Qu'est-ce que l'intelligence?
Je vais y aller avec mon intuition, puisque la raison m'a toujours semblé trop limitée.
Je découvre par l'intuition ce que ma raison veut tenir cachée. Un scientifique sincère doit laisser les dogmes de côté. Le dogme de la raison confine le chercheur au néant.
On prétendait avoir tout vu, tout su et tout connu vers la fin du dix-neuvième siècle parmi les officiels de la science du monde occidental. On ne trouverait plus rien d'autre. Une théorie rationnelle du monde s'appliquait dans tous les cas.
Les savants prétendirent, par exemple, que jamais un objet plus lourd que l'air ne pourrait voler. À leurs yeux, il n'y aurait jamais rien d'autre que des ballons volants compte tenu des lois irréfragables de la physique moderne.
Puis sont venus deux réparateurs de bicyclettes, les frères Wright. Ils ont bricolé quelque chose comme un avion et se sont envolés au nez et à la barbiche des savants recouverts de médailles et d'honneurs gluants.
Cent ans plus tard, les humains mettaient le pied sur la Lune.
Qu'est-ce que l'intelligence?
Du bricolage. Et de l'intuition.
***
Et que dire des fameux tests psychométriques de quotient intellectuel!
Je n'en dirai rien d'autre que de vous rapporter une anecdote qui témoigne de mon ardent désir de devenir un personnage vivant de bande dessinée.
L'histoire se passe il y a déjà plus de trente ans. Elle se situe à l'époque où j'usais mes fonds de culottes sur les bancs d'école.
Mon prof, un positiviste malgré tout sympathique, nous dit en classe qu'il va mesurer demain notre quotient intellectuel. Nous rions tous à cette idée. Et pendant que je ris, je remarque particulièrement le titre du bouquin qui trône sur le bureau du prof: Mesurez votre quotient intellectuel. Je note, au passage, le nom de la maison d'édition. Puis je file à la bibliothèque municipale et tombe heureusement sur le précieux ouvrage qui me fournira toutes les bonnes réponses lors du test du lendemain.
Évidemment, le prof sursaute en constatant que je suis un authentique génie avec un quotient intellectuel qui s'approche du statut d'un extraterrestre.
-Gaétan... Il y a quelque chose qui me dépasse dans tout ça... Mais faudrait que tu songes sérieusement à t'en aller vers des études spécialisées... T'as le quotient intellectuel d'un génie... Une note parfaite... J'ai jamais vu ça... Pis ça fait au moins cinq ans que je fais passer ce test-là à tous mes élèves...
-Ah moé j'aime mieux dessiner... J'veux devenir Gotlib ou rien... Le rire c'est la vie... Arf! Arf!
Je n'entendais qu'à rire en toutes circonstances parce que je ne suis pas tout à fait intelligent.
Il va sans dire que je me torche de tous ces tests pour mesurer le quotient intellectuel. Dans tous les cas, cela empêche l'avion des frères Wright de décoller. C'est soit de la fraude ou bien des préjugés culturels. Vaut mieux voler les réponses que de les apprendre par coeur. On y perd moins sa tête et son temps.
L'intelligence, ça ne se mesure pas.
C'est du bricolage vous dis-je. De l'intuition.
***
Une petite bactérie de rien du tout pourrait venir à bout de n'importe quel génie, voire de toute l'espèce humaine.
L'intelligence de cette petite bactérie ne nous vient pas à l'idée. Ça n'a pas de cerveau. C'est commandé par trois fois rien. C'est presque nul. D'où l'insulte commune de traiter quelqu'un d'unicellulaire ou bien de bactérie trois fois nulle.
Les arbres n'ont pas de cerveau et pourtant il me semble qu'ils pensent et qu'ils nous parlent comme le font les chats entre eux, en remuant l'oreille ou bien les branches. Ce n'est pas rationnel que de le prétendre. Dans ces cas-là, peut-être que la poésie nous sauve de ne pas devenir un con qui ne ressent rien.
L'intelligence, c'est aussi ressentir en bannissant toute forme de ressentiment, prêt à jeter toutes nos conceptions du monde l'espace d'un silence afin d'envisager l'impossible sur une page vierge.
***
Je ne saurais vous quitter sans vous offrir ce moment d'intelligence en action.
mardi 16 juillet 2013
lundi 15 juillet 2013
Louis Cyr - L'homme le plus fort du monde
Le culte de la force fait probablement partie de toutes les sociétés. Sinon cela relève d'un culte familial. Mon père, Conrad, avait le physique de Louis Cyr et était fort comme un boeuf. Mon grand-père Rodolphe avait des mains larges comme des raquettes de tennis. Ma mère pouvait lever un patient à bout de bras toute fin seule alors qu'elle était préposée aux bénéficiaires.
Mon enfance a baigné dans toutes sortes de rituels où la métaphysique et la force physique se confondaient.
Les meilleurs passages de la Bible, pour mon père, c'était ceux où Samson faisait tomber les colonnes du Temple. Après la messe du dimanche, on passait à Samson puis aux super étoiles de la lutte.
