mardi 16 octobre 2018

C'est normal de ne pas être raciste

C'est normal de ne pas être raciste.

C'est même normal de manifester contre le racisme.

C'est normal d'avoir des amis provenant de tous les horizons et de toutes les tendances sexuelles.

C'est normal.

Par l'un de ces hoquets de l'histoire que je ne m'explique guère, on voudrait me faire avaler que c'est normal de penser le contraire.

Tout a commencé au Journal de Montréal, puis à TVA Nouvelles.

C'était à l'époque des accommodements raisonnables.

Mario Dumont et l'ADQ, ancêtre de la CAQ actuellement au pouvoir, entretenait la confusion sur ces thèmes. Son populisme légendaire de pseudo-Réal Caouette n'allait pas laisser passer ça: un levier pour soulever l'ADQ...

À tous les jours l'empire Québecor nous abreuvait de faits divers insolites pour mousser les ventes de leurs torchons.

C'était l'imam qui voulait des bines pas de porc à la cabane à sucre.

Ou bien le juif orthodoxe qui ne voulait pas voir de femmes en tenues légères derrière les fenêtres du gym qui offusque tant sa vue.

Tout ça, c'était une goutte de pipi dans un océan relativement propre.

On oublie rapidement que le rapport de la commission Bouchard-Taylor a aussi pointé du doigt le rôle négatif du Journal de Montréal dans la création de scandales qui n'en sont pas. En fait le rapport finissait par conclure qu'il n'y avait pas de réel problème au Québec avec les accommodements raisonnables. Et il proposait des pistes pour une laïcité relativement ouverte.

On a fait du millage sur du vent.

Il n'y avait donc pas de réel problème d'intégration des immigrants.

Il y avait seulement ce besoin de nuire et de médire pour faire du fric avec ça. De l'avidité et de la cupidité fondue en un seul bloc de stupidité.

Rien de plus.

Enfin, j'ose l'espérer.

Il me semble que l'excuse du cash passe mieux que celle du service à rendre à une supposée nation de triples abrutis racistes.

Ce n'est pas normal d'être raciste, voyez-vous.

Ni normal d'être fasciste.

Ni normal de chercher des noises aux militants des droits civiques pour ensuite jeter des fleurs sur la racaille d'extrême-droite.

On fera encore du millage sur du vent.

On s'écorchera les uns les autres pour la pure satisfaction des sado-masochistes québécois qui aiment autant recevoir que de donner des coups de pieds au cul.

Comme disait l'autre, un certain Émile Nelligan:

C’est le règne du rire amer et de la rage 
De se savoir poète et objet du mépris, 
De se savoir un cœur et de n’être compris 
Que par le clair de lune et les grands soirs d’orage !

lundi 15 octobre 2018

Je n'aime pas le monde


J'avais 20 ans et je voulais changer le monde. Je n'y trouvais pas ma place. J'en ai 50 maintenant. Je veux toujours changer le monde. Et si j'ai trouvé ma place, c'est n'importe où loin de ce monde.

Enfin, mon âme fait explosion, et sagement elle me crie : « N’importe où ! n’importe où ! pourvu que ce soit hors de ce monde ! »
Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose
 ***

Je voudrais vous en dire plus. Et il me semble que ça dit tout.

Je refuse ce monde.

Je le refuserai toujours tel qu'il est.

Parce qu'il est laid, mal, pourri.

Le monde est beau loin du monde.

Le monde est beau dans le bois.

Le monde c'est super quand il n'y a pas de monde.


***

La compagnie de plus de trois êtres humains m'a toujours semblé difficile.

En groupe, je dois vérifier les sorties de secours pour préparer ma fuite.

Je n'aime ni les pressions familiales ni les pressions sociales ni les pressions tout court.

Le stress, c'est pour d'autres qui ne savent pas dessiner ou jouer de la guitare.

J'aime la paix.

J'aime l'amour.

J'aime Untel, Unetelle, Telautre...

Mais je n'aime pas le monde.

Le monde ne m'aime pas plus.

Ça ne dérange donc personne.

***

D'aucuns me diront que le monde n'est pas si pire, si laid, si bon, si gros, si noble, si ceci ou bien cela.

Ils ont tous raison. Le monde est leur représentation. Leur show. Pas le mien.

Mon monde à moi est merveilleux.

Il est peuplé de rires, de chants, de musiques et de dessins.

Comment voulez-vous que je m'habitue à un monde plus ennuyant que celui qui sort de ma bouche ou de mes doigts?

C'est impossible!

J'ai compris, enfin, après tant d'années, que j'avais trouvé mon monde.

Mon monde n'était pas de ce royaume.

Mon monde c'est un état d'esprit encore plus qu'un État de droit.

Mon monde c'est ma liberté, pure et subtile.

Mon monde c'est mon amour, total et inconditionnel.

Mon monde, c'est la tendresse.

Mon monde c'est n'importe où loin de ce monde.





vendredi 12 octobre 2018

Quand les vaches et les boeufs sortiront de l'enclos

Mon époque est déprimante.

J'y résiste tant bien que mal, avec cette arrogance que mon père m'a enseignée et qui se résume en cette seule parole: un homme ne meurt qu'une seule fois.

Vous allez me dire que c'est n'importe quoi, comme parole, mais pour moi ça résume tout.

Je ne crains pas la mort. Je l'ai vue de très près deux fois dans ma vie. Une fois en me noyant dans la Yukon River, noyade dont je suis miraculeusement sorti indemne. Puis une autre fois suite à un choc anaphylactique. Dans les deux cas, je me suis senti porté par un rêve tout en disjonctant avec mon corps. Si c'est ça la mort, ce n'est pas si effrayant.

La vie est bien plus terrible.

C'est elle qui demande du courage et de la résilience.

La mort ne demande rien.

La vie demande des comptes.

Elle ne va pas toujours dans le sens de la plus haute sagesse véhiculée parmi les humains.

Il faut marchander autant avec la cupidité qu'avec la stupidité des humains qui n'ont pas d'autres perspectives que l'argent.

Je crois, sans doute à tort, que la culture change le monde.

Mozart ne rime pas avec bombe atomique.

Ni Pussy Riots. Ni Plume Latraverse.

On cherche dans la politique des bons sentiments qui ne viennent jamais.

Parce que nous acceptons de vivre dans leur enclos.

Par absence de choix.

Par manque d'imagination.

Par mépris de la culture

On élève dix statues de politiciens pour une seule de poète.

Tant qu'à moi, je me fous des statues.

Mais je vois bien que ces tabarnaks de fonctionnaires polluent un peu trop nos paysages.

Même après leur mort.

Et je trouve ça bête à hurler.

Le summum de notre soumission à l'autorité: vouer un culte à un fonctionnaire de l'État!

Pouark!

Même pour un poète, je trouve ça un peu déplacé, une statue.

J'aime mieux les statues et châteaux de sable de Sainte-Luce-sur-Mer tant qu'à faire.

On ne se trompe jamais avec la beauté.

On se trompe souvent avec la politique.

D'autant plus que le but ultime de la politique est de nous tromper.

De nous gouverner.

De nous tenir dans l'enclos.

Aussi libres que des vaches qui regardent les trains passer.

Souhaitons que ces trains de marchandises ne soient pas convertis pour servir la déportation des êtres humains jugés indésirables par quelque autorité d'une autre époque.

Souhaitons que les vaches et les boeufs, pour une fois, se concertent pour aller voir de l'autre côté de la clôture électrique. Souhaitons qu'ils  vivent une seule journée de leur vie comme des bisons défiant le fermier et les prédateurs.

Une seule journée...

Une semaine...

Un mois...

Avant que de retourner dans l'enclos pour finir leur jour en pliant le col, comme d'habitude, parce que prout caca pouet pouet.

Une vie sans courage, tout compte fait, ça ne me tente pas.

Il y a encore bien des combats à mener dans ce monde tout croche.

Je me crache dans les mains tous les matins et je recommence.






mardi 9 octobre 2018

Les renards et les loups



Une parole vraie pèse plus lourd que mille mensonges à l'échelle d'une vie.

Et mon opinion ne diffère pas malgré les «prospérités du vice» et les «infortunes de la vertu».

D'aucuns peuvent mentir, manipuler, frauder les consciences et j'en passe.

Il s'en trouvera parmi le peuple pour les trouver rusés comme des renards et dignes de confiance.

Il y en aura qui se donneront des airs de loup tout en étant soumis et loufoques.

Probablement qu'ils ne me lisent pas.

Et qu'ils se foutent des sensibleries des artistes, des intellectuels et autres gratteux de guitare.

Ils n'ont pas le temps de jouer de la guitare, eux.

