lundi 11 mai 2009

T'ES RIEN QU'UNE AUTRE BRIQUE DANS L'MUR


Le mois de mai est le plus beau d'entre tous selon l'avis général. Je ne ferai pas le trouble-fête cette fois-ci. Va pour le plus beau d'entre tous les mois. À cause des fleurs, des feuilles et du foin. Parce qu'il fait plus chaud. Et toutes ces sortes de choses.

Mai 1983. Il fait beau et chaud. Les pissenlits sont en fleurs. Et l'ambiance est à la désobéissance à la polyvalente Sainte-Ursule.

Il est midi et demi. Ça fait une heure que les gars de la radio-étudiante font tourner en boucle Revolution des Beatles et Another Brick in the Wall de Pink Floyd. Qu'est-ce qui se passe?

-C'est la révolution man! me dit Ti-Zef le rouquin.

-La révolution? que je lui demande.

-Ouin. La révolution. Y'aura pas d'cours c't'après-midi pis toutte. Tout l'monde loaf pis crisse son camp d'la poly.

-Ah ouin?

-Ouin.

Il doit bien y avoir cinq ou six cents étudiants sur le campus à se colporter cette rumeur, la révolution, tout l'monde loffe pis crisse son camp pour profiter du soleil et de la belle vie. We don't need no education. All in all, we're just another brick in the wall. Et toutes ces sortes de choses.

Deux agents de sécurité empêchent les étudiants de sortir. Dès que le directeur de la poly a eu vent de la nouvelle, il a cru bon d'embarrer les étudiants à l'intérieur, pour les contenir comme du vulgaire bétail. Les deux loustics ne font pas le poids face à six cents ados survoltés qui se font jouer en boucle Revolution et Just Another Brick in the Wall.

Et cela finit comme ça devait finir. À la cloche qui annonce l'heure de la reprise des cours, tout le monde reste sur le campus et chante We don't need no education. Tout le monde ou presque. Je chante en riant avec mes potes, comme tout le monde ou presque. Et puis, sans que je ne sache trop d'où ça vienne, voilà qu'un groupe d'étudiants se servent d'un banc comme d'un bélier pour faire éclater l'une des portes. Tout arrache et tous les loafeux s'engouffrent dans cette brèche pour profiter du soleil et du beau temps.

Dehors, ça sent la bière et la claque brûlée.

C'est la fête.

Ti-Zef le rouquin a son magnétophone et il nous fait écouter des tounes de Yes.

La vie est belle. J'ai un brin d'herbe dans la bouche et je contemple les nuages.