vendredi 5 septembre 2008

Dehors les suceux de balustres!


Bon, bon, bon. Il y aura des élections fédérales, le 14 octobre prochain, au lendemain de l'Action de Grâces, une fête pour la famille qui colle bien aux thèmes de la campagne des réactionnaires.

Il fût un temps où le Parti Conservateur s'appelait le Parti Progressiste-Conservateur.

Maintenant, on pourrait l'appeler le Parti Réactionnaire-Conservateur.

Chez Harper et sa horde de Wisigoths d'ultra-droite, ça sent le Travail-Famille-Patrie à plein nez, la religion sale, le suceux de balustres, la grenouille de bénitier, le frustré du sexe, l'inspecteur Javert, le con d'idéologue qui aurait très bien pu être un Collaborateur s'il eût été en France au temps de la Résistance, le pro-Bush déconnecté de la réalité, bref ça pue la marde!

Je voterais pour n'importe qui, même pour Duceppe et ses Gaulois, même pour Dion et ses survivants du naufrage libéral, même pour Layton et ses gogos pro-castristes, même pour les Verts sans connaître un seul nom de candidat, même pour les néo-rhinolaryngologistes, même pour un candidat indépendant idiot et bègue ou bien pour Gonzo le chien.

Je voterais pour n'importe qui sauf pour les Réactionnaires-Conservateurs et les Marxistes-Léninistes, pour les mêmes raisons: trop idéologues, trop déconnectés de la réalité, trop dangereux pour la démocratie. Ça menace de nous faire perdre tous nos acquis sociaux pour la réalisation d'un vague délire mental rempli de fées et d'esprits marchant sur les eaux. On est en 2008, ciboire, pas en 1958.

Le bogue de cette élection, encore une fois, c'est le nationalisme. Les réacs-cons en trouvent tout plein, des nationalistes, pour soutenir leur cause. C'est à se demander si le nationalisme ne serait pas l'antichambre des ultra-cons. On devrait parler de socialisme, sacrament, de démocratie, et on parle encore de nation, st-chrême!

Depuis plusieurs lustres que c'est ainsi. Il y a trop d'histoire et de petit catéchisme dans la politique canadienne. Donc, trop de suceux de balustres, depuis des lustres.

Je ne doute pas que le Bloc québécois soit dans son ensemble un parti d'orientation sociale-démocrate, une fois qu'on oublie les sempiternelles litanies nationalistes. Avec le NPD, les Libéraux et les Verts, ça fait 70% pour la gauche édulcorée et 30% pour les ultra-cons convaincus. Comme nous avons un système parlementaire stupide, à scrutin majoritaire uninominal à un tour, ça permet aux ultra-cons de se faufiler aux urnes, comme des anguilles dans le corps des noyés, pour finalement l'emporter à la surprise générale.

Aux États-Unis, on s'attend à ce que Barack Obama casse la baraque. C'est comme si Kennedy était ressuscité et revenait au pouvoir. Un grand souffle d'espoir s'empare de notre voisin et principal partenaire commercial et, nous, pauvres crétins, nous mènerions au pouvoir l'union de la droite?

Juste parce que notre gauche est désunie, meurtrie par des discours sclérosés de nationalisme et d'intellectualisme borné qui permettent presque aux malabars conservateurs de passer pour des révolutionnaires, des types près du peuple...

Si la gauche est baisée, il y a des raisons à cela.

Premièrement, notre gauche n'a jamais fait son mea culpa ni prise ses distances face au castrisme et autres conneries staliniennes. Elle est trop loin du peuple, trop près des discours creux et de la langue de bois.

Être à gauche devrait signifier quelque chose d'un peu plus noble, être vraiment à l'avant-garde des combats pour les droits de la personne, partout dans le monde, même ici.

Si Harper se faisait photographier parmi des militants néo-nazis, avec leurs croix gammées et toute leur panoplie de demis-cerveaux racistes, eh bien on hurlerait aux loups avec raison.

Si Layton ou Duceppe se fait photographier aux côtés d'un type qui porte un tee-shirt de Che Guevara, un partisan de la dictature et de l'abolition des droits de la personne, personne ne dit rien. Comme si c'était normal. Et, hostie, ce n'est pas normal! Ce n'est pas «de gauche»: c'est juste nul!

Je sais que le 14 octobre je ne voterai pas pour ceux qui souhaitent obtenir un mandat de gouvernement majoritaire pour interdire l'avortement, agrandir les prisons et sabrer dans tous les programmes sociaux.

Pour qui vais-je voter alors?

Je suis baisé... Je me dis que l'opposition, si elle est consciencieuse, si elle fait passer les intérêts des Canadiens ou des Québécois avant ceux de leurs partisans, devrait s'unir, même si ça semble impossible.

Je tiens plus au droit à l'avortement qu'à la nation québécoise, que voulez-vous... Je suis plus social-démocrate que je ne suis nationaliste. Le nationalisme, je laisse ça à Harper et ses suceux de balustres.

Il faut une union de la gauche pour vaincre les ultra-cons. Une union impossible entre les Libéraux, le NPD, le Bloc québécois et les Verts, juste le temps d'une élection, le temps de battre les ultra-cons. On se disputera ensuite, quoi.

Et bien que je ne me dise ni de droite ni de gauche, dans une relation verticale plutôt que latérale avec la politique, du fait que je la regarde de haut, avec un juste mépris, je me dis que je suis probablement plus dans le camp de ceux qui veulent améliorer les conditions de vie des gens plutôt que du côté des économistes en herbes qui veulent piétiner le monde pour assurer le triomphe d'une doctrine dépassée, bonne pour les ringards et autres nerds pas tout à fait dans le vent.

Bref, je fais partie de cette union impossible de la gauche.

Je suis un gauchiste qui critique la gauche comme la droite, mais je reste sincèrement de gauche, parce que je suis sincèrement pour les droits de la personne, pour le libre-choix en matière d'avortement, pour les droits des travailleurs, pour la tolérance, pour la justice, contre la peine de mort, contre la religion dans les écoles, contre le créationnisme et contre George W. Bush.

C'est ça qui est ça.

La campagne électorale est commencée.

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Image: Fernand Léger, Le balustre, 1925