dimanche 30 janvier 2011

Caltor de caltor!

Deux vieilles dames dans le circuit numéro 2 qui relie le Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap au centre d'achats Les Rizières. Elles sont  toutes deux menues. Les cheveux bleus. Les yeux encore grands ouverts sur le monde. Avec ce zeste d'achèvement dans l'âme et cette fatigue dans la voix. Un foulard autour du cou. Une grosse tuque sur la tête. Des lunettes à doubles foyers.

-Est bonne ma soupe aux navets, 'est ben bonne... En seulement que j'la sale pas trop par rapport que j't'ai une écoeurantite au foie...

-Une écoeurantite?

-Oui, oui, jéritol, une écoeurantite aiguë. C'est l'médecin qui m'a dit ça.

-Ok.

-I' parle juste d'la maudite politique à tévé pis i' nous mette p'us des beaux programmes.

-C'est vrai ça.

-Me dis qu'i' reste des belles z'affaires à faire quand même pis j'viens m'charcher des navets au Tsuper Tcé pour m'changer les idées.

-En tous 'es cas, quand i' fait frette, i' fait pas chaud.

-Non, non, non. On a la margoulette à terre. La fale au vent. Le vent qui écorne les boeufs! Pis l'boeuf haché qui baisse pas au Tsuper Tcé... Toutte coûte cher jéribouère! Maudit gouvernement plein d'marde!

-E'l'médecin m'a dit que toutte était ben beau. I' m'a prascrit des pelules. J'su's allé 'es charcher à 'a pharmacie tantôt... Y'avait du monde! Bonté divine qu'y'avait du monde! I' pourrait mettre plus de caissières? Ça irait plus vite!

-C'est l'chèque des pensions d'vieillesse aujourd'hui... Y'arrête pas d'm'achaler pour que j'èye une maudite carte de guichette! J'en veux pas de d'ça moé! Y'ont des caissières encore au centre-ville? Ben qu'i' nous servent si i' veulent garder leu' d'job Sainte-Bénite-de-Sorel!

-As-tu r'garder La Poule hier?

-J'écoute p'us La Poule. J'aime mieux le hockey. Y'a rien pour m'enlever mon hockey pis ma p'tite bière quand y'a pas de beaux programmes à 'a tévé.

-Y'en a p'us d'beaux programmes à 'a tévé! C'est rien qu'des impolis pis des d'jokes de cul! Du paf paf. Des fusils. Pis d'la violence... Après ça on s'sent p'us en sécurité toute seule dans 'es rues.

-Caltor de caltor!

La bus numéro 2 roule. Elle est pratiquement vide. On entend une toune stressante à la radio. Le chauffeur a crissé ça sur la station de musique qui diffuse des airs de missiles sifflants. Ziiiiiiiiiuuuuuuuuu. Zaaaaoum! Tzi!  Tzi! Tzi! Pas de respect pour la conversation de nos deux vieilles dames.

-La musique est forte, caltor de caltor!