mardi 30 juillet 2019

Samedi de la honte à Trois-Rivières

Trois-Rivières sentait la charogne samedi
Des racistes déshumanisés et méchants
Ont défilé dans ses rues
Désormais souillées par cette fange trumpienne

Trois-Rivières, État-policier
Centre-ville fermé et bloqué de toutes parts
Pour une poignée de nazis
Qui font des appels aux armes
Contre les juifs
Les musulmans
Les sikhs
Les homosexuels
Les végétariens

Les Trifluviens ont peur
Même moi j'ai peur
De me faire fendre le crâne

Je suis parmi les braves
Les juifs
Les musulmans
Les sikhs
Les homosexuels
Les intellectuels
Les transgenres
Les féministes
Les végétariens
Les unijambistes
Les féministes
Et autres parias
Qui font face
À l'État-policier
Qui protège
Et sert
Le défilé fasciste
D'une poignée de morons
Sans coeur et sans âme

Mes camarades aussi ont peur
Ils chantent Bella ciao
Pour se donner du courage
Et j'en ressens des frissons
Jusque dans le fin fond
De mes vieux orteils

Si l'on meurt en partisans
Contre le fascisme
Que l'on nous enterre
Là-haut sur la montagne
À l'ombre d'une belle fleur
Morte pour la liberté
O Bella ciao bella ciao
Bella ciao ciao ciao

C'est vrai que les flics sont menaçants
Et que les fascistes intimident tout un chacun
Même les clients des restaurants
Qui ont le malheur
D'être
Végétariens

Les bourgeois et notables de Trois-Rivières
Ne feront jamais rien
Ce sont toujours les parias
Qui tombent au front
Quand le fascisme pointe le nez

Ça fait partie d'la game

Aussi je pratiquerai Bella Ciao
Matin et soir
À la guitare
Au clavier
À l'harmonica
À l'accordéon
À la guimbarde
Pour toujours me sentir prêt
À mourir
Pour la liberté

O Bella ciao bella ciao
Bella ciao ciao ciao


dimanche 28 juillet 2019

J'me suis fait poivrer par l'anti-émeute hier pendant que Legault lisait Mathieu Bock-Côté

C'est moi le gros au milieu.
Un défilé raciste s'est tenu, avec difficulté, dans les rues de Trois-Rivières.

Il n'aurait pas eu lieu du tout s'il n'eût été de votre humble serviteur entouré de manifestants et manifestantes qui ne votaient probablement pas pour François Legault.

En fait, Trois-Rivières avait l'air d'une ville sous Occupation hier.

Je n'y avais jamais vu autant de policiers de ma vie... Et j'ai 51 ans. Dix autobus. À peu près 200 policiers. Quatre bateaux de policier sur le fleuve Magtogoek. Tout était bloqué par la police, partout au centre-ville.

Je me suis pointé vers 12h30 au Carré de la Fosse avec ma pancarte et mes harmonicas. Sur ma pancarte on pouvait y lire «Caricatures gratuites pour les fachos».

Plusieurs camarades portant le voile pour plusieurs raisons y étaient. Le climat était tendu, pour ne pas dire explosif. Voir des types armés de matraques et de boucliers faire mur devant soi pour laisser calmement défiler des fascistes, on ne voit ça qu'en Pologne, en Hongrie ou en Alabama.

J'ai compris, lorsque je me suis fait poivrer avec d'autres manifestants contre le racisme, qu'il n'était pas si bête de porter un voile, ne serait-ce que pour ne pas se faire empoisonner par la police anti-émeute. Ça chauffe en maudit, le poivre de cayenne. Ça pique les yeux, mais ça redonne radicalement de l'adrénaline. Dix minutes plus tard moi et mes camarades reprenions la rue. Et quinze minutes plus tard je jouais le meilleur solo d'harmonica de ma vie à un mètre de la police anti-émeute pour leur rappeler qu'on n'interrompt pas un musicien pendant un solo. J'aurai joué de l'harmonica pendant quatre heures pour détendre un peu l'atmosphère...

Pour ce qui est des caricatures, c'était difficile. Les policiers bougeaient tout le temps. Je n'étais pourtant pas là pour eux, mais pour les fachos, ceux qu'ils protégeaient de nous, coincés quelque part sur le bord du parc portuaire.

