jeudi 26 janvier 2012

Wabasso au centre du Grand Cercle de la Vie

Il était temps pour Wabasso alias Lapin Blanc de devenir un homme.

On alla donc le chercher dans le wigwam maternel pour l'emmener au coeur de cette forêt qui s'étendait au Nord du fleuve Magtogoek, à la hauteur de la rivière Tapiskwan Sipi.

Arrivés au lieu de l'initiation, les aînés lui expliquèrent sommairement l'importance du rituel auquel Wabasso devrait se soumettre. Il devrait passer trois jours et trois nuits tout fin seul au beau milieu de la forêt. Les aînés avaient tracé un cercle autour de Wabasso en lui rappelant qu'il devait demeurer à l'intérieur du cercle jusqu'à ce qu'on vienne le chercher au bout du délai prescrit.

Sans nourriture et sans nulle autre source d'eau que la pluie ou la rosée du matin, Wabasso devrait apprendre à devenir un homme en résistant aux peurs que peuvent susciter la forêt, la noirceur ou bien la solitude. Il devrait aussi consigner ses visions dans sa mémoire pour ensuite en faire part au chamane qui lui attribuerait un nom et une fonction selon ce qu'il aura rêvé.

Les aînés abandonnèrent Wabasso à son cercle et à ses visions futures.

La première nuit fût d'autant plus effrayante qu'il plut et tonna jusqu'à l'aube. Le corps trempé, les os humides,  Wabasso claquait des dents. 

Au cours de la journée, il vit un lièvre, trois perdrix et plusieurs insectes.

La deuxième nuit fût tout aussi pluvieuse mais sans tonnerre cette fois. Wabasso vit un orignal à l'aube qui ne se soucia pas de lui. Plus tard dans la journée, un loup passa par là en se disant qu'il était mieux de ne pas trop s'approcher de ces humains qui sont tellement plus assassins que ses congénères.

La journée fût encore plus longue. La faim et la soif le tenaillèrent jusqu'au crépuscule, où il se mit encore à pleuvoir, ce qui le délivra un peu de la soif.

La dernière nuit fût peuplée de rêves parce que c'est toujours ainsi quand on n'a rien mangé depuis trois jours. Wabasso vit en songes des tas de blocs carrés dans lesquels s'entassaient des humains qui n'étaient pas très heureux d'y vivre. C'était les descendants des mangeurs de morue qui étaient récemment venus s'installer sur l'Île de la Tortue, ceux-là même qui achetaient les couches beurrées de caca des petits papooses. Des couches en peaux de castor très fines pour ne pas irriter le troufignon des bébés. Comment pouvaient-ils acheter ça, les pauvres? Quels naïfs! Échanger des couches beurrées de marde contre des couteaux, des chaudrons, du sucre, des fusils...

Wabasso voyait dans l'avenir que son peuple vivrait aussi dans ce même genre de blocs carrés suffocants. Il voyait les aînés renifler des vapeurs qui provenaient de substances toxiques inventées par les mangeurs de morue. Il les voyait ivres, défaits, détruits.

On revint le chercher le lendemain, au terme de son initiation.

Le chamane Misko lui demanda de lui révéler sa vision. Ce que Wabasso fit le plus simplement du monde après avoir bu plusieurs bonnes gorgées d'eau.

Le chamane décida qu'il s'appellerait Mi Ket Ingi, ce qui veut dire «voilà ce qui aura lieu».

Mi Ket Ingi, anciennement appelé Wabasso, était maintenant un homme, c'est-à-dire un Anishnabé.

3 commentaires:

  1. c'est un truc inventé, ou "une histoire vraie", comme aurait dit david lynch ?

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  2. En te lisant, j'étais avec lui dans les bois ...

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  3. le petit, c'est l'histoire vraie d'un Anishnabé.

    ***

    crocomickey, merci pour le compliment. Je ferai pire la prochaine fois. :)

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