lundi 13 juin 2016

La virilité c'est comme la confiture

"La virilité c'est comme la confiture, moins t'en as plus tu l'étends."
Moi

Photographie de Diane Arbus
Les premières victimes de l'homophobie sont les homophobes eux-mêmes.

Je ne dis pas ça pour qu'on les prenne en pitié. Je le dis parce que je l'ai trop souvent constaté dans ma vie. Ceux qui riaient le plus des soi-disant "tapettes" n'auraient pas dédaigner sucer une graine. Je les soupçonnais même d'en sucer en cachette et d'aimer tabasser les gais pour faire semblant qu'ils n'en étaient pas.

La violence qu'ils exprimaient envers les homosexuels participaient du reniement de leur propre nature homosexuelle. Ces homophobes étaient aussi les pires brutes avec les femmes. Ils affichaient une virilité tellement outrancière qu'elle finissait par cacher quelque chose de louche. Leur passion, c'était de débusquer les homosexuels dans les douches des gymnases, de leur donner des coups de serviettes mouillées et de leur pisser dessus. C'était le genre à regarder des films de cul entre gars. C'était parmi eux que s'organisaient les concours de branlettes et autres saloperies que je fuyais comme la peste.

Bref, je ne me sentais jamais bien en leur compagnie. Je préférais nettement les victimes de leur ostracisme. Je me sentais bien parmi les artistes et les intellectuels, au sein desquels on trouvait une forte proportion d'homosexuels et de transgenres qui s'assument. Je dirais même que je me sentais bien parmi les femmes. Je préférais nettement leur compagnie à celle des gars qui se gaussaient de l'art, des sentiments, des émotions et autres humanités du même ordre.

À l'école, j'ai assisté souvent avec impuissance à l'humiliation de jeunes garçons et jeunes filles qui avaient le malheur d'être différents. Certains se sont suicidés. D'autres ont réussi à passer au-travers de cette épreuve en assumant pleinement leur différence.

Je me demande parfois ce qu'est devenu Jean, que tout un chacun appelait Jeanne. Jean avait une voix et un visage de fille. Il avait aussi des gros seins. Combien de fois je l'ai vu s'enfuir devant des hordes d'abrutis qui voulaient le battre ou bien lui faire manger des chenilles tout en le traitant de tapette.

Il m'est arrivé de le protéger, Jean, tout en regrettant de l'avoir fait ensuite. Je m'en voulais de risquer moi aussi de passer pour un tapette. Je ne voulais pas me faire battre par des connards pour l'avoir protégé. Je rappelais à Jean qu'il devait apprendre à se défendre et arrêter d'être un tapette... À douze ans, c'était toute la capacité que je pouvais avoir à raisonner.

J'étais heureusement grand, gros et plutôt fort. Je ne me battais pas avec mes poings, mais avec des roches, des deux par quatre ou bien des pics à glace. Ça leur rappelait de tenir leur distance sous peine de terminer à la morgue. Je ne pouvais pas devenir la victime de ceux qui s'en prenaient aux gais, aux intellectuels ou bien aux premiers de classe. J'allais les tuer s'ils osaient s'en prendre à moi. C'était clair et net dans ma tête.

Cela dit, plus j'ai accédé aux études supérieures et plus les comportements homophobes se firent rares. C'est au primaire et au secondaire que se vivaient l'enfer sur terre pour les marginaux, de quelque nature qu'ils aient pu être.

Au collège et à l'université, les gais s'affichèrent de plus en plus ouvertement. Ils s'embrassaient devant nous. Ils partageaient leurs aspirations et leur culture avec les autres camarades sans tomber sous le coup de l'ostracisme.

Enfin, j'étais tombé dans un milieu dit évolué. Je n'étais plus parmi une bande de ploucs lâches et peureux qui s'en prenaient à dix contre un. Je n'avais plus à supporter leur bêtise abyssale. Je n'avais plus à cacher mon mépris des homophobes.

J'ai cru naïvement que nous vivions à une époque où ce combat pour les droits des gais, lesbiennes, bisexuels et transgenres était largement gagné.

Jusqu'à ce qu'un plouc entre dans un bar gai, à Orlando, pour y faire un carnage.

Un plouc qui n'aimait pas voir deux hommes s'embrasser.

Un plouc qui croyait qu'Allah l'interdisait.

Un plouc qui aurait aussi pu rejoindre les néo-nazis que les combattants de l'État islamique.

Un plouc comme bien d'autres ploucs que j'ai croisé dans ma vie qui se donnaient toutes sortes de mauvaises raisons pour agir en plouc.

Du coup, je réalise qu'il reste encore beaucoup de chemin à faire pour neutraliser les ploucs.

Ce que je trouve plutôt déprimant.



4 commentaires:

monde indien a dit...

Diane Arbus a fait des photos magnifiques de tous ces gens extraordinaires marginaux et marginalisés à qui vont toute notre affection et notre amour - Qu ' ils-elles en soient assuré-e-s .

Gaétan Bouchard a dit...

@Monde indien: Diane Arbus était photographe de mode au magazine Vogue. Elle s'est tournée ensuite vers les marginaux et ses photos ont ce quelque chose de profondément humain qui marque à jamais. Je te recommande le film Fur de Steven Shainberg avec Nicole Kidman dans le rôle de Diane Arbus. C'est un film imaginaire qui présente bien son côté La Belle et la Bête... Le film met aussi en vedette Robert Downey Jr (acteur rendu célèbre pour avoir incarné Sherlock Holmes et Iron Man au cinéma).

Gaétan Bouchard a dit...

@Monde indien: Un autre grand photographe américain: Walker Evans. Il a pris en portrait les exclus de l'American Dream dans les années 20, 30 et 40.

Gaétan Bouchard a dit...

Commentaire de Eremita: Gaétan, en suivant le développement de cette histoire, il semble que le tueur était lui-même gay... Il était un client régulier du bar Pulse, et beaucoup de gays disent qu'il aimait s'amuser à ce bar, et le connaissent par son prénom.