mardi 4 janvier 2011

L'art de bien se présenter

Nous vivons à une époque où les confidences n'existent plus. Tout est livré au grand jour. Les inhibitions n'existent pratiquement plus. Tout est exhibitions, spectacles, foires d'empoigne. C'est à qui livrera ses secrets en un temps record. Juste ce qu'il faut pour une prestation unique et inlassablement répétée auprès du malheureux ou de la malheureuse qui ne l'a pas encore subie.

Prenons Lucienne. Appelons-la Lucienne pour ne pas lui faire sentir qu'on parle enfin d'elle.

Pour vous la représenter physiquement, même si son physique n'est pas au coeur de mon propos, je vous dirais que c'est une fille assez jolie quand elle se tait. Dès qu'elle parle, tout se gâche. On n'en revient tout simplement pas d'assister à un tel déferlement de broutilles autobiographiques. Cela dit, elle ne parlerait pas qu'elle ressemblerait plutôt à la version cheap d'une poudrée d'Hollywood. Même la version la mieux cotée m'indiffère. Le fait qu'elle soit une version cheap lui donnerait plutôt un point de plus sur la version la mieux cotée. Enfin! Chacun ses goûts. Chaque torchon trouve sa guénille.

Mais de quoi parlait-on déjà? Ah oui! De Lucienne et de cette maudite manie qu'elle a de tout dire sur elle-même au premier inconnu qu'elle rencontre.

Voilà ce que ça donne. Ha-hum... Permettez que je m'éclaircisse un peu la voix... Ha-hum... C'est qu'elle parle sur le ton d'une poulie qui grince. À débit très rapide... Va falloir que j'me serre les testicules pour l'imiter... Ha-hum!!!

-Salut! J'm'appelle Lucienne. Mon chum s'appelle Henri pis y'aime ça qu'on fasse l'amour quand je r'viens d'la job... J'travaille à La maison du ski alpin, sur la rue Coubertin. J'vends des skis alpins. J'reste au 89-A d'la rue des Corneilles, juste en haut du Dépanneur Plamondon. Quand j'fais l'amour j'aime ça l'avoir dans tous 'es trous... Écoute, écoute... Mon voisin s'plaint que e'j'jouis trop fort! Arf! Arf! Mon chum a un drôle de pénis. On dirait qu'i' est double. Y'a comme un pli su' 'a queue, juste su' l'boutte du gland, pis on dirait qu'i' a deux queues... R'garde! C'est pratique deux queues... Écoute, écoute... Pis à part de ça mes parents sont des chiens sales pa'ce qu'i' veulent pas m'prêter mille piasses pour que j'm'achète un char... L'été passé, moé pis mon ancien chum Roland Canard on a fourré dans l'char quasiment tous 'es jours. Arf! Arf! Quand j'suce j'avale pas tout l'temps pa'ce que quand mon chum y'a la grippe j'veux pas l'attraper! Arf! Arf! Moé, écoute, écoute, moé j'aimerais ça être Paris Hilton pis avouère plein d'argent. E'j'fourrerais tous 'es jours avec mon chum dans des chars sports ou ben don' dans des beaux yachts a'ec mon ti bikini. Arf! Arf! Mais là, mon chum ça i' tente p'us de fourrer pa'ce qui a attrapé des pierres su' 'es reins pis y'est p'us capable de pisser ou ben don' de v'nir. Ça i' fait trop mal au boutte d'la queue... Pis v'là-t'y pas que moé j'me mets à faire des champignons dans l'vagin... R'garde, aime autant te l'dire qu'ça sent fort des champignons entre les cuisses! Ça fait que j'me su's acheté d'l'onguent à 'a pharmacie. Odeur de cerises... R'garde, mon cul odeur de cerises! Ça sent e'l'champignon pareil! Pis comme j'arrive à 'a pharmacie, j'me sens comme des gaz... J'me dis ça doit être un ti pet, que'que chose... Pis force, force... Oumf! Ç'tait d'la sauce calice!!! Fa' que envouèye à 'a maison... R'garde! J't'ai graissé mes bobs d'aplomb... A fallu qu'j'enlève mes bobs pis qu'j'en remette d'autres... Fa' que j'me mets un g-string, tant qu'à faire, pis mon chum rentre dans chