jeudi 18 mars 2010

Notre-Dame-de-la-Présentation-de-l'Île-des-Manchots

Roland St-Laurent était un hostie d'cave. C'est tout ce qu'il fallait pour devenir maire de Notre-Dame-de-La-Présentation-de-l'Île-des-Manchots, un petit village reculé du fin fond de la Mauricie, affectueusement surnommée la Mort Ici, une région sous-développée du Québec où tout était possible pour l'aventurier ou le crosseur de passage.

St-Laurent tenait un peu des deux. Il possédait une compagnie de déneigement en plus d'avoir le crâne dégarni. Petit sur pattes, St-Laurent souffrait d'un complexe d'infériorité qui l'amenait naturellement à solliciter les plus hautes fonctions sans qu'on ne les lui demande.

C'est ainsi qu'il en vint à penser qu'il serait le maire idéal pour ce petit village de crétins où tout le monde venait manger dans sa main puisque tous les contrats passaient par lui.

-Toé tzu vas d'être mon organizazeur électoral, avait-il dit à Langevin, son renifleux de pet qui avait déjà vendu sa voix pour des publicités à la radio à Trois-Rivières. St-Laurent n'était pas très bon dans les discours et zézayait beaucoup. Cependant, avec Langevin aux communications, ce faible qu'il menait par le bout du nez, l'affaire était ketchup.

-Biznisse iz biznisse, disait aussi St-Laurent, à tout propos, pour donner l'impression qu'il était bilingue alors qu'il savait à peine dire yes or no.

St-Laurent s'était fait élire à l'unanimité parce que personne ne s'était présenté contre lui. C'est fréquent dans les villages reculés qu'il n'y ait pas d'élections. Ceux qui veulent se plaindre sont mieux de se poindre à l'ONU parce que la province n'en a rien à foutre de ces coins reculés peuplés d'illettrés qui permettent à des hosties d'crosseurs de gouverner sans partage.

Tout le monde s'était rangé à l'idée que ce petit village, majoritairement constitué d'imbéciles xénophobes et illettrés, ne pouvait être représenté que par un hostie d'cave. On a les élus que l'on mérite, n'est-ce pas?

Ce qui fait que St-Laurent faisait tout ce qu'il voulait de Notre-Dame-de-la-Présentation-de-l'Île-des-Manchots. Tout. Il se torchait avec les pétitions. Se moquait des registres qui obtenaient le quorum pour une consultation populaire sur telle ou telle crosse qui viendrait l'enrichir, une fois de plus.

St-Laurent n'en avait rien à foutre des hippies et des crottés.

-Biznisse iz biznesse, répétait ce petit merdeux de maire de rien du tout.

St-Laurent avait dépensé des fonds publics pour toutes sortes de projets loufoques.

Un moment donné, c'était pour la réfection de telle route devant chez-lui. Dans la description des travaux, il y avait aussi l'ajout d'une fosse creusée autour de sa maison ainsi qu'un pont-levis.

Une autre fois c'était pour la construction d'un mini barrage qui allait bientôt totalement assécher les eaux de la rivière Ouananiche. C'était pour donner de la job aux Boissonneault. Et pour se graisser un peu le portefeuille au passage. L'argent ne pousse pas dans les arbres sacrament!

-Biznesse iz biznesse...

-C'est un projet très structurant pour la communauté... traduisait Langevin, le faible.

St-Laurent aimait la vitesse. Tous ses constats d'infraction étaient automatiquement annulés. Comme par magie.

Il avait scrappé trois chars de fonction en deux ans. C'est vrai qu'on ne peut lui attribuer que deux sorties de route. L'autre fois, c'était sa fille qui était au volant. Elle s'en allait voir un match de hockey à Shawinigan, avec ses amies. Et paf, elle avait percuté un arbre au retour. Elle était saoule. Deux heures du matin. Heureusement que ça s'était passé sur le territoire de la municipalité. St-Laurent avait pu étouffer l'affaire comme d'habitude, ce vieux verrat.

St-Laurent se torchait le cul avec les pétitions.

St-Laurent se calissait des consultations populaires.

St-Laurent disait que c'était lui l'boss pis qu'ceusses qui sont pas contents qu'i' mangent d'la marde...

C'était un hostie d'crosseur en plus d'être un hostie d'cave.

Et c'est tout ce que méritait cette région essentiellement constituée de taouins qui ne vont jamais voter et qui se disent en eux-mêmes que c'est ça qui est ça...

Évidemment, l'espoir finit par venir qu'on le veuille ou non.

St-Laurent est mort d'un infarctus hier.

Du coup on envisage confier la mairie à Langevin, ce faible.

Tout le monde a bon espoir d'emmener du changement dans ce trou merdeux. On parle d'écologie, d'écotourisme, de remise en valeur des rives et des rivières. Les partisans de feu St-Laurent n'en mènent pas large. St-Laurent avait un don naturel pour crosser. Un don que ses renifleux de pets n'auront jamais.

Donc, ça va virer à gauche dans le coin. C'est Ruth Ouananiche qui s'en vient à la mairie. Elle est infirmière à l'hôpital.

Avec Ruth, on va changer le nom du village. On va démolir la maison de St-Laurent et son hostie de pont-levis. On va stopper le projet du mini-barrage. On va respecter la démocratie et ses institutions.

On, on, on...

Facile à dire: «on» verra bien.

2 commentaires:

  1. Et pourquoi pas ? de toute façon, ça pourrait guère être pire....

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  2. Ça peut toujours être pire.

    Il faut bien faire le ménage de temps en temps, même si c'est toujours à recommencer.

    Ce qui nous écarte du pire, c'est la constance.

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