mercredi 12 mai 2021

Mon chemin de l'intégration...

Trois-Rivières est une ville de langue française à 95%. Il s'y trouvait peu d'étrangers jusque vers les années '80 où l'on favorisa l'intégration des immigrants dans les régions du Québec.

Le premier «étranger» que j'aie connu était Cambodgien. Le deuxième était Vietnamien. Les deux étaient arrivés en même temps. Le Cambodgien était de notre âge, environ treize ans. Le Vietnamien n'avait pas encore quatre ans mais il était tout de même notre voisin. Il y avait bien sûr leurs familles mais nous ne vivions pas vraiment dans le monde des adultes. 

Monsieur Pépin, vétéran de la Seconde guerre mondiale, fût sans doute le premier de la rue à leur parler dans un mélange de français, d'anglais et de trucs qu'il avait dû apprendre pour communiquer avec toutes sortes d'humains au cours de ses aventures périlleuses. Il nous faisait toutes sortes de numéros comme souffler dans son pouce tandis que ses biceps ondulaient comme des vagues. On essayait de le faire ensuite et on n'y arrivait jamais. Encore aujourd'hui je me demande comment il faisait ça...

Tout étranger devenait tout de suite l'ami de Monsieur Pépin et comme il était le meilleur et seul ami de mon père, on finissait nous aussi par nous ranger sur la sagesse et la généreuse hospitalité d'Irenée Pépin.

C'était lui, le guerrier, l'homme qui en avait vu de toutes les douleurs, avec qui tout étranger pouvait trouver illico le chemin de l'intégration. Tu ne pouvais pas ne pas devenir l'ami de Monsieur Pépin. C'était tout bonnement impossible. 

Ce qui fait que je suis allé à la bonne école. Je me rends bien compte aujourd'hui que de tous les gens qu'il y avait sur la rue Cloutier dans ce temps-là, Monsieur Pépin était celui pour qui la peur de l'autre n'existait pas.

Mes parents avaient certaines réserves, certaines peurs. Ils arrivèrent à les surmonter plus souvent qu'autrement. Mais l'étranger, l'Autochtone, celui qui ne faisait pas comme tout le monde, je crois bien que ça les rendait parfois anxieux. Ils n'avaient pas connu d'étrangers. 

Néanmoins, mon père et ma mère ne laissèrent pas cette part d'ombre les terrasser. Ils suivirent timidement le chemin ouvert par le soldat Pépin. 

À l'école, je fus de plus en plus en contact avec des étrangers. Mais c'est à l'université que vraiment je pus connaître des personnes provenant de tous les horizons. Et m'en faire des camarades que je fréquente encore dans la vraie vie. Le travail en Colombie-Britannique, au Yukon puis au Labrador élargirent mes horizons. C'était désormais moi l'étranger avec mon anglais très primaire qui s'améliora avec le temps.

Je fus l'étranger, comme Monsieur Pépin. Au retour chez-moi, je me suis juré que je vivrais dans un monde où plus personne ne se sentirait étranger.

J'ai adopté la fameuse technique de Monsieur Pépin. Tout étranger porte une histoire que je veux connaître. Je salue, parle, trouve des points de discussion, questionne, m'étonne, m'émeus. 

Mes petites misères ne sont pas grand chose quand j'écoute les récits d'horreur des uns et des autres, de la Bosnie jusqu'à l'Amérique latine, en passant par la corne de l'Afrique. Je m'en voudrais de ne m'en tenir qu'à l'horreur, mais elle était souvent là pour les inciter à trouver refuge ici parmi d'autres humains qui ne sont pas en guerre et vivent relativement en paix. 

Au fond, il n'y a pas d'étrangers pour moi.

Nous sommes tous et toutes frères et soeurs et mieux encore: Terriens.

Nous n'avons pas décidé des frontières et des administrations.

Mais nous pourrions décider de vivre mieux ensemble malgré les frontières et les administrations.

J'ai l'espoir de vivre dans un monde où l'on partage autant les repas que les connaissances.

Je ne trouve aucun plaisir et aucune utilité dans l'humiliation des gens qui nous entourent. 

On fait tous partie du même État, de la même ville, du même quartier, du même bout de ruelle.

S'il arrive quelque chose à mon voisin, quel qu'il soit, je me porterai naturellement à son secours. 

Je ne laisserai pas personne se sentir exclus de la fête sous prétexte que sa tête ne revient pas à tel ou tel peureux qui ne sait pas que c'est lui le méchant du party. Même lui nous pourrons le ramener. Parce qu'inclure tout le monde ça ne laisse pas pour autant les niaiseux de côté. 

Arrête de faire le con. Arrête d'avoir peur. Et fêtons ensemble.


mardi 11 mai 2021

L'Hibachi de feu mon père Conrad Bouchard


Conrad et Jeannine s'étaient achetés un Hibachi. Juillet 1981. C'était l'été après tout et il fallait bien faire un peu comme les autres qui avaient des barbecues sur leur perron. 

