'écraser toute foi et toute espérance. Jusqu'à ce que tout le monde crève en grappillant un peu de beauté ça et là: «Oh! Une feuille!», «Tiens! J'ai cru voir un papilon!», «C'est le gala de l'ADISQ ce soir!».

Dans le fond de l'abîme où nous pourrissons tous, il y a bien sûr de la beauté.

Il y a un zeste d'espoir, de courage et de force.

Un zeste qui s'épuise, comme tout le reste.

Un zeste de plus en plus fade et inodore, comme tous les simili-fruits vendus chez Wal-Marde ou Super-Calice.

Dostoïevski n'a jamais si bien dit lorsqu'il a écrit que la beauté sauvera le monde.

S'il revenait sur terre, comme Jésus dans La légende du grand inquisiteur tirée des Frères Karamazov, on voudrait se débarrasser de lui comme de tous les Ovide Plouffe du monde entier.

Parce que les inquisiteurs et les petits soldats des Césars ont encore poussés plus loin notre descente dans l'Âge de fer.

L'Âge d'or était derrière eux pour les Anciens qui croyaient vivre les pires temps de l'humanité.

L'Âge d'or, celui de la paix et de l'harmonie, la version grecco-romaine du mythe du Bon Sauvage qui n'en était pas un - je veux dire un mythe. C'est vrai que c'était mieux. L'Autochtone traversait moins d'épisodes de famines que les Européens prétendument civilisés. Il y avait tellement de tout en Europe qu'ils sont venus ici, sur l'Île de la Tortue, pour tout ramener chez eux parce qu'il n'y avait plus rien...

J'essaie de croire en un avenir meilleur et je vois qu'il y a pas mal de décombres et de ruines à ramasser avant même que de rebâtir quoi que ce soit.

Je sais bien que plus personne, du plus petit dénominateur commun au bourgeois le plus repus, ne croit vraiment en ce système.

C'est pour ça que tout stagne et que tout nous pète à la gueule dans l'indifférence généralisée.

On patauge dans le même marécage sombre depuis des lustres.

La beauté triomphera...

Même si je ne l'ai pas encore vue triompher.

Même s'il me semble vivre pleinement et salement son déclin.

Je ne me consolerai pas dans la philosophie. J'en serais incapable.

Je vais plutôt jouer de l'harmonica.

Et attendre la prochaine manif.




mercredi 16 octobre 2019

Ma petite vie

Ma vie a été ponctuée de petits boulots éreintants ou déprimants parce que j'étais solitaire, sans réseau de contact ni permis de conduire et que tout mon être rappelait quelque chose comme la pauvreté ou bien le dédain de l'autorité.

J'ai passé des journaux. J'ai déneigé des stationnements. J'ai livré de la bière à pied (sic!). J'ai été commis de dépanneur. J'ai été emballeur chez IGA. J'ai été étudiant en droit à l'Université Laval. J'ai été préposé aux bénéficiaires au CHUL. J'ai lavé des chiottes à l'UQTR. J'ai complété un bac en philosophie en deux ans à l'UQTR en travaillant 35 heures par semaine à titre de préposé aux bénéficiaires.

J'ai été manutentionnaire. J'ai été journalier dans une fabrique de palettes de bois. J'ai manutentionné et scié à moi tout seul des cèdres rouges de 30 pouces de diamètre et 15 pieds de longueur. J'ai vendu des dessins pour des affiches de spectacles. J'ai été vagabond quelques jours. J'ai été musicien de rue avec mes harmonicas et des flûtes que je me plantais dans le nez. J'ai travaillé dans une pizzeria à Whitehorse. J'ai sauté sur un train à Regina pour me réveiller à Saskatoon. J'ai déplacé du stock dans des hangars à Thunder Bay. J'ai fait du pouce d'un bout à l'autre du Canada. J'ai fait la file devant les banques alimentaires et les soupes populaires. 

