mardi 31 mars 2020

Y'a pas plus beau qu'un pas d'âne j'vous dis!

La nature n'aura jamais fini de m'étonner.

Il y a trois jours, j'ai aperçu une volée d'outardes au-dessus de la flèche de la cathédrale de Trois-Rivières. 

Baudelaire m'a enseigné à voir dans la nature une forêt de symboles. Les autres m'ont enseigné à lacer mes souliers, à me laver les mains et à me moucher le nez, ce qui est tout aussi nécessaire.

Mais les symboles, bon sang, il en faut. Même si ça nous semble fou, illogique, irrationnel. 

Parce que nous sommes cons comme ça, nous les humains.

Sans rêves nous ne sommes vraiment bons à rien.

On finit par tout faire tout croche, au plus crosseur la poche comme on dit.

Le rêve nous empêche aussi de nous comporter comme des bêtes les uns envers les autres. Ce qui n'est pas tout à fait inutile pour vivre en société.

Par-delà mon charabia d'esthète du jour, il y a par-dessus tout la nature. Cette nature pour laquelle je suis sans mots. Et pourtant je suis encore là pour vous en foutre plein la gueule, des mots, comme un abruti à qui l'on dirait de se taire quand on écoute le chant des rossignols.

Vous avez raison. Sans aucun doute.

Néanmoins, il me faut encore venir vous titiller l'attention avec une niaiserie qui ne rapportera rien, à ni vous ni moi.

C'est que je viens de voir éclore un tussilage communément appelé pas d'âne. Il a poussé sur la plate-bande au côté de mon logement. Ça ressemble à un pissenlit mais ce n'en est pas un. Denis Erpicum me l'a rappelé sur Facebook...

Il est tout jaune, tout petit, tout seul et tout mignon.

Le premier tussilage que je vois en 2020. Et nous sommes seulement le 31 mars. Ça promet!

Que l'arc-en-ciel conduise nos pas.

Y'a pas plus beau qu'un pas d'âne j'vous dis !


lundi 30 mars 2020

Du temps où Tchop capotait

Tchop se surnommait ainsi parce qu'il aimait manger des tchops de lard. Tout le monde prononçait ça tchop de lard alors que c'était des côtelettes de porc, des pork chops. Personnellement, je n'aime pas les tchops de lard. Ça beurre les doigts. Me sucer le bout des doigts, ces temps-ci, c'est tout aussi impossible que de me sucer le bout de la queue. Mais je m'égare. Pourquoi m'introduire dans cette histoire, hein? Reprenons...

Tchop ne faisait pas que manger des tchops de lard. Il était gros, évidemment. Et en forme. En forme d'oeuf... D'autres sont en forme de poire, de melon, de céleri. Lui c'était en forme d'oeuf. Son crâne avait la même forme. Pourtant, on l'appelait Tchop et pas du tout Tête-d'oeuf.

Je sens que je m'égare encore. Je ne saurais pas où j'en suis avec cette histoire, je le sens...

Ah oui... Tchop.

En plus d'être ovoïde, en forme d'oeuf quoi, Tchop buvait comme un trou. Mais ça, vous le savez sans doute, ce n'est déjà pas de vos affaires. Il payait son loyer. Il nourrissait ses deux enfants. Il ne frappait personne et ne criait jamais. Donc, c'était un gars pas achalant pour personne.

Un jour, Tchop, à moins que ce ne soit un soir? Tchop... Tchop donc, que ce soit un soir ou bien un matin, était en train de virer fou.

Il se présenta chez le docteur qui, d'ailleurs, ne voulait pas le recevoir.

-Je n'accepte plus les consultations en personne pour le moment. Avez-vous l'application Facetime?
de lui demander le docteur.

-Non. Je ne sais même pas c'est quoi fesse-t'aime.

Alors, zut oui, Tchop n'a pas pu voir son doc qui n'aimait pas du genre à se salir les mains.

Tchop aurait voulu lui dire qu'il s'imagine toutes sortes d'affaires depuis un mois.

-J'm'imagine des niaiseries pas d'allure... La psychose... La Bourse qui tombe... Un virus mortel... Plus rien ne fonctionne... Les rues sont vides... Des milliers de morts partout dans les hôpitaux... Je suis en train de virer fou...

Il était fou, en fait.

Parce que la Bourse y allait à fond Léon. Il n'y avait pas de virus. Tout fonctionnait très bien. Les rues étaient pleines de gens gras et bedonnants qui riaient en se tapant sur les cuisses.

Tchop était tout simplement en train de virer barjo chez-lui en ce 30 mars 2007...