Évidemment, la lutte n'était pas vraie. Le paternel nous vantait plutôt les vrais héros de notre peuple, Maurice Richard, Louis Riel et invariablement Louis Cyr, l'homme le plus fort du monde aux records jamais inégalés. Cyprien-Noé Cyr est né à St-Jean-de-Matha, dans la région de Lanaudière, à une heure de voiture au Nord-Ouest de Trois-Rivières
Je suis allé voir hier Louis Cyr au Cinéma Fleur de Lys. Le film de Daniel Roby met en scène Antoine Bertrand dans le rôle de Louis Cyr. Antoine Bertrand crève l'écran et nous promet d'autres bons films, c'est certain.
Le mythe de Louis Cyr méritait d'être visité par le septième art. Les acteurs du film de Daniel Roby ne jouent pas à jouer aux acteurs et leur jeu est toujours juste. La reconstitution historique est excellente.
Je pourrais en rajouter pendant des paragraphes et des paragraphes.
Les superlatifs s'avèrent inutiles, bien que l'on ait affaire à Louis Cyr, un homme d'excès doté d'une volonté de fer. Un homme honnête qui tenait à être vraiment l'homme le plus fort du monde. Un colosse qui, pour les Québécois, vaut bien le golem.
Un passage du film m'a particulièrement frappé. Louis Cyr est devant un docteur. Le docteur dit qu'il possède une carrure et une ossature exceptionnelle. Il ajoute cependant que ce n'est pas toutes ces caractéristiques physiques qui font de Louis Cyr l'homme le plus fort du monde, mais sa volonté de puissance. Pour Louis Cyr la roche à soulever est ce qui le séparait d'une vie à la shop de textile de Lowell, parmi les Cyr et les Kerouac immigrés du Québec.
Louis Cyr est entré dans la légende.
Le film de Daniel Roby y entrera aussi.
Mon enfance a baigné dans toutes sortes de rituels où la métaphysique et la force physique se confondaient.
Les meilleurs passages de la Bible, pour mon père, c'était ceux où Samson faisait tomber les colonnes du Temple. Après la messe du dimanche, on passait à Samson puis aux super étoiles de la lutte.
Évidemment, la lutte n'était pas vraie. Le paternel nous vantait plutôt les vrais héros de notre peuple, Maurice Richard, Louis Riel et invariablement Louis Cyr, l'homme le plus fort du monde aux records jamais inégalés. Cyprien-Noé Cyr est né à St-Jean-de-Matha, dans la région de Lanaudière, à une heure de voiture au Nord-Ouest de Trois-Rivières
Je suis allé voir hier Louis Cyr au Cinéma Fleur de Lys. Le film de Daniel Roby met en scène Antoine Bertrand dans le rôle de Louis Cyr. Antoine Bertrand crève l'écran et nous promet d'autres bons films, c'est certain.
Le mythe de Louis Cyr méritait d'être visité par le septième art. Les acteurs du film de Daniel Roby ne jouent pas à jouer aux acteurs et leur jeu est toujours juste. La reconstitution historique est excellente.
Je pourrais en rajouter pendant des paragraphes et des paragraphes.
Les superlatifs s'avèrent inutiles, bien que l'on ait affaire à Louis Cyr, un homme d'excès doté d'une volonté de fer. Un homme honnête qui tenait à être vraiment l'homme le plus fort du monde. Un colosse qui, pour les Québécois, vaut bien le golem.
Un passage du film m'a particulièrement frappé. Louis Cyr est devant un docteur. Le docteur dit qu'il possède une carrure et une ossature exceptionnelle. Il ajoute cependant que ce n'est pas toutes ces caractéristiques physiques qui font de Louis Cyr l'homme le plus fort du monde, mais sa volonté de puissance. Pour Louis Cyr la roche à soulever est ce qui le séparait d'une vie à la shop de textile de Lowell, parmi les Cyr et les Kerouac immigrés du Québec.
Louis Cyr est entré dans la légende.
Le film de Daniel Roby y entrera aussi.
vendredi 12 juillet 2013
Jacques le bon Jack, Jocelyn le cocu, son chien Cannibale & Zeus
Jacques le bon Jack
Jacques était un bon Jack Il se débrouillait tout seul dans la vie. Il en concluait un peu trop rapidement que tout le monde pouvait faire comme lui.
D'abord, qui était-il, lui, pour prétendre que tout le monde pouvait se débrouiller tout seul dans la vie?
Eh bien, Jacques Martineau-Pratte était un gars plutôt chevelu qui travaillait dans la même shop depuis vingt ans. Vous en conclurez, facilement, qu'il ne pouvait pas avoir moins de quarante ans. Pourtant, Jacques n'avait que trente-huit ans puisqu'il était entré à l'usine de clous à dix-huit ans.
C'est évident que les mathématiques nous ennuient. On y aurait même pas pensé.
Toujours est-il que Jacques se disait de droite. Et qu'il votait à droite. Et qu'il avait perdu deux doigts dans une machine à la shop de clous.
-Le monde qui vit su' l'piton pis qu'i' ont rien qu'à tendre la main vers la boîte à malle pour prendre leu' p'tit chèque... I' te r'gardent t'en aller travailler comme un cave pendant qu'i' prennent leu' p'tite bière su' leu' balcon! Pas capable hastie! Hastie qu'ça ej'su's pas capable!