Ni de lire des livres alors qu'il y a de l'argent à aller chercher ici et là.

Ils ont à peine le temps de haïr...

Ils sont comme ça: ternes et froids.

Mais ils ne m'auront pas les mautadits!

Je vais continuer d'avoir le coeur à la bonne place.

Je vais continuer de me battre pour une société libre, démocratique et inclusive.

Le racisme et le sexisme ne sont pas des opinions: ce sont des problèmes.

Et c'est en tant que problèmes que je vais les considérer, rien de plus.

Mon diagnostic sera probablement tranchant.

Mais personne n'y perdra un bras.

On peut tous et toutes vivre ensemble ici et maintenant.

Cela va de soi.

Même pour les ploucs me semble-t-il.










samedi 6 octobre 2018

Les fleurs ne poussent pas en tirant sur les racines



Il m'est impossible de voir de la bienveillance et de l'humanité lorsque l'on attise la haine entre les citoyens et les citoyennes.

Un État de droit n'est pas la somme d'une histoire glorieuse qui descend de la montagne embrumée.

C'est un état de fait fondé sur des principes juridiques difficilement contournables dans une société libre, ouverte et démocratique.

D'aucuns voudraient nous faire accroire que nous sommes une tribu qui doit porter un chef sur un bouclier. Un chef qui dit n'importe quoi et en lequel l'on obéit aveuglément parce qu'autrement ce serait le chaos. On n'a jamais rien essayé d'autre dans cette tribu et quiconque voudrait tenter de le faire se ferait rapidement condamner à l'exil.

Je fais partie de ceux qui veulent seulement que les chefs nous foutent la paix. Je n'en veux pas des boucliers et des rassemblements au flambeau. Qu'ils aillent tous se faire foutre avec leurs logos et leurs drapeaux et leurs oripeaux. La paix. Qu'on me crisse la paix. Qu'on se crisse la paix. C'est tout.

Je soutiens quelque chose comme l'État de droit face aux balivernes du chef et de la meute qui jappe.

En fait, je n'en veux pas de chefs. Seulement des coachs. Des personnes qui aident les autres à grandir et à se dépasser. Pas des larbins qui obéissent à une vulgaire idéologie, qu'elle soit de gauche ou de droite, pour l'appliquer dans le réel comme si l'humanité était accessoire.

Je veux de la tendresse entre êtres humains tabarnak!

Tout ce qui amoindrit ne peut être que mauvais.

Les fleurs ne poussent pas en tirant sur les racines.



jeudi 4 octobre 2018

La médiocrité en marche !

Nous avons été habitués à beaucoup de médiocrité au cours des dernières années. La Coalition Avenir Québec nous en promet encore plus. Le Québec Ti-Coune tout entier s'est levé pour bégayer sa soif de changement en pointant du doigt la «musulmanie» et autres affaires que le monde ordinaire ne comprend pas.

Comment ne pas se sentir aigris face à des demi-portions intellectuelles qui voient le monde comme une lutte à finir contre la musulmanie, les communiches et l'accord du participe passé?

Je suis sans doute amer de constater que le pouvoir politique passe entre les mains de quelque chose de pire que les libéraux.

Je me sens tout honteux devant mes amis venus d'autres saisons dans l'espoir de bâtir avec nous la maison commune. Les voilà inquiets, blessés, menacés et intimidés. Je saurai les défendre. Mais combien serons-nous pour le faire?

Nous sommes quelque chose comme un petit peuple.

Un petit peuple sans rêves ni espérances qui n'en a que pour l'argent et qui, paradoxalement, en aura encore moins dans ses poches. Parce que l'argent ce n'est pas pour tout le monde.

L'argent c'est fait pour être regardé sans y toucher.

Il nous suffit d'admirer les riches avec vénération comme l'on adore les vedettes du hockey. On peut facilement vivre des victoires par procuration. Si Legault ou Bombardier ou Tartampion gagne: tout le monde gagne.

Oui, la médiocrité est au pouvoir.

L'âge moyen d'un Québécois? 46 ans.

L'âge moyen de la Génération X, ma génération, la plus ramollie et la plus aplatie de toute l'Histoire.

Il faudra attendre que ma génération passe pour que le Québec change.

Mettons 4 à 8 ans.

Pour le moment, c'est sa médiocrité que vous verrez en action.

Plus médiocres que ça, tu meurs.

Le hic c'est qu'on peut mourir à 20 ans et être enterré à 80.