Il faisait toujours chaud me semble-t-il ces étés-là. Nous étions six à suer dans un petit cinq et demi. La moitié avant était de briques. Quant à la moitié arrière, c'était demeuré à l'état de baraquement d'usines. Un mélange hétéroclite de bois, de tôle et de papier-brique goudronné. C'était plutôt laid mais nous ne le savions pas encore. Pour moi, c'était encore mon Far West. La ruelle était l'endroit où j'apprenais à survivre avec mes camarades, souvent plus pauvres que moi. J'avais un père et une mère, un toit, de la nourriture dans le frigidaire. Il ne nous manquait qu'une auto et une télé en couleurs pour rejoindre la moyenne nationale de l'époque. J'imagine que nous étions légèrement au-dessus de la moyenne dans mon quartier. Quoique mes souvenirs soient plutôt anciens, voire vagues et confus...

Par contre, ce foutu Hibachi habite encore ma mémoire...

Conrad, mon père, n'était vraiment pas habile de ses mains. Il en avait développé un certain complexe qu'il camouflait sous des tonnes de sacres et de jurons tous très catholiques. J'ai malheureusement hérité de cette propension à enligner des millions de sacres l'un après l'autre. Quant au côté manuel, j'ai eu la chance d'hériter de ma mère...

Enfin! Je me perds encore en digressions... Revenons à l'Hibachi.

Ils l'avaient acheté chez Canadian Tire, le plus loin qu'on pouvait aller à pieds, à la sortie du pont Duplessis, au Cap, près de la Reynold's Aluminium Company où Conrad travaillait.

C'était emballé dans une boîte et il fallait malheureusement assembler l'Hibachi...

Conrad, n'écoutant que sa masculinité, se mit à la tâche d'assembler ce petit grill portatif en fonte. 
Il vissa le pied puis s'attaqua aux poignées de l'Hibachi.

Une fois que tout fût terminé, fier de son ouvrage, Conrad nous montra son pitoyable résultat.

Les deux poignées étaient vissées vers l'intérieur de l'Hibachi plutôt que vers l'extérieur.

J'avais 13 ans. J'étais un peu insolent, même avec mes parents, comme tous les foutus membres de ma génération X de sans-desseins. 

-Heille p'pa cibouère tu l'as vissé à l'envers! lui ai-je probablement dit.

-On sacre pas tabarnak! Hostie d'sacreux de calice de cibouère! m'aurait-il répondu.

-Ouin bin tu sacres bin toé p'pa... Pourquoi qu'ej'sacrerais pas?

-J't'ai dit d'pas sacrer calice pis tu sacres pas tabarnak c'est toutte hostie!

-Ouin bin tabarouette tes pognées sont quand même vissées à l'envers p'pa mautadit...

-M'as t'en faire qu'i' sont vissées à l'envers hostie d'cibouère de calice de tabarnak de jésus marie de christ de tabarnak de saint-chrême de calvaire! A' sont vissées comme du monde tabarnak! C'est d'même que ça va hostie d'christ!!! Hostie d'jeunes maillets qui pensent qui connaissent toutte pis qu'i' connaissent rien!!! C'est ça l'bonhomme connaît rien! Gnangnangna! Cibouère de christ de tabarnak!!!

-Bin non p'pa... tu voé bin qu'el' feu va poigner après 'es poignées... 'stie...

-Hostie! 'Stie! Arrête de sacrer calice!!! I' vont toutte dire qu'les Bouchard sua rue c'est des hosties d'sauvages pis des calices de sacreux! Sont correctes les poignées cibouère de tabarnak!

-Christ p'pa allume hostie les poignées sont à l'envers!

-Soé poli tabarnak! Pis arrête de sacrer cibouère! Sont correctes les hosties d'poignées d'l'Hibachi! C'est toutte!!! Viârge d'étol de saint-cibouère du christ de tabarnak de saint-chrême d'hostie d'christ de tabarnak!

Il devait être mauve ou vert. En tout cas assez coloré pour que j'arrête de remettre en question son ouvrage...

Mon souvenir est vague. Je crois que c'est Jeannine qui, probablement une fois de plus, a dû rappeler humblement à la raison son mari si peu habile avec ses mains. Pas bricoleur, mais prêt à vous claquer vingt heures d'heures supplémentaires par semaine à la shop pour qu'on se paie un Hibachi, une laveuse, une sécheuse, un fauteuil Lazy-Boy...

Jeannine le tenait par le lit. Quand Conrad sacrait comme un charretier, elle lui faisait la grève de la tendresse. Conrad arrêtait subito-presto de sacrer. Et de s'énerver pour rien.

-Ma belle fiancée... ma Jeannine... hein... 

-Waf! Tu m'diras ça quand tu s'ras vraiment moins fou comme d'la marde...rétorquait Jeannine.

-Bin là chu tranquille ma Ninine d'amour... Chu... heu... doux. Viens t'coucher Jeannine... Chu dans l'lit là... Viens t'coucher hein? Viens que j'te serre dans mes bras ma fiancée! Viens-t'en ma belle Ninine!

Et elle finissait par aller le rejoindre. Parce que c'était un homme bon. Et ma mère une femme bonne. Nous étions des gens bons... Enfin, c'était le scénario auquel l'on adhérait plus ou moins volontairement.

La paix revint un tant soit peu autour de l'Hibachi cet été-là.

