jeudi 28 mai 2020

Extrait du journal d'un préposé aux bénéficiaires artiste-peintre et écrivain...

Mon ombre...
Je ne sais pas si les gens autour de moi se rendent compte des efforts surhumains que je puis faire en tant qu'écrivain et artiste. Je bosse quarante heures par semaine dans l'un des pires métiers qui soit pour se faire lessiver physiquement et mentalement. Être aide-soignant, ce n'est pas de la tarte...

Évidemment que je ne dis pas ça pour me plaindre. Mais comment occulter cette partie essentielle de ma vie? Cela ne peut qu'influencer ma production dans le domaine des arts et des lettres. Peut-être négativement. Peut-être positivement. Ne pouvant pas me permettre vraiment le luxe de l'oisiveté j'hérite sans efforts d'un certain sens du travail. Je ponds mon oeuf tous les jours ou presque depuis des lustres et des chandeliers. 

Souvent, je n'ai pas le temps. Je lis et écris à la sauvette. Comme si c'était le dernier jour de ma vie. Toujours. Parce que le temps presse. Parce que j'ai 52 ans. Parce que j'en ai trop encore à sortir de ma tête. Je ne vous ai montré que la pointe de l'iceberg. Le reste est enfoui sous l'eau. Ou bien dans ma boîte de Pandore. Ne souhaitez pas que je l'ouvre, cette boîte... Il y en a trop!

J'écris et dessine depuis ma tendre enfance. J'ai jeté au moins 80% de tout ce que j'ai fait. Sinon plus. Ce fût mon école. Pas le temps de niaiser. Tu dessines. Tu écris. Et tu jettes tout. Et tu recommences.

J'étais souvent seul. J'avais des amis. De très bons amis: le Bief, Ti-Kass, Frank Bill Bull, Bras-d'aiguille, pour ne nommer que ceux-là. Mais je m'enfermais dans mes affaires. Dans mon monde. Je bricolais avec mes blocs de Lego, ma plasticine, mes crayons, mon papier, mes livres. 

La bibliothèque municipale de Trois-Rivières m'a remis un prix en 1980. Un prix  en raison du fait que j'étais l'usager qui avait emprunté le plus de livres à la bibliothèque au cours de l'année dans ma catégorie d'âge. Je voulais tout savoir. Tout. Si c'était trop compliqué pour ma petite tête, je commençais par des ouvrages de vulgarisation. Nietzsche pour les nuls. Freud pour les nuls. Marx pour les nuls. Et le nul que j'étais fréquenta bientôt Nietzsche, Freud et Marx dans le texte.

Je ne ferai pas ici l'étalage de mes connaissances. Je ne suis pas si brillant que je voudrais en avoir l'air. J'étais solitaire et j'avais du temps pour la bibliothèque. 

J'aurais normalement dû travailler dans un domaine plus ou moins lié à mes facultés intellectuelles et mes aptitudes générales. Ce n'est pas parce que je n'aurai jamais essayé! J'avais un baccalauréat de philosophie en poche avec l'équivalent d'un certificat en droit effectué à l'Université Laval. Le droit me pesait beaucoup trop sur l'esprit. J'y allais pour devenir le défenseur de la veuve, de l'orphelin et du crucifié. J'allais vite déchanter. Je suis tombé dans Trotsky. Puis dans un problème criant d'argent. Alors je suis devenu préposé aux bénéficiaires au Centre hospitalier de l'Université Laval pour «gagner» mes études tout en manifestant pour la révolution socialiste. Je les aurai finalement perdues, en quelque sorte, ces études. Et c'est mon boulot d'étudiant qui est devenu mon boulot de vieux con à 52 ans...