Cette histoire m'est revenue comme ça parce qu'à l'époque j'étais convaincu que Tchop était un christ de fou.

Aujourd'hui, en ce 30 mars 2020 de l'année de la Grande Peste, je me pince pour m'assurer que je ne suis pas en train de péter les plombs comme Tchop.  Que tout ça se produit vraiment. Que je ne suis pas en train de me perdre dans un univers parallèle où le monde serait ma volonté de représentation, mettons, comme si je me rappelais d'avoir lu Schopenhauer alors que j'en sais pas mal plus long sur Tchop.

Sur ces réflexions un peu niaises et cette histoire un peu courte, je retourne dans mon monde pour y gratter de la guitare au lieu de procrastiner sur mon blog à vous parler de Tchop ou de Pierre, Jean, Jacques.



vendredi 27 mars 2020

Ce n'est pas la fin...

Tout a débuté un certain vendredi si je ne m'abuse. J'apprenais en même temps que tout un chacun que le coronavirus avait frappé notre pays. Je travaillais ce soir-là à ma résidence pour aînés reconnue en tant que ressource intermédiaire (RI), dont la moitié des lits sont réservés par le CIUSSS. (Nous sommes en quelque sorte une zone tampon pour les convalescents entre l'hôpital et leur retour possible dans leur milieu.)

François Legault décrétait des mesures d'urgence pour la crise sanitaire dans laquelle nous sommes encore plongée. Tout le monde fût saisi de stupeur bien entendu. Dont nos bénéficiaires.

Un pauvre monsieur venait tout juste de sortir de l'hôpital avec le coeur plutôt fragile et l'esprit affaibli par sa maladie.

Il était alité et n'avait qu'une phrase en bouche:

-C'est la fin... C'est la fin...

J'ai bien tenté de le consoler, vous vous en doutez, mais c'était carrément surréaliste compte tenu des circonstances.

Cela ressemblait vraiment à la fin et je ne trouvais rien d'autre à lui redire que des banalités d'usage quand c'est la fin du monde ou bien une tempête de verglas.

***

Quelques jours plus tard, je suis encore au travail et n'ai pas besoin de me pincer pour savoir que je suis toujours vivant.

Le pauvre monsieur a été transféré ailleurs.

Entre temps, Le Nouvelliste a cessé d'être imprimé et distribué quotidiennement aux portes. Du jamais vu depuis 100 ans en Mauricie. Le drame.

-Il paraît qu'i' a plus d'Nouvelliste! de s'exclamer nos résidents et résidentes.

Une dame dans son coin exprime son désarroi de bizarre manière:

-J'aime autant mourir! Plus d'Nouvelliste! C'est la fin...

Évidemment, nous lui rappelons que Le Nouvelliste sera distribué le samedi seulement en version papier. Cela n'est pas pour la réjouir.

***

Je pourrais vous sortir encore mille anecdotes de gens qui sont convaincus que c'est la fin.

Eh bien, vrai comme j'essuierai là, ça ne l'est pas. Du moins pas encore.

Cette cochonnerie va passer. On sortira de ce Moyen-Âge que l'on s'impose par précautions sanitaires. Ce sera le recommencement du monde. Comme d'habitude.

On fera le bilan de ce qui aura marché et de ce qui n'aura pas marché.

On pleurera nos morts ou bien conspuera les vivants.

C'est dur à dire.

Tous les scénarios sont ouverts.

Mais ce n'est pas la fin. Pas encore.

C'est seulement autre chose.

Et, bien sûr, ça fait peur.


mardi 24 mars 2020

Moi aussi j'ai ma boule de cristal...

Bien malin celui qui pourrait vous dire quand et comment nous devrions nous sortir de cette crise. Chacun y va de ses spéculations. Tout le monde semble avoir une boule de cristal. Même moi. J'ignore pourtant ce qui va se produire. Cela dépasse largement mes capacités cognitives. J'y vais d'un scénario à l'autre en me sentant un peu fat de parler.

D'aucuns croient que tout se résorbera incessamment, comme au Japon ou bien en Corée du Sud où la population semble suivre les consignes de la santé publique à la lettre. Ils croient aussi au traitement préconisé par l'épidémiologiste Didier Raoult qui vient d'ailleurs de claquer la porte du conseil scientifique du président Macron.

D'autres anticipent le pire. Plusieurs vagues successives d'infections au COVID-19. Comme pour la grippe espagnole naguère. Ils se disent, non sans raison, que nos services hospitaliers seront bientôt débordés par l'afflux des personnes gravement malades. Le pire se produirait autour de la mi-avril, aux États-Unis, où nos pauvres et misérables voisins vivent sans couverture médicale, contrairement au Canada et au Québec où nous avons ENCORE un système de santé universel et gratuit qu'il faut protéger comme la prunelle de nos yeux des voeux rapaces et mortifères des capitalistes.