-Arrêtez de bouger! que je disais aux policiers de l'anti-émeute. Je ne serai jamais capable de vous dessiner!

Pourquoi empêcher un défilé d'extrême-droite de se terminer devant le Café Frida, un café végétarien qui est la cible de l'extrême-droite depuis un mois, comme si nous étions dans un trou perdu de la Géorgie? Sommes-nous rendus moralement si bas qu'il faille revenir au climat qui a préludé à Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948, que le gouvernement Legault ne s'est pas gêné de piétiner du pied avec sa loi sur l'interdiction des signes religieux? Ces questions trouvent leurs réponses dans des actions concrètes pour protéger nos droits et libertés.  S'il faut devenir paria pour combattre la haine et l'intolérance, eh bien soit. Je serai paria, antifa, n'importe quoi sauf un rassis qui laisse calmement défiler des nazis devant ses yeux sans rien faire.

Pendant que nous nous faisions poivrer et intimider par la police provinciale de François Legault, ce dernier lisait (ça ne s'invente pas!) L'Empire du politiquement correct de Mathieu Bock-Côté. Voici son commentaire sur Twitter: «Lu le dernier de Bock-Côté. Toute société a besoin de 2 pôles: progressisme et conservatisme. Certains médias de notre société actuelle condamnent le conservatisme. Ils condamnent entre autres le nationalisme. Heureusement, au Québec, on a redonné sa place au nationalisme.»

Diane Blain a déclaré dans le Parc Victoria, juste avant le début du défilé nationaliste dit de la Vague Bleue, qu'être patriote c'est aussi avoir à prendre les armes contre les juifs, les musulmans et les sikhs. (Voir lien sur YouTube)  Le Nouvelliste rapporte les paroles d'un des participants de la Vague Bleue, Stéphane Gagné, l'illustre Général Lee autoproclamé de la Mauricie: «Je viens à la manifestation en tant que nationaliste. Je suis un blanc, je suis fier de ma patrie et j'aime ça me promener et me sentir chez-moi. On n'est pas à Montréal ici. C'est pour ça qu'il faut garder notre image de ville de blancs.»

Ni Stéphane Gagné, ni Diane Blain ne se sont faits poivrer hier.

Ce sont les antifascistes qui ont tout pris dans la gueule par les farces de l'Ordre, dont votre humble serviteur...

Il y a bien sûr eu l'arrestation de Pierre Dion. Un sympathique moron d'extrême-droite qui disait qu'il y aurait du sang à Trois-Rivières au cours de sa manif patriotique.

Je remercie mes nouveaux amis et camarades qui ont osé affronter autant les fascistes que la police provinciale d'un gouvernement malpropre et irresponsable qui nourrit le chaos social et entretient le racisme.

Hier, j'ai reçu le baptême du poivre de cayenne avec mes frères et soeurs de combat pour la justice sociale.

Je remercie tous ceux et celles qui ont le courage de défier ce qui défie le bon sens d'une société libre, juste et démocratique.

No paseran!





jeudi 25 juillet 2019

Non au défilé raciste samedi le 27 juillet à 13h00 à Trois-Rivières !

Photo de TRès inclusif.Je serai à cette contre-manifestation samedi. Parce que je ne laisserai pas défiler les nazis dans les rues de Trois-Rivières sans rien faire. Parce que je pense à quelqu'un qui est allé au front se battre contre Hitler, le meilleur ami de feu mon père. Parce que les organisateurs de la manifestation dite de la Vague bleue sont tous directement reliés à des groupes aux noms révélateurs de la mouvance d'extrême-droite: Storm Alliance (initiales SA, comme dans Sections d'assaut, les troupes de choc hitlériennes), Soldiers of Odin (Aryens à souhait...), voire La Meute, pathétique rassemblement de personnes bêtes et méchantes envers les autres.

Je crois qu'il y a lieu de s'inquiéter de la détérioration du climat social tout autant que du climat tout court.

Les animaux circulent librement d'une frontière à l'autre. Mais pas les humains. Pas nos frères et nos soeurs. Quels progrès avons-nous accomplis? Pourquoi en sommes-nous à sacrifier à tous les jours un peu plus la beauté du monde? Pourquoi donner raison à ce qu'il y a de plus laid et de plus sale en l'esprit humain?

Je veux bien que l'on protège nos frontières de nos vrais ennemis.

