mercredi 18 janvier 2012

À propos des censeurs, sangsues et parasites de l'Art

Chez mes ancêtres Anishnabés* aucun lieu ne portait le nom d'un être humain. Il n'y avait pas de Lac Bouchard ni de Mont Jackson. Ils auraient plutôt dits dans leur langue poétique le Lac Où-souffle-des-vents-forts ou bien le Mont du Tonnerre.

Idem pour les totems ou bien les autres objets d'art. Ils n'étaient jamais signés par l'artiste. Ils appartenaient pleinement à la tribu. D'ailleurs, presque tout le monde y pratiquait une forme d'art ou d'artisanat. Il n'y avait pas de télévision et il fallait bien occuper ses soirées. L'art était au coeur de la vie de tous.

Aujourd'hui, la version anglaise de l'encyclopédie libre Wikipédia présente une page noire pour protester contre les censeurs du Congrès américain qui, sous prétexte de défendre les droits d'auteur, voudraient priver les hommes de l'art, du savoir et de la culture.

L'Internet, c'est le retour de la tribu. Tout appartient à tous. Et, malgré tout, un artiste peut faire plus d'argent qu'il n'en aurait fait sous l'Ancien Régime, juste parce qu'il peut contrôler toutes les étapes de sa production. Les perdants dans cette affaire sont les requins, les censeurs et les parasites de l'Art. Pas les artistes. Et surtout pas les humains.

Tout artiste qui se porte à la défense de la censure de l'Internet pour défendre le soi-disant droit d'auteur me semble beaucoup plus un politicien qu'un artiste. C'est-à-dire, abandonnons ce mot pas gentil, un crosseur.

Ceux qui sont sans passion véritable sont portés de l'avant par les institutions de l'Art. Ils vont recevoir leur prébende et leur per diem pour leurs services offerts à détruire la vie chez tout artiste digne de ce qu'il produit pour le plus grand bien de tous.

La recherche de la gloire est vaine et ne sera jamais le moteur de l'art.

Plus un artiste est couvert de médailles dans ce pays plus on peut douter de la valeur de son oeuvre.

On récompense la fatuité, la futilité, le vide. Parce que ça ne dérange personne. Parce que ça fait plaisir à Jean-Claude ou Jojo. On instrumentalise l'art et on le jette en pâtures aux charognards, aux petits-bourgeois incultes, sinon illettrés et se gaussant de tout connaître pour avoir lu deux ou trois résumés dans le cadre de cours obligatoires.

Le vrai moteur de l'art, c'est la voie du coeur.

Il ne manque pas de sans-coeurs, c'est certain, mais le vide ça ne se compte pas.

Un plus zéro, plus encore zéro, est égal à un.

Tout compte fait l'artiste ne doit pas s'effrayer d'être unique. C'est dans la nature des choses.

Vous voulez vivre en artiste? Fuyez les lieux publics! Fuyez la gloire, le renom, la putasserie!

Vendez vos trucs à vos voisins, puis à des voisins d'Outre-Atlantique s'il le faut.

Faites vos petites affaires tout seul. Envoyez-les tous chier.

Vive l'Internet libre.

Vive l'Art libéré et libérateur!

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*Anishnabés = les Vrais Humains comme s'appellent ceux que l'on a surnommés les «mangeurs d'écorce», c'est-à-dire les Algonquins.

6 commentaires:

  1. L'ennemie de l'art, c'est la société dans laquelle on vit. Point final, tabarnak !

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  2. C'est à fait sensé et c'est assaisonné d'un sacre bien ressenti. C'est réconfortant. :)

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  3. Décomposer la société avec nos compositions... l'un permet de connaître l'autre, et, l'autre permet de connaître l'un. Oui, quelle immense chance et quel défi de taille, criss ! Imaginez, développer, concevoir ou encore, adopter de notre plein gré des vues de l'esprit en les sachant toutes, bien illusoires. Des réalités changeantes, mouvantes, fragiles et volatiles que nous habiterons et ferons nôtres pourtant, simplement parce qu'il nous faut bien une terre et un sol à fouler pour s'y faire des histoires. Imaginez, aussi, le plaisir de travailler à sortir ces sols de l'ordinaire et la joie, de rendre ces terres à leur plein potentiel de beauté. À l'orée des bois de jadis, au coin du feu d'aujourd'hui, ou bien encore, sous l'enseigne de ce blogue... quelles histoires nous y conterions-nous ? En toute complexité comme en toute simplicité, partout des illusions, partout des créations. Les unes, propices aux réveils et à tous les sourires ; les autres n'en parlons pas, depuis toujours on les nomme... vérités. Bon, quet'chose de même. Salut à toi Gaétan ! :)

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