Jacques ne participait jamais aux réunions syndicales. Il ne faisait pas plus de temps qu'il ne fallait sur les piquets de grève pour toucher son chèque de fonds de grève. Toute sa morale se résumait à take the money and run, débrouille-toé tout seul, après-moé le déluge.
***
Jacques a perdu sa job il y a deux ans. Il a commencé à avoir des maux de ventre. Puis des maux de dos. Finalement, il est devenu totalement inapte au travail. Et inepte en toute autre matière. Il est devenu aigri, colérique, anxieux. Quand il était à droite, il était plutôt débonnaire. Mais maintenant qu'il a été contaminé par les idées de gauche, il en veut au monde entier d'être sans ressources. Il n'a qu'à se débrouiller tout seul. Nah!
Jocelyn le cocu & son chien Cannibale
Jocelyn se débrouille tout seul. Il n'a qu'un chien à nourrir. Pour lui-même, il n'a qu'à fouiller dans les conteneurs des supermarchés pour y trouver de quoi de mou à se mettre sous la dent.
Il a travaillé pendant deux ans sur un truck de vidange puis il a fait une dépression.
Sa blonde baisait avec un autre les nuits où Jocelyn courrait derrière le truck pour le remplir d'ordures.
D'autres auraient fini par en rire, en se disant qu'il valait mieux que cela finisse ainsi. Mais pas Jocelyn. Ce con-là était vraiment trop sensible. Et il a fini par tout lâcher. D'abord sa blonde. Puis son appartement. Ses meubles. Sa job. Le pauvre abruti s'est retrouvé tout fin seul au monde jusqu'à ce qu'il adopte son chien, Cannibale, un mélange de chien saucisse et de berger allemand.
-Mon chien m'a sauvé la vie! dit souvent Jocelyn. Sans lui ej'me s'rais pendu!
Il dit ça en donnant une petite croquette à Cannibale, qui a d'ailleurs un oeil brun et un oeil bleu gris. Étrange chien.
Jocelyn mendie tous les jours ou presque avec son chien Cannibale.
Il se débrouille tout seul.
Enfin presque tout seul.
On a toujours un peu besoin d'autrui.
Toujours besoin de s'aimer un peu les uns les autres.
Zeus jouait des tours
Zeus aimait jouer des tours. Il se déguisait parfois en vieux mendiant puant pour mieux confondre les citoyens d'Athènes et mettre leur foi à l'épreuve.
Jésus aussi faisait cela. Gustave Flaubert rapporte un peu la même histoire dans La légende de Julien l'Hospitalier. Le type rencontre un vieux lépreux en cours de route et la vieille croûte ne se sent jamais satisfaite des bontés que lui rend Julien. Jusqu'à ce qu'il se rende compte que le lépreux n'est nul autre que le Christ lui-même, roi des vagabonds et fils de Zeus, alias Deus, alias Dieu.
Zeus se débrouillait tout seul dans la vie.
Et Jésus aussi.
Mais ce n'est pas une raison de croire que tout le monde s'en tire aussi facilement.
Jacques était un bon Jack Il se débrouillait tout seul dans la vie. Il en concluait un peu trop rapidement que tout le monde pouvait faire comme lui.
D'abord, qui était-il, lui, pour prétendre que tout le monde pouvait se débrouiller tout seul dans la vie?
Eh bien, Jacques Martineau-Pratte était un gars plutôt chevelu qui travaillait dans la même shop depuis vingt ans. Vous en conclurez, facilement, qu'il ne pouvait pas avoir moins de quarante ans. Pourtant, Jacques n'avait que trente-huit ans puisqu'il était entré à l'usine de clous à dix-huit ans.
C'est évident que les mathématiques nous ennuient. On y aurait même pas pensé.
Toujours est-il que Jacques se disait de droite. Et qu'il votait à droite. Et qu'il avait perdu deux doigts dans une machine à la shop de clous.
-Le monde qui vit su' l'piton pis qu'i' ont rien qu'à tendre la main vers la boîte à malle pour prendre leu' p'tit chèque... I' te r'gardent t'en aller travailler comme un cave pendant qu'i' prennent leu' p'tite bière su' leu' balcon! Pas capable hastie! Hastie qu'ça ej'su's pas capable!
Jacques ne participait jamais aux réunions syndicales. Il ne faisait pas plus de temps qu'il ne fallait sur les piquets de grève pour toucher son chèque de fonds de grève. Toute sa morale se résumait à take the money and run, débrouille-toé tout seul, après-moé le déluge.
***
Jacques a perdu sa job il y a deux ans. Il a commencé à avoir des maux de ventre. Puis des maux de dos. Finalement, il est devenu totalement inapte au travail. Et inepte en toute autre matière. Il est devenu aigri, colérique, anxieux. Quand il était à droite, il était plutôt débonnaire. Mais maintenant qu'il a été contaminé par les idées de gauche, il en veut au monde entier d'être sans ressources. Il n'a qu'à se débrouiller tout seul. Nah!
Jocelyn le cocu & son chien Cannibale
Jocelyn se débrouille tout seul. Il n'a qu'un chien à nourrir. Pour lui-même, il n'a qu'à fouiller dans les conteneurs des supermarchés pour y trouver de quoi de mou à se mettre sous la dent.
Il a travaillé pendant deux ans sur un truck de vidange puis il a fait une dépression.