Nous sortirons de cette crise, comme de toutes les autres crises passées, présentes ou à venir, en privilégiant la solidarité.

Nous préserverons notre humanité en pensant aux autres plutôt qu'à soi-même.

Aimer son prochain n'est plus une question de rhétorique en ce moment.

Aider quelqu'un, c'est du capital en banque si les institutions financières tombaient une à une comme des pièces de domino.

C'est une nécessité vitale. Tout autant qu'avant la pandémie. Peut-être l'avions-nous un peu oublié...

***

Un conte tiré du roman Les Frères Karamazov de Dostoïevski. Un poète assiste à un naufrage les pieds bien au sec sur le rivage et pleure de grosses larmes de crocodile: «ne regardez pas ceux qui se noient au loin, mais moi qui suis si triste de les voir mourir...»

Tout notre monde égocentrique et narcissique tient dans cette parabole. Ramons et sauvons plutôt les naufragés. On s'occupera des pauvres pleurnichards plus tard.

mercredi 18 mars 2020

Chronique au ralenti de Trois-Rivières

Tout est au ralenti autour de nous.

Le centre-ville, d'habitude si frénétique, est déserté par tout un chacun.

On sent qu'il plane quelque menace grave au-dessus de la cité, malgré le soleil et l'air nettement plus respirable qu'à l'accoutumé.

Les rares passants dans la rue s'arrangent presque pour ne pas se croiser en changeant de trottoir au moment de la rencontre.

Je ne parle que de Trois-Rivières. Une petite capitale industrielle de l'Amérique. Je conçois à peine ce qui doit se passer ailleurs dans le monde.

Je ne vous sermonnerai pas au sujet du corona virus COVID-19. D'autres le feront mieux que moi. Par absence de choix, je fais confiance au directeur de la santé publique comme je ferais confiance au directeur des incendies si la moitié de la Trois-Rivières s'enflammait comme en 1908.

En attendant Godot ou je ne sais trop quoi, eh bien je me trouve sagement chez-moi, assis sur mes réserves, en compagnie de l'amour de ma vie, complices et travailleurs essentiels du secteur de la santé.

J'ai donc pris pour résolution d'écouter de vieilles chansons québécoises des années '60.

Puis j'ai cuisiné un pain aux bananes. La recette est sur le ouèbe. Vous googlez pain aux bananes et Ricardo. Vous allez tomber pile.

Je vais bien sûr dessiner, dormir un peu avant que d'aller travailler cette nuit, jouer de la guitare et de l'harmonica pour me réveiller, me coller sur ma blonde pour trouver ma dose quotidienne d'amour et de chaleur humaine, puis travail, travail, travail...

Tout est calme.

Profitons-en pour réfléchir collectivement au sens de la vie.

Profitons-en pour faire valoir l'amour et la solidarité plutôt que la haine et la division. Et ce dans toutes les sphères de l'activité humaine.

Nous sommes maintenant condamnés au progrès. Et vite.

En attendant, je vais manger une bouchée de mon pain aux bananes tout droit sorti du four.

Il est tendre et moelleux.

Une vraie réussite.

J'avais quatre bananes un peu trop mûres.

Il n'y aura pas eu de perte.

Une victoire de plus sur l'air vicié du temps...

mardi 10 mars 2020

Femme ou bien homme de mots

Femme ou bien homme de mots
Tu te tiens tranquille et t'enfermes dans ton monde

Lorsque les mots servent les plus bas instincts
Tu n'es pas femme ou bien homme de mort
Tu ne cries pas «Vive la mort!»
Ni pour les fascistes
Ni pour les anarchistes
Ni pour personne

Les mots qui servent la mort ne sont jamais vrais
Ce sont mots de privilèges et mots d'assassins
Mots qui ne se soucient pas des maux d'autrui
Mots qui ne mènent qu'à de nouveaux massacres
Pour que tel auteur ou telle autrice ait raison
Quelque part
Dans le confort puant de son salon

Tu ne sers ni les mots ni les morts
Tu sers la Vie avec un V majuscule
Comme dans V pour Victoire
Ou V pour Vain

Qu'importe

Tu ne te branles pas avec les mots
Aux dépens des vivants et des morts
Tu sais le prix et la valeur de chaque mot
Et tu sais que les mots peuvent tuer
Ici comme ailleurs

Tu sais que les mots peuvent être faux

Alors, comme le poète Claude Gauvreau
Tu en viens à te reconstruire une langue
Une langue qui ne tue pas
Une langue qui sert la Beauté
L'Amour, la Liberté, l'Imagination

Que cette langue se turlute
Ou bien se chante en sifflant
C'est tout ce qui compte pour toi

Parce que tu es homme et femme de paroles

Tu n'es pas de ce genre d'hostie de trou du cul
Dont on ferait un chroniqueur
De Québecor





Gaétan Bouchard
Tous droits réservés
Trois-Rivières, 2020


jeudi 5 mars 2020

Né le 5 mars 1968 à Trois-Rivières

Il est né à Trois-Rivières le cinq mars mil neuf cent soixante-huit.