En ai-je des regrets? Pas du tout. Je l'avais clairement exprimé au tout début de la rédaction de mon blog Les récits d'un préposé:

«J'ai essentiellement travaillé dans le secteur communautaire au cours de ma vie. Je ne défilerai pas tout mon cv sous vos yeux mais disons que j'ai été organisateur communautaire, directeur de station de radio, rédacteur en chef d'un journal de rue, administrateur, en plus d'avoir effectué mille et un métiers en raison d'un marché de l'emploi plutôt fluctuant pour tout le monde par les temps qui concourent à nous faire courir.
On m'a proposé d'y travailler de nuit.
Et j'ai naïvement accepté la proposition.
Pour plusieurs raisons. La première étant ce besoin brûlant de contribuer à quelque chose dans la vie. Ce besoin de me sentir utile dans un monde cynique et froid. Ce besoin de mettre l'empathie au-dessus de toutes les valeurs humaines. Cette nécessité de faire du bien dans un monde où l'on se fait tant de mal.»
J'ai écrit ça le 6 février 2019. Je partage encore ce point de vue, vous vous en doutez bien.

Avant de reprendre du service en tant que préposé, je bossais à titre d'assistant-superviseur pour l'Entraide diabétique du Québec. J'étais coincé entre quatre murs à travailler dans un climat de travail toxique avec aucune possibilité d'avancement et beaucoup trop d'injustices grandes et petites sous les yeux. J'ai produit beaucoup d'art et de textes dans cette période pour déjouer la médiocrité. La mienne autant que celle des gens qui m'entouraient. J'ai cheminé malgré tout. Et suis heureusement passé à autre chose. 

Cette autre chose, c'est ma version un peu punk de Varlam Chalamov qui jouerait à Docteur Jivago. Je suis et demeure toujours ce même agitateur de consciences, ce militant solitaire et solidaire des droits civiques, prêt à y laisser sa peau, sa graisse et son art...

J'écris et peins dans l'urgence. Toujours. Le peu de temps que j'ai doit se transformer en perles subito presto. Je n'en ai pas le choix. Et c'est, somme toute, la méthode qui me réussit le mieux. J'atteins inconsciemment un état de grâce littéraire et esthétique via cette vie de chien, comme la vôtre par ailleurs, à résister aux effets délétères et mortifères du capitalisme sauvage. Je résiste. Tout est là en fait. JE RÉSISTE!

Je n'arriverais pas à résister aussi longtemps sans soutien et sans amour.

On peut rire de Facebook et autres médias sociaux. Pourtant, j'y ai rencontré beaucoup de gens tout simplement humains et bienveillants. Ce qui n'est pas rien alors que j'en trouvais si peu parfois avant l'Internet...

J'y ai aussi trouvé l'amour de ma vie, Carole. Si elle n'était pas là, vous n'auriez pas tout mon monde sous vos yeux. Elle m'a encouragé à peindre. Elle ne m'a pas éteint comme tant d'autres ont pu tenter de le faire sans nécessairement y aller de malice. Remarquez que tous ceux et celles qui voulurent m'éteindre se sont éteints de mon environnement. Seul, on ne réussit pas aussi vite. Mais on a la christ de paix. Même perdre peut ressembler à gagner. Gagner quoi après tout? Une place parmi des gens que je méprise foncièrement? 

Non. Je suis meilleur en tant que working class heroe.

Je vais continuer mes petits boulots ici et là.

Je me ferai peut-être crisser dehors de temps en temps.

Parce que je suis un dissident tous azimuts. Et aussi un peu trop orgueilleux pour plier l'échine.

Bref, je me contretorche de tout.

Sauf des êtres humains. 

Ceux-là, je les ramasse et les torche s'ils tombent à terre.

Parce que l'eugénisme me fait dégueuler autant que le racisme, le sexisme et un peu les apparatchiks.

Je suis donc à ma place.

Et vous demande un peu d'indulgence pour mes texticules.

D'abord pour celui-ci, un peu trop écrit à la première personne du singulier.

Il faut bien que vous sachiez d'où vient tout ce que je produis si gratuitement pour l'honneur de ma république des arts et des lettres. 

J'en ai probablement trop écrit. Encore une fois.

Mais c'est mieux que rien.

On ne nourrit pas une conversation avec rien.

Un air de violon peut-être.

Mais pas une discussion ouverte avec l'humanité via Blogger...

Voilà. Finissons cela ici. 

Merci beaucoup.









1 commentaire:

  1. Tellement contente de revenir ici en passant. Je suis si lasse de Facebook et twitter et de leurs mauvaises nouvelles en boucle, lasse de la pensée raccourcie sur quelques lignes. Je suis bien contente, oui, de retrouver ton blog, et toi, si vivant.

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