Je ne vois pas comme un ennemi une personne qui fuit la guerre, trouve refuge ici et contribue par son travail et ses compétences au progrès de notre communauté.

L'ennemi, c'est la haine, la méchanceté envers les gros, les homos, les Noirs, les Jaunes, les Mauves et les Zôtres. Il y a des limites à considérer un problème social comme une opinion banale et anodine d'ultranationalistes fiers de leur pays.

Je n'aurais pas voulu me trouver à cette contre-manifestation samedi prochain le 27 juillet. D'abord ça scrappe une belle journée d'été. Je ne jouis pas à l'idée de manifester. Je déteste ça. Mais je le fais quand même et plus souvent qu'à mon tour. Parce que j'ai quelque chose comme une conscience...

Je n'aime pas particulièrement la chicane, la violence, la niaiserie, mais j'ai le malheur de vivre sous un gouvernement qui méprise les droits civiques en pratiquant l'abolition de la constitution pour cinq ans.

J'ai le malheur de vivre en une époque malsaine où l'on dédouane le racisme et les pires idéologies qui ont dévasté la planète au vingtième siècle.

Les 60 000 000 de morts de la Seconde guerre mondiale nous obligent à plus de réserve dans nos idées. La sagesse serait de mise dans nos politiques. La démagogie a toujours mené l'humanité à sa ruine, toujours.

Je vais me présenter samedi le 27 juillet devant de pauvres types qui pensent que l'amour de la patrie passent par la haine d'autrui, dont celle de mes collègues de travail, mes amis et mes voisins.

Je ne veux pas que les étrangers se promènent dans les rues de Trois-Rivières ou de n'importe où ailleurs au Québec sans se sentir en sécurité.

Je ne crois pas qu'un défilé du Ku-Klux-Klan, de La Meute ou de quelques autres organisations mini-hitlériennes puissent contribuer à faire passer ce message de paix et de solidarité.

C'est de mon devoir en tant que citoyen et humain responsable de me tenir debout devant les racistes qui veulent parader dans les rues de Trois-Rivières.

Je serai là avec mes amis et camarades pour dire non à ces voyous.

Je vais tout de même y aller dans une optique d'humour et d'amour de mes semblables.

Je vais même être gentil avec les fascistes. Je leur proposerai des caricatures gratuites d'eux-mêmes qu'ils pourront emporter avec eux s'ils m'approchent de trop près. Je leur soufflerai un morceau d'harmonica, évidemment. Peut-être Gens du pays en version Jimmy Hendrix. Je ne sais pas trop encore.

Je vais continuer de dire et de pratiquer cette simple philosophie: Aimons-nous les uns les autres.

Tout le reste c'est de la marde.

En fait, samedi si nous étions vraiment smart nous réussirions à convertir tous les nazis présents pour finir ça en jam de tamtams autour d'un verre d'eau.

Je me permets de le rêver.

Ok. J'emmène mon cahier de croquis, mes crayons et mes harmonicas samedi le 27 juillet à 13h00 au Carré de la Fosse, au centre-ville de Trois-Rivières.




mercredi 24 juillet 2019

Tranche de vie devant Les escomptes Lecomte

Je suis allé au magasin Les Escomptes Lecomte ce matin. C'est un magasin presque général qui rendrait les gens malheureux s'il n'y était pas. Il fait office de quincaillerie, de boutique cadeau et même d'épicerie pour plus d'un Trifluvien condamné à vivre au centre-ville.

Le centre-ville était plutôt calme ce matin. Un type dans la trentaine mendiait non loin de là, comme d'habitude. Il était habillé pour l'automne et portait un bandana étoilé en couvre-chef.

Un policier était garé sur la rue Champlain, une rue transversale à la rue des Forges.

Nous entrâmes tous les deux au même moment aux Escomptes Lecomte. Moi c'était pour y magasiner. Je n'aurais pas pu dire pourquoi le policier s'y rendait.

Je lui ai tenu la porte parce qu'il me semblait presser. Les civils ne sont pas là pour nuire au travail des gens en uniforme ai-je dû assimiler inconsciemment. À moins que je ne sois naturellement poli avec tout le monde. Je tiendrais la porte même pour mon ennemi parce qu'on ne se fait pas de mal à se faire du bien... 