Sa blonde baisait avec un autre les nuits où Jocelyn courrait derrière le truck pour le remplir d'ordures.
D'autres auraient fini par en rire, en se disant qu'il valait mieux que cela finisse ainsi. Mais pas Jocelyn. Ce con-là était vraiment trop sensible. Et il a fini par tout lâcher. D'abord sa blonde. Puis son appartement. Ses meubles. Sa job. Le pauvre abruti s'est retrouvé tout fin seul au monde jusqu'à ce qu'il adopte son chien, Cannibale, un mélange de chien saucisse et de berger allemand.
-Mon chien m'a sauvé la vie! dit souvent Jocelyn. Sans lui ej'me s'rais pendu!
Il dit ça en donnant une petite croquette à Cannibale, qui a d'ailleurs un oeil brun et un oeil bleu gris. Étrange chien.
Jocelyn mendie tous les jours ou presque avec son chien Cannibale.
Il se débrouille tout seul.
Enfin presque tout seul.
On a toujours un peu besoin d'autrui.
Toujours besoin de s'aimer un peu les uns les autres.
Zeus jouait des tours
Zeus aimait jouer des tours. Il se déguisait parfois en vieux mendiant puant pour mieux confondre les citoyens d'Athènes et mettre leur foi à l'épreuve.
Jésus aussi faisait cela. Gustave Flaubert rapporte un peu la même histoire dans La légende de Julien l'Hospitalier. Le type rencontre un vieux lépreux en cours de route et la vieille croûte ne se sent jamais satisfaite des bontés que lui rend Julien. Jusqu'à ce qu'il se rende compte que le lépreux n'est nul autre que le Christ lui-même, roi des vagabonds et fils de Zeus, alias Deus, alias Dieu.
Zeus se débrouillait tout seul dans la vie.
Et Jésus aussi.
Mais ce n'est pas une raison de croire que tout le monde s'en tire aussi facilement.
jeudi 11 juillet 2013
L'invention du vocabulaire
-Ayiwoutcha!
-Qu'est-cé ça veut dire coq*?
-El'sais pas. Ej'dis ça d'même. Ayiwoutcha! Ayiwoutcha coq!
-C'est-i une langue indienne, coq? C'est quoi ayiwoutcha?
-El'sais pas. Ej'viens d'te l'dire. Faut-tu qu'ej'me répète tout l'temps? Ayiwoutcha! Juste ayiwoutcha straight pipe.
-Straigth pipe ej'connais ça. C'est de l'Ontarien! J'ai un beau-frè(r)e de l'Ontario qui parle de mê-ingue-me.
-Ou ben don' c'est de l'anglais! Arf! Arf!
-On pourrais-tu dire qu'ayiwoutcha ça veut dire què'que chose (r)'ien que pou'(r) rire, hein?
-Ça veut dire va chier mange d'la marde! Arf! Arf!
-Niaise don' pas! Ça pourrait vouloir dire de quoi d'beau, comme chérie allons voir si la rose...
-T'es don' ben niaiseux coq a(v)'ec tes chérie allons vouère si Gérald Larose... Saint-Crèche! Tu vas pogné un feu sauvage! Arf! Arf! Un feu sauvage de l'amour! Arf! Arf! Les pognes-tu?
-Si j'pogne quoi?
-Mes jokes coq! Tu pognes mes jokes?
-Non... Fait trop chaud coq...
-Ah pis laisse don' faire!
-Ayiwoutcha toé-même coq!
-Arf! Arf!
Les deux individus écrasent leurs cigarettes et reprennent le boulot. Ils sont en train de creuser un trou au milieu de la chaussée. C'est une journée de canicule. Le soleil est de plomb dans cette portion de Trois-Rivières surnommée Le Rochon. Les deux gars sont du coin. Ils sont même voisins. Ils ont tous les deux un logement sur le boulevard Parent. Et ils commencent à délirer tandis que l'asphalte de mauvaise qualité semble fondre autour d'eux dans une atmosphère de fraude et de corruption politique généralisée. Heureusement qu'il demeure l'imagination, tous ces jeux inutiles comme l'invention du vocabulaire, ayiwoutcha et la nage synchronisée.
____________
*L'histoire se situe dans une portion de la ville de Trois-Rivières, ville située au confluent de la rivière Tapiskwan Sipi et du fleuve Magtogoek. Dans cette portion de la ville appelée communément Le Rochon, où bon nombre d'autochtones désignent leur interlocuteur masculin comme étant un coq. D'où comment ça va coq? Belle journée coq? Qu'est-cé tu veux coq?
Il se peut aussi que cela soit un diminutif de quelque juron anglais tel cocksucker, d'où le probable cock métamorphosé en coq. Cette hypothèse tient plus ou moins la route suite à la conquête de l'Angleterre par Guillaume d'Orange le francophone. D'où plein de mots français prononcés à l'anglaise. Comme rendez-vous, Café de Paris, Vanessa Paradis et coq.
-Qu'est-cé ça veut dire coq*?
-El'sais pas. Ej'dis ça d'même. Ayiwoutcha! Ayiwoutcha coq!
-C'est-i une langue indienne, coq? C'est quoi ayiwoutcha?
-El'sais pas. Ej'viens d'te l'dire. Faut-tu qu'ej'me répète tout l'temps? Ayiwoutcha! Juste ayiwoutcha straight pipe.