J'ai été agent aux communications et directeur des communications d'un festival montréalais après avoir conçu un faux cévé où je m'attribuais un bac en communication. «Comment c'était tes études en communication?» «C'était bin l'fun...» Fin de l'entrevue. J'ai démissionné parce que j'en avais plein le cul de la boss qui se servait du staff en place pour travailler sur ses campagnes électorales de pseudo-sociale-démocrate qui ne prend pas le métro parce que ça pue. 

J'ai refait la file devant la banque alimentaire deux ans plus tard. Je suis reparti ici et là. Un mois d'aide sociale à Québec et retour à Vancouver au lieu de me faire chier à crever chômeur au Québec avec le Ministère de l'Éducation dans le cul pour faire rembourser mon bac même pas reconnu par la Salvation Army... Misère. Malheurs. Peine d'amour. 

Puis la vie recommence. Agent de développement pour une troupe de théâtre musical pour enfants. Animateur de radio puis directeur de radio à Labrador City. Cuisinier dans une pizzeria à Québec. Directeur de la programmation de la radio CFOU à Trois-Rivières. Congédiement pour avoir dénoncé le manque d'organisation et de transparence de la radio. Perte d'emploi. Perte de repères. Perte amoureuse. Peines d'amour multiples. Désillusions. 

Mais encore une fois je m'obstine. Chômage, aide sociale, banque alimentaire. Je fais la file devant la banque alimentaire située juste en face du logement de mon ancienne blonde dans la vieille Capitale... Je me sens foutu. Je vais à la bibliothèque tous les jours. Je vis dans une chambre sordide et mal aérée près du mail Saint-Roch. Tout est laid et triste autour de moi. J'entends mes voisins de chambre se masturber. Je me mets des bouchons de nuit et le jour je m'enfuis dans les bibliothèques. Je marche. Je pense. Je déprime. 

Puis radio Basse-Ville m'offre un micro. J'y tiens une émission hebdomadaire et j'aide les autres à la mise en ondes. Cela me permet de me refaire un réseau bien que je sois toujours seul. Je deviens agent de financement pour une coalition d'organismes communautaires. Les conditions de travail sont tout aussi excellentes que le milieu. Mais je m'ennuie. Et je souffre pleinement de solitude. 

On me propose, à Trois-Rivières, de devenir directeur et rédacteur en chef d'un journal de rue. On se souvient de moi du temps de CFOU et on se dit que je suis tout de même un gars qui ramenait du fric, même si je n'en jamais vraiment eu. Je suis excellent pour que les autres fassent de l'argent avec moi. Je sais très bien le chemin qui peut exister entre cuisinier dans une pizzeria et notable des communications. Je m'occupe de créer des plateaux de travail pour les jeunes chômeurs via le journal de rue Le Vagabond. J'y suis travailleur de rue autant qu'administrateur. Un vrai boss des bécosses. On me congédie au bout d'un temps parce que j'ai dit fuck off au comité de lecture qui voulait censurer nos textes. On m'a dit de ne pas mordre la main qui nous nourrit. Je leur ai dit d'aller chier.

J'ai atteint le fin fond du fond ensuite. Malade, pauvre et dans une situation de nouveau couple avec un enfant. La honte. La file devant la banque alimentaire. Pas un rond pour prendre l'autobus. Traverser la ville beau temps mauvais temps en déposant mes cévés partout alors que l'on me considère comme un pestiféré d'anarchiste fouteur de troubles... 

J'ai été croupier de Black Jack pour un truc événementiel. Puis j'ai été transcripteur de conversations en anglais entre des Cris et des responsables de la Société d'Énergie de la Baie James. Je ne faisais pas le gros salaire parce que j'étais embauché par une firme de placement qui prenait sa cote sur mon statut de serf moderne. 

J'ai vivoté d'un contrat à l'autre, sans jamais être sûr de quoi que ce soit. Puis j'ai fait un peu de terrassement. Un peu de rédaction technique. Un peu de traduction. J'ai touché le fond de la misère un soir en mangeant la même querisse de soupe aux choux que j'avais mangée toute la semaine avec du vieux pain de la banque alimentaire. Je n'avais rien d'autre. J'ai salé la soupe avec mes larmes. J'ai prié l'univers et surtout feu mon père de me sortir de cette merde. 

