lundi 31 janvier 2011

Des rues du Caire aux ruelles de Trois-Rivières, c'est le temps des fleurs et on ignore la peur...

Curzio Malaparte est un écrivain proto-fasciste, vaguement futuriste, qui se fit arrêter par les sbires de Mussolini pour avoir publié «Techniques du coup d'État», un livre dans lequel il analysait la prise du pouvoir par les bolchéviks ainsi que par Mussolini. Mussolini n'aimait pas qu'il livre au peuple de telles techniques. C'est mauvais pour les affaires.

Malaparte disait substantiellement qu'il fallait s'emparer des moyens de communication, téléphone et télégraphe à l'époque, pour pouvoir tout de suite envoyer au peuple le message que le pouvoir est tombé et qu'il est maintenant entre les mains de Lénine ou Mussolini.

Vous comprendrez que ce modèle me répugne. Mais il convient tout de même de méditer un peu là-dessus. Puisque ça pouvait parfois se passer ainsi.

Qui contrôle le message dirige la fourmilière, en revenait à dire Malaparte.

De nos jours, tout change extrêmement vite avec l'Internet et les outils informatiques. Les kleptocrates ne contrôlent plus vraiment le message et ils deviennent extrêmement fragiles aux mouvements de masse qui les poussent au départ, à la honte et à l'exil, sinon à la comparution devant un tribunal qui les punira pour les crimes commis envers leur propre peuple.

Les soulèvements populaires en Tunisie et en Égypte sont des mouvements spontanés, sans chef, avec des tas de personnes anonymes qui décident tout simplement de marcher et de dire non à la dictature et à la corruption. Ils se parlent sur Facebook et les autres réseaux sociaux puis ils se rejoignent dans la rue. Les médias traditionnels peuvent être bouclés, les médias de l'avenir sont dans la rue, et ni les bolchéviks, ni les fascistes ne peuvent les contrôler. C'est comme l'aspiration légitime d'un peuple à la liberté, à la droiture d'âme de leurs représentants et au respect des droits de la personne.

Ils marchent parmi les chars d'assaut et s'envoient des images qui font le tour de la planète en moins d'un clic.

Le pouvoir ferme l'Internet. Les cracks rétablissent le son et les images. Et c'est la honte pour les potentats et leurs acolytes. C'est la fin des haricots. Ils ne peuvent tout de même plus leur envoyer l'armée puisqu'elle est déjà là et qu'elle fraternise avec les manifestants qui en font tout de suite des héros internationaux avec leurs cellulaires. C'est la révolution. L'armée, la police et la foule ne font qu'un contre le tyran.

Qui peut arrêter une telle vague? Qui peut arrêter un peuple qui se tient debout?

Personne. Pas même le maire de votre paroisse.

La révolution de jasmin se poursuit en Afrique du Nord et ailleurs.

C'est le temps des fleurs et on ignore la peur...