mardi 7 juin 2016

La nature c'est bon pour les pouilleux

Je discute avec presque tout le monde. Il m'est même déjà arrivé de parler avec un politicien. C'était un fédéraliste d'obédience libérale qui avait des vues bien arrêtées sur le progrès. Selon lui, tout passait par le béton et l'asphalte. Si l'on ne voyait pas de grues dans le paysage, c'est qu'il n'y avait plus de progrès. C'était aussi simple que ça.

Je ne partageais pas ses vues sur le progrès. Ce n'est pas que je pense que l'argent pousse dans les arbres. C'est seulement que je les aime bien, moi, les arbres. Je comprenais aussi, avec toute la mauvaise foi qui me caractérise, que ce genre de progrès est générateur d'enveloppes brunes qui viennent garnir subrepticement la caisse électorale de ces bienfaiteurs autoproclamés de l'humanité.

Un autre politicien tout aussi pragmatique de mon coin de pays s'en prenait à des opposants qui souhaitaient recréer un site naturel sur le terrain d'une ancienne usine.

Ce démagogue croyait lui aussi que le progrès passait par le béton. Il a ridiculisé ces doux rêveurs en leur répliquant qu'on ne développe pas une ville seulement avec des tables à pique-nique. Les grues sont arrivées dans le secteur pour élever quelques pyramides de gypse pour la gloire de ce nouveau pharaon. On y a bâti toutes sortes d'infrastructures laides et inutiles. La nature, qui reprenait peu à peu ses droits, a été coupée à blanc. On a ensuite replanté de belles rangées de plantes bien alignées. Bobon et Bobonne ont pu s'y promener avec leur petit chien sans salir leurs souliers vernis.

Rêveur comme je le suis, je préférais les marguerites, les pissenlits, les trèfles et les chardons qui poussaient anarchiquement ça et là.

Je savais qu'il y avait eu de belles plages jadis sous ce béton. Même Jacques Cartier l'avait remarqué, lui qui ne cherchait pourtant que de l'or, comme tout bon conquistador. Une belle forêt de pins s'étendait à perte de vue là où il y avait maintenant une tentative de reproduire un jardin de Versailles pour nous rappeler que nous ne sommes pas des sauvages.

N'allez pas croire que j'aie raison de m'en prendre au béton et à l'asphalte. Tout concourt à me donner tort. Les seuls qui pensent comme moi sont généralement des artistes un peu bohèmes qui tapent sur des tambours et mangent de la luzerne. C'est vous dire comment je ne fais pas du tout sérieux.

Il y a aussi feu mon professeur de philosophie qui pensait un peu comme moi. Cet érudit, membre de la Société royale du Canada, ne coupait jamais son gazon. Il trouvait que la nature était belle telle que Dieu l'avait créée. Ses voisins détestaient qu'il fasse baisser la valeur de leurs propriétés par pure paresse. Il était bien plus moral de raser les hautes herbes pour ensuite épandre de l'insecticide qui s'écoule dans nos rivières via les égouts.

Comme vous pouvez le voir, j'ai eu de très mauvaises influences pour me faire une juste idée du progrès et de la croissance économique.

Oui, il faut être fou pour ne pas voir que l'argent ne pousse pas dans les arbres. L'amour lui-même s'achète. De même qu'une fonction publique. No money, no candy.

Les tables à pique-nique attirent toutes sortes de gens peu recommandables, dont des ivrognes qui y passeraient la nuit si on laissait ces ahuris faire ce qu'ils veulent. La nature c'est le rêve de ceux qui ne se coupent jamais les cheveux et la barbe. C'est bon pour les pouilleux. 









1 commentaire:

monde indien a dit...

" L'amour lui-même s'achète " ...
Ce qui s' achète est ce qui ne fait pas confiance -
Ce qui ne fait pas confiance n ' est pas l ' amour -
L ' amour est confiance -
Ceux qui trahissent la confiance
s ' excluent de l ' amour -