vendredi 27 mai 2011

JOURNAL D'UN ÉCRIVAIN / Feodor Mikhailovich Dostoïevski

Feodor Mikhailovich Dostoïevski n'avait pas que des qualités. Je sais qu'avant même que je n'aie dit un mot sur lui vous me lancerez à la figure qu'il était conservateur, antisémite et tout le tralala. Et pourtant, c'est réduire un homme à rien du tout, et d'autant plus un homme qui demeure un grand écrivain, que cela n'en déplaise aux plus inquisiteurs d'entre nous.

Oui, nous vivons en des temps d'Inquisition. C'est à qui se conformera le plus hypocritement en la Sainte Doctrine du jour. Je ne vaux pas mieux que les autres, cela va de soi. J'ai moi aussi des valeurs. Je n'aime pas les antisémites. Ni les conservateurs. Et pourtant je vais faire la part des choses pour un violoniste comme pour un écrivain. Bon sang de bonsoir, on ne va pas enlever à un gus ce qu'il y avait de plus noble en lui! Et vanter plutôt le crapaud mal chié qui fausse seulement parce qu'il est conforme en la Sainte Doctrine.

Vous constaterez par ailleurs que l'on ne s'amuse jamais avec ceux qui ne voient toujours que la merde chez tout un chacun. Les apparences sont trompeuses. On pourrait croire à prime abord que nous ne valons rien, que nous sommes vraiment des nullités de l'univers. C'est une opinion qui se défend bien. Mais elle est limitative. Elle fait abstraction de tout le reste et focalise sur un abîme. Et moi, je veux entendre du violon, lire des trucs cons et m'amusez!!!

Cela m'incite à vous raconter le plaisir que j'ai en ce moment à lire le Journal d'un écrivain de Dostoïevski. C'est disponible gratuitement, ici, sur la bibliothèque numérique Gallica. Les plaisirs gratuits se font rares, aussi bien en profiter.

J'aime le ton moderne de ses propos. Je sais bien que c'est une traduction. Et même qu'il ne serait pas très bien traduit en français, Dostoïevski, selon l'avis de feu mon prof de philo et russophone Alexis Klimov. Il me recommandait plutôt les traductions anglaises, plus près du niveau de langage de Dostoïevski.

Dostoïevski est naïf et plutôt drôle dans le Journal d'un écrivain. Il saute d'une digression à l'autre. Il y parle bien sûr des destinées de la Russie, mais aussi du climat social de son temps, avec plus ou moins de clarté, de prophétie et de désinvolture.

Dostoïevski écrit comme l'on improvise un air de violon. Rien n'a l'air mûrement réfléchi, peaufiné, brodé. Tout est limpide, même quand c'est con. Entre autres, sur la question juive... Néanmoins, il serait abusif selon moi de réduire le Journal d'un écrivain à un tract antisémite.

À ce compte-là, aussi bien brûler tous les livres de ce temps-là.

Ils étaient cons, certes, et d'autres le sont encore. Mais ça ne s'attrape pas comme la variole, l'antisémitisme ou bien le racisme. Tu en guéris une fois pour toutes et c'est rare que tu reviens en arrière à ce sujet.

Je parle pour moi, qui suis politiquement correct, comblé des dieux que ma nature intrinsèque soit conforme aux plus hautes exigences de la Vertu moderne. Non, je ne suis pas raciste pour deux sous, pas antisémite et même que je lis Dostoïevski en le traitant de crétin quand je tombe sur tel ou tel passage.

Au fond, Dostoïevski est con et je l'aime un peu pour ça. Je crois qu'il le savait lui-même. Toute son oeuvre semble une tentative de rire de lui-même sous plusieurs angles. N'est-ce pas que j'ai raison, hein?

Bon. Je retourne au Journal d'un écrivain. Et ne vous embêterai pas plus longtemps à ce sujet, chers lecteurs et lectrices. Vous perdez votre temps à lire des niaiseries sur le ouèbe, juste parce que c'est gratuit. Vous faites cheap mais je vous aime quand même.