Sinon que ça donna plus de travail que prévu à ma mère, dont les standards de propreté ne pouvaient qu'être trop élevés pour un Hibachi toujours dégoulinant de gras et de suie. Ce qui fait que l'été suivant, on laissa tomber l'Hibachi pour le remplacer par un truc moins salissant qui salissait tout autant... L'Hibachi a probablement été enterré au dépotoir de Saint-Étienne-des-Grès avec tous les Hibachi des années '80.

Mon père vissa probablement les poignées à l'envers une fois de plus dans le nouveau barbecue dont l'annonce était passée pendant l'émission Les tannants à Télé-Métropole

Mais bon, au deuxième essai, tout revenait un tant soit peu dans l'ordre. Sinon que certaines vis tournaient dans le beurre et que certaines pièces étaient chambranlantes.

On se fit encore des hot-dogs et des hamburgers. 

Jeannine frotta les grills mieux que nous ne nous intéressions vraiment à le faire, nous les cinq garçons de la famille en incluant mon père.

On enterrait le charbon dans la cour quand la braise avait un tant soit peu refroidie. 

Si l'on fait un jour des fouilles archéologiques derrière le 856 de la rue Cloutier à Trois-Rivières , il s'y trouvera sans doute quelques vestiges de nos repas sur l'Hibachi.

Pour l'atmosphère qui régnait autour de cet Hibachi, on pourra toujours bien se référer à ce que je viens de vous écrire. J'aurai livré une autre partie de mon histoire que je bégaie à tous vents lorsque je ne m'assois pas pour tout bonnement l'écrire. Vous trouverez, ici, une version épurée et moins bavarde. Vous ne voudrez plus jamais de la version orale et c'est tant mieux. Je dois moi-même passer à autre chose et en finir avec les Hibachi.






vendredi 7 mai 2021

Germaine teste mon humanité au Super Calice et ailleurs


Germaine est handicapée intellectuelle. Je ne sais même pas si Germaine a une famille. D'aussi loin que je me souvienne je l'ai toujours vue tout fin seule, traînant derrière elle son légendaire petit carosse de broche.

Germaine est petite, un peu boursouflée du visage et du corps, la bouche souvent pincée comme si le souffle lui était coupé.

Je l'ai croisée souvent au cours de ma vie. Il y a une dizaine d'années, je me souviens qu'elle vomissait assis sur «le banc des innocents» - comme l'aiment à l'appeler certains chauffeurs d'autobus infâmes de notre société de transport en commun.

Germaine vomissait sous l'oeil indifférent d'à peu près tout le monde. Personne ne réagissait. J'étais assis dans le fond de l'autobus, avec les parias de mon acabit. Je la vois vomir. Je vois que personne ne fait rien. Je me lève dans l'autobus en marche, tanguant vers Germaine qui continue de restituer je ne sais quoi. Je demande au chauffeur sa poubelle. Il me la tend volontiers. Germaine poursuit ses vomissures dans la poubelle jusqu'au terminus, au centre-ville. Je sors avec elle. Je lui demande si elle va bien. Ses yeux sont un peu vagues mais elle ne vomit plus. Elle me dit «Ma'ci! Ma'ci! Ch'correct... M'en va's chez-nous moui... Mautadine!» Et je me dis que Germaine ne va pas si mal après tout. Elle poursuit son chemin comme la veille et sans doute le lendemain.

Une autre fois, Germaine avait un gros filet de morve qui coulait sur sa poitrine. Nous étions dans la salle d'attente de l'urgence du CHRTR. Je lui ai proposé un papier-mouchoir. Il a presque fallu que je la mouche moi-même. Elle ne savait pas trop comment gérer sa morve, sinon son vomi. 

Pourtant, elle continue son chemin avec son petit carosse de broche, jour après jour, semaine après semaine, année après année.

J'ai revu Germaine hier. Plutôt trois fois qu'une. 

Je l'ai d'abord croisée au Super Calice. (C'est le surnom de notre supermarché du pauvre dans le quartier...) Germaine venait d'échapper toutes ses boîtes de conserve par je ne sais quel trou dans son quossin de broche devenu tout croche et tout de travers avec les ans. Les boîtes roulaient partout autour d'elle, dans le stationnement bondé d'automobilistes impatients et sans coeur.

Germaine regardait rouler ses «cannes» sans savoir quoi faire tandis que les automobiles détournaient autant Germaine que les boîtes de conserve, sans l'aider de quelque manière que ce soit. Des piétons déambulaient aussi dans la plus plate des indifférences, comme si cela ne les regardait pas. 

Je me demande parfois si Germaine n'existait pas que pour tester le degré de mon humanité...

J'ai débarqué de mon vélo. J'ai enfilé mon masque. Puis j'ai ramassé les boîtes de conserve de Germaine l'une après l'autre. Et même qu'un monsieur d'origine latino-américaine m'a aidé pour ne pas me laisser sur l'impression qu'il n'y a que moi pour ne pas laisser tomber Germaine dans cette putain de ville.

J'ai laissé Germaine poursuivre sa route tant bien que mal avec son carosse. Puis j'ai fait mes emplettes.

