mercredi 1 octobre 2008

JE VAIS VOUS CONTER DES PIPES

Rien ne me pue au nez autant que ces abrutis qui passent leur temps à regarder le monde avec un livre entre les mains, que ce soit Mein Kampf, Das Kapital ou les règles du jeu de Monopoly.

Je ne renie pas les livres, loin de là, mais je doute qu'il soit possible d'expliquer le monde globalement en ne se référant qu'aux auteurs, petits ou grands.

Je vais me citer en mauvais exemple, tiens, juste pour qu'on ne dise pas que je ne fais que m'en prendre aux autres.

Dans les premiers temps de ma puberté, j'expliquais tout par les livres. J'étais jeune, con et sûr que tout avait été dit et placé dans les rayons des bibliothèques. Un jour je tombais sur Léon Trotski et Trotski avait raison sur tout. Le lendemain je tombais sur Léon Bloy et Bloy avait encore plus raison que l'autre Léon. Et ainsi de suite, jusqu'à ce que j'allume -vraiment.

Pour séduire les filles, j'étais nul à chier. Je leur écrivais de longs poèmes où il n'y avait que le ronronnement de mon cerveau, singeant les expressions qui peuvent ressembler à des états d'âme. «Tu es belle comme le soleil qui nimbe d'un halo de lumière les marécages de la vie...» Vous voyez le truc. C'était classique, bien ficelé, avec des rimes impeccables, et les filles s'en foutaient toutes, avec raison.

Je me morfondais en me disant que ces femmes étaient ignorantes, incultes et ingrates.

Jusqu'à ce qu'une femme me fasse comprendre que j'étais plus intéressant, moi-même, sans mes foutus poèmes et mes réflexions ronflantes sur la vie et l'amour.

Elle a tout simplement dédaigné mes poèmes, la tentatrice, les rejetant du revers de la main, préférant me sucer la queue tout en frottant son sexe contre ma bouche. Les cloches se sont mis à sonner dans ma tête et, croyez-moi, j'ai allumé.

Depuis lors, je n'ai plus jamais vu la poésie de la même manière, idem pour les arts, les lettres et la politique.

L'ignorant et l'inculte, c'était moi en quelque sorte, avec mes livres qui disaient tout mais n'expliquaient rien, avec mes poèmes sirupeux qui ne valaient pas quelques bonnes giclées de plaisir, condition nécessaire à un éclaircissement des idées.

Bref, je suis devenu un homme.

Quand des ploucs viennent m'expliquer que le monde se résume à une formule de tel ou tel auteur, marxiste ou conservateur, j'ai la même réaction que les filles avaient envers moi quand je leur récitais mes litanies.

Elles voulaient de la vie, du réel, du concret. Et je ne leur offrais que des mots, des citations et des rimes. «Tu es belle comme...» Assez! Déshabille-toi, mets-toi à nu et montre ce que tu es capable de faire avec tes mains, ta bouche, ta langue et ton sexe. Reviens vers tes livres quand tu seras repus d'amour et lis-les pour le plaisir, simplement, sans chercher à trouver ce qui ne s'y trouve pas. La vraie vie est ailleurs.

***

Mon frère a publié hier une lettre dans Le Devoir, en réponse à un conservateur qui avait écrit une longue épître au même quotidien la semaine dernière.

Le type s'appelle Carl Bergeron et il tient un blogue qui s'intitule, sans rire, L'intelligence conséquente. Évidemment, il s'amuse à traiter mon frère d'imbécile suite à la parution de sa lettre, hier, où il se fait varloper un brin.

Les commentaires sont évidemment fermés sur son site. On comprend pourquoi, le bougre doit se sentir bien seul avec son ressentiment déguisé en points de vue.

Je pense qu'il aurait besoin d'une bonne pipe. Mais ce n'est pas moi qui vais la lui proposer.