mercredi 8 juin 2016

Quand les asperges pourrissent dans les champs

Il m'arrive d'avoir des idées qui ne valent pas grand chose si je me fie à ceux qui savent tout et ne contestent jamais rien.

Le simple fait de remettre en question quoi que ce soit relève presque du crime de lèse-majesté pour ces hordes de larbins qui se sentent forts de leur insignifiance largement partagée.

Comme j'ai un peu l'âme de Don Quichote, je n'ai pas encore baissé les bras devant la connerie abyssale des repus, des bêtas, des lâches, des profiteurs et des peureux.

Évidemment, je n'ai pas toujours raison. Sinon, je serais un robot.

Humain comme je prétends l'être, il me vient toutes sortes de réflexions qui ne seront jamais appliquées. Je me permets de les émettre, comme un message dans une bouteille jetée à la mer des sarcasmes.

J'ai lu hier que des producteurs d'asperges se plaignaient qu'ils leur étaient difficile cette année d'avoir accès à du cheap labour provenant de l'Amérique latine. Par conséquent, leurs asperges pourrissent dans les champs.

On sait que les gens sur l'aide sociale, en plus d'avoir généralement faim, ont le droit de gagner quelque chose comme deux cents dollars par mois sans se faire amputer leur chèque et les misérables droits qui l'accompagnent. Une fortune quand on n'a que le cul et les dents...

En y pensant très fort, tellement que j'ai failli me péter une veine dans le cerveau, je me suis dit qu'il était ridicule de laisser pourrir de la nourriture dans les champs.

Pourrait-on faire une exception pour le travail dit saisonnier, pour l'agriculture en l'occurrence?

Pourrait-on laisser aux assistés sociaux la possibilité de se faire un bon petit coussin pendant un ou deux mois par année sans se faire couper? Pourrait-on leur laisser un petit surplus pour qu'ils se sortent enfin de la misère?

Je me suis dit, fort naïvement, que l'assisté social irait tout naturellement travailler dans les champs si l'on ne multipliait pas les tracasseries administratives pour une job qui n'en est pas tout à fait une puisqu'elle ne dure jamais longtemps.

Il s'en récolterait des asperges en un rien de temps et les surplus d'argent des misérables de souche seraient tout de suite réinvestis dans l'économie d'ici. Ce qui profiterait autant aux capitalistes qu'aux vendeurs de calendriers religieux.

J'aime bien les Latino-américains. Et je veux bien qu'on leur offre du travail. Je trouve cependant un peu mal torché que nous laissions crever de faim nos propres concitoyens sous prétexte qu'on doive les maintenir dans la pire des dépendances économiques.

J'aimerais bien que certains d'entre eux se sortent de la misère et de l'aide sociale. Je le dis par compassion, et non par haine du genre humain à l'instar des animateurs de la radio-poubelle.

S'ils avaient le droit, pendant un seul petit mois, de se faire deux milles dollars sans se faire couper, j'imagine tout aussi stupidement que ces pauvres-là pourraient s'acheter des bottes de travail, un marteau, un vélo et peut-être même des asperges pour se redonner le goût de l'indépendance financière.

Au fond, il y a pire que de laisser pourrir des asperges dans les champs.

Laisser pourrir des êtres humains dans la misère ce n'est guère plus reluisant.