mercredi 21 avril 2010

Auto stop

J'avais pour idoles littéraires Jack London et Jack Kerouac. Tout ce qu'il fallait pour devenir un jack-of-all-trade, un gars qui pratique tous les métiers et qui se promène sur le pouce, d'une ville à l'autre.

J'ai donc pratiqué l'auto-stop de Trois-Rivières à Hyder, en Alaska, puis au Yukon, au Labrador. J'ai tendu le pouce d'un océan à l'autre, ouais, et j'ai rencontré des tas de gens sympas avec qui j'aurai passé quelques heures de ma vie à parler de tout et de rien.

Hier, comme je marchais vers le centre-ville, en plein soleil, il m'est revenu des flashbacks de ces années où j'ai pratiqué l'auto-stop.

Évidemment, il y a des règles de base pour bien voyager sur le pouce.

Il faut d'abord comprendre que l'on aime ce que l'on est et que les gars ou les filles qui roulent confortablement assis dans leur véhicule doivent avoir une sacrée bonne raison pour embarquer un poids supplémentaire à côté d'eux. Et d'autant plus si, comme moi, vous êtes un poids lourd.

Donc, pour moi, ça voulait dire voyager seul. De toutes façons, ça ne se partage pas, un voyage sur le pouce.

Il faut sourire, bien sûr, et voyager léger.

Il est toujours mieux d'avoir une pancarte indiquant sa destination. Je suis parti de Whitehorse, au Yukon, avec un bout de carton sur lequel j'avais écrit Montréal avec le sigle de son club de hockey, nos glorieux Canadiens. J'ai trouvé assez de partisans des Canadiens sur la Yellowhead Highway 16 pour me rendre sur la transcanadienne puis jusqu'à Montréal.

Sur le pouce, on ressent parfois que l'on n'est rien. Mon record d'attente: huit heures à Lloydminster, en Saskatchewan. Les partisans des Canadiens se faisaient rares à cet endroit.

Huit heures à regarder les champs, les oiseaux, le blé, les arbres, le ciel, les nuages, le soleil. J'ai déjà vu pire. Ce n'est pas huit heures à l'hopital. C'est huit heures dans les Prairies, en Saskatchewan. Il y en a qui paieraient un billet d'avion pour voir ça. Et qui n'auront jamais les moyens de se le payer. Et qui ne sortiront jamais de chez-eux. De plus, huit heures d'attente ça forge le caractère. Ça soumet au test notre dimension spirituelle.

C'est reposant de ressentir que l'on n'est rien. Aussi reposant qu'une page blanche. On peut recommencer à zéro. Oublier les détails. Ne s'en tenir qu'à la plus belle version de l'histoire, celle qui n'a pas encore été écrite, celle qui reste à vivre intensément afin de ne pas l'écrire pour ne rien dire, comme tant d'autres névropathes de la littérature.

Je prendrais bien la clé des champs aujourd'hui. Prendrais, c'est au conditionnel. Et les conditions gagnantes ne sont pas réunies. Donc, j'aurai fait comme tant d'autres névropathes de la littérature. J'aurai seulement fouillé dans de l'hostie de nostalgie sale... À la première personne du singulier, en plus. Sacrement! Faut que je décroche de mon ego.


PS: Arrêtez de m'achaler et de me dire quand je vais publier. Personne ne voudrait publier une phrase comme «hostie de nostalgie sale» dans quelque médium que ce soit, sinon l'un de ceux qui vous paie avec des coupons rabais de 50% sur un repas au resto du beau-frère d'Untel. D'la christ de marde. Moé j'préfère le ouèbe. C'est plus vrai. Moins têteux. Moins sale. GB

8 commentaires:

  1. Je suis bien sûre d'une chose. Le fait de pas être publié ne change rien à l'affaire. T'es un putain de bon écrivain.
    Depuis tant de jours que je remue mon égo à la première personne pour essayer d'ouvrir la porte à mon ostie de mémoire en essayant de ne pas pâtir, je n’arrive à pondre que des bouts de texte de marde, que je publie quand même pour leur laisser une chance de vivre et d’être remodelés un autre jour, un peu mieux ou moins pire ou pareil. Et c’est bien comme ça.
    Chaque jour je passe chez toi, et chaque jour, je me régale de tes textes si vivants et si vrais. Merci et bises Gaétan.

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  2. chuis d'accord avec Framboise. Le ouaibe, c'est aussi un medium. 9a vaut bien les bouts de papier.

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  3. Dilate-toi un peu, man. Chouette texte. Je tiens à te faire remarquer que Sans Connaissance a été publié à Paris aux prestigieuses éditions Autrement. Le joual, c'est un obstacle juste au Québec.

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  4. À force de me flatter, je vais finir par penser que je suis un con.

    Cela dit, il ne faut pas me prendre au pied de la lettre. J'écris de la fiction comme un arracheur de dents, sauf que c'est vrai.

    Il n'y a donc rien à comprendre, tout à prendre et beaucoup plus pour apprendre.

    En passant, je vous recommande la lecture du roman Sans Connaissance de Éric McComber. C'est de l'ars magna. Un des romans québécois les plus vivants que j'aie lu. C'est pas du poisson mort emballé dans du papier journal.

    Et c'est publié en France, chez Autrement, parce qu'il y a encore tout plein de curés et d'anticurés encore plus curés que les curés pour nous taper sur les doigts quand on écrit moé au lieu de moi, tabarnak au lieu de saperlipopette et autres formules efféminées pour littérateurs du dimanche archidécorés et plates à mort.

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  5. Qu'i' mangent d'la marde ces hosties d'twitoz à l'imagination sèche.

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  6. C'est grave en hostie de parler tout croche comme Popeye...

    Ou comme les personnages de Charles Dickens...

    Ou bien comme ceux de Dostoïevski...

    Comme quoi les censeurs sont des crétins.

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  7. Je te demanderai jamais quand tu vas publier, tu publies déjà ici, de manière libre et accessible, et tu as déjà un lectorat fidèle et conquis. Très peu d'écrivains peuvent en dire autant.

    Être écrivain ou pas, publier ou pas, j'ai tant jonglé avec ces réalités qu'on comprend tout croche, si tu savais... J'ai même toujours comme cliente une maison d'édition. Pas question qu'ils sachent que j'écris gratisssssse!

    Tu aimes écrire, tu le fais à ta manière, tes textes sont des signatures, des films. C'est le plaisir qu'on ressent à te lire.

    Le reste, c'est pas important.

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  8. J'avais cru comprendre ça Zoreilles...

    Ça fait trois ans que j'écris sans me soucier d'approcher un éditeur.

    J'aime mieux publier que d'être publié par un sapajou qui va laisser pourrir mon manuscrit dans ses tiroirs pendant deux ou trois ans.

    Quel éditeur connaît la règle pour l'accord du verbe être à la forme pronominale, hein?

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