Il était le troisième enfant d'une famille de quatre garçons.

Sa mère était couturière, femme de ménage, préposé aux bénéficiaires.

Son père était opérateur de chariot roulant dans une aluminerie qui était en grève ou en lock-out aux deux ans. Son papa était aussi agent de sécurité, concierge et père Noël de centre d'achats dans les temps durs.

Il aurait aimé avoir vingt ans l'année où il est né. Le destin en décida autrement. Il nourrira cette nostalgie des années '60 toute sa vie par pure forme de protestation métaphysique. Son époque n'avait pas d'âme. Il y en avait une en 1968...

C'était sans doute à calculer au nombre de ses conneries de rêveur auxquelles s'ajoutaient celles de dessiner toutes sortes de bonshommes aux yeux exorbités dans les marges de ses cahiers d'écolier.

Diable qu'il dessinait ce gars-là...

Il s'ennuyait tellement à l'école. C'était trop lent. Trop répétitif. Il comprenait du premier coup et devait encaisser des journées d'aide-mémoire inutiles. Pouvait-on passer à autre chose, hein?

Puisqu'on ne le pouvait pas, eh bien il dessinait ou lisait ou glandait.

Parfois, lorsqu'il riait trop fort d'avoir dessiné son prof avec un étron sur la tête, on l'envoyait en pénitence à la bibliothèque où il lisait les manuels de pédagogie de son niveau et des autres niveaux pour faire encore plus chier ses professeurs au retour.

Il se comportait comme s'il était l'enfant Jésus parmi les docteurs du Temple alors qu'il n'était, somme toute, qu'un crétin parmi d'autres crétins qui se croyaient intelligents en s'appropriant des poncifs pour en faire l'exégèse.

Il était souvent seul. Parce qu'il était solitaire, contemplatif, méditatif. L'univers lui sembla tout croche très tôt et plus il tenta d'en apprendre sur l'univers plus il finit par en savoir sur la méchanceté des hommes.

Il était doux, rêveur, pacifique. Mais pas son milieu.

Alors il apprit à se battre. Comme il était grand et gros il adopta une technique toute particulière de projection des agresseurs. Une technique qui lui valut d'ailleurs une médaille d'or au lancer du poids aux Jeux du Québec alors qu'il était en secondaire 3 dans une école-polyvalente dénuée d'amour et de fenêtres. Il ne se battait pas vraiment. Il les crissait littéralement au bout de ses bras les baveux et autres chiens sales.

Évidemment, il se tenait toujours avec ceux et celles qui ne se tenaient avec personne.

Sa bande était toujours formée de marginaux et marginales qui n'en avaient rien à foutre des bandes.

Il en allait autrement des bands...

Il fit donc de la musique, dans un band.

Il y racontait des histoires qui lui étaient arrivées, dans la langue de Plume Latraverse.

Les gens riaient. Il se démenait sur scène comme une baleine dans un magasin de porcelaine. Il était malheureusement plus Charles Bukowski que Jim Morrison.

Un jour, au bout de nombreuses saouleries et évasions de l'autre côté du miroir, il finit par rencontrer un peu l'amour.

D'abord un doux baiser, une douce romance, une naïveté presque attendrissante venant de ce gros animal bourru...

Puis toutes sortes de baisers. Le corps qui se libère autant que l'esprit et même plus. Enfin. Boule de graisse était devenu un homme.

Il a bossé. Il a chômé. Il a voyagé d'un océan à l'autre.

Il a mis une partie de sa vie en chansons et en images parce que ce fou se croit encore un artiste.

Chu un jobber des grands chemins
J'sais pas où je s'rai demain
J'va's travailler dins z'usines
Dins bureaux pis dins cuisines

Et c'est ce qu'il fit. Préposé aux bénéficiaires un jour. Journalier dans une usine de production de supports de bois pour l'entreposage le lendemain. Aide-cuisinier dans une pizzeria. Concierge. Croupier de Black-Jack. Manutentionnaire. Aide-déménageur. Animateur de radio. Directeur de radio. Agent de développement. Agent aux communications. Rédacteur en chef d'un journal de rue. Transcripteur. Traducteur. Rédacteur. Pelleteur. Déblayeur. Et coetera.