Le lendemain, je devenais assistant-superviseur pour une fondation quelconque qui m'assurerait, à tout le moins, de meilleurs repas sur la table. 

Ça s'est poursuivi jusqu'à tout récemment. Je suis redevenu préposé aux bénéficiaires en suivant des tas de formation et en travaillant à temps plein. 

Je n'ai pas de plans de retraite. Aucune couverture médicale. Rien pour les soins dentaires. Je n'ai pas grand chose pour dire vrai. Sinon ma force de travail que je vends au plus offrant, comme d'habitude, parce qu'il m'arrive d'avoir faim.

Je manque de temps.

Écrire, dessiner, peindre et travailler en même temps, c'est épuisant pour tout le monde.

Même pour ceux qui pourraient avoir quelque talent.

Je ne veux pas me plaindre. Juste comprendre que j'ai le droit de me prendre moi-même en pitié. Ça ne m'arrivera pas souvent.

Quand je parle de la misère, je n'en parle pas en fin observateur.

Je l'ai connue et l'ai vécue.

Je sais bien que d'autres ont vécu pire. 

C'est parce que je le sais que je ne vous parlerai pas souvent de tout ça.

Si j'allais plus loin là-dedans je récrirais Le désespéré et La femme pauvre de Léon Bloy...

Le monde est cruel, injuste et immoral.

Il me faut y cheminer tout en sentant le talon de fer me peser dans la face.

C'est parfois lourd à porter.

Une chance que j'ai de l'amour et de l'amitié dans ma vie.

Tout ce qui peut me faire oublier qu'en ce monde seul l'Argent triomphe.





mardi 15 octobre 2019

La nuit est plate

La nuit est lourde et ce ne sont pas des esprits qui hurlent dans les rues poisseuses du centre-ville.

La rage a fait place à l'ivresse. On entend non seulement crier, mais peut-être des coups de pied ou des coups de feu. C'est difficile à dire.

La nuit est lourde et on ne voit pas les étoiles. Rien que des affiches publicitaires qui brillent. Des pancartes électorales. Des feux de circulation.

Les feuilles sont sur le point de toutes tomber. C'est l'automne. C'est le retour de la mort. Comme d'habitude.

Un type pète sa bière sur une voiture. Un couple s'engueule. Un taxi emporte le type qui pète sa bière.

La nuit est plate.

jeudi 10 octobre 2019

Extinction de voix

La Terre a connu cinq extinctions de masse au cours des quatre derniers milliards d'années. La vie est presque disparue à plusieurs reprises. Il n'y a plus de dinosaures. Mais quelque chose de plus minuscule a survécu et s'est adapté à un climat devenu invivable pour toutes les autres espèces. Quelque chose comme de petits mammifères qui sont nos lointains parents au plan génétique.

Nous en sommes la sixième grande extinction de masse de la biodiversité et il est possible que l'activité humaine soit mise en cause. Je vous dis ça sur un ton presque banal. Comme s'il était normal de vivre constamment la fin du monde, non seulement d'un point de vue théologique, mais aussi scientifique...

On dira ce qu'on voudra, vivre avec le sentiment de traverser l'Extinction de l'Holocène ça vous fout en l'air l'idée de faire son boulot en sifflant comme si de rien n'était.

D'aucuns désigneront ce phénomène de se «crisser de toutte» sous le vocable de l'éco-anxiété.

C'est possible que cela en soit.

Néanmoins, l'éco-anxiété me semble naturelle. C'est le contraire qui m'étonne et m'indigne en même temps.

Comment peut-on faire semblant que tout va bien quand tout va mal? 

Surtout si le bien que nous en tirons finirait par saper tous les espoirs de ceux et celles qui n'osent presque plus combattre. C'est difficile de toujours tout prendre dans la gueule à la place des autres. Parce que les autres n'ont pas d'espoir. Parce que qu'est-cé-tu-veux-qu'on-fèze? Rien. Comme d'habitude. 

