mercredi 2 février 2011

L'amour avec un grand ah!

L'amour est rare pour ceux qui n'en ont même pas vécu l'illusion.

Comme c'est le cas de Zwip. Zwip c'est son surnom, comme de raison.

C'est un gars qui n'a jamais fait l'amour. Un gars dans la soixantaine avancée. Ce n'est pas qu'il ne voulait pas ou ne le pouvait pas. Il le voulait en pas pour rire. Enfin, c'est ce qu'en disait sa psychologue à tous ses amants, en confidence sur l'oreiller.

Le secret professionnel? Faites-moi rire. C'est de la bouillabaise passée date. Et c'est dans ces auges de la conscience humaine qu'il était tout de même possible de trouver matière à philosopher. Le soleil entre dans les écuries sans se salir. (Les petits malins auront compris que c'est une maxime de Diogène, un cynique qui vivait dans un tonneau, à Athènes, il y a deux mil quatre cents  années et qui se disait citoyen du monde. Héhé!)

Donc, Zwip était snappé.

Et snappé d'aplomb. Et on pouvait compter sur la psychologue, qui devrait être radiée de son ordre par ailleurs, pour tout connaître de Zwip en trois phrases plus ou moins raides.

Bon. Zwip vit seul depuis toujours. Pas d'amis. Pas de famille. Un voisin lui dit parfois bonjour.

Il est laid, mais ce n'est pas de sa faute.

Le pauvre Zwip est de plus d'une incroyable timidité.

Et il fait peur par plusieurs tics étranges qu'il a développé à force d'être tenu à l'écart du monde.

Il a fini par sauter les plombs.

Alors, on l'a obligé à être suivi par une psychologue, la bouillabaise de tantôt.

Donc, Zwip lui raconte qu'il veut se marier.

Il voudrait une femme avec des gros seins, qu'il dit.

Mais il ne veut pas déranger personne, qu'il dit. Et il se ronge les ongles en disant cela.

Zwip mange uniquement ce qu'il trouve au dépanneur, agrémenté d'une rare sortie au supermarché.

Bon, jusque-là, on ne sait pas trop pourquoi la vie de Zwip serait digne d'intérêt. L'être humain n'est pas parfait et prend pour sujet de conversation des choses plus agréables à entendre, n'est-ce pas? Ha! Ha! N'ayez crainte, chers amis, puisque je glisserai moi aussi vers le côté tendre des choses.

C'est que Zwip est en amour avec la psychologue. Et la psy, qui commence à faner aux yeux de ses amants, se rabat maintenant sur des proies plus faciles.

Eh bien sacrament! La psy a couché avec Zwip. Et c'est pas qu'elle est belle femme, mais bon, d'autres plus beaux que Zwip y trouvèrent quelque soulagement au cours des ans.

Donc, Zwip n'est plus vierge. À soixante ans tapant. Du coup il en a perdu tous ses tics. La psy, qui se cherchait quelqu'un pour s'occuper de son jardin secret, croyez-le ou non, le prit sous son aile. Paraît que Zwip baisait comme un dieu. Elle le disait à tout le monde autour d'elle, brisant une fois de plus son devoir de discrétion envers son client, voire son amoureux.

Zwip est toujours aussi laid mais d'avoir fait l'amour un peu l'avait rendu beaucoup plus calme et encore plus présentable. La psy avait de l'argent et le partageait avec Zwip, qui n'avait jamais tant espéré.

Tous les goûts sont dans la nature.

Chaque torchon trouve sa guénille.

Y'a qu'au Québec que l'on trouve de si belles histoires d'amour avec un grand ah! Zwip et Thérèse-la-psy. Un couple dépareillé qui donne de l'espoir à tous les Zwip de ce monde, même si Thérèse n'a pas de gros seins. Ce qui donne aussi de l'espoir aux Thérèse de ce monde. Quoique Zwip ne soit pas vraiment ragoûtant.

-Ah! qu'ils gueulaient. Et Ah! encore.

Et puis youppi. C'était leur pura vida sacrament!