C'est le cas du caquiste conventionnel.

Il ne sait pas qu'il est mort depuis très longtemps.

Et il marche comme un zombie halluciné dans notre monde qui ressemble de plus en plus aux coulisses de l'ONU.

Il pense qu'il n'y a que des zombies.

Parce qu'il ne regarde que son reflet dans son miroir.

Le miroir des autres ne l'intéresse pas.

Voilà.

Nous sommes dans la marde.

Dans la marde du caquiste devrais-je dire.

Oui c'est nauséabond.

Oui il y a des relents de fascisme.

Oui je l'ai déjà dit.

Oui je vais le dire encore...

mardi 2 octobre 2018

L'Argent a gagné ses élections

L'Argent a gagné ses élections.

Encore l'Argent.

Tout ce qui compte.

Le reste? On n'a même pas besoin d'avoir les bonnes réponses à des questions qu'on ne se pose même pas.

Le Québécois très moyen sacrifierait son père, sa mère et ses enfants pour un dollar.

Alors les immigrés, les écoles, les hôpitaux, Hydro-Québec... Pff! Qu'est-ce qu'il s'en crisse!

On a mis au pouvoir des demi-portions intellectuelles.

Comme dans le temps de Duplessis.

Comme des Habitants des années '50.

L'Argent a gagné ses élections.

Encore l'Argent.

Tout ce qui compte pour un tarlais et une tarlaise.

lundi 1 octobre 2018

FAISONS SORTIR LE VOTE ORANGE !

Peu importe qui gagnera ses élections, quelque chose s'est à jamais fissuré dans l'image que nous nous faisions du Québec jusqu'alors.

De tristes sires nous ont habitués à nous rasseoir, déçus, rassis et amers.

Cela fait des siècles qu'ils nous dépriment avec leurs courtes vues sur la communauté.

Pour eux, ce sera toujours au plus fort la poche. Toute autre vision de développement humain est non seulement ridiculisée mais vouée aux gémonies.

L'hégémonie de cette idéologie triste et exsangue est menacée par la piètre qualité de ses agents de promotion.

Face à une femme qui se tenait debout devant trois fieffés menteurs, les vieilles rengaines ne font plus le poids.

Il y a quelque chose dans l'air qui rappelle la Vague Orange.

Quelque chose qui rappelle même l'élection du PQ en 1976, quand Gérald Godin battait Robert Bourassa dans son propre comté avec des poèmes décapants qui ridiculisaient les vieilles peurs sur lesquelles a si honteusement surfé Jean-François Lisée.

Le PQ s'est disqualifié de cette élection pour cause de xénophobie.

La CAQ le sera pour la même raison.

Le Parti Libéral du Québec, c'est la corruption à fond Léon.

Pour un Québécois et une Québécoise, je crains qu'il n'y ait plus tant de choix...

Voter Vert? Pourquoi pas.

Ne pas voter? J'ai déjà entendu ça. On me dirait qu'il faudrait vivre tout nu que j'aurais la même réaction un peu indifférente. M'en fous que les gens veuillent vivre tout nu. Je les laisserais vivre tout nu.

Alors quoi?

Mais oui.

Québec Solidaire.

Il fait soleil. Les bureaux de vote sont ouverts.

J'ai bon espoir.


samedi 29 septembre 2018

La révolution joyeuse

J'ai 50 ans et suis déjà un homme d'une autre époque.

Beaucoup de mes anciens repères sont disparus. J'essaie de m'y retrouver tant bien que mal. Je suis parfois dépassé tant par la technologie que par les nouvelles idées. Et je m'en voudrais de devenir l'archétype du vieux grincheux qui en veut autant aux ordinateurs qu'aux droits civiques.

J'ai la chance d'être un artiste. Ça m'a permis de rester jeune et indigné sur une très longue période. Je doute même qu'elle ne s'achève un jour.

Cela dit, même ma révolte a évoluée.

Au tout début, mes problèmes personnels et la pauvreté vécue dans mon enfance donnaient la teinte à mes actions. 

J'ai commencé à faire du vandalisme politique vers l'âge de 12 ans. C'était en 1980. Je m'étais acheté de la peinture en aérosol et je traçais des OUI avec une fleur de lys sur les portes de garage de la P'tite Pologne avec un ou deux amis. Heureusement que je ne me suis jamais fait prendre.

