mercredi 14 mars 2012

La vie sans littérature de Mastique Gingras

La littérature nous sauve de bien des ennuis. Voilà pourquoi Marc Gingras dit Mastique Gingras ne lisait jamais. Il préférait s'ennuyer.

-Ej'lis jamais rien... J'écoute rien... Trop plate... Pas le temps... qu'il disait dès qu'on lui parlait des arts ou bien des lettres, voire de n'importe quoi.

Mastique Gingras aimait surtout ne rien faire, s'asseoir dans un fauteuil et regarder un point imaginaire sur son mur blanc, sans décoration ni fioritures. C'était un mur plus blanc que blanc. Et même qu'il n'y avait jamais d'ombre sur son mur puisqu'il laissait toujours les tubes fluorescents allumés dans son salon. C'était laid mais sans ombre sur les murs. Et ça, eh bien Mastique Gingras y tenait.

Il n'était pas très gros, plutôt moyen même, avec une coupe de cheveux aléatoire selon la longueur du peigne qu'il fixait sur son rasoir à coco rase-bol. Parfois longs, souvent courts, ses cheveux roux n'avaient rien de bien particulier, sinon d'être roux.

Mastique Gingras ne travaillait pas et ne recevait aucun sou de l'État. Sa maison avait été payée il y a longtemps par sa tante et son oncle qui l'avaient élevé pour une raison qui nous échappe. Mastique l'avait reçue en héritage à leur mort. Les taxes municipales étaient très basses dans ce trou perdu et Mastique finissait toujours par trouver les trois cent quatre dollars qu'il fallait pour le paiement annuel. Peut-être que sa terre à bois lui rapportait un peu mais c'est certain qu'il n'y faisait rien du tout, Mastique Gingras. Non, il restait vraiment collé dans son fauteuil, sans rien lire, sans rien écouter, à fixer son tabarnak de point imaginaire sur son mur sans ombre.

Ce qui fait que ce qui devait arriver arriva. On a fini par enfermer Mastique Gingras. D'abord, des promoteurs avaient un oeil depuis longtemps sur sa terre à bois. Et puis ça sentait la charogne partout autour de sa maison parce qu'il n'avait pas sorti les vidanges depuis deux ou trois ans. Donc, les flics et les ambulanciers sont débarqués chez Mastique un de ces jeudis et hop! on l'a ramassé comme une poche de patates pour te le crisser sur une civière jusqu'à l'asile toé chose.

Arrivé à l'asile, évidemment que Mastique Gingras était de mauvaise humeur. Le voilà qui frappe et regimbe encore comme s'il ne devait pas se calmer. On a fini par lui injecter un truc et, à partir de ce moment-là, il s'est comme ajouté un filet de bave permanent à l'image que l'on se fait de Mastique Gingras. Il est encore plus détruit que jamais, traîne les pieds jusqu'à son fauteuil dans la salle de séjour et passe toutes ses journées à fixer un point imaginaire sur un mur presque sans ombre.

-Ej' lis jamais, qu'il dit. Trop plate... Trop long... Hum...

On ne peut pas dire qu'il est très causeur, Mastique. C'est vrai que ça l'affecte un peu d'avoir perdu sa raison, sa maison et sa terre à bois, pour une raison qui m'échappe moi aussi. Ce sont des choses qui arrivent. Mastique en a sûrement vu d'autres. À moins qu'il ne regarde jamais rien, sinon son point imaginaire sur son maudit mur sale...

Épilogue 

Vous direz que ce n'est pas l'histoire du siècle et vous aurez sûrement raison. Quand on veut du sucre à la crème, on s'en fait. Donc, si vous n'êtes pas contents, écrivez-en des meilleures et ne venez pas me faire chier avec ce qu'aurait dû dire ou faire Mastique Gingras. Ce gars-là ne me dit rien qui vaille mais si je ne raconte pas son truc, qui va le faire hein? Certainement pas lui...

3 commentaires:

  1. Non, on a absolument rien à redire sur sur la presque non-hisoire de Mastique Gingras. Tout y était, la forme, un début de fond euh! non ça va pour moi. On va dire que cé correct. J'pense que j'vais retourner attendre qu'eul printemps fasse un peu d'ombre sur le mur blanc des contemplations.

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  2. Bin, moi ça me va, comme histoire, après tout je l'ai lue, pas vrai ? :)

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