Le gouvernement s'en occupera mais je n'irai pas voter. Je cultive mon petit potager à l'ombre de l'usine mal entretenue qui relâche n'importe quoi dans l'air vers 4 ou 5 heures le matin quand tout le monde dort. Et puis comme je ne fais rien je ne comprends pas que les autres fassent de quoi. Qu'est-cé-tu-veux-qu'on-fèze? Rien. Comme toujours.

On ne fait rien. Tu ne fais rien. Je ne fais rien.

Et ceux et celles qui font de quoi n'en ont plus rien à foutre de nous qui ne faisons rien.

Alors, ils se rebellent.

Ils ne veulent plus bosser comme des fous pour des conditions de vie médiocres dans un environnement pourri.

Vous aurez beau dire ou faire n'importe quoi, personne ne vous protégera avec bonheur et enthousiasme.

Même ceux qui tiennent la matraque vont se fatiguer.

Parce que tout ça est fatigant, la sixième extinction de masse.

Regardez devant, sourire, marcher en sautillant, je veux bien.

Encore faut-il un brin de sincérité.

Quand le maquillage du clown craque de partout ce n'est même plus drôle.

On baye aux corneilles devant le corniaud qui joue au Magicien d'Oz, un nain caché derrière un show de boucane.

Puis on finit par se taire.

Parce que l'extinction de masse conduit à l'extinction de voix.

Et lorsque plus personne ne se parlera...

Eh bien, ce sera vraiment la fin.

lundi 7 octobre 2019

Mon héros le héron

Le soleil miroitait entre les branches.

Les hérons terminaient leur vol au milieu de la rivière pour s'y nourrir de poissons naturellement coincés entre les roches.

Je marchais d'un pas lourd et léger.

Je m'accrochais encore à la moindre parcelle de beauté pour résister aux temps et au monde.

Je m'accrochais à l'amour et à la beauté.

Parce que tout le reste était laid et affreux.

Comme d'habitude.

Ce besoin de marcher vite.

Ces ordres d'avancer au pas de l'oie sans jamais contempler leur vol.

Ces humiliations qui font bâtir des pyramides et détruire des hommes.

Ces petits riens qui se prennent pour un gros tout alors qu'ils ne sont que la pitoyable somme de tous les préjugés sociaux passés et à venir.

Je marchais en protégeant mes yeux du soleil.

Du soleil qui me piquait les yeux comme si j'étais l'étranger de passage partout où je passe.

C'était mieux que rien.

C'était presque l'état de grâce.

Presque.

J'aurais aimé être parmi ces hérons à manger de la barbote.

Si ce n'était de l'eau froide en octobre.

C'est bien pour dire.

mardi 1 octobre 2019

«Idle no more» ou à propos de la croix de Jacques Cartier...

Croix de Jacques Cartier à Trois-Rivières
On dévoilait hier les noms de 2800 enfants autochtones morts dans des pensionnats tant canadiens que québécois.

J'ai eu une pensée pour eux ce matin en faisant mon tour de l'Île Saint-Quentin à bicyclette.

L'Île Saint-Quentin est située à l'embouchure de la rivière Tapiswan Sipi et du fleuve Magtogoek. 

On trouve sur cette île, coincée entre Cap-de-la-Madeleine et Trois-Rivières, une croix commémorant la possession de cette terre par Jacques Cartier.

Il n'est fait aucune mention des Anichinabés, des Attikamekw ou biens des Haudenosaunees sur la plaque commémorative ainsi que sur la vignette dite «historique».

C'est comme si Jacques Cartier était arrivé sur une terre où il n'y avait personne!

On ne parle pas non plus des motivations controversées qui animait ledit Jacques.

Vignette historique d'une histoire sans les Autochtones...
Jacques Cartier venait ici en conquistador. Il venait y chercher de l'or, un passage vers l'Inde et sans doute des esclaves. 

Les Vieux Mohawks racontent encore entre eux comment Donnacona et ses deux fils Domagaya et Taignoagny ont été contraints à être exilés en France par Jacques Cartier qui initia sans doute les guerres franco-iroquoises. 

Nous sommes en 2019. Rien n'indique qu'il y eut des Autochtones à Trois-Rivières, même si dans les faits il y en a encore...