Ou malheureusement. Puisque je me suis radicalisé ensuite. Je faisais des graffitis plus engagés au fil de mes lectures. J'en étais à Nègres Blancs d'Amérique de Pierre Vallières. Le récit de son enfance collait parfaitement avec ma propre enfance. J'ai senti une parenté intellectuelle. J'étais devenu socialiste et indépendantiste, en faveur de la décolonisation du Québec.

Le référendum de 1980 avait été perdu.

Le No Future gagnait du terrain.

Je dessinais des faucilles et des marteaux avec ma bombe aérosol sur tous les murs de la ville puis, bientôt, de la faculté de droit de l'Université Laval...

Je graffitais des «Vive la révolution!», «Socialisme et indépendance», «République socialiste du Québec!», «Fuck les bourgeois!», «Droit = bourgeois», etc.

Je faisais ça tard le soir. Après avoir bu quatre litres de vin pour me donner du courage.

Je faisais ça tout seul. J'étais le seul camarade de mon organisation révolutionnaire, le seul membre, le seul chef.

Je devais sans doute m'ennuyer...

Un jour, alors que j'étais préposé aux bénéficiaires au Centre hospitalier de l'Université Laval, je suis tombé par hasard sur le journal Combat Socialiste publié par Gauche Socialiste. J'ai participé à l'une de leurs réunions. Puis, de fil en aiguille, j'ai participé avec eux à tout plein de manifs et d'actions politiques tout en recevant une formation en vue de devenir un «cadre» marxiste révolutionnaire.

J'ai été adoubé au bout de quelques mois et reconnu pleinement en tant que camarade. 

Je me suis mis à publier des textes dans Combat Socialiste tout en distribuant des tracts ici et là.

Puis il y a eu 1989. Le doute s'est installé sur Trotski et l'Armée Rouge. La chute du Mur de Berlin, la chute du communisme, la place Tien An Men: ça devenait lourd pour un marxiste.

J'ai tout lâché suite à une réunion de cellule où des camarades féminines reprochaient à un camarade et ami d'avoir en sa possession des magazines Hustler.

Elles disaient que c'était inadmissible pour un camarade qui se disait féministe d'avoir des Hustler chez-lui qui présentaient les femmes dans des positions avilissantes.

J'avais 19 ans. J'ai défendu le droit du camarade à se crosser.

-On doit bin avoir le droit de s'crosser tabarnak! me suis-je offusqué. J'avais moi aussi des Hustler à la maison caché sous une pile de journaux Combat Socialiste!

J'ai donc rédigé une lettre au secrétaire du Parti pour lui dire que je foutais le camp, sans pour autant renoncer à l'action militante. J'allais devenir anarchiste, tiens. Trotski avait étouffé la révolte des marins révolutionnaires de Cronstadt. Il aurait été Staline à la place de Staline s'il l'avait pu. Le ver était déjà dans la pomme. Le bolchevisme n'a jamais été rien d'autre que l'étouffoir de la vraie révolution russe, une révolution qui venait du coeur, la révolution des femmes qui marchaient dans les rues de toute la Russie pour réclamer l'abdication du tsar et la république. Ils ont été les fossoyeurs de la révolution pacifique de février 1917. 

Bref, je suis allé me faire voir ailleurs, à Montréal, où je suis tombé sur le groupe Socialisme et Liberté, de tendance rouge et noire, des anarcho-communistes mettons qui publiaient le journal Rebelles. J'y ai passé quelques mois. J'ai participé à quelques actions. J'ai tenté de partir une cellule à l'UQTR. Mais mon professeur de philosophie. feu Alexis Klimov, m'a fait prendre conscience que ma révolte était encore plus grande que tout ce que je n'avais encore jamais imaginé.

Ma révolte était existentielle. Semblable à celle d'Icare qui s'envole du labyrinthe avec ses ailes de cire qui risquent de fondre au soleil.

Au cours de cette période, j'ai lu comme un forcené. Puis j'ai pris de l'alcool, beaucoup d'alcool, et probablement toutes les drogues imaginables, dont du LSD. Ce qui a fait péter ma coquille.

J'avais besoin d'amener ma révolte ailleurs.

C'était une révolte contre moi-même ou mon vrai moi est sorti vainqueur.

C'était à Vancouver, en 1993.

J'étais seul. Je ne parlais à peu près pas anglais: yes, no, mustard, relish...

J'étais parti sur un coup de tête. Un coup de désespoir.

