lundi 29 septembre 2008

LES NUAGES... LES MERVEILLEUX NUAGES!

Les nuages… les merveilleux nuages!

Ce n’est pas que j’aie attrapé le spleen et qu’il me prenne l’envie de singer Baudelaire. Mais regardez-moi ça ce matin, dans le ciel, et venez me dire que nous ne vivons pas sous de beaux cieux, ici, dans la vallée du fleuve Magtogoek, ce « chemin qui marche » comme l’appelaient les aborigènes. Nos cieux sont exceptionnels. Je vous en passe un papier. Et il est là sous vos yeux, ce papier, même virtuel, pour sauver un ou deux arbres.

Je me suis levé à cinq heures ce matin pour pouvoir les contempler, ces nuages et ces arbres, sous tous les éclairages.

D’abord avec l’éclairage de nuit. Quand je suis sorti de ma tanière, à six heures pile, la nuit n’était pas encore terminée. Les rues étaient désertes et les nuages flottaient au-dessus du port de Trois-Rivières, de gros nuages cotonneux, bleus ou mauves, des couleurs bigarrées qui se bagarraient dans mes yeux de daltonien. Comme si j’avais rendez-vous avec l’infini, vibrant de ces sensations qui se rapprochent d’un état de grâce.

Les étoiles et la lune renvoyaient un peu de leur lumière entre les nuages tandis que le soleil, dans les coulisses, s’apprêtait à reprendre sa course dans le ciel.

Et maintenant, voici l’éclairage de jour. Je distingue des roses et des pourpres dans les nuages. Il y a même du jaune. Mais peut-on faire confiance à un daltonien chronique? Même s’il prétend peindre? Même s’il lit des biographies de Gauguin, un autre daltonien plus ou moins sauvage?

Je ne saurais quoi vous dire avec l’alchimie des couleurs. Mais elle s’opère dans le ciel, l’alchimie. Et jusque dans le feuillage qui prend la couleur de la pierre philosophale.
Mes yeux voient ça. Ils ne me trahissent pas toujours.

Ils voient tout, mes yeux, différemment, mais sans oublier aucun contour, surtout quand je porte mes lunettes… J’oubliais de dire que je suis myope. Pas comme une taupe, mais suffisamment pour rater mon coup à tout coup si j’allais à la chasse aux canards sans mes lunettes.

Bien sûr, je n’irai pas à la chasse aux canards. Je vais les laisser pulluler comme jamais, ces canards à col vert qui, cette année, s’en prennent à nos canards indigènes pour occuper tout l’espace. Le canard noir est presque disparu. Génocide entre canards? Je vais en parler à un biologiste ou bien à un chasseur. Et je vous reviendrai là-dessus, avec une recette de bines au canard.

Bientôt, on verra de longues filées d’outardes dans le ciel. Les canards vont probablement les suivre. Et ils nous laisseront nous enfoncer lentement mais sûrement dans l’hiver, ma saison préférée, parce qu’elle efface toutes les couleurs et nous laisse un décor qui se prend comme une page blanche, une promesse d’écrire n’importe quoi, une page vierge pour y faire gicler les couleurs de notre choix.

***

En complément de programme, L’Étranger de Charles Baudelaire. C’est tiré du recueil Le spleen de Paris. Et, oui, c’est un classique.

L'Étranger

- Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
- Tes amis?
- Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté?- Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle?
- L'or?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages!

Charles Baudelaire, Le spleen de Paris