Nous violons la mémoire des hommes et des femmes qui habitent ce territoire avec ces légendes de colons.

Nous formons un nouveau peuple, toutes origines confondues. Glorifier l'histoire des uns en ignorant celle des fondateurs de ce pays est infamant.

Je recommande quelque chose comme le retrait de ces trucs coloniaux. Ou bien des vignettes historiques qui laissent aussi aux Autochtones la possibilité de raconter leur version de cette histoire trop souvent tarabiscotée.

On vit sur le territoire des Atikamekw et que connaissons-nous de leur langue, de leur culture?

C'est tout simplement révoltant...

Heureusement qu'il y a ce réveil autochtone. Il y a cette résilience. Cette survivance. Cette vraie histoire qui se poursuit beau temps mauvais temps, par-delà les guerres de conquête et le capitalisme sauvage.

Sur ce, musique.






lundi 30 septembre 2019

La nature a horreur du vide

La nature a horreur du vide.

Le vide c'est tout ce qui va contre la nature.

On ne bâtira rien sur ce vide.

Tout se tient. Tout est possédé d'une âme. De l'arbre au moindre grain de poussière d'étoile.

Nous participons au concert des étoiles.

Nous sommes aussi des étoiles.

Les matériaux qui constituent la vie sont les mêmes qui constituent la nôtre.

Le vide aura bien tenté de nous annihiler tous et toutes autant que nous sommes.

Le vide de tyranneaux d'opérette qui auraient été méprisées par toute la communauté en d'autres temps.

Le vide abyssal de cohortes d'imbéciles confortés dans leur ignorance crasse qu'ils tiennent pour de hautes raisons parce qu'ils tiennent une hache dans la main et du cash dans l'autre.

Je ne sais si c'est Sitting Bull ou Géronimo qui a dit que l'argent ne se mange pas.

Néanmoins nous savons tous que le fric ne se mange pas.

Qu'on pourrait tous en finir à s'acheter un pain en bringuebalant une barouette de billets verts. tout simplement parce que le fric serait dévalué suite à une escroquerie de quelque bête méchante du capitalisme sauvage qui devrait être derrière les barreaux plutôt que sur toutes les tribunes.

On tombe malade. Toute notre fortune y passe en deux ans. Et on finit dans un mouroir de l'État souffrant de sous-financement public parce que le vide a horreur de la nature.

L'argent ne se mange pas.

Même si de petits politiciens s'achètent moins cher que l'on ne le croie. Pour une cravate et une chemise propre donnés à un vendeur de démocrasserie l'on obtient dix millions de fois la valeur initiale. Un petit cadeau ici et là, ça ne coûte pas cher.

Et voilà qu'on rase encore des espaces verts.

Voilà que l'on veut bâtir plus de stationnements et faire des grands prix automobiles.

On torture des animaux dans des rodéos. On loue des jeunes filles pour trois fois rien. On fait des shows de boucane et beaucoup de boucan.

De la vraie rapace au pouvoir qui nous chie dessus jour après jour en jouant aux fins finauds alors qu'ils ne sont que des bougres d'abrutis.

Des baveux de d'arrière-cour d'école qui sont effrayés par une fillette de 16 ans qui se tient debout.

Parce qu'ils sont ce qu'ils sont. Non seulement du vide. Mais aussi des lâches.

Qui n'est pas tout à fait un jambon cuit voit ce trou béant entre l'intelligence et le vide généré par des promoteurs, des gestionnaires et des fabricateurs de néant.

Ils ne méritent pas de gérer nos vies. Ils s'en sont montrés souvent indignes et encore plus souvent incapables.

Le monde et les temps changent. Ici. Maintenant.

Il n'est pas extrémiste que de laisser la nature suivre son oeuvre.

La nature a horreur du vide.

Le temps du vide est déjà passé.

L'humanité pensante est due pour autre chose.

L'âge moyen d'un être humain sur Terre est de dix-neuf ans.

Dix-neuf ans...

