samedi 11 juin 2016

35 kilomètres de vélo

Autoportrait d'un imbécile heureux au
kilomètre 13 de la piste cyclable
J'atteindrai un jour un âge où le simple fait de se rendre à pieds au coin de la rue relèvera d'une authentique aventure. Je me réjouis d'être encore capable de me rendre plus loin par le mouvement continu de mes jambes sur cette merveilleuse invention qui s'appelle la bicyclette.

Je suis donc parti de très bonne heure pour m'enfoncer sur le sentier linéaire trifluvien qui relie le centre-ville aux Vieilles-Forges. Cela représente un peu plus de 35 kilomètres aller-retour, une distance respectable pour un gus qui, comme moi, approche de la cinquantaine.

Cette piste cyclable, qui fait partie du réseau dit de La route verte, traverse la ville du Sud au Nord dans un décor on ne peut plus naturel. On peut y rouler tranquillement ou bien à vive allure tout en étant ravi par le chant des oiseaux.

À six heures trente du matin, on ne croise pratiquement personne. Le temps étant à la pluie, il est possible que cela contribue aussi à cet état des lieux. Quoi qu'il en soit, je roulais seul, comme dans le bon vieux temps, "vers l'infini et plus loin encore" comme le dirait Buzz Lightyear.

Je suis arrivé aux Vieilles-Forges autour de huit heures. Ces vieilles forges furent jadis la plus vieille industrie d'Amérique du Nord. On y fabriquait des poêles et objets de fonte dès la première moitié du XVIIIe siècle. Le secteur a été abandonné au XIXe siècle. On a déterré les ruines au XXe siècle pour se donner l'illusion d'une histoire antédiluvienne. Le site, qui doit bien faire dans les cinq kilomètres carrés, est l'un des mieux préservés de Trois-Rivières compte tenu de son statut de Parc National fédéral. Il est relativement peu fréquenté puisqu'il se situe en-dehors du circuit touristique traditionnel essentiellement concentré autour du centre-ville. Tant et si bien qu'il faut y faire du bruit au cas où l'on y croiserait des ours qui passent parfois par là après avoir pris leur collation au dépotoir de Saint-Étienne-des-Grès, situé un peu plus au Nord.

Je n'ai pas croisé d'ours. Je n'ai vu qu'une vieille dame qui marchait dans un sentier avec des petites clochettes aux chevilles pour aviser les ours qu'il ne fallait pas la chercher. Une femme s'est faite agresser par un ours il y a quelques années, voyez-vous, et le printemps ils sont légèrement plus mal-léchés.

Je me suis rappelé toutes mes balades aux Vieilles-Forges depuis ma tendre enfance. Dont la fois où j'avais échappé à une interdiction de sortie à la suite d'une mauvaise interprétation de ma mère. L'un de mes amis jouaient avec les seins d'une fille du quartier dans notre hangar tandis que moi et mon jeune frère avions l'air d'attendre notre tour dehors. Ce qui n'était pas le cas. Nous ne savions même pas ce que faisait notre ami avec la fille et pourquoi ils ne voulaient pas nous faire entrer. Ma mère, qui veillait à l'éducation de ses quatre garçons, conclut un peu vite que nous étions de petits vicieux.  Puisque j'étais puni injustement, je me suis dit naïvement que je m'en irais vivre aux Vieilles-Forges où je trouverais sûrement des fraises, des framboises, des mûres et des bleuets...

Je devais avoir douze ans et ce n'était pas encore le temps des petits fruits. Je suis donc revenu dépité, je dirais même affamé, avec le sentiment d'échec en travers de la gorge, souhaitant que mes parents me pardonnent ma fugue. Je fus évidemment condamné à ne pas sortir de la soirée mais ma mère, pas méchante pour deux sous, crut bon d'adoucir sa sentence en me refilant du chocolat et toutes sortes de mauvaises choses pour les dents.

J'en aurais bien d'autres histoires à vous raconter à propos des Vieilles-Forges. Bavard comme je le suis vous vous doutez bien que j'y reviendrai jusqu'à ce que vous détestiez les Vieilles-Forges.

Je pourrais aussi vous raconter mes escapades à vélo du côté du Parc National de la Mauricie et de Québec. Ça viendra aussi puisque je ne suis pas certain d'être capable de m'y rendre à nouveau.

Je peux au moins me rendre à pieds au coin de la rue sans souffrir.

En ce sens, je me crois presque un athlète...

Ça descend comme dans la face d'un singe...

Un petit ruisseau

Le centre d'interprétation des Forges du Saint-Maurice

Reconstitution du moulin qui actionnait le soufflet de la forge

Ruisseau spécialement conçu pour actionner les soufflets des forges

Les rapides de la rivière Tapiskwan Sipi (anciennement Saint-Maurice)

Panneau d'interprétation de "la fontaine du Diable"

La fontaine du Diable est encore inondée par la crue des eaux
Ce qu'il reste de la grande cheminée

Des marguerites, parce que ce sont
les fleurs préférées de ma blonde

1 commentaire:

Eremita a dit...

Je devrais me remettre à la photo.

J'aime bien photographier des arbres, des usines désaffectées, des voitures, des chats, et toutes sortes d'autres choses, mais il faut qu'il y ait dans la photo quelque chose qui me parle, sans savoir quoi exactement, l'umami en quelque sorte, qu'on ne goûte pas vraiment, mais qui fait que ça «goûte bon».