Quelques mois plus tard, un nouvel homme revenait au Québec après avoir vécu un temps dans l'Ouest canadien, en Alaska et au Yukon.

Je parlais désormais anglais. J'avais accès à plus d'information qu'auparavant. Ma pensée n'était plus la même et, plus important que tout ça, j'avais gagné une confiance en moi sur les plans amoureux et sexuels.

J'ai continué de militer à ma façon, sans faire référence à une organisation.

Mon séjour chez les trotskistes m'a rendu à jamais allergique aux structures organisationnelles.

Je milite comme ça me tente et quand ça me tente. Je ne suis jamais aucun mot d'ordre. Je call les shots.

En 2012, j'ai été surpris de constater que je n'étais plus seul. 

Des centaines de milliers de Québécois et Québécoises se sont soulevés au cours des plus impressionnantes manifestations de toute l'histoire du Québec. 

J'ai affronté la loi spéciale avec mes nouveaux camarades dans les rues de Trois-Rivières.

La police ne faisait rien.

Les gens sortaient sur les balcons pour nous applaudir dans Ste-Cécile et la P'tite Pologne.

Il y avait une atmosphère de libération. Quelque chose que je n'avais encore jamais vécu auparavant.

Ce n'était pas une révolution triste. 

Non. C'était joyeux. La joie affrontait de tristes sires qui voulaient rappeler au peuple que les seuls rêves autorisés sont ceux des promoteurs immobiliers et autres vendeurs d'asphalte à trois fois le prix du marché.

Le Printemps Érable s'est essoufflé. Mais Jean Charest a été battu dans son comté et les libéraux aussi. Ils avaient fait couler le sang du peuple dans nos rues et lancer sur les étudiants des charges de la cavalerie cosaque de la SQ.

À la veille des élections qui auront lieu lundi le 1er octobre, je suis encore révolté.

Mais c'est cette révolution joyeuse qui m'anime.

Ce besoin de casser la tristesse, l'ennui et le vide des vieux partis politiques traditionnels.

La nature a horreur du vide. 

Et les jeunes comme les vieux n'en peuvent plus des faces de carême de la vieille garde politique.

Rêver n'est pas du luxe pour une communauté humaine.

C'est une nécessité.

Ceux qui veulent étouffer les rêves peuvent bien aller se faire foutre quant à moi.

Je ne veux même pas argumenter avec les zélotes du statu quo et encore moins avec ceux qui ne comprennent pas l'urgence de changer notre gestion de ce monde pour laisser aux générations futures ne serait-ce qu'un peu d'oxygène.

Cela dit, je suis un vieil homme déjà.

Je ne comprends pas tout.

Mais ce n'est pas moi qui vais étouffer les rêves de la jeunesse.

D'autant plus qu'elle s'amuse, cette jeunesse. Elle a l'arrogance de son intelligence. Les vieux qui la méprisent leur arrivent rarement à la cheville au plan strictement rationnel. Leur esprit est souvent plus vif et plus aiguisé. Ils en savent plus long que leurs parents, très souvent. Mais on ne veut pas le voir. Et surtout pas l'entendre. Et c'est dommage.

La révolution joyeuse s'en vient. Je sais qu'elle est là, toute prête.

Elle va nous débarrasser de ce climat de peur et d'austérité maniaque.

Elle va libérer notre avenir coincé par les digues de l'insignifiance.




mardi 25 septembre 2018

Un rêve pour Trois-Rivières

Il m'arrive de rêver. J'ai rêvé cette nuit que la Kruger était démolie et remplacée par une forêt de pins par pure vengeance des forêts rasées au Nord de la rivière Tapiskwan Sipi. J'ai rêvé que les plages de sable fin étaient rétablies du port jusqu'au Pont Laviolette. J'ai rêvé que Trois-Rivières, pour une raison qui m'échappe, était devenue la nouvelle Capitale du Québec, à mi-distance entre Québec et Montréal, au coeur d'un nouvelle révolution écologique qui bannirait les odeurs de marde de la Kruger, le Grand Prix de Trois-Rivières et le Rodéo de Saint-Tite.

J'ai rêvé que l'autoroute 755, ce mur de la honte qui pollue la ville des tous côtés, était transformée en zone verte réservée aux vélos et aux tramways électriques. J'ai rêvé que ma ville respirait enfin de l'air pur et qu'elle était belle, encore sauvage, débarrassée d'une mode de gestion dangereux pour la vie humaine qui date du XIXe siècle...