-Straigth pipe ej'connais ça. C'est de l'Ontarien! J'ai un beau-frè(r)e de l'Ontario qui parle de mê-ingue-me.
-Ou ben don' c'est de l'anglais! Arf! Arf!
-On pourrais-tu dire qu'ayiwoutcha ça veut dire què'que chose (r)'ien que pou'(r) rire, hein?
-Ça veut dire va chier mange d'la marde! Arf! Arf!
-Niaise don' pas! Ça pourrait vouloir dire de quoi d'beau, comme chérie allons voir si la rose...
-T'es don' ben niaiseux coq a(v)'ec tes chérie allons vouère si Gérald Larose... Saint-Crèche! Tu vas pogné un feu sauvage! Arf! Arf! Un feu sauvage de l'amour! Arf! Arf! Les pognes-tu?
-Si j'pogne quoi?
-Mes jokes coq! Tu pognes mes jokes?
-Non... Fait trop chaud coq...
-Ah pis laisse don' faire!
-Ayiwoutcha toé-même coq!
-Arf! Arf!
Les deux individus écrasent leurs cigarettes et reprennent le boulot. Ils sont en train de creuser un trou au milieu de la chaussée. C'est une journée de canicule. Le soleil est de plomb dans cette portion de Trois-Rivières surnommée Le Rochon. Les deux gars sont du coin. Ils sont même voisins. Ils ont tous les deux un logement sur le boulevard Parent. Et ils commencent à délirer tandis que l'asphalte de mauvaise qualité semble fondre autour d'eux dans une atmosphère de fraude et de corruption politique généralisée. Heureusement qu'il demeure l'imagination, tous ces jeux inutiles comme l'invention du vocabulaire, ayiwoutcha et la nage synchronisée.
____________
*L'histoire se situe dans une portion de la ville de Trois-Rivières, ville située au confluent de la rivière Tapiskwan Sipi et du fleuve Magtogoek. Dans cette portion de la ville appelée communément Le Rochon, où bon nombre d'autochtones désignent leur interlocuteur masculin comme étant un coq. D'où comment ça va coq? Belle journée coq? Qu'est-cé tu veux coq?
Il se peut aussi que cela soit un diminutif de quelque juron anglais tel cocksucker, d'où le probable cock métamorphosé en coq. Cette hypothèse tient plus ou moins la route suite à la conquête de l'Angleterre par Guillaume d'Orange le francophone. D'où plein de mots français prononcés à l'anglaise. Comme rendez-vous, Café de Paris, Vanessa Paradis et coq.
mercredi 10 juillet 2013
Le Mausolée de Lénine selon Édouard Moradpour
Tombez, fantômes blancs, de votre ciel qui brûle :
- La sainte de l'abîme est plus sainte à mes yeux !
Gérard de Nerval
Renier l'existence d'une vie spirituelle c'est renier la Russie toute entière. C'est probablement le cas de toutes les nations de ce monde. Cependant, aucune d'entre toutes les littératures ne nous plonge autant dans les abîmes.
Édouard Moradpour vient de faire paraître aux éditions Michalon un roman qui nous ramène à la métaphysique tout autant qu'à la sainte de l'abîme. Il s'intitule Le Mausolée.
Et il s'agit bien du Mausolée de Lénine. Lénine qui souhaitait être enterré près de sa mère et que les communistes ont transformé en momie pour l'éternité, bravant la vieille croyance orthodoxe selon laquelle le Mal tire profit du fait de ne pas enterrer les morts. La militante Tatiana Mukhacheva, qui a servi de source d'inspiration pour ce roman de Moradpour, s'active au sein de la Russie pour que l'on enterre le corps de Lénine.
L'action du roman Le Mausolée se situe autour de 2014. Tatiana Alexandra Kostina, danseuse nue dans un club d'oligarques russes, entend depuis toujours cette Voix en elle qui lui dit qu'elle va sauver la Russie.
La première fois que Tatiana entendit cette Voix, c'était lors d'une activité scolaire au Mausolée de Lénine. Tatiana avait perdu conscience tout près du corps embaumé de Lénine. Et c'est là que la Voix résonna en elle-même pour lui dire qu'elle allait sauver la Russie.
Au fil des ans, la Voix se fit un peu moins entendre. Puis cela recommença au moment où Tatiana se mit à danser au Club.
Son maquereau, Günter, lui fait rencontrer un client extrêmement riche, Oleg Bezroukov. Une histoire d'amour s'entame entre Tatiana et Oleg. Tatiana découvre peu à peu que son amant est un médium qui peut prévoir des catastrophes et même les prévenir. Elle ne le croit pas au tout début, puis elle se rend bien compte qu'Oleg possède l'étrange pouvoir de prédire l'avenir puisque la catastrophe se produit telle que Oleg le lui a décrite.
Tatiana le perd de vue. Puis elle le revoit à nouveau. Il prédit encore quelque catastrophe mais cette fois il s'adresse directement à toute la nation via le bulletin de nouvelles à la télé. Le lendemain, on ne parle plus que de lui. Il devient le Prophète qu'attendait la Russie et déjà Vladimir Poutine et ses sbires préparent un coup avec Oleg Bezroukov afin qu'il se présente aux élections pour devenir président de la Russie.