Quelques minutes plus tard, retournant vers la maison, je la vois devant un poste de L'arbre à livres. C'est une initiative communautaire, des livres laissés gratuitement à la disposition des gens sous un présentoir de plexiglass. S'y trouvait-il Les filles de Caleb ou bien le Tome XI des oeuvres de V.I. Lénine? Je ne saurais le dire. J'espère qu'elle y trouva quelque chose de substantiel puisque la bibliothèque municipale est hors d'usage depuis l'incendie du stationnement souterrain qui a enfumé livres et locaux.

Je la revis justement devant la bibliothèque Gatien-Lapointe, vers 14h00. 

Elle était assise toute seule sur un banc dans le Parc Champlain, à côté de son carosse de broche rempli de je ne sais trop quoi.

Elle regardait la fontaine qui ne crachait pas encore ses eaux.

Le soleil piquait un tant soit peu les yeux de Germaine dont les cheveux avaient blanchis.

Germaine doit avoir à peu près mon âge. Peut-être 50 ans. Seule. Ou dans une maison d'hébergement. L'Archipel ou je ne sais quoi. 

J'ai ressenti sa solitude. Elle me semblait plus immense que toutes les solitudes que je pouvais m'imaginer ou bien croiser autour de moi. 

Il devait bien y avoir quelqu'un pour s'occuper d'elle, sinon elle-même le faisait tant bien que mal.

Je l'ai saluée au passage. Elle n'a pas vraiment répondu à mes salutations. Germaine n'est pas très facile d'approche. Et c'est sans doute mieux ainsi pour je ne sais trop quelle raison vous offrir.

Je suis rentré chez-moi. Je l'ai oubliée, bien entendu.

Puis voilà qu'elle ressurgit ce matin. Comme une hantise.

Tu fais quoi Germaine dans la vie?

Qui s'occupe de toi Germaine?

Es-tu en sécurité Germaine?

Je suis fou comme ça. 

Je pense trop.

C'est ce que me diraient ceux et celles qui passent devant Germaine avec la plus totale indifférence lorsqu'elle a besoin d'un peu d'aide.

Évidemment, leur avis, comme le reste, ne pèse pas lourd dans la balance de la justice sociale.

Aussi je continuerai, tant bien que mal, de lui porter secours lorsque je la reverrai.

Je vous demande humblement de faire la même chose.

Elle n'est pas méchante.

Elle ne vous mordra pas.

Elle va pincer ses lèvres et siffler un peu d'air au passage en vous regardant avec ses grands yeux atteints de strabisme convergent. 

Ce sera sa manière de vous remercier j'imagine.

À moins qu'elle ne soit plus causeuse avec vous qu'avec moi.

Je fais peur un peu, tout compte fait, avec mon air et ma carrure de Shrek.

Que voulez-vous? On ne choisit pas ses bons Samaritains...

Et pourquoi en serais-je un, hein? Je ne vais même pas à la messe...

Peut-être que Germaine y va.

Et que je suis tout ce que Dieu a trouvé pour donner un peu suite à ses prières. Surtout par les jours où elle vomit en public ou bien échappe des trucs dans le stationnement du Super Calice, sous l'oeil mauvais des automobilistes chiens sales.

jeudi 6 mai 2021

Le crépuscule des idoles

 Au hasard de mes lectures j'ai cru comprendre que les missionnaires n'étaient pas très polis envers les croyances des Autochtones qu'ils tenaient pour de diaboliques superstitions. Les Autochtones, tout aussi stoïques que les plus grands des philosophes de la Vieille Europe, ne coupaient pas la parole des missionnaires lorsqu'ils leur racontaient Jésus ou bien les aventures de Samson. D'aucuns reprochaient par contre aux missionnaires chrétiens de ne pas adopter le même respect et la même attitude qu'ils avaient à leur égard. 

«Tout ce qu'on vous dit est absurde, ridicule, fondé sur rien... Cependant, quand vous nous parlez de personnes qui ressuscitent ou marchent sur les eaux, jamais on ne vous traite d'idiots...»

Les années ont passé et il s'en trouve encore des tas de petits clercs pour reprendre le travail de sape des missionnaires là où ils l'ont laissé. Tout ce qui n'est pas la civilisation occidentale est nécessairement de la diablerie, sinon de la superstition, voire du terrorisme...

On veut bien croire à la splendeur de votre civilisation occidentale. Vous croyez que nous ne l'avons jamais observée? On nous l'enseigne ad nauseam dans nos écoles en ignorant de larges pans de l'histoire et de la culture universelles pour qu'elle soit unique sans compétition. 

Malheureusement pour les nostalgiques du temps des conquistadores, le monde a bien changé.

L'information tout autant que la désinformation circulent à très grande vitesse.

On pouvait mentir avant et espérer que le mensonge ne soit pas relevé avant deux générations compte tenu des moyens de communication de l'époque.

Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Vous pouvez commettre un crime ou bien une injustice et lui faire 600 fois le tour de la planète dans la minute qui suit. Et vous savez quoi? Je ne suis pas certain que cela soit sur le point de changer. Il faudra s'y habituer. Les partisans de tel ou tel mensonge n'en seront que plus souvent déculottés.

