jeudi 11 septembre 2008

Jeudi: jour de paie... jour de paye... jour de paix...


Une anecdote sur le jour de paye.

Ça se passe à Québec, à la fin des années '80, du temps que je travaillais en tant que préposé aux bénéficiaires au Centre hospitalier de l'Université Laval (CHUL).

À chaque putain de jeudi, pendant deux mois, on oubliait de faire mon chèque, ce qui me mettait toujours en tabarnak. J'explique pourquoi.

D'abord, j'ai commencé à travailler au CHUL après avoir épuisé les économies réalisées au cours de mon emploi d'été, à Twois-Wivièwes, et donc j'étais pas mal cassé.

Souvent, je n'avais même pas de quoi me payer la bus pour me rendre au travail. Je marchais aller-retour, du Vieux-Québec à Ste-Foy, tout le long de la Grande Allée, qui devient le boulevard St-Louis, puis le boulevard Laurier. Ça prenait pas loin d'une heure, en maintenant un rythme de marche plutôt rapide.

Le jeudi, ce qui me mettait en furie, c'est que je marchais presque tout le temps une heure pour rien. J'arrivais au bureau des ressources humaines pour recevoir mon chèque et, toujours, on me disait qu'aucun chèque n'avait été émis à mon nom.

-Nooooooooon! que criait mon estomac.

On rajoutait de passer vers quinze heures. Comme il était neuf heures ça me laissait un bon six heures à ne rien foutre, le ventre vide. Je ne voulais pas retourner à la maison et, de plus, je recommençais à travailler à minuit tous les jeudis soirs.

Donc, je perdais ma journée. Et j'allais la perdre à la bibliothèque de l'Université Laval, à lire tout ce qui me tombait sous la main, essentiellement des livres de recettes, jusqu'à l'approche de quinze heures. Aussitôt qu'on me remettait mon chèque, j'allais au restaurant pour me sustenter puis je retournais à la maison pour dormir un peu avant que de reprendre mon quart de travail de nuit.

Le même manège se répéta pendant des semaines, comme je l'ai écrit plutôt, et je commençais vraiment à péter les plombs.

Finalement, on en vint à faire un foutu paiement direct dans mon compte, au lieu de me niaiser à chaque jour de paye.

Je ne sais pas pourquoi je vous raconte ça.

C'est le jour de paye aujourd'hui. Je n'ai plus besoin de courir la ville d'une extrémité à l'autre pour avoir de quoi manger. Mon frigo et mon congélateur sont pleins, même si c'est le payday. Je m'embourgeoise, quoi. Et j'ai la nostalgie du bourgeois qui se rappelle ses années de vache maigre. Je fais dur en ciboire, au fond.

***

MON ENTREVUE POUR DEVENIR ANIMATEUR À LA TÉLÉ...

Ça me rappelle une entrevue pour une station de télévision. J'avais parlé avec le directeur de la station et il était prêt à me rencontrer pour discuter d'un poste éventuel au sein de son équipe.

Le hic, c'est que je n'ai pas d'automobile. J'ai un double problème de vision et d'argent qui m'empêche de conduire un véhicule...

L'autre hic, c'est que la station n'est pas située sur un parcours régulier de la société de transport. J'étudie la carte des trajets et me rends compte que je pourrais aller jusqu'à l'arrêt le plus près et poursuivre mon chemin en taxi avec le quinze dollars qu'il me reste pour finir mon mois...

J'y vais donc, avec la belle chemise blanche, la cravate et les petits souliers vernis, toé chose, pis la petite serviette qui fait sérieux et professionnel. Je me suis parfumé un brin. Mes dents sont étincelantes. Je me dis qu'on ne pourrait pas faire autrement que d'embaucher ce beau bonhomme que je suis. Je suis photogénique après tout. Sûr que je pourrais passer à la télé et faire rêver les aveugles avec ma voix couillue.

Je prends la bus, transfère autant de fois que nécessaire, puis j'arrive tout au bout du trajet d'où j'appelle un taxi dans une boîte téléphonique. Le taxi se pointe et, rendu à la station de télévision, le chauffeur me dit que je lui dois quatorze dollars et cinquante. Je lui laisse mon quinze dollars. Je ne peux pas lui donner plus que cinquante cents de pourboire... Je ne suis pas cheap! Il me reste juste assez de change pour reprendre l'autobus. Dans les circonstances, je suis d'une extrême générosité. Je lui ai vraiment donné tout ce que j'avais, à ce chauffeur de cab.

J'entre dans la station. Je m'annonce. On me fait poireauter. Puis le directeur vient me chercher et me prie de le suivre jusqu'à son bureau.

Et là, déception! L'entrevue ne mène nulle part. Je sens bien que c'est une pure perte de temps. Je ne serai jamais embauché. Le type m'a demandé en entrevue parce qu'il voulait prendre un café avec moi. J'essaie de le convaincre que j'ai une voix chaude et chaleureuse, que je ferais un excellent chroniqueur à la télé, voire un bon recherchiste et peut-être même un très bon concierge. Puis, dépité, je me lève, serre la main du directeur et retombe dehors... à la pluie battante.

Je dois marcher jusqu'à l'arrêt d'autobus le plus près. Ça m'a coûté quinze piastres de taxi... J'ai une belle promenade sous la pluie devant moi.

Alors je marche sur l'accotement, car il n'y a pas de trottoirs dans le secteur, en me faisant arroser par tous ces chauffards qui, manifestement, considère que ce n'est pas fait pour un piéton, un accotement. J'enlève ma cravate, déboutonne ma chemise. Il pleut et, de plus, il fait chaud en sacrement.

J'arrive finalement à l'arrêt de bus au bout d'une heure, trempé de la tête jusqu'au pied. Je n'ai plus l'air du type qui passe une entrevue à la télévision. J'ai juste l'air d'un pauvre, d'un itinérant, d'un vagabond. Et j'aurais envie de tirer toutes les automobiles au bazooka, je ne sais pas pourquoi. Maudit ressentiment!