Et il a fini par atterrir dans la vie d'une femme qui lui a électrocuté le coeur il y a presque 20 ans de cela et avec qui sa vie continue de s'écouler sous les heureux et parfois abrupts rivages de l'existence.

Il, c'est qui il?

Il vit encore anyway.

Vous le croisez sans doute souvent au centre-ville de Trois-Rivières.

Il est si facile à reconnaître.

C'est un gros et grand bonhomme de six pieds deux pouces trois cents livres.

Il a le dos toujours un peu recourbé. Comme s'il portait le poids du monde sur son dos. C'est pas lui qui a dit ça mais un chroniqueur du Nouvelliste. Un certain Jean-Marc Beaudoin qui aime faire son smart avec ses effets littéraires éculés lorsqu'il décrit la faune trifluvienne avec ses politiciens corrompus adulés et ses quelques sans-culottes que l'on traite de malades mentaux.

Bref, vous le verrez peut-être marcher sur la rue des Forges aujourd'hui.

Ou demain.

En tout cas, aujourd'hui il a cinquante-deux ans.

mardi 3 mars 2020

J'ai pris un bon café

Raconter des histoires ne se fait pas sans difficultés. La première est sans doute d'avoir à les vivre avant que de les écrire. À moins que vous ne soyez très inventif. Ce n'est pas ma chance. Je n'invente rien. Les aventures viennent à moi sans que je ne veuille les vivre. J'ai été, suis et serai toujours l'aventurier malgré moi. Parce qu'il y a en nous tous quelque chose du Hobbit, une créature qui se cache dans son coin perdu, loin de tout souci, avec suffisamment de conserves pour passer l'hiver.
Je suis comme vous, moi. Exactement comme vous

Cette entrée en matière devrait me permettre d'aborder mon sujet.

Or, je n'ai aucun sujet.

Je croyais qu'il viendrait de lui-même à force de parler d'aventures...

Zut... Flûte... Chapeau pointu...

...

...

Tiens. J'en ai une, d'aventure. Cela me revient.

Cela s'est passé pas plus tard que ce matin.

Je suis allé prendre un café au Caféier. C'est près du fleuve, au centre-ville de Trois-Rivières. C'est charmant. Les plafonds ont trente pieds de hauteur. On n'y étouffe jamais. Ils vendent du bon café.

Il n'y avait personne. Ou presque.

La propriétaire. Avec un employé ou un co-proprio. Tous deux fort sympathiques et avenants.

Mon café americano était aussi bon que d'habitude.

Tant qu'à passer voir le fleuve, je m'arrête là, comme un petit vieux, puis je reprends ma route.

Il n'y avait pas plus de badauds ce matin au centre-ville.

Je ne sais pas pourquoi. La semaine de relâche? Tous les étudiants ont foutu le camp?

Peut-être ceci ou cela.

J'ai marché sur la rue des Forges et je n'y ai vu aucun itinérant. Pas âme qui vive à vrai dire. Hormis le Lonely Rapper, un type qui déambule soir et matin dans les rues du centre-ville en écoutant du hip hop français à plein tube sur un haut parleur qu'il porte sur lui-même. Nous n'allions pas dans la même direction. Je l'ai laissé poursuivre son chemin tonitruant et solitaire comme les deux mille autres fois où je l'ai croisé... (Il y aurait matière à vous raconter des histoires mais je la laisse encore maturer...)

Mes amis les vagabonds semblaient faire relâche.

Il n'y avait donc pas lieu de vivre des aventures. De tomber sur une discussion. Ou bien sur un type déguisé en Charlie Chaplin sur les effets de quelque chose de puissant... Comme ce gars que j'ai croisé l'an passé, celui qui montait dans les poteaux en criant au gens «Le Manitoba ne répond plus!» Il m'avait demandé ensuite s'il pouvait faire un bout de promenade à mes côtés... Why not? Le trottoir appartient à tout le monde bonhomme.

Franchement, il n'y avait rien ni personne aujourd'hui sur mon passage.

Rien à dire.

Rien à écrire.

Rien.

Alors, je suis rentré.

J'avais un peu mal dans le dos. Je travaille physique parfois.

Vous parlez de ma job c'est toujours un peu délicat.

Je vis plein de trucs dans mon métier, comme si j'étais sur un champ de bataille rempli de blessés...

Mais bon, vous vous lasseriez de m'entendre vous parler de maladies et de morts.

Alors j'ai pris un bon café.

Voilà.