Quoi qu'il en soit je m'achète une toile ainsi que des éponges afin de poursuivre mes oeuvres.

Je paie la facture puis je sors.

Qui vois-je en sortant? Le même itinérant que tout à l'heure.

Je lui refile une obole ou deux.

Il me remercie mollement, comme s'il sortait de son sommeil.

Il m'a l'air un peu knock-out. La nuit a été dure.

Je poursuis mon chemin vers la boucherie Alex Lamy. Puis je reviens sur mes pas.

Le jeune itinérant n'y est plus mais il a laissé son sac et ses affaires sur le trottoir.

Deux ambulanciers arrivent dans leur grosse caisse jaune.

-Il doit être rentré en-dedans! leur dit le policier.

J'imagine que oui.

Le mendiant avait du moins un peu de mon argent pour se payer quelque chose.

Comme quoi ma bonne action finira peut-être à l'hôpital...

Je ne sais pas pourquoi je vous raconte ça.

Peut-être parce que je me sentais bizarre.

Trop d'insolite pour ne pas y voir matière à creuser davantage.

J'aurai au moins, avec ce texticule, donné le premier coup de pelle.

lundi 22 juillet 2019

ÉriKKK-81 alias Jean-Luc Héroux ...

EriKKK-81, alias Jean-Luc Héroux, était un paumé qui, comme tous les paumés, trouvait des tas de raisons à des problèmes qu'il inventait pour se dédouaner de réfléchir.

Il se cachait sous un avatar et agissait en troll sur les Internettes parce que c'était facile, au début à tout le moins, et parce que ça lui avait permis de rencontrer des tas de types sympas comme Kuclusclam Matane, Tyrannosaure Rexxx et Luc Gravel. Ces types l'aimaient vraiment, lui donnaient des grandes claques dans le dos, payaient sa bière, lui offraient des lignes à sniffer, et menaient un sale combat courageux contre tous ces parasites de gauche, ces cosmopoliques multiculturaliches à la Trudeau, ces homos, ces avorteuses, ces viragos, ces étrangers qu'on ne sait même pas prononcer leur nom, ces mangeux de poulet à l'ail islamique...

Bref, il avait des idées maintenant.

Et il était fier de croire que ces idées correspondaient mot à mot avec les valeurs du bon gouvernement du Québec qui mettait au pas les immigrés et les multiculturalismes à la Chakira, au bikini et au poulet à l'ail...

Un jour, à force de conneries sur le ouèbe, il lui prend l'idée lui aussi de devenir le héros d'une nouvelle croisade hitlérienne contre les ceusses qui ne sont pas comme lui et Luc Gravel.

Alors il se fait à l'idée d'intimider commerçants et individus associés à la gauche, dont les boutiques d'aliments naturels, les ateliers de réparation de bicyclette et les ceuses qui ont faitte perdre la djobbe de Luc Gravel à la fromagerie. Luc disait seulement la vérité à propos des sales races qui viennent voler sa djobbe à la fromagerie. Il était tellement triste qu'il a bien dû sniffer cinq grammes de poudre ce soir-là avant de se filmer en direct en train de chier sur un globe terrestre en prétendant que la terre était plate et dirigée par des francs-maçons bolchevisses sous l'ordre des Reptiliens...

Bon, vous voyez tout de suite qu'on a affaire à un cas de psychiatrie si nous étions en 1970.

Mais nous sommes en 2019 et le président des États-Unis est un crackpot.

On se bat un peu partout sur la planète pour le dernier puits de pétrole, le dernier point d'eau, la dernière chaudronnée de fruits de mer...

Un jour il n'y aura plus rien.

Peut-être qu'il n'y a plus rien depuis longtemps...

En tout cas, la vacuité mène ce monde.

Vacuité, vanité et fatuité sont à l'honneur.

Tout être intelligent qui n'est pas frappé de spleen devant tant d'horreur et de déshonneur ne peut pas être intelligent.

Enfin! Ce n'est pas l'opinion de EriKKK-81. Un jour les antifas et autres tapettes vont payer. Trump est leur président. Legault leur bon Maréchal Pétrin.

C'est incroyable mais vrai.

C'est le cauchemar quotidien des médias sociaux qui ne pratiquent aucune forme de Netiquette.

Il faudra réapprendre un jour ou l'autre des bonnes manières.

