dimanche 23 janvier 2011

Cul-de-Basse-Fosse n'est pas un vrai drummeur

Luc alias Cul-de-basse-fosse n'était pas vraiment un virtuose de la batterie aux yeux de tous ceux qui pratiquaient le drum pour de l'argent.

-I' joue jusse du snair calice! Même pas de cymbales! Rien qu'du crisse de snair! Y'a rien là saint-chrême!

Voilà ce qu'on entendait à peu près unanimement dans la confrérie des tapeurs de tambours et de cloches à vache.

Cul-de-basse-fosse y figurait comme l'idiot du village, celui qui ne sait pas vraiment jouer, et qui fait juste semblant. Et puis l'on riait aussi du fait qu'il buvait de la mauvaise bière, de la bière de dépanneur, la marque la moins chère avec le pourcentage d'alcool le plus élevé.

Remarquez que Cul-de-Basse-Fosse n'en avait besoin que d'une seule de format 1,5 litres. Ce qu'il fallait pour être au diapason des trois autres membres de leur orchestre: Flamingo le guitariste, Turlututu le bassiste et un gros tabarnak qui chantait ses poèmes à la va-comme-j'te-pousse, en français, probablement pour les subventions.

-Vous vivriez pas de d'ça dans 'es bars caltor! qu'on disait chez les drummeurs, en prèsence de Cul-de-Basse-Fosse, comme si l'on cherchait à l'humilier.

Cul-de-Basse-Fosse riait dans sa grosse barbe.

On l'appelait Cul-de-Basse-Fosse pour une raison trop ancienne. Ce surnom datait du temps de sa jeunesse, sur le rang de la Basse-Fosse, à Saint-Félicien-des-Éboulements, au pays du Wendigo, le Mauvais Esprit qui souffle entre les fines branches des épinettes quand l'hiver se fait trop long. Ce qui fait que tout le monde pète sa coche et finit par devenir musicien malgré lui, même Cul-de-Basse-Fosse avec son snair.

Il pouvait bien rire dans sa grosse barbe rousse, Cul-de-Basse-Fosse, puisque son groupe, Les mangeux d'soupe, vivait plutôt bien sans recevoir aucune calice de subvention sale.

Ils jouaient pour le plaisir. Ce plaisir était communicatif et, surtout, cela mettait en évidence le jeu de la section des cordes.

Et même des cordes vocales puisque le gros tabarnak chantait mieux quand il n'y avait pas une grosse batterie pour lui donner l'envie de beugler avec un arrière-fond sonore de poulie qui grince.

Ça faisait des Mangeux d'soupe un band qui vivait bien. On y entendait les instruments de musique. C'était pas un show de drum, avec tout le respect qu'on puisse leur porter suite à cette tirade.

Quoi qu'il en soit, j'étais là lorsque Cul-de-Basse-Fosse leur cloua le bec. Ça s'est passé pas plus tard que la semaine passée, au Zigoto, un bar réputé pour ses langues de porc dans le vinaigre et ses oeufs à la coque. Un endroit inédit pour une rencontre entre drummeurs. C'est vrai que les studios des musiciens sont à deux pas du Zigoto. Donc, faut pas trop s'étonner qu'on les trouve tous là, les drummeurs, ces mêmes drummeurs qui se moquent tout le temps de Cul-de-Basse-Fosse et de son snair.

-Écoutez-moé bien, qu'il leur a dit, Cul-de-Basse-Fosse. Vous pensez que j'suis pas un vrai drummeur juste parce que e'j'joue du snair? Ok... E'joue du snair. Rien qu'ça. Mais m'en va's vous en conter une mes tabarnaks! Ça s'passe dans le temps où Genesis faisait des auditions pour un nouveau drummeur... Peter Gabriel, Mike Rutherford pis Tony Banks ont vu défiler tout plein de drummeurs qui leur faisaient des hosties d'solo de drum d'enfer. Ratatata clink pouet! Toute la journée, rien qu'des hosties d'solo! Pis là y'arrive un gars qui s'met à leur jouer quelque chose le plus lentement qu'il pouvait. C'était Phil Collins. Pis y'est devenu le drummeur de Genesis! Pourquoi? Parce que Genesis voulait faire d'la musique, pas rien qu'du bruit! Si vous saviez les boys comme les guitaristes sont contents d'jouer avec moé! J'massacre pas leurs tounes, moé, saint-cibouère! Bon ben, let's drink to that! Das broviè! Salud! Tchin! Tchin!