Alors que nos sociétés sont essentiellement gérées par de vieilles idées tout autant surannées que vides. Nos vieilles sociétés ne se renouvellent plus au plan des idées et s'effondrent dans un rire tragico-comique de politique ubuesque et foncièrement grotesque. Des clowns fascistes sont au pouvoir. Ils s'appuient sur 20% de la population en âge de roter pour imposer leurs vues xénophobes et climato-sceptiques à l'autre 80% qui n'y comprend rien mais viendra un jour à se laisser contaminer par la révolte contre le vide.

La Terre est en feu.

Nous allons vers la sixième extinction de toutes les espèces.

Ce n'est pas de la connerie de crétin qui crache sa morve dans la cour d'école en menaçant les intellectuels et les premiers de classe parce qu'on se croit tout permis quand on rote en troupeau de lâches.

La science ne se laissera plus ridiculisée par de petits farceurs infâmes et sans finesse d'esprit.

La nature ne se laissera plus faire.

La nature a horreur du vide.

Remplissons-le, ce vide.

Changeons-le, ce monde.






jeudi 26 septembre 2019

Lettre à Madame Greta Thunberg

Je tiens d'abord à saluer la force que vous donne vos convictions, Madame Thunberg.

C'est une force rare pour des convictions aussi nobles qui transcendent tous les froids calculs des mafieux planétaires.

C'est une force précieuse.

Loin de moi l'idée de vous instrumentaliser, de vous signifier quoi dire ou que faire.

Je n'ai rien dit ni rien fait de mieux à ce jour pour rameuter le monde entier face à ce que l'on peut appeler la sixième extinction des espèces, conséquence de l'activité humaine qui dérègle les climats et massacre la vie sur Terre.

Que pourrais-je vous conseiller Madame Thunberg?

Rien.

Je ne peux qu'espérer plus de votre génération que de la mienne, prise au piège et asservie aux impératifs de l'argent avec tous les vices et cruautés que cela génère. Ma génération est perdue, mesquine, malade, mais aussi au pouvoir.

Le monde va changer, avec des gens comme vous, peut-être sans moi, sans nous, parce que nous sommes vraiment trop cons.

Demain, je ferai la grève du sommeil avant que d'aller travailler et je me mêlerai aux Trifluviens et Trifluviennes qui répondront à votre appel d'une manifestation pour le climat, vendredi le 27 septembre 2019.

Changeons-le, ce monde, ici aussi.

Merci Madame Thunberg d'être ce que vous êtes.



lundi 23 septembre 2019

La démocratie c'est pas un focus group

Il était une fois un focus group.

Mangez-vous de la salade ou de la saucisse?

Quelle est votre parfum préféré?

Voteriez-vous pour un phoque?

Et finalement, à la fin du focus group, il était une fois un programme politique.

Un programme sur mesure, basé sur des données empiriques.

Tant de mangeurs de salade soutiennent tel ou tel parti.

Tant de mangeux de saucisses appuient le combat contre les cors aux pieds.

Les cors aux pieds sont un enjeu électoral si le clown en parle à la messe du dimanche.

Il était une fois un focus group.

Un groupe d'humains gouvernés par des sondages et des données empiriques.

Ces gens-là s'empourpraient pour rien.

Pour un programme politique qui ressemble à un catalogue de Simpsons Sears.

Avec des vendeurs d'un autre temps qui vivent dans le déni de la faillite imminente de l'humanité.

Devant eux, il y a ceux qui ne participent jamais à un groupe de discussion commandité par la firme Poudre de Perlimpinpin Inc.

Ceux qui ignorent le génie des grands politiciens qui savent se battre, se laver les mains, attacher les lacets de leurs souliers, courir un demi-marathon ou bien participer à une danse en ligne au Festival de la cruauté animale de St-Tite.

Il y a la publicité, écrasante, totalitaire.

Et il y a les bas-fonds.

Là où parvient à peine l'écho des focus groups.

Là où l'on finit par se dire qu'ils sont tous une belle bande de tabarnaks de crosseurs.

Là où l'on vote peu ou pas du tout.

Là où prendre la rue, fusse-t-elle de briques jaunes, vaut encore mieux que de faire le zouf pour un focus group commandité par le Magicien d'Oz, un nain caché derrière un show de boucane.