N'importe quoi pourvu que personne ne se sente autorisé à vous vomir n'importe quoi dans la figure en menaçant de vous tirer à vue à la mitraillette...

On pourrait commencer par respecter la Constitution du Canada et la Charte des droits et libertés. Ce serait un bon début.


mardi 16 juillet 2019

Ça veut dire quoi «Maître Suprême» ?

Il m'arrive de saisir au vol des conversations qui n'ont ni queue ni tête.

Cela m'est arrivé pas plus tard qu'il y a dix minutes.

J'étais au dépanneur. Deux commis étaient derrière le comptoir. Deux jeunes. Un gars et une fille plutôt cool et relativement marginaux. L'un était du type caucasien avec des dreadlocks. L'autre avait l'air de F dans Stranger Things avec des bas deux couleurs rouge et blanc comme des colonnes de barbier. Ils m'apparurent tout de suite sympathiques. J'aime inconditionnellement les excentriques.

Lorsque vint mon tour de passer à la caisse avec mon spécial trois Coke diète pour cinq piastres, ces deux-là discutaient de je ne sais trop quoi en se souciant plus ou moins de mon existence. Ce dont je ne saurais le leur reprocher. C'est l'âge. Ou l'époque. On devient peut-être plus présent pour autrui en vieillissant. Quoiqu'il y ait suffisamment de vieux cons pour détruire toute tentative de généralisation en ce sens-là.

Peu importe. Mes deux jeunes rebelles discutaient ensemble d'un sujet très sérieux dont je ne saisissais pas toute la portée.

-Ça veut dire quoi «Maître Suprême»? demandait l'un à l'autre.

Et l'autre de lui répondre, sur un ton désabusé:

-Je l'sais pas... C'est p't'être comme un titre de Dongeons et dragons... Des affaires de même: Maître Suprême...

-Ah ouais? C'est parce qu'i' doivent être des millionnaires man!

-Ouin... I' doivent être pleins aux as...

-Maître Suprême... Fuck that... C'est quoi ça «Maître Suprême»?

J'ai payé mes trois Coke diète.

Puis j'ai salué mes deux jeunes philosophes.

-Salut à vous deux ô Maîtres Suprêmes!

Ils ont rigolé.

Je ne sais pas trop pourquoi.

Peut-être que je suis drôle.

Ou vieux.

Ou con.





mercredi 10 juillet 2019

Le cancer de la gorge de Bob le livreur de la rôtisserie Chez Ti-Poula

Bob est livreur à la rôtisserie Chez Ti-Poula. L'homme né en 1957 approche de la retraite. Il n'y est pas encore et travaille pour survivre, comme tout le monde.

Bob fume trois paquets de cigarettes par jour et il est tout constitué de nerfs. C'est comme si ce maigrelet était artificiellement maintenu en vie par le tabac. C'est du moins ce que tout le monde croyait jusqu'à ce que Bob attrape un fichu cancer de la gorge.

Du coup, Bob n'est plus livreur à la rôtisserie. Il n'est plus rien en fait. Il va retirer un chèque de chômage bientôt et en attendant il est sur le point d'aller mendier à l'aide sociale.

Bob n'arrive plus. Comme il n'a pas grand chose, il ne lui est pas difficile de lâcher prise. C'est le système qui le prend en charge depuis qu'on l'a emmené à l'urgence d'où le médecin de service diagnostiqua son cancer.

On l'envoie en convalescence à la résidence Gros Dodo parce qu'il est trop faible et surtout trop étourdi pour s'occuper de lui-même. Ses traitements en oncologie le foutent à terre. Il peine à se relever. Pourtant, Bob semble garder quelque chose comme le moral ou bien l'habitude de traverser de la misère.

C'est le convalescent le plus pauvre, le moins éduqué, le plus ignorant du point de vue des connaissances générales et tout. Pourtant, c'est un homme adorable, d'une gentillesse et d'une politesse exceptionnelles.

Alors que tous les autres patients semblent parfois aigris, pour ne pas dire acerbes, Bob en est l'antonyme vivant quant à leurs attitudes.

Bob est reconnaissant pour tous les services qu'il reçoit.

Il n'a que des mots gentils pour tout le monde.

Certaines employées africaines doivent parfois affronter le racisme larvé des patients qui parlent d'elles comme étant des négresses.

