jeudi 12 mars 2015

Clé pour comprendre la raison d'être de mon blogue

Tout écrivain est condamné à reprendre inlassablement les mêmes thèmes sous des angles qui lui semblent nouveaux. Les récits de la Kolyma, de Varlam Chalamov, en est un bel exemple. Les récits de Chalamov s'entrecoupent et se répètent, mais tout cela se tient comme le témoignage d'un survivant de l'enfer.

Ma vie n'a rien à envier de Chalamov. J'ai le bonheur de vivre libre et relativement heureux. Mes malheurs ne sont pas ceux de vivre dans un camp de travail à me nourrir de gruau de poisson pourri assaisonné de coups de poings sur la gueule. Dans mon pays, malgré les hauts cris de certaines charognes qui font profession de politicien, les intellectuels ne sont pas encore condamnés aux travaux forcés. Leur sort n'est pas toujours enviable, mais on ne peut pas dire qu'ils sont systématiquement considérés comme des ennemis du peuple pour la plus grande joie des hitléro-staliniens de ce monde.

Là où je me répète aujourd'hui sur mon blogue, ce n'est certes pas pour vous raconter des peurs sur les régimes totalitaires. Vous vous doutez déjà qu'il y a mieux à faire d'une communauté humaine que de tous nous condamner à la médiocrité et au cannibalisme.

Je me répète à propos du Journal d'un écrivain de Dostoïevski, ce sacré Dostoïevski qui, à l'instar de tous ces auteurs russes, revient si souvent sous ma plume. J'ai contracté tout jeune la manie de citer les écrivains et poètes russes, manie en partie alimentée par feu mon directeur de thèse de maîtrise en philosophie, le très regretté Alexis Klimov. Sa passion pour les arts et les lettres était telle qu'il me donnait l'envie de me claquer tout ce qu'il avait lu. Dont le Journal d'un écrivain de Dostoïevski.

Pourquoi je vous reviens encore avec le Journal d'un écrivain?

Eh bien, parce que mon blogue, d'un billet à l'autre, me semble une copie conforme du Journal d'un écrivain. Talent en moins, me direz-vous, mais bon je ne suis pas susceptible et admets la critique.

Le Journal d'un écrivain se promène d'un sujet à l'autre. Il couvre autant l'actualité que les arts, la philosophie et la littérature. Dostoïevski s'y permet tout. Un jour, il écrit sur la politique du tsar. Le lendemain, il nous surprend avec un récit déjanté sur la communication entre les morts. Il n'est jamais là où on l'attend parce qu'il craint sans doute de s'endormir dans l'actualité.

Ses textes les plus mauvais sont ceux qui font référence à l'actualité. Ils vieillissent mal. Le conservatisme de ses vues finit par nous lasser. Par contre, ses nouvelles sont éternelles en ceci qu'elles n'épousent pas nécessairement une idéologie. J'en tire des leçons et m'efforce tant bien que mal à ne pas m'enfoncer dans l'actualité pour survivre à mes points de vue changeants. Rien de mieux que de rédiger un conte, une fable ou bien un récit pour me délivrer du mal et m'obliger à renaître.

Plusieurs de mes lecteurs, en lisant ce billet-ci, se diront en eux-mêmes que je n'avais pas besoin de vous raconter ça. C'est tout aussi soporifique qu'un commentaire sur l'oeuvre du Docteur Mailloux, j'en conviens.

Néanmoins, cela me démangeait de me répéter à ce sujet, histoire de vous donner une clé pour mieux saisir la raison d'être de ce blogue. Cela ne vous empêchera pas de dormir ce soir et moi non plus, je sais.

Je vous raconte ça en me disant que j'aurais mieux fait de vous raconter l'histoire d'un chapeau qui est sorti d'un lapin lors de la Pâques orthodoxe de 1932. Vous m'auriez cru tout aussi cinglé. Toutefois, la littérature ne condamne pas les excès, au contraire des opinions sur l'actualité, qui doivent être bien argumentées, bien documentées et, souvent, bien ennuyantes.





9 commentaires:

  1. Non , ce n ' est pas un sujet ennuyeux -
    Seul-e-s s ' ennuieront qui sont simplement un peu fatigué-e-s de lire - Ca arrive des fois -
    La répétition est un sujet important -
    Il n ' y a JAMAIS aucune répétition -
    Pourtant il existe une douce et sûre permanence des choses -
    Le poète Valéry ( un Sétois ) ne parlait-il pas de la magie de la durée ?
    Le désespoir de la répétition identique et stérile ne vient sans doute que de la fatigue - qui est bien légitime .
    Dans les répétitions comme dans les actions + décisives , nous attendent des découvertes étonnantes comme aussi la célébration de la permanence miraculeuse des choses -
    Ne te sens pas " humble " ( mais tu n ' as pas l ' air - tant mieux ! ) par rapport à Dostoïewsky . Il n ' y a pas + de maîtres que d ' élèves - que ceux et celles qui veulent bien se considérer comme tel-le-s . ( Ca me fait penser penser à ma brune qui déclarait à mon père ( horrifié ! ) qu ' elle préfère ses tableaux à ceux de Picasso . Je crois qu ' elle a entièrement raison !
    Suivons notre chemin et partageons-le !

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  2. Valéry est Sétois? Tu m'en apprends une belle.

    "La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres." C'est tout ce que j'ai retenu de Valéry. Faudrait bien que je le rouvre à nouveau. La chair n'est pas si triste. Et, hélas! je n'ai pas lu tous les livres...

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  3. Merde! C'est pas Valéry qui a écrit ça! C'est Stéphane Mallarmé... Je suis désarmé, mallarmé en poésie sétoise...
    Je vais aller lire Valéry.

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  4. Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
    Entre les pins palpite, entre les tombes ;
    Midi le juste y compose de feux
    La mer, la mer, toujours recommencée
    Ô récompense après une pensée
    Qu’un long regard sur le calme des dieux !
    Paul Valéry, Le cimetière marin

    (Composé en songeant à Sète)

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  5. Le cimetière marin (Paul Valéry)

    (...)

    Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre !
    L’air immense ouvre et referme mon livre,
    La vague en poudre ose jaillir des rocs !
    Envolez-vous, pages tout éblouies !
    Rompez, vagues ! Rompez d’eaux réjouies
    Ce toit tranquille où picoraient des focs !

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  6. Au moins je sais que Paul Valéry a toujours été fidèle à l'oeuvre et à la personne de Stéphane Mallarmé...

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  7. Oui , Sète est une petite ville pleine d ' artistes , mais sans " marché officiel " , et c ' est bien , ça équilibre bien la quantité de pauvreté assez grande qu ' il y a ici -
    Finallement on arrive à trouver les voies du bonheur - et puis il y a la grande bleue ( c ' est comme ça qu ' on appelle la Méditerranée ) -
    Ta ville a l ' air bien bien très très sympa aussi - si un jour je réussis à pousser ma brune dans un avion ... !!!
    Je ne connais presque pas Valéry -
    En tous cas la chair n ' est pas triste du tout -
    Amitié sincère -

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  8. Je ne connais pas trop bien non-plus Mallarmé . Mes copains me disent que c ' est bien - faudra que j ' aille y voir - j ' aime les écrivains et artistes qui sont " simples " à comprendre - La vie et la vérité sont si simples !!!

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  9. Honnêtement je ne comprends pas trop Mallarmé et Valéry. Je préfère Baudelaire, Rimbaud, Brassens et Prévert...

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