Cela dit je refuse d'argumenter contre ceux et celles qui veulent me faire rentrer dans la gorge qu'il nous faille «défendre la civilisation occidentale» et ses sinistres oripeaux. Moi et sans doute plusieurs autres n'en avons rien à branler de rendre hommage à César ou Napoléon, esclavagistes d'une autre époque. Rien à foutre des idoles, du culte de la personnalité, des règles du jeu de Monopoly ou de celui de Rome. Rien à faire des Rodion Raskolnikov qui étrangleraient une vieille usurière puisque Napoléon n'hésitait pas à en tuer des milliers pour la gloire de son nom.

Nous ne vivons pas pour nous soumettre à l'histoire mais pour en créer une nouvelle moins obsédée par l'obédience aux Grands Chefs et aux Grandes Idées surannées.

Suis-je un «woke», un «sans-culotte», un serf dans une «jacquerie», voire un paria, un tchandala, un intouchable?

Je n'en sais rien. Je me sens plutôt humaniste. Pas très porté sur les protocoles. Plus anarchique qu'anarchiste. Du genre à vous ramasser dans la rue si vous tombez, même si vous êtes sale ou propre.

Je veux vivre ma vie de citoyen d'un État de droit sans avoir à me soumettre à rendre hommage à des ploucs pour toutes sortes de très mauvaises raisons.

Je ne vis pas pour me soumettre au Manuel abrégé de l'histoire du Québec ni pour son catéchisme.

Faites ce que vous voulez à partir de là. Pleurer, crier, chier: je m'en contrecrisse.

Vos idoles sont mortes. Je ne tiens pas à revoir ma Laurentie.

Nous en sommes vraiment au crépuscule des idoles.

Nietzsche avait sans doute ressenti que tout était en train de foirer.

Quelque chose est en train d'émerger. L'Ancien Monde s'est effondré. On pourrait faire mieux. On ne pourra plus faire comme avant. À moins de vouloir nuire aux autres pour mieux nourrir les peurs imbéciles, la petite gloriole toxique, le culte de la personnalité et le narcissisme de privilégiés.



mardi 4 mai 2021

L'adrénaline du préposé aux bénéficiaires

L'adrénaline est une puissante drogue. J'y ai souvent recours dans ma vie. Et vous aussi, je le suppose.

Nous ne sommes jamais plus forts que dans ces 10 secondes où l'adrénaline est sollicitée par notre corps pour accomplir quoi que ce soit de surhumain. Louis Cyr l'avait probablement compris. Et bien d'autres aussi, en tous genres et en tous temps.

Je ne suis pas ambulancier mais c'est tout comme certains jours où j'exerce ma profession de préposé aux bénéficiaires, pour ne pas dire d'homme à tout faire. Je vois des trucs que je ne peux même pas vous raconter sans vous faire royalement vomir.

Cela dit, je déplace êtres humains et objets en ayant recours à ce sublime 10 secondes d'adrénaline qui rend presque possible l'impossible.

Un, deux, trois et hop! Je pourrais soulever une montagne sur un pic d'adrénaline.

Cela tombe bien puisque j'ai souvent besoin de plus de force que nécessaire pour relever tout ce qui choit.

Mon métier, voire ma «vocation», ne peut se pratiquer sans une gestion rigoureuse de l'anxiété, du stress et, surtout, de l'adrénaline.

Je m'entraîne à produire de l'adrénaline plusieurs fois par jour. Moins de dix secondes et hop! Une autre montagne vient de se faire déplacer, si ce n'est pas un bac à ordures rempli à ras bords ou bien un blessé.

L'autre partie de mon entraînement consiste à contrôler ma quiétude d'esprit dans un climat de maladie et d'inquiétude exacerbées. Ce n'est pas la plus mince de mes tâches vous l'aurez compris. 

Je me détache sans pour autant laisser mon coeur au placard.

Je suis carrément au front. J'ai parfois cette funeste impression que je me promène sans armes sur un champs de bataille tandis que les balles sifflent tout autour de moi et que la peste bubonique nous menace.

Je ramasse les blessés. Je libère un passage pour les sortir des feux de la maladie. Ça hurle parfois. Ça saigne un peu. Et ça peut même perdre la tête.

Je sors mon adrénaline. 10 secondes ici. 10 secondes là. Et hop! Tout finit par se faire.

Et je retrouve enfin, au petit matin, ce qu'on pourrait appeler le repos du guerrier...

Fatigué, fourbu, vanné, comme après une partie de hockey.

Avec des crèmes et des pilules pour apaiser les douleurs musculaires.

Avec aussi ce sentiment d'avoir parfois fait la différence dans la vie d'une personne.

D'avoir été utile.

D'avoir mis à off ce ciboire de narcissisme qui me dégoûte tant chez autrui.








mardi 27 avril 2021

Quand j'tais p'tit j'tais pas bin grand

 

Quand j'tais p'tit j'tais pas bin grand. Plus grand qu'les autres de mon âge, peut-être, mais pas bin grand. Même si j'tais parmi les derniers d'la rangée à 'école a'ec Corbin pis Massicotte.

J'm'achetais des épinards Popeye en canne dans l'espoir de battre un jour tous les Brutus de mon quartier.

