samedi 4 octobre 2008

À PROPOS DES GROS CRISSES DE CROTTÉS

Vous vous demandez peut-être pourquoi tout le monde a l'air gros dans les quartiers pauvres. Vous vous dites, avec un brin de mépris, que c'est parce qu'ils mangent comme des cochons. Vous faites un pas de plus et voilà que ce sont des gros crisses de crottés sur l'aide sociale, ce qui n'est pas toujours le cas, mais enfin bon, on ne s'arrête pas aux détails quand on généralise.

Et pourquoi ne pas généraliser, quand c'est pour faire du tort aux autres, hein? On n'a rien inventé de plus amusant sur Terre que la manie de faire souffrir. Dommage que l'époque soit si tranquille et qu'il ne soit plus possible de battre les pauvres à coups de cannes à pommeau d'or. On ne les bat que dans la confidence, à murmurer des infâmies ordinaires qui en disent long sur l'état de non-esprit des crétins qui s'adonnent à tirer sur les ambulances à la guerre.

Car nous sommes en guerre, les amis. Et la guerre n'est pas qu'en Afghanistan, en Irak ou bien en Tabarnak.

La guerre, c'est con à dire, elle est partout, même ici. Elle est déjà dans la gorge de celui qui traite les pauvres de gros crisses de crottés. Elle est aussi dans les oreilles des gros crisses de crottés qui les reçoivent, ces mots, comme une invitation à répéter 1789, 1848, 1871, 1917, 1949, etc. Ouais, les mecs. Je sais pas si vous savez compter, mais moi je compte pas mal plus de pauvres sur la planète que je ne compte de pauvres cons qui traitent les pauvres de crisses de crottés, gros ou maigres.

Les crisses de crottés sont nombreux, ouf!, on n'en a pas idée. Et il ne faudrait pas croire qu'ils gobent tout calmement, sans rien dire, sans rien faire. Il vient un temps où les crisses de crottés ont le gros bout du bâton.

Et dans ce temps-là, c'est pas pour vous faire peur, tout le monde passe au cash. Les crottés, c'est triste à dire, ça ne réfléchit pas quand ça se bat.

Et qui a commencé ça, hein? Les crottés? Pas du tout. Ils étaient bien calmes dans leur coin, à manger des pissenlits par la racine, comme d'habitude.

Non, celui qui a commencé, c'est le type qui les a traité de crottés. C'est celui qui veut augmenter les peines de prison pour ceux qui volent un oeuf. Celui qui voudrait pendre la femme qui se fait avorter. Celui qui veut évidemment rétablir la peine de mort. Et qui baise le cul de l'évêque, juste pour bien paraître dans la belle société. Celui-là menace l'ordre et la sécurité sociale. Et il est temps d'appeler le doorman au secours pour le sortir de son bar open.

Bon, vous vous demandez encore pourquoi les pauvres sont si gros dans les bas-quartiers, bas-quartiers parce que les riches vivent en haut, à surplomber leurs eaux usées et les trucs usagés qu'ils refilent aux crottés, pour leur éviter de prendre le chemin du dépotoir.

Pourquoi? Ouin, pourquoi les pauvres sont-ils si gros?

C'est bien simple. Pour survivre, ils doivent manger comme des cochons. Vous le savez, ne faites surtout pas semblant de l'ignorer. Il y a des limites à dévisser sa tête pour la laisser au vestiaire.

J'ai déjà été pauvre, j'ai même déjà reçu de l'aide sociale (hon! quel vice!) et j'étais gros, effectivement.

Je mangeais du bon pain balloune passé date, des pâtes pis des patates: les trois P du régime Tabarnak, quoi, un régime beaucoup plus gras que celui proposé par Montignac.

Et vous savez quoi? J'étais loin d'être le plus gros, même si je suis une puissante armoire à glace.

Je dirais même que j'avais parfois l'air d'un maigrichon.

Je voyais d'autres pauvres autour de moi démesurément obèses. Je veux dire d'une obésité morbide, ce qui n'est pas encore mon cas, manquant sans doute d'expérience.

C'est vrai que les gens sont gros dans les bas-quartiers, à cause des trois P, mais aussi parce qu'ils risquent de s'essoufler si, subitement, ils leur prenaient tous envie de monter des côtes, tous ensemble, tout d'un coup, pour aller voir de quoi a l'air la vie dans les hauts-quartiers.

Des légumes, que je dis aux pauvres, mangez plus de légumes. Pratiquez-vous à monter des escaliers. Marchez un peu tous les matins. Et prenez votre pancarte, quoi. Marchez. Marchez. Marchez. N'est-ce pas la guerre? Essayons de ne pas trop perdre la tête...

Aux urnes citoyens!


PS: Je dédie ces deux magnifiques oeuvres d'art youtubesques (oeuvre d'art 1, oeuvre d'art 2) à mon plus fidèle lecteur, celui qui me traite toujours de gros christ de crotté. Il n'aura rien de plus de ma part. C'est toute la compassion que j'ai pour lui, ce lecteur anonyme qui manque de courage. Dommage pour lui. J'espère qu'il traversera bien ses douze étapes. Qu'il ne se fatigue plus à m'écrire. Je n'ai rien d'autre à lui offrir.

AUTRE PS: Cela dit, je ne voterai pas pour les néo-rhinos. Selon moi, c'est un vote de petit-bourgeois, inconscient du fait que les conservateurs pourraient profiter de la division du vote, à gauche, pour se faufiler au pouvoir. Je salue tout de même leur contribution à élever un peu le niveau intellectuel des débats politiques.