jeudi 15 décembre 2011

La sagesse de Aouaw le chat de ruelle

Aouaw était le plus vieux chat de la ruelle. Cela faisait presque dix ans qu'il avait élu tanière dans un petit hangar abandonné où il s'approvisionnait en rats et souris de toutes sortes.

Aouaw complétait son alimentation avec ce que les humains lui donnaient de bon coeur ou bien à contrecoeur.

Il y avait bien sûr les Frissekizes garnis de bon jus de viande que lui laissait la bonne femme Gendron, pour lui seul. La bonne femme Gendron chassait tous les autres chats qui auraient voulu s'en prendre à sa gamelle.  Par contre, il n'était pas question de vivre chez la bonne femme Gendron. Elle ne voulait pas de poils de chats sur son tapis. Et puis Aouaw lui-même préférait nettement la liberté.

-Owww! qu'il disait devant Miaw le roux et Grizoune-aux-yeux-bridés. Les humains? Laissez-moi vous dire qu'il ne faut pas trop s'en approcher et qu'il faut toujours préparer la fuite. L'attaque est toujours la meilleure défense en pareil cas. Ce qui fait que j'ai toujours mordu et griffé quand je sentais le danger, quand je lisais dans l'âme de ces singes déguisés en je ne sais quoi une volonté d'anéantir, de punir, de battre. Sachez utiliser les humains pour les jours où la chasse n'est pas bonne. Trouvez-vous une bonne tanière, avec un bon matelas de carton, et hop! On dort, on rêve, on chasse, on mange et la vie est belle! Miaou!!!

Évidemment, Aouaw disait tout ça en pure pensée puisque tout le monde sait que les chats font de la télépathie accompagné de mimiques discursives. Un froncement de sourcil et un regard intense prendraient huit paragraphes touffus en langage humain pour en saisir tout le sens. Aussi prendrons-nous quelques raccourcis pour ne pas s'empêtrer dans la translittération.

Miaw le roux trouvait que Inw, le chat domestique noir des humains de la famille Bournival, était bien chanceux d'être toujours à la chaleur et d'être soigné par la magie des humains quand il avait mal au cul ou bien aux dents.

Aouaw, le vieux matou, voyait les choses bien autrement. Et comme il sentait ses derniers jours venir, il ressentait comme le besoin de transmettre quelque chose comme une sagesse de chat.

-Les magiciens? Appelons-les plutôt les tortionnaires! Pour un chat qui revient combien sont exterminés après avoir été mis en cage? Méfiez-vous des humains! Pour un humain qui donne une bouchée, il y en a des tas qui ne demandent qu'à vous crever les yeux ou bien à vous injecter un quelconque poison mortel après avoir passé un temps dans des camps de concentration où on vous fait bouffer un truc innommable qui a la couleur de la crotte. Non, je vous dis. J'aime mieux avoir mal au cul et aux dents que de m'en remettre à ces sorciers qui font toutes sortes de fumée et de bruits pour je ne sais trop quoi. Nos cousins les tigres savent comment s'y prendre avec les singes, qu'ils soient nus ou bien à fourrure. Mais nous, les petits chats, on ressemble à des écureuils devant ces gorilles. On doit garder la tête basse, toujours regarder à gauche et à droite, ajuster ses vibrisses et tout le tsointsoin pour ne pas se faire prendre. Sachez-les utiliser quand la chasse n'est pas bonne. Et c'est tout.

Évidemment, Aouaw creva sur ces paroles. C'est vrai qu'il faisait moins vingt cette nuit-là. Aouw était trop vieux pour passer une nuit de plus à grelotter.

Miaw le roux joua un temps avec le cadavre, comme s'il pouvait le ressusciter, puis il le sortit du hangar pour le laisser au milieu de la ruelle d'où les humains pourraient le ramasser pour le jeter aux vidanges.

Miaw revint vers la tanière de Aouaw, et se coucha sur le carton aux côtés de Grizoune-aux-yeux-bridés histoire de partager un peu de chaleur.

-C'était tout de même un chic chat, n'est-ce pas Grizoune?

-Miaou, qu'elle lui répondit mentalement.

Il faisait froid comme il avait toujours fait froid dans ce coin de pays.

Miaw et Grizoune allaient se charger de transmettre la sagesse de Aouaw aux autres félins des environs ainsi qu'à leurs propres rejetons. Et tout ça par la seule force de la pensée. Sans déguisement.

3 commentaires:

  1. Sérieux avertissement à tous les chats de ruelle, voici la déchéance qui vous guette, lorsqu'ils vous apprivoisent.

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  2. Wow! C'est du grand art tes photos!

    J'aime particulièrement celle des deux chats noir et blanc dans une boîte à bonbons.

    Migwetch.

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  3. IL faut rendre crédit à ceux et celles qui les ont pris, ces photos. Certains des photographes sont mentionnés. Tant qu'à ma douce et moi, sommes plus près des bêtes sauvages dan'l kodak. Mais l'important c'est qu'ils nous apaisent un peu.

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