Bob, c'est tout le contraire. Pour lui, ce sont des déesses africaines. Et il leur dit ça sur un ton qui n'a rien de sexuel ni de condescendant. C'est dit comme ça lui vient, à Bob. C'est noble et sincère.

-Qu'est-cé qu'j'ai faitte au bon Dieu pour être servie d'même par des déesses africaines? Moé chu rien qu'un trou d'cul dans 'a vie... J'livre du poula...

-Voyons monsieur Bob! qu'elles lui sourient tout naturellement parce que Bob a de la classe malgré tout.

-Jamais j'aurais pu rencontrer d'aussi belles femmes qu'icitte... Quelle femme va s'intéresser à servir el déjeuner au litte à un gars qui sent toujours la maudite graisse à patates frites hein?

Bob est un rigolo, voyez-vous. Et tout le monde rigole avec lui sans malice aucune.

Bob n'a que des bons mots pour le personnel soignant.

-Icitte, chu servi é wane. É wane. Numéro un. Rien à dire. Sont toutte fins, toutte gentils, toutte... Pas de misère pantoutte... Une chance que j'vous ai Jésus, Marie, Joseph...

-C'est un plaisir d'servir un monsieur qui est plaisant... qu'on lui répond.

-Plaisantin! Oubliez qu'chu un plaisantin moé-là! Pis tabarnouche que c'est dur d'arrêter d'fumer... Maudit poéson... Qu'est-cé tu veux qu'on faize quand y'est trop tard, hein?

Bob, contrairement aux autres, ne parle pas de ses finances. Il est ruiné, comme d'habitude. Cela explique son silence à ce sujet.

Il se laisse aller.

Soixante-trois ans avec un cancer de la gorge virulent.

Il s'attend à subir une trachéotomie.

Et peut-être plus.

Mais à quoi bon s'agiter plus qu'il ne le faut?

-Ça va déjà assez mal à shop pour moé que s'i' faut que j'déprime en plus ça y'ira pas bin bin mieux... Pus capable d'avaler... M'en v'as vers un gavage... Hé saint-crèche! Qu'est-cé tu veux qu'on faize? On fait dur! Ha! Ha! Ha!

Bob regarde dehors. Puis regarde ses souliers. Puis regarde la télé.

Encore des films poches à TVA.

C'est mieux que rien.

-Je r'garde ces conneries-là d'paôfe-paôfe pis j'm'endors...

C'est Cours après moi Shérif 2 qui passe ce soir-là.

Un film vraiment poche, oui.


mercredi 3 juillet 2019

La Fin du monde permanente

Le triomphe de la mort de Pieter Bruegel l'Ancien (1562)
Musée du Louvres
Nous vivons sous l'effet d'une Fin du monde tout autant permanente qu'imminente. Ce ne sera pas nécessairement celle que nous aurions crue. Néanmoins, elle est déjà là et on lui donne des chaires à l'université.

Le monde tombe en ruines non pas parce que je m'imagine cela. Je ne suis pas un vulgaire démon qui jubile à l'idée de voir sombrer l'humanité en enfer. Je ne suis qu'un témoin. Un vulgaire témoin de la Fin du monde.

Elle est partout, la Fin du monde.

Elle était à Hiroshima, Nagasaki, Tchernobyl et Fukushima.

Nous ne maîtrisons pas le nucléaire. Ni l'atome. Ni les abeilles.

Finalement, nous ne maîtrisons pas grand chose.

Nous sommes cons comme des manches.

Nous pissons et chions dans l'eau que nous buvons.

Nous coupons les arbres pour qu'il y ait plus de stationnement. Pour que la température augmente de 6 Celsius de plus, une fois de trop.

Nous vivons dans des bocaux climatisés, comme sur une planète hostile que nous apprenons à coloniser en se réfugiant sous Terre, après avoir éradiqué toute forme de vie à la surface.

Nous jetons, surconsommons et détruisons tout sur le passage de la loi du marché.

***

L'anxiété croît au sein de notre espèce comme dans tout le règne animal.

On s'entre-tue pour le dernier point d'eau après que tout eut été transformé en désert ou bien en stationnement.

Pour oublier tout ça, on fait encore plus de bruit.

On célèbre la pollution sous toutes ses formes pour annihiler sa conscience.

On oublie tout le temps d'une guerre ou d'une publicité.

