samedi 21 mai 2011

Écrivons, écrivez, écrivette

-Écrivons, écrivez, écrivette... j'fais rien qu'ça écrire pis écrire encore!

Il disait ça d'un ton neutre. Comme tout le reste. On ne peut pas dire qu'il avait de la variété dans l'intonation, Guillaume Preslet.

C'était un gars ordinaire, sans trop de boutons, qui vous regardait sept secondes d'un air absent pour ensuite se contempler la caboche de l'intérieur.

Il écrivait quoi? Des peccadilles. Rien de bien compliqué. Sinon qu'il écrivait tout le temps. Et qu'il disait écrivons, écrivez, écrivette comme s'il s'agissait d'un mantra pour canaliser les forces de l'Art en quelque sorte.

-Madame Bovary, ce n'est pas moi! qu'il finit par écrire sur son calepin tandis que la bibliothécaire lui intimait l'ordre de se taire pour mériter le droit d'être présent en ce sanctuaire de la lecture.

C'était une bibliothécaire tout ce qu'il y a de plus ordinaire, avec un tatouage sur le front, quelque chose qui ressemblait à un tracteur.

Le calepin de Guillaume Preslet ne comprenait que deux inscriptions, dont Madame Bovary, ce n'est pas moi. Cela contrefaisait Gustave Flaubert et Preslet savourait l'astucieux clin d'oeil avec la satisfaction du travail bien fait. Pour l'autre phrase, eh bien Preslet avait écrit «L'âme existe». Bon, ce n'était pas grand chose, ces deux phrases, mais Preslet se trouvait enhardi par ces créations, sorties toutes chaudes de son esprit incandescent, sur un ton neutre, avec un point d'exclamation pour faire changement.

Comme quoi le travail de l'artiste demeure un mystère pour tout un chacun.

Et franchement, c'est très bien ainsi.

Pas vrai Preslet?