J'm'entraînais. J'montais en bécik aux Vieilles-Forges. Ou bin don' j'faisais l'sentier d'hébertisme de l'UQTR, avec lever des pitounes de bois pis toutte le kit. Sauf l'échelle. J'ai jamais été bon e'dans 'es z'échelles. J'ai le vertige. Pis j'en ai un peu trop pesant sous 'es bras pour me d'mander ed'déjouer 'a gravité!

J'me sentais inspiré par Rocky Balbao. Il vivait dans un quartier pauvre, proche d'une shop qui pue 'a marde, comme moé quand j'tais p'tit. Pis y'avait un bon escalier à l'église Notre-Dame-des-Sept-Allégresses pour faire comme si j'tais dans l'film avec les trompettes qui résonnent tintin-tintintin-tintintin-tintintin....

J'montais pis descendais 'es marches d'l'église comme un hostie d'malade pour faire comme Rocky. J'mangeais des épinards pour faire comme Popeye. Pis j'me battais comme Hulk en projetant tout ce qu'i' avait devant moé. J'étais influençable... Ou bin don' j'avais l'instinct d'survie.

Quand j'tais p'tit ej' jouais dans 'a ruelle. Dans ma ruelle c'était pas si pire. Dans la ruelle des autres c'tait une autre paire de manches. Tu pouvais manger une puissante garnotte su' 'a gui-yeule. Y'avait des p'tites gangs pis des p'tits baveux. 

C'qui fait que Rocky, Popeye, Hulk ou Bruce Lee, à treize ans, ça s'expliquait autant qu'ça expliquait Fifi Brindacier pour les filles, une fille capable de te r'filer une mornifle su' 'a gui-yeule.

J'ai grandi. Chu plus vraiment p'tit maintenant. Et plutôt gros et grand. Mais qu'est-ce qu'on s'en sacre...

Chu tombé su' une vieille photo d'la P'tite Pologne pis j'me suis mis à écrire n'importe quoi comme un hostie d'cas dingue. Quand j'tais p'tit blablabla... On dirait Pogo dans 'a P'tite vie avec sa Linda perdue pendant 'a Coupe Stanley ed'soixante-et-douze.

J'sais pas plus pourquoi j'écris mal aujourd'hui.

Ni pourquoi j'parle mal la plupart du temps. 

J'peux parler tous 'es langues humaines ou de singes avec un peu d'pratique.

L'angla, el frança pis el joual chu pas pire.

Les autres mettons qu'ça force pas mal.

Quand j'tais p'tit j'm'en calissais pas mal de tout ça.

J'trouvais pas qu'mes parents pis nos voisins parlaient mal. Y'a jusse les ceuzes des quartiers d'en haut qui disaient ça. Ou bin don' ceuzes qui voulaient aller vivre dans 'es quartiers d'en haut.

C'qui fait qu'on finit par s'ennuyer du temps qu'on était p'tit. Qu'on vive en haute ou bin don' en basse ville. 

Être grand, prout, ça n'en vaut souvent pas l'coût.

Les grands ont des faces d'envie d'chier.

Ça rit pas. Ça danse pas. Ça dessine pas.

Ça fait juste chiâler su'a température pis d'autres affaires dont j'me calisse plus souvent qu'autrement.

Si c'est ça être grand, fuck, I don't want to grow up.



vendredi 23 avril 2021

Conversation entre une résistante et un collabo

Affiche de propagande du régime de Vichy
sous l'Occupation Allemande 

Une ville, quelque part en France. Un petit parc. Un collabo et une résistante discutent tant bien que mal en ne savourant plus ce qu'ils croyaient un moment de détente. La discussion passe rapidement de la météo à l'Occupation allemande.

Le collabo: Monsieur Hitler ne saurait être pire que ce que l'on dit de lui... Et qui lui en veut tant sinon ceux et celles qui ont toujours tout fait pour faire perdre la France? Juifs, métèques, homos, socialistes, communistes et tous ses paresseux pour qui le travail et l'ordre ne veulent rien dire... Les Français ne travaillent pas assez! Il faudra bien un jour en être LUCIDES!!!

La résistante:  Hitler est un sale connard... un clown... 

Le collabo: On voit comment la politesse s'envole... En voilà des manières! Est-ce en traitant les gens de clowns que l'on peut discuter avec eux? Où sont tes arguments?

La résistante: Il n'y a pas de discussion possible entre les victimes et leurs bourreaux! Ami, tu n'entends pas le vol noir des corbeaux sur nos plaines?...

Le collabo: Hitler ne saurait être pire que les juifs et les bolcheviques! Après tout, il est Européen et chrétien comme nous, Français! Et le maréchal saura guider la France vers cette Europe nouvelle et resplendissante... La civilisation européenne contre la juiverie internationale, le libéralisme et le bolchevisme!

La résistante: Tu es totalement lessivé mentalement... Je suis sans voix...

Le collabo: Et ça ne m'étonne pas! Tu as le verbe creux quand on te dit tes quatre vérités! 

La résistante: En effet. Au lieu de parler, je crois que je ferais sauter un camion de la Gestapo ou bien la rédaction de Je suis partout...

Le collabo: C'est bien ce que j'anticipais! Saboteurs et terroristes! Voilà ce que vous êtes! Tout ça parce que vous êtes amis de la saleté et de la pourriture! Amis de toutes les perversions de l'art ou de la nature! Complices de la plus abjecte des décadences! La peste soit de vous!

