lundi 13 février 2012

Bob Bibeau rencontre Robert Bibeau et le prend par surprise

Robert Bibeau alias Bob Bibeau n'est pas du genre à se prendre au sérieux. Et c'est bien dommage pour les autres. Enfin, pour ceux qui lèvent le nez sur ce genre d'attitude.

Il a l'air jovial, Bob Bibeau. Ses grosses lunettes rondes et ses grosses joues... Franchement Bob Bibeau a l'air d'un vrai clown. Et c'est un drôle de numéro, c'est certain. On n'en trouve pas des tas comme lui.

Ces temps-ci, Bob Bibeau en arrache pour arriver. Son chèque de chômage est retardé pour ixe raison. Et il est sur le bord de manger le mastic qui tient les fenêtres.

Bob a tout essayé pour se trouver une djiobbe au cours des derniers jours et rien, non, rien de rien... Il a parcouru la ville d'un bout à l'autre pour remettre ses cévés en mains propres ou bien en mains sales. Tout le monde se crisse de lui.

-Bonjour je suis Robert Bibeau et j'aimerais postuler pour n'importe quel poste dans votre entreprise... j'attends mon chèque de chômage... pis je crève de faim...

Cette stratégie ne semble pas être la bonne puisqu'il n'obtient aucune entrevue, même pour travailler dans les fastes foudes. En ces jours néfastes, Bob Bibeau se souvient des conseils de Rita Lampron, responsable du chômage payée par l'État, qui lui a dit la semaine passée que le chômage cela ne signifiait pas d'être payé par l'État toute sa vie.

-Il faut que vous osiez m'sieur Bibeau. Moé mon beau-frère s'est trouvé une djiobbe en fonçant... Faut foncer m'sieur Bibeau... Faut pas vivre aux crochets de l'État... L'État, c'est toutte nous z'autres qui payons pour ça!

Sacré Rita Lampron! Une djiobbe avec six semaines de vacances payées plus les massothérapies et tout le tralala des apparatchiks locaux...

Foncer... Oui, Bob Bibeau va foncer et se trouver une djiobbe de bon à rien comme celle de cette sacrée Rita Lampron.

Mais comment faire? En consultant le ouèbe c't'affaire!

Bob Bibeau se rend à la bibliothèque municipale et se réserve une session d'Internet gratuite. Puis il va sur Google et il tape Robert Bibeau, rien que pour voir. Les résultats de recherche le renvoient tous vers un homonyme qui pratique le golf lors de tel tournoi de notables et qui, comme par miracle, est responsable des ressources humaines au bureau de chômage.

Bob Bibeau fait tout de suite le lien avec ce Robert Bibeau sorti presque de nulle part. Ce bon Robert Bibeau va lui trouver une djiobbe.

-Je dois absolument rencontrer ce Robert Bibeau. Je vais le prendre par surprise... oui...

Bob se met sur son trente-six pour cette entrevue improvisée qui témoignera qu'il est un fonceur.

Bibeau entoure le col de sa belle chemise hawaïenne bleue d'un noeud papillon à pois jaune. Puis il se détartre les dents d'un coup de langue et en avant l'aventure!

-On ne pourra pas dire que je ne suis pas original!

Puis Robert Bob Bibeau fonce sur le bureau de Robert Bibeau, un type plutôt malingre, pas très malin et même un peu mesquin. Rien de jovial. Rien qu'une boule de ressentiment.

-Qui êtes-vous? Qu'est-ce que vous faites dans mon bureau? Qui vous a dit d'entrer?

-Il faut foncer dans la vie, m'sieur Robert Bibeau, je me présente, puisque je m'appelle moi-même Robert Bibeau... Regardez ici, en haut, sur mon cévé: Robert Bibeau... J'suis au chômage et ej'crève de faim. Et comme vous êtes responsable du chômage... ahem... responsable de l'embauche au chômage... et que vous vous appelez Robert Bibeau, comme moi... ahem... On pourrait s'entendre, hum?

-De grâce... Prenez rendez-vous avant de vous présenter ici... On n'est pas à l'étable ici, compris?

-Ej'veux une djiobbe calice! Ej'crève de faim! Mon chèque de chômage est en r'tard! que lui répond Bob Bibeau en désespoir de cause.

L'autre Robert Bibeau ne fronce même pas un sourcil. Il conserve cet air froid et indifférent de tous ceux qui sont payés par l'État pour s'amuser des chômeurs, comme ce pauvre Bob Bibeau, qui s'est présenté à lui d'un coeur pur, avec de nobles intentions pour servir le chômage, comme cette sacrée Rita Lampron, tiens, ou n'importe quel autre fonctionnaire qui travaille dans cette ville: avoir une djiobbe pour la vie...

Robert Bob Bibeau est donc retourné chez-lui, dépité, comme d'habitude, et sans djobbe.

-Qu'est-cé que j'va's avoir à inventer demain pour arrêter d'crever d'faim sacrament!!! qu'il s'est dit en lui-même, même s'il semble que tous ses voisins l'aient entendu.

Non, il n'y a pas de place nulle part pour tous les Bob Bibeau de ce monde.

3 commentaires:

  1. Ouais ; c'est exactement ça ; pis ça me met en malice, comme on dit chez moi, de voir ça. Tiens, j'en suis toute rouge de colère, là. 9a fait que je vais avoir une maison propre cet après-midi, pasque quand je suis en colère, je passe mes nerfs su' mes torchons - ça m'évite de poser une ou deux bombes.
    Dans le fond, c'est une chance, d'avoir une baraque à récurer pour passer sa hargne kêkpart.

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  2. L'exclusion par les autres, pas celle qu'on s'impose ciboire, c'est un crime contre l'humanité tabarnak ! Qui habet aures audiendi audiat sacramentum ! Bon, je retourne en mon silence abbatial, et d'un calme proverbial je vais quérir un vieux grimoire poussiéreux qui traîne et qui attend d'être lu dans mon immense bibliothèque... c'est pas celle d'Alexandrie, mais quand même. @ Anne, je partage le même feeling que toi. C'est choquant de lire une histoire semblable, mais c'est vrai, ça existe, j'ai passé par là, comme bien d'autres, et cet énergumène de Gaétan a le don de non pas nous faire lire ses histoire, mais plutôt de nous les faire vivre ! Et c'est plus rewarding en fin de compte. Sacré Gaétan ! ;) :)

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  3. Arrêtez de me vanter je vais chier des taques. ;)

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