mardi 29 décembre 2009

Oua-la-la et ce fût son Walhalla

Dave n'a pas fait long feu dans le monde du crime. Il a commencé au bas de l'échelle et n'est jamais monté d'un échelon. Il est mort au front, comme bien des soldats. Les nations comme les organisations criminelles ont besoin de ces pauvres gus qui crèvent pour tout le monde juste parce qu'ils sont en bas de la chaîne alimentaire.

Dave n'avait pas la patience de la plupart des gars et des filles du quartier qui se contentaient de peu parce qu'ils faisaient peu d'argent et l'acceptaient presque.

Petit, nerveux et volubile, Dave s'était promis de saisir l'occasion qui finirait par se présenter.

Dave était laid et n'avait aucun succès avec les filles. Ce n'est pas qu'il n'était pas propre sous les ongles, bien au contraire. Non, il était plutôt du genre à faire chier sans avoir ce génie du mal qui te permet de faire chier. De faire chier tout en obtenant quelques satisfactions dans l'accomplissement de ses besoins primaires en matière de sexe ou de nourriture.

Il traînait dans les bars depuis deux ou trois ans, à l'affût d'une combine ou d'un mauvais coup qui contribuerait à l'enrichir. Il ne se sentait pas assez de cran pour braquer une banque et encore moins un dépanneur. Il voulait plutôt se trouver un job by the side dans le monde du crime, genre patron de la pègre ou quelque chose du genre.

Dave savait bien qu'il faudrait tout de même commencer quelque part et il choisit naturellement de devenir le commis d'un gang de motards local, le chapitre mauricien des Diables Vauvert, affilié aux Fire Fighters du Missouri.

Le chef des Diables Vauvert, Tête-de-fromage, ressemblait un peu à Abraracourcix. Il faisait beaucoup d'argent avec les polytoxicomanes. Ce qui finissait par créer de la jalousie parmi les autres commerçants de psychotropes. Dont les membres de la mafia russe, chinoise et italienne, sans compter les gangs de rue et tous les autres petits démons qui flairent toujours le bon moment pour commettre quelques vilenies.

C'est en cette période de rivalité entre les Diable Vauvert et tous les autres félons que Dave devint le chauffeur officiel des Diables Vauvert.

Sa job était simple. Dave devait partir les autos de tous les membres du groupe, le matin. Juste ça. Et reconduire des danseuses à Montréal ou ailleurs. Ce qui fait qu'il a fini par connaître des tas de filles qui, bien qu'elles ne l'embrassaient jamais, le libéraient un peu du poids de ses soucis.

Une belle job, simple, payante, avec des filles qui te succionnent l'ambition: que pouvait-il demander plus? Dave devenait enfin quelqu'un. Il pouvait s'acheter du beau linge et se parfumer un peu. Tout en continuant de faire chier.

Puis un beau matin, kaboum!

Dave a explosé en démarrant la Hummer de Jos «Dostoïevski» Poitras.

Il est probablement mort sur le coup. Ce n'était pas de la petite bombinette. C'était plutôt du gros pétard. De quoi envoyer tout un clan au Walhalla. Et défoncer une Hummer, quoi.

Kaboum!

-Oua-la-la! hurla Dave.

Oua-la-la et ce fût son Walhalla.

Mort. Crevé. Kaputt. Enfin la lumière au bout du tunnel.

Alors si l'on vous demande de devenir chauffeur pour les Diables Vauvert, pensez-y à deux fois.

C'est moi, Jos «Dostoïevski» Poitras qui vous le dis... Gniark! Gniark! Gniark! Hé! Hé!



***

RIP Dave...

7 commentaires:

  1. c'est comme quand tu vas à l'anpe, il vaut mieux dire que t'as pas de permis de conduire, ni de voiture. comme ça, ils t'appellent moins souvent, et tu continues à toucher tes allocations.
    tu gagnes pas autant que livreur de mangé à domicile, mais c'est largement moins fatigant.
    fin, remarque, après tout, chacun ses choix.

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  2. Ça se lit comme on déguste un bonbon ... Vive la parlure !

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  3. pi on dit "on a toujours le choix", et c'est vrai. mais n'empêche, ça dépend quand même pas mal de l'horizon qui se profile. mais disons aussi qu'y a certains horizons qu'on perçoit, à moment donné, mais qu'y suffirait de tourner la tête, ou même fermer les yeux, changer d'angle, pour que ça devienne tout autre.

    a "point ov view".

    "on choisit pas les trottoirs de manille, de paris ou d'alger, pour apprendre à marcher." comme dirait le forestier.

    le gens pensent pas assez à L'UNIVERS.. y'a quelque chose de haut et de grand, qui demanderait pas grand chose.

    toi, gaetan, tu reviens souvent sur le truc de "voyez, un jour, la terre, PAF! plus rien! suffirait d'une comète pour que le cailloux se désintègre dans le vide en mille morceaux, et nous avec."

    ben c'est peut-être con et "inutile", mais ça me parait aussi la moindre des choses de penser à ça. ça nous remet à notre place.

    le pire, c'est qu'y en a qui pensent dans une logique toute autre.. z'ont la soif d'un pouvoir totalement illusoire, sont gavés de l'instant, de leur putain d'importance et d'influence sur le monde. se prennent pour quoi ?

    tss! et moa, je me prends pour quoi d'ailleurs, là, chez gaetan bouchard ?

    me rappelle d'un rasta, énorme black, majestueux et tranquille comme un éléphant dans une ruelle chargée de haine et de ressentiment. "marijuana" ? il m'avait dit. j'idéalise un peu, peut-être, mais il m'avait paru essentiel dans le décors. comme un socle. il avait "la foi". me semble que c'était un repère rassurant au milieu du tumulte. il avait "compris". ou plutôt, il était "une âme". dans le "bon " sens du terme.

    (scuze pour le paté. mais sandra gordon m'a inspiré l'autre soir, vec son "boule d'amour". et je me suis payé une quille de jack daniels en son honneur. et j'estime que j'ai le droit d'y croire encore.)

    bise

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  4. entre nous :

    "t'es bien gentil de publier mes glaires..."

    l'autre fois, le corps de la grosse, ses pensées, c'était bien.
    chuis parti comme un voleur le lendemain. le petit père m'avait montré son couteau, pour me faire "peur".. le petit jeune maniaque. triturant son objet. les âmes étaient ou ?

    je vaux pas mieux qu'un poil de barbe, j'en ai l'intime conviction. mais ils continuent à parler. à signifier.
    "tu vois, le business, c'est comme ça."

    chuis là à t'en parler. t'es peut-être même de la police, à relever.

    aujourd'hui, je cherche même plus un lieu ou m'étendre
    mort

    me dis que je pourrais crever tout droit

    comme un piquet

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  5. tite misère :

    http://www.youtube.com/watch?v=JjD4eWEUgMM

    je t'aurais bien pris dans mes bras, janis, mais j'étais pas né
    j'aurais pu te bercer
    (...)
    chuis né 3 ans après ta mort
    mais croa bi1 que je t'aime

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  6. Un jour, je ferai un roman avec tes glaires, cousin machin. Je te donnerai 20%. Je publierai ça sous le nom Oncle Roger.

    ***

    Merci madame des Ocreries. J'essaierai de faire pire.

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