La résistante: Attends-toi à voir un jour mon nom inscrit sur une affiche rouge...

Le collabo: Et tu recevras ce que tu mériteras!

La résistante: Je ne mourrai pas agenouillée devant les fascistes!

Le collabo: Ah oui? Elle est bien bonne! Tu t'en vas droit vers le peloton d'exécution! Pan! Pan! Debout ou à genoux c'en sera fini! Ça te fera une belle jambe! Et la vie continuera comme si tu n'avais jamais existé!

La résistante: ...

Le collabo: Qu'est-ce que tu fais?

La résistante: Tu vois bien, je sors une bombe...

Le collabo: Arrête dépose ça! Et si je me faisais attraper avec toi! Es-tu devenue folle? On finirait tous au cachot!

La résistante: Je pensais faire sauter la prison de la Gestapo mais finalement j'ai changé d'idée... Je vais plutôt faire sauter un collabo...

Le collabo: Sors d'ici et que je ne te revois plus jamais! Sinon je te dénoncerai à la police! Comme terroriste!

La résistante: Tu fais ça et mes camarades viennent illico te trancher la gorge.

Le collabo: Vous êtes tous fous! C'est Laval et Darnand qui vont remettre de l'ordre!

La résistante: C'est ça... Cause toujours.

La résistante enfourcha son vélo en prenant bien soin de déposer sa bombe artisanale dans le petit panier accroché à son guidon. Elle alla bien sûr placer sa bombe devant la prison de la Gestapo, tel que promis. La bombe explosa à 14h30 pile. Deux officiers SS y perdirent la vie.  Ils s'y trouvaient tout à fait par hasard pour une mission de routine. Malheureusement, cinquante Français triés au hasard furent fusillés par les Allemands, dont le collabo. Il avait eu beau les supplier, leur dire qu'il admirait monsieur Hitler, le maréchal et tous les autres que rien n'y fit. La soldatesque le mena devant le peloton d'exécution avec les quarante-neuf autres victimes anonymes. Et pan! Il mourut.

Il y eut encore un hiver puis un printemps. Puis Paris fût libéré.

La résistante redevint marchande de fleurs.

Et Jean Moulin rentra au Panthéon.

jeudi 22 avril 2021

Le monde n'est pas un exercice littéraire

Le monde n'est pas un exercice littéraire.

Le monde n'est pas un grand discours.

Le monde n'est pas un rot ni ces cris de guerre assommants qui ne raisonnent pas.

Le monde est immense voyez-vous. Dans tous les sens. Même lorsque c'est absurde.

C'est du moins ce que je vois, en moi et partout autour de ma tête.

Je tourne mes yeux vers l'intérieur ou l'extérieur. 

Je vois tant l'atome que l'étoile.

Je ne m'explique plus le monde.

Je le vis intensément. En me trompant. En ayant parfois tort et occasionnellement raison.

La haine s'insinue en moi comme en vous-mêmes.

Je déteste pourtant la haine.

Mon royaume ne devrait pas être de ce monde.

Si tant est que je puisse me mériter une couronne d'épines.

Dans une autre vie, je battais des grenouilles dans un étang pour le compte d'un seigneur en fomentant une jacquerie à la taverne du coin. 

Dans celle-ci, je ne sais pas trop.

Dans l'autre: on verra.

Le monde tel que je me l'explique ne tient pas dans mon explication.

Ni dans mes désirs.

Et encore moins dans ce monde.

Je cultive l'idée qu'il n'y a rien d'autre que ce monde, ici et maintenant.

Ce n'est pas pour me rassurer.

Ni pour me faire pleurer.

C'est comme ça, pour moi comme pour Jacques le batteur de grenouilles du Comte De Banque.

Que puis-je y faire?

Un peu n'importe quoi, comme d'habitude.

Jouer de la flute.

Jongler avec des salières.

Souffler dans des harmonicas avec mon nez.

Éplucher des pommes de terre.

Porter des pancartes.

Promouvoir les droits civiques.

Morigéner les fascistes.

Je ferai de ce monde ce qu'aurait fait n'importe qui pour ne pas se faire chier par des abrutis qui ne voient ni l'atome, ni l'étoile, ni le coeur humain.

Le monde n'est pas un exercice littéraire.



Gaétan Bouchard

Trois-Rivières, 22 avril 2021



mardi 13 avril 2021

À la Notre-Dame-des-Sept-Allégresses...

Église Notre-Dame-des-Sept-Allégresses
Trois-Rivières (Québec)
Source image: patrimoine culturel du Québec

J'ai le coeur rempli de ce que l'on appelle de l'allégresse. Ce qui me convient parfaitement, moi qui suis né dans la paroisse Notre-Dame-des-Sept-Allégresses, dans le «faubourg à m'lasse» de Trois-Rivières.

