mercredi 17 septembre 2008

Flashbacks


Drummondville. Mai 2001. Je suis au casse-croûte du terminus d’autobus et j’attends mon autobus en direction de Saint-Hyacinthe.


J’ai bu deux ou trois bières au bar juste en face du terminus et je viens terminer ça avec un café filtre.


Deux vieilles dames toutes courbaturées entrent en riant.


-Ah oui, ah oui, bonté divine! dit la plus courte des deux, quatre pieds trois pouces, soixante-trois livres, les cheveux bleus et le dentier claquetant.


-Ce’tain! répond sa comparse, quatre pieds huit pouces, deux cent livres, les cheveux clairsemés et pas de dentiers. H'ésus, Ma'ie, 'oseph, ajoute-t-elle. Ce’tain!


La serveuse du casse-croûte, une dame entre deux âges, ordinaire, ni grosse ni maigre ni vieille ni jeune, vient prendre leur commande.


-Bonjour mesdames, alors ça s’ra quoi pou’ aujou’d’hui?


-Bon-jour ma-da-me-he! Deux cafés pis deux tartes au coconut - comme d’habetude! répond la plus maigre des deux souriant à pleins dentiers.


-H'ont tellement bognes vous ta'tes au cacanotte répond sa comparse.


Deux tartes au cacanotte, comme d’habetude…


C’est niaiseux à dire, mais tout le charme de Drummondville réside là-dedans.


***


Mission City. Colombie-Britannique. Mai 1993. Je suis au McDo et je commande un déjeuner vite fait. Il pleut comme d’habitude. C’est la saison des salmonberries.


Un vieux monsieur entre dans le McDo. Il ressemble vaguement à Abraham Lincoln, mais ce Lincoln est loin d’être tiré à quatre épingles. Bien que ce soit difficile à croire, le bonhomme porte des combines à panneaux d’un blanc douteux. Et il marche avec des bottes noires en caoutchouc. Ça fesse dans le décor: Lincoln en bottes d'eau et en combines à panneaux...


-How’re you doin’, eh? demande-t-il à la jeune serveuse derrière le comptoir qui ne s’étonne pas outre mesure de son accoutrement.


-Pretty good… qu’elle répond à Lincoln. What d’you want John?


-Same as usual… A coffee with an apple turnover… ajoute le vieux en combines à panneaux.


Tout le monde trouve ça normal, sauf moi. Et j'en ai pourtant vu d'autres!


Je paie ma commande et monte à bord du Volkswagen Bus de Mark, mon ami.


-I just cannot believe my eyes it Mark… Tabarnak! que je baragouine.


-It’s just a beginning Butch… You’ve seen nothing yet…ajoute Mark.


Juste avant de monter, je croise le comédien Donald Sutherland dans le stationnement. Il vit dans les alentours de Mission City à ce que j’ai pu comprendre. Et il ne porte pas de combines à panneaux.


Same as usual...

Drummondville, Mission City: même combat!


***


Twois-Wivièwes. Mai 1978. Je suis au casse-croûte Le Grillon sur la rue Laviolette.

La serveuse, c’est ma tante, la sœur de mon père. Elle lui ressemble un peu, les yeux légèrement bridés, les pommettes saillantes : des airs d’Indien quoi.


Monsieur Peps’, un ami de mes parents, qui a lui aussi des airs d’Indien, nous a emmené moi et mon frère pour nous gâter un peu. Il a fait la Seconde guerre mondiale, monsieur Peps’ : le débarquement de Dieppe, la campagne d’Italie, la Grèce, puis le Jour J, la Libération, la Belgique, l’Allemagne… Et c’est le monsieur le moins raciste de toute la rue, parlant à tout le monde, noir, jaune, bleu. En français. En anglais. En allemand. En vietnamien.


-T’sais Guétan, qu’il me dit, c’tait pas d’leu’ faute, aux Allemands. Faut pas leu’ z’en vouloir. I’s étaient gouvernés par un fou, Adolf Hitler! Pis les Allemandes étaient belles à part ça... Hé! Hé! Hé!


Ma tante vient vers nous pour prendre notre commande.


-J’va’s prendr’ un verre de liqueur brune avec des patates rôties matante! que je dis dès qu’elle vient pour prendre ma commande.


-Comme d’habetude! que j’ajoute.


***

Je suis donc remonté aux origines de ma fascination pour la simplicité.


Tant de flashbacks, comme dans Citizen Kane.


Rosebud... Comme d'habetude!