L'action revient alors vers le Mausolée de Lénine, d'où les membres de l'Organisation tirent leurs forces spirituelles en vue d'accroître le pouvoir du Mal partout dans le monde. Face à l'Organisation, il y a l'Ordre, regroupant les forces du Bien. La Voix qu'a toujours entendue Tatiana lui sera révélée. Et, croyez-le ou non, David Copperfield fait même partie des personnages principaux du roman...
Vous en dire plus sur Le Mausolée de Édouard Moradpour, ce serait vous vendre l'intrigue. Ce que je ne ferai pas. Le Mausolée se lit comme un film de suspense et semble même découpé comme tel. On sent une certaine parenté avec des romans comme le Code Da Vinci, mais l'intrigue n'est heureusement pas noyé dans des digressions historiques auquel nous a habitué non seulement Dan Brown, mais Victor Hugo bien avant lui. Il y en a bien quelques unes, juste ce qu'il faut pour que cela demeure d'esprit slave, accordant plus d'importance à l'âme qu'à la chair en fin du compte.
Son auteur, Édouard Moradpour, est né à Téhéran d'une mère russe ayant immigré après la révolution soviétique. Il s'est installé en Russie avant la chute du Mur. Il sera alors considéré comme le «père de la publicité». Expérience qu'il rapporte un tant soit peu dans son premier roman, La Compagne de Russie, publié en 2012 chez la même maison d'édition.
***
Édouard Moradpour, Le Mausolée, Michalon, Paris, 2013, 381 p.
lundi 8 juillet 2013
Derrière chez-nous y'a un étang
L'étang du Parc Pie-XII n'est pas situé derrière chez-moi. Il serait plutôt situé devant, à une distance qui doit s'approcher de deux kilomètres. C'est presque dans ma cour. Presque. Et je m'y rends de temps à autres pour y voir batifoler des canards qui y ont élu domicile récemment. Il doit bien y avoir dix canards adultes et une trentaine de canetons. Ce n'est certainement pas le plus bel étang du Québec, d'autant plus qu'il est collé sur le boulevard Gene-H.-Kruger où circulent des camions lourds à toute heure du jour ou de la nuit. La papetière Kruger fonctionne à plein volume tout près et lance sa fumée nauséabonde aux relents d'oeufs pourris. Si j'avais des ailes, il me semble que j'irais voir ailleurs...
Je suis allé visiter l'étang hier après-midi. Les canards n'étaient pas là. Un visage pâle s'amusait à déchirer les eaux de l'étang avec un engin téléguidé. Le vacarme d'enfer de l'enfin nuisait tant aux canards qu'aux humains venus se prélasser là dans l'espoir de goûter dix secondes de quiétude, ce qui est parfaitement impossible avec un tata qui fait fuir toute forme de vie pour s'amuser tout fin seul avec sa télécommande à la con.
Plus de canards.
Plus de beauté.
Plus rien que ce gros tata.
Ce tata qui représente le nec plus ultra de la civilisation, une créature déconnectée de la nature qui se fout des canards, des bébites patineuses et autres papillons trop sensibles pour ces jeux idiots.
J'étais en tabarnak.
Je n'ai rien dit.
La pluie nous a tous obligés à foutre le camp.
Et croyez-moi que c'était pour le plus grand bien de ce troupeau de canards à col vert qui s'ébrouent les ailes sur l'étang artificiel du Parc Pie-XII quand il n'y a pas d'engin de la mort qui vient les faire chier.
Je suis allé visiter l'étang hier après-midi. Les canards n'étaient pas là. Un visage pâle s'amusait à déchirer les eaux de l'étang avec un engin téléguidé. Le vacarme d'enfer de l'enfin nuisait tant aux canards qu'aux humains venus se prélasser là dans l'espoir de goûter dix secondes de quiétude, ce qui est parfaitement impossible avec un tata qui fait fuir toute forme de vie pour s'amuser tout fin seul avec sa télécommande à la con.
Plus de canards.
Plus de beauté.
Plus rien que ce gros tata.
Ce tata qui représente le nec plus ultra de la civilisation, une créature déconnectée de la nature qui se fout des canards, des bébites patineuses et autres papillons trop sensibles pour ces jeux idiots.
J'étais en tabarnak.
Je n'ai rien dit.
La pluie nous a tous obligés à foutre le camp.
Et croyez-moi que c'était pour le plus grand bien de ce troupeau de canards à col vert qui s'ébrouent les ailes sur l'étang artificiel du Parc Pie-XII quand il n'y a pas d'engin de la mort qui vient les faire chier.
vendredi 5 juillet 2013
Un temps de merde en 2025
Il faisait 58 degrés Celsius à l'ombre depuis une semaine. Les feux de forêt avaient mis hors d'usage tout le réseau électrique. Et c'était sans compter cette tempête solaire qui avait déréglé tous les appareils électroniques. Les guichets automatisés ne fonctionnaient plus. L'air n'était plus climatisé. L'eau potable était rationnée. Les génératrices ne fournissaient pas à la tâche. Les hôpitaux se remplissaient de morts et de moribonds. Et à peu près tout le reste n'était que du chaos.
Le gouvernement avait décrété l'état d'urgence sur toute la zone couverte par son administration.