Dans la paroisse de mon enfance, il arrivait que les conflits se réglassent à coups de bâtons de baseball. Ou bien en brandissant un pic à glace devant tous les clans réunis de la P'tite Pologne et de Ste-Cécile. Parfois, pour ne pas dire souvent, il n'y avait pas de conflits ouvertement violents. Il n'y avait que des parades agressives semblables à celles des ours ou bien des gorilles. On se gonflait le torse. On brandissait les poings. Comme pour conjurer la violence avant même qu'elle ne nous en fasse voir trente-six chandelles. Puis il y avait l'apaisement. Un va chier ou deux en finale. Peut-être une bière la prochaine fois pour sceller l'alliance retrouvée. Ou bien l'allégresse chacun de son bord. C'est dur à dire.

Tellement dur à dire que je m'étire sur n'importe quoi n'importe comment. Comme si j'étais un genre de Balzac qui parle des boiseries des meubles anciens pour bourrer de la copie par jours fades.

Où en étais-je donc?

Ah oui! à mon coeur débordant d'allégresse qui dérape sur Notre-Dame-des-Sept-Allégresses et les violences de mon antiquité...

Je voulais seulement dire que je me sens bien parce que je me suis réconcilié avec une personne que je considère comme un chacal. Non pas que je l'aime. Mais j'ai trouvé la force morale de le saluer et de lui souhaiter une bonne journée. Ce qui n'est pas rien pour un chacal. Tout m'inciterait à le chasser à coups de pelle ou bien en brandissant un pic à glace tel un sceptre au-dessus de ma tête de Shrek. Ce que j'ai bien sûr cessé de faire vers l'âge adulte. Hélas! il m'arrive de ne pas tout à fait contrôler le feu de mon esprit. Il reste quelque chose d'un peu trop dur en moi. Ce n'est même pas de l'orgueil. C'est ce même quelque chose qui me fait tenir debout droit comme un i, le torse bombé, devant n'importe quel chacal ou raciste du quotidien. Si les racistes et les chacals veulent dominer le monde, eh bien ils me trouveront toujours sur leur chemin, droit, debout, avec le regard qui ne vous lâche pas. Bref, je ne plierai pas. Mais je vais dire salut, bonjour et comment ça va. Ça, c'est pour cultiver mon allégresse que d'autres trouveront dans le zen. 

Je suis trop en contact avec la misère et la maladie pour jouer à Bouddha. Alors j'y vais avec l'allégresse, à défaut d'être zen. J'y vais à la Notre-Dame-des-Sept-Allégresses.

Je suis cool avec les ceuzes qui sont cool.

Je cultive l'allégresse devant les chacals en les traitant, au pire, comme des animaux de compagnie malcommodes. Les pires, je ne suis pas obligé de vivre avec. La Terre est vaste, pour eux comme pour moi. À chacun son marécage, mais que la bouette ne déborde pas sur la quiétude d'autrui. C'est-à-dire dans ma cour. Je veux la sainte christ de paix.

Pour le reste, j'aime à peu près tout le monde.

Je n'en veux à personne au final.

Soyez stupides si vous ne pouvez pas faire autrement. Ne le soyez pas trop longtemps en ma présence. Je ne vous apporterai rien qui ne vous semblera pas désagréable. Je suis patient comme un vieux clou rouillé. Mais je file encore comme le vent devant toute forme de zoufferie. Je ne me colle ni de gré ni de force sur la méchanceté, l'avarice et tous les autres défauts capitaux. Je vis ma vie de vieux bum en grattant allégrement ma guitare, en soufflant dans mes harmonicas et en crachant sur mes pinceaux. 

Et je salue encore rats, chacals et crocodiles comme un gars de Notre-Dame-des-Sept-Allégresses, sans crainte ni remords, comme si le monde entier ne pouvait pas me faire chier.


vendredi 26 mars 2021

Être un artiste ou rien

Être un artiste me permet de créer un monde hors de celui-ci.

J'ai trouvé mon berger et mon salut dans l'art sous toutes ses formes.

Les inimitiés et iniquités de la vie sont sublimées dans un air de guitare, un solo d'harmonica ou bien un dessin fluide et sans hachures.

Tout peut passer: tempêtes, ouragans, pandémies. Je demeurerai imperturbable à la barre de mon navire.

Je joue dans mon propre film.

Je ne serai jamais qu'un figurant dans les films d'autrui.

Dans mon film, je suis un artiste.

Que j'aie du talent ou pas m'importe peu. 

Je sais que je vais créer, encore et encore, parce que ma liberté en dépend.

D'autres se lanceraient dans des tirades stoïques pour respecter l'étiquette d'Épictète.

Moi je peins.

D'autres vous diront ceci ou cela pour justifier l'injustifiable.

Moi, je vais encore faire de l'art.

On vous dira qu'il est nécessaire de, qu'il est utile de, qu'il faut absolument...

Moi, je vais jouer de l'égoïne ou de la ruine-babine. 

Ce que je n'aurai pas dit sera encore plus intense que si je l'avais dit.

C'est le pouvoir de l'art qui me terrasse moi-même et m'amène toujours plus loin.

Je trouve même des réponses à des questions que je ne me posais pas.

Et puis je rêve...

Ah! comme c'est bon de s'abandonner en jouant Bella Ciao sur sa guitare...

Comme c'est jouissif de peindre un soleil entre les branches d'un arbre...

Comme c'est divin d'écrire des niaiseries inutiles pour le simple plaisir d'écrire...