mardi 5 mai 2009

Avance-Recule


Avance-Recule est le sobriquet avec lequel l'on désigne Stéphane Marcouiller, un ex-étudiant au doctorat en psychologie qui a sauté les plombs suite à moults badtrips d'acide.

Il demeure au centre-ville, dans une chambre miteuse située en haut d'un casse-croûte. Il y a trois chambres. La chambre de la P'tite Marie, une presque centenaire qui se promène en manteau d'hiver l'été et pisse un peu partout. La chambre de Auger l'Indien, un alcoolique fini qui se peigne encore en crête de coq comme si nous étions dans les années '50. Et la chambre de Avance-Recule.

Ce sont toutes trois de petites chambres aux murs décrépis qui sentent la graisse à patates frites, l'humidité et l'urine, puisque tous les trois contrôlent mal leur vessie.

Avance-Recule doit son surnom au fait qu'il marche d'une bien curieuse manière: deux pas en avant, un pas en arrière.

Et ce n'est pas parce qu'il a lu Lénine ou quelque autre fou.

C'est juste qu'il est demeuré comme ça, après un spectacle de Genesis en 1974, à Montréal. Et les pilules ne pouvaient rien faire pour lui rendre une manière dite normale de marcher.

Il avance et recule dans sa robe de chambre élimée. Traverse les rues et boulevards en exécutant ses pas de danse. Et tout le monde se dit «Hostie! C'est encore Avance-Recule qui bloque le trafic maudit tabarnak!»

Et c'est effectivement Avance-Recule qui congestionne la circulation automobile, le gus aux traits christiques, la barbe et les cheveux longs châtains, le regard perdu, deux pas en avant, un pas en arrière.

Sacré Avance-Recule!

Qu'est-ce qui peut bien se passer dans sa tête, hein?