Le principal c'était de sauver l'économie avant que de sauver le peuple.
Avec un taux de chômage qui approchait des 38,5%, il valait même mieux laisser mourir quelques pauvres afin d'améliorer les performances, ne serait-ce qu'auprès des statistiques.
Et les bonnes gens comme les mauvaises gens tombaient comme des mouches.
Quant aux mouches, elles ne chômaient pas. Il y avait suffisamment de viande en décomposition et d'excréments humains pour se rassasier.
Cela se passait un 7 juillet 2025.
C'est-à-dire l'an passé.
Je ne sais pas si cette année sera encore plus chaude que l'année dernière.
Le courant n'a toujours pas été rétabli et des milices de toutes sortes circulent partout pour piller, voler et violer tout ce qui bouge. Je me suis caché dans une vieille érablière abandonnée. Personne ne l'a encore trouvée. Elle a l'air lamentable, fort heureusement.
Il n'y a plus d'électricité, plus d'eau potable et plus de gouvernement.
Il n'y a plus que le chaos.
Qui aurait cru que notre pays si paisible allait devenir cet avant-poste de l'enfer?
Certainement pas moi.
Je me trompais lamentablement, je l'avoue.
Je vous écris ça sur un bout de papier parce que je n'ai rien d'autre pour écrire.
Si quelqu'un le trouve un jour, qu'il se dise que je faisais partie des survivants d'un temps de merde.
Le gouvernement avait décrété l'état d'urgence sur toute la zone couverte par son administration.
Le principal c'était de sauver l'économie avant que de sauver le peuple.
Avec un taux de chômage qui approchait des 38,5%, il valait même mieux laisser mourir quelques pauvres afin d'améliorer les performances, ne serait-ce qu'auprès des statistiques.
Et les bonnes gens comme les mauvaises gens tombaient comme des mouches.
Quant aux mouches, elles ne chômaient pas. Il y avait suffisamment de viande en décomposition et d'excréments humains pour se rassasier.
Cela se passait un 7 juillet 2025.
C'est-à-dire l'an passé.
Je ne sais pas si cette année sera encore plus chaude que l'année dernière.
Le courant n'a toujours pas été rétabli et des milices de toutes sortes circulent partout pour piller, voler et violer tout ce qui bouge. Je me suis caché dans une vieille érablière abandonnée. Personne ne l'a encore trouvée. Elle a l'air lamentable, fort heureusement.
Il n'y a plus d'électricité, plus d'eau potable et plus de gouvernement.
Il n'y a plus que le chaos.
Qui aurait cru que notre pays si paisible allait devenir cet avant-poste de l'enfer?
Certainement pas moi.
Je me trompais lamentablement, je l'avoue.
Je vous écris ça sur un bout de papier parce que je n'ai rien d'autre pour écrire.
Si quelqu'un le trouve un jour, qu'il se dise que je faisais partie des survivants d'un temps de merde.
jeudi 4 juillet 2013
De grands événements dans le monde
Il faisait plutôt chaud sous un soleil qu'on n'a pas vu souvent depuis le mois d'avril. Des conditions qui sont toujours difficiles pour l'accord des guitares, des contrebasses et des hukulélés. Je n'ai pourtant entendu aucune fausse note. Le jeu des musiciens était fluide. Les trois choristes féminines rehaussaient le son de l'ensemble de manière tout à fait synchronisée, ce qui représente le plus gros des défis pour les harmonies vocales.
Des tas de badauds ont été retenus par l'imaginaire débridé de Robbob, auteur-compositeur-interprète de ces chansons produites sur des airs qui rappellent tant The Little Rascals que Robert Crumb ou bien Fedor Dostoïevski. On y sent un mélange d'influences où prédomine la simplicité d'un gazou. On passe du français à l'innu, puis de l'anglais au gazouillis des oiseaux. On a même eu droit à un air de reggae, The Night of the Living Bread, une toune excellente, ainsi qu'à Don't Be Cruel du légendaire Elvis.
Les spectateurs étaient tous plus ébaubis les uns que les autres.
Il y avait entre autres deux ivrognes pour qui la journée semblait déjà trop longue. Il y en a un dont le surnom est Daniel Boone ou quelque chose du genre. Je n'élaborerai pas plus à ce sujet.
Et j'en conclus que c'était un hostie de bon show.
Voilà.
mercredi 3 juillet 2013
Vive Limoilou Libre!
Robbob et Limoilou Libre joueront ce soir à 17h00 à la Place du Flambeau, au centre-ville de Trois-Rivières. C'est un concert gratuit qui a lieu dans le cadre du Festivoix.
Robbob, alias Robert Rebselj, est un ami de longue date qui se passe de présentation. Il me faut pourtant vous le présenter un tant soit peu.
C'est un gars de Winnipeg d'origine serbo-croate qui chante en français, en anglais, en innu, en cri ou bien en serbo-croate. Il s'accompagne depuis peu au hukulélé après avoir tapoché sur des tambours pendant des années. C'est cet apprentissage du rythme qu'il a communiqué tant à son hukulélé qu'à son gazou. Après avoir suivi quelques cours pour yoddler, ce parfait autodidacte, interprète de métier et intellectuel de surcroît, nous livre une musique simple et sans façons qui touche à l'enfance de l'art.