Le cynisme l'emporte. On attend la Fin du monde.

Qu'elle vienne des Nazis ou bien du gaz de schiste et plus personne ne s'en soucie.

C'est à qui s'en sortira le mieux.

Après moi le déluge ou le désert ou rien.

C'est fini je vous dis.

F-i fi, N-i ni: fini!

***

Et pourtant...

Pourtant: rien.

L'espoir est une abstraction.

Vous l'expliquer me déconcentre de mon autoguérison.

Je me dis qu'on peut stopper la Fin du monde.

Et parfois je me dis que nous sommes foutus...

Mon espoir est faible, très, très faible.

Pas parce que je déprime.

Parce que je vois clair.

Enfin, je crois bien voir clair...

Qu'on vienne me dire pourquoi nous consommons autant de pilules contre l'anxiété? Pourquoi le sommeil de plus d'un ou d'une est troublé? Pourquoi tout ça ne trouve son sens que dans l'annihilation de la raison et la soumission à l'autorité?

Laissez faire...

Je n'ai pas plus l'envie d'entendre d'explications...

C'est déjà la Fin du monde.

Mon témoignage ne servira à rien.

Nous coulons et il est trop tard.

En attendant de mourir, je ferai de mon mieux.

Je ferai comme si je pouvais changer quelque chose à ce monde.

Je vais me battre quand tout le monde me dit de me reposer.

Je vais lutter quand on est si bien à ne rien faire...

Je ne gagnerai pas un prix pour autant.

Ma vie ne sera que plus compliquée.

Mais au moins, hostie, elle aura du sens.


lundi 1 juillet 2019

Kanata Thé

J'ai connu des tas de bonnes personnes, de Vancouver à Halifax, en passant par Terre-Neuve et le Labrador, les Grands Lacs, le Yukon et Wawa (Ontario).

Très peu m'ont fait sentir que je les dérangeais en tant que francophone ou Québécois.

Ils me demandaient parfois ce que le Québec voulait vraiment et, franchement, c'était d'autant plus le cadet de leurs soucis qu'ils n'y comprenaient rien.

J'ai vécu et travaillé en anglais. J'ai ressenti un tant soit peu ce que c'était que de vivre parmi des gens dont tu ne fais que baragouiner la langue. J'ai commencé par travailler dans un atelier de fabrication de supports de bois pour l'entreposage. Le travail était éreintant. Douze heures par jour du lundi au samedi avec un pistolet à clous contenant cinquante livres de pression. Je m'y serai fait des bras solides, croyez-moi.  Pour ce qui est de la communication, on y allait par signes plus souvent qu'autrement parce qu'on n'entendait rien avec nos protèges auditifs. Il n'y avait plus d'obstacle de la langue, sinon pendant les pauses où mes camarades se moquaient de mon fort accent de Frenchy.

-You sound like Jacques Cousteau when you speak man! It's so funny... Come on Frenchy! Talk again! Arf! Arf!

-Ail ham guelade tout mite yiou.

-Arf! Arf! Arf! Jeez! Jaaacques Cousteau's speaking! Arf! Arf!


***

Où veux-je en venir?

À ceci que j'ai vécu dans la méfiance envers les maudits Anglais et que j'ai eus un jour dans ma vie des Canadiens-Anglais en tant que bons Samaritains, lesquels n'étaient pas tant Anglais que Mexicain, Ukrainien, Japonais, Blackfoot, Alouette... Ce qui ne correspondait pas à l'image de l'Anglais orangiste et colonisateur que l'on m'avait enseignée.

Personne ne m'a jamais dit Speak White...

Personne ne m'a craché dessus parce que je parlais français dans la rue, que ce soit à Edmonton ou Regina ou Toronto.

Où veux-je en venir?

Je ne sais pas.

Ai-je seulement le droit ou bien le devoir de ne pas comprendre Speak White?

***

Bref, c'est la Fête du Canada.

Le patriotisme primaire m'indiffère.

Vous ne me verrez pas à la parade.

Mais bon, j'ai écrit un texte sur le Canada, indirectement.

Prenez ça comme des voeux d'anniversaire si ça vous chante.

J'aime toute l'Île de la Tortue et je ne me passerais pas de bons voisins accueillants et solidaires...

Je vous laisse sur le film Rowdyman, un classique du cinéma terreneuvien.