samedi 2 mai 2009

Rocky au Cinéma de Paris


Le Cinéma de Paris n'existe plus depuis un sacré bon bout de temps. Il a été rasé par les flammes en 1990 si je m'en fie au joli blogue de l'historien Mario Bergeron. Ça fait donc dix-neuf ans qu'il n'est plus dans le décor.

Rien au monde ne se comparait à la joie d'aller dans cette salle pour aller voir du cinéma. Le Cinéma de Paris avait du panache, au contraire des cinémas d'aujourd'hui, des rectangles conçus comme l'on conçoit des cages à poules, à la différence qu'on ajoute du plâtre et du béton par-dessus la broche.

Il était situé sur la rue St-Maurice, à Trois-Rivières, en plein coeur du quartier de mon enfance, un quartier pauvre qui avait l'air moins miteux qu'il ne l'est aujourd'hui, le quartier de la paroisse Notre-Dame-des-Sept-Allégresses.

Avant l'avènement du Super Calice, des bazars et des marchés aux puces, il y avait des tas de restaurants, d'épiceries, de dépanneurs.

Et, bien sûr, il y avait le Cinéma de Paris, le temple du septième art, avec sa balustrade, ses boiseries et ses dorures.

On savait en y entrant qu'on allait y vivre une expérience sublime, presque mystique, avec ce grand écran qui nous sauvait des quatre ou cinq postes que l'on captait à la télé en bougeant les oreilles de lapin: CKTM le 13, Télé-Métropole, CFCF, Radio-Québec, peut-être CBC.

Je pourrais vous parler pendant des heures et des heures de ces films que j'y ai vus dans les années soixante-dix, quand j'étais ti-cul. On y allait, moi et mes frères, pour s'y réconcilier. On se partageait de grosses poubelles remplies de pop-corn tout en sirotant de la liqueur blanche ou de la liqueur brune.

Je me prenais aussi une barre de caramel Toffee. Et le caramel Toffee goûtait vraiment le caramel Toffee dans le temps du Cinéma de Paris. Ces maudits-là ont dû égarer la recette. De nos jours, ça ne goûte plus rien. Ça ne s'étire plus comme avant. C'est sec et cassant.

J'allais au Cinéma de Paris pour voir un tas de films. D'abord les western-spaghetti: Il était une fois dans l'Ouest, Mon nom est personne, Le bon, la brute et le truand. Je suivais tous les films de Bruce Lee et de Bud Spencer. Et tous les films de Pierre Richard. Puis les dessins animés: Daisy Town, Astérix et Cléopâtre, Goldorak. Et le must: Star Wars. Le film le plus époustouflant que j'aie jamais vu. Un régal pour les yeux. Des effets spéciaux saississants pour l'époque et encore réussis de nos jours.

Le plus grand film parmi tous les films que j'aie pu voir au Cinéma de Paris? Rocky 1 de Sylvester Stalone. Vous n'avez pas idée combien ce film-là nous a marqués dans le quartier. C'était comme si le Cinéma de Paris s'était mis à nous chanter La Carmagnole.

Rocky, dans Notre-Dame-des-Sept-Allégresses, c'était chacun d'entre nous. Un type dans un quartier pauvre qui fait un sale boulot. Un type qui, à force d'acharnement et d'entraînement, à force de bûcher dans des tas de viande congelé, en vient à monter sur le ring pour affronter un champion du monde qui remportera la victoire de justesse, avec le visage salement amoché. Rocky perd le combat, mais il s'est rendu si loin dans la bagarre qu'on ne peut que le respecter. Et c'est tout ce que l'on cherche, dans Notre-Dame-des-Sept-Affaires, le respect, hier comme aujourd'hui.

J'ai passé des jours à courir, monter et descendre des marches d'escalier, pédaler, nager et bûcher dans l'espoir moi aussi d'affronter un champion du monde. Juste pour l'amour du sport. Et pour défier l'habitude associée à la misère.

Oui, c'est au Cinéma de Paris que j'ai voulu devenir Rocky.

Rocky Balbao: un type qui se sert de ses poings plutôt que de sa tête. Tout ce qu'il fallait pour survivre dans un quartier pauvre et sale quoi.