L'auteur-compositeur-interprète est appuyé par un groupe solide pour transmettre la joie et la bonne humeur. On se sentira plongé dans les années '20, comme dans un film muet avec des paroles.
Robbob et Limoilou Libre compte bien jouer leur grand succès, confirmé par McGilles et plusieurs autres. Ce grand succès qui s'intitule Mon gruau. Nous sommes plusieurs à vouloir la chanter ce soir, ne serait-ce que pour chasser ce smog et cette fumée de feux de forêts sous lesquels Trois-Rivières étouffe ces temps-ci.
Vive Limoilou Libre!
Robbob, alias Robert Rebselj, est un ami de longue date qui se passe de présentation. Il me faut pourtant vous le présenter un tant soit peu.
C'est un gars de Winnipeg d'origine serbo-croate qui chante en français, en anglais, en innu, en cri ou bien en serbo-croate. Il s'accompagne depuis peu au hukulélé après avoir tapoché sur des tambours pendant des années. C'est cet apprentissage du rythme qu'il a communiqué tant à son hukulélé qu'à son gazou. Après avoir suivi quelques cours pour yoddler, ce parfait autodidacte, interprète de métier et intellectuel de surcroît, nous livre une musique simple et sans façons qui touche à l'enfance de l'art.
L'auteur-compositeur-interprète est appuyé par un groupe solide pour transmettre la joie et la bonne humeur. On se sentira plongé dans les années '20, comme dans un film muet avec des paroles.
Robbob et Limoilou Libre compte bien jouer leur grand succès, confirmé par McGilles et plusieurs autres. Ce grand succès qui s'intitule Mon gruau. Nous sommes plusieurs à vouloir la chanter ce soir, ne serait-ce que pour chasser ce smog et cette fumée de feux de forêts sous lesquels Trois-Rivières étouffe ces temps-ci.
Vive Limoilou Libre!
mardi 2 juillet 2013
Ce gars-là
Les fleurs de moutardier dansaient sous le vent des Prairies. Les Rocheuses, au loin, avaient l'allure d'énormes cornets de crème glacée nimbés de gros nuages d'automne. Et il y avait ce gars-là qui marchait seul sur l'accotement de la Yellowhead Highway 16.
Il s'était pris une brindille et la portait en bouche comme un va-nu-pieds.
Personne ne lui prêtait attention cet après-midi-là. Personne. Même pas les chiens qui gardaient quelques troupeaux d'on ne sait quoi par-delà ces mers jaunes comme de la moutarde.
Ce gars-là pratiquait l'auto-stop avec nonchalance. Généralement il réussissait à bénéficier de la générosité d'un conducteur au bout d'une ou deux heures à tendre son bout de carton sur lequel il avait écrit Montréal avec le sigle des Canadiens, une fantaisie qui lui permettait de tomber sur des amateurs de hockey, matière en laquelle ce gars-là ne connaissait rien du tout.
Cet après-midi-là, ce gars-là se sentait vraiment abandonné et il regardait à droite à gauche en se demandant où il pourrait planter sa tente pour la nuit.
Le vent soufflait sur les moutardiers des Prairies.
Les paysages étaient à perte de vue.
Ce gars-là n'était qu'une poussière dans cette chevelure jaune qui ondulait comme la liberté crue et sans fards.
Il ne savait pas où il s'en allait.
Ni quand il y serait.
Cet après-midi-là n'en finissait plus de ne pas finir.
Et la bouteille d'eau touchait à sa fin.
Encore une ou deux gorgées d'eau chaude avant la sécheresse.
Aussi bien les prendre tout de suite.
Un bon Samaritain s'arrêta devant lui avec son gros camion Ford.
-Goin' to Montreal?
-Yes...
Et la route se poursuivit, naturellement.
Il s'était pris une brindille et la portait en bouche comme un va-nu-pieds.
Personne ne lui prêtait attention cet après-midi-là. Personne. Même pas les chiens qui gardaient quelques troupeaux d'on ne sait quoi par-delà ces mers jaunes comme de la moutarde.
Ce gars-là pratiquait l'auto-stop avec nonchalance. Généralement il réussissait à bénéficier de la générosité d'un conducteur au bout d'une ou deux heures à tendre son bout de carton sur lequel il avait écrit Montréal avec le sigle des Canadiens, une fantaisie qui lui permettait de tomber sur des amateurs de hockey, matière en laquelle ce gars-là ne connaissait rien du tout.
Cet après-midi-là, ce gars-là se sentait vraiment abandonné et il regardait à droite à gauche en se demandant où il pourrait planter sa tente pour la nuit.
Le vent soufflait sur les moutardiers des Prairies.
Les paysages étaient à perte de vue.
Ce gars-là n'était qu'une poussière dans cette chevelure jaune qui ondulait comme la liberté crue et sans fards.
Il ne savait pas où il s'en allait.
Ni quand il y serait.
Cet après-midi-là n'en finissait plus de ne pas finir.
Et la bouteille d'eau touchait à sa fin.
Encore une ou deux gorgées d'eau chaude avant la sécheresse.
Aussi bien les prendre tout de suite.
Un bon Samaritain s'arrêta devant lui avec son gros camion Ford.
-Goin' to Montreal?
-Yes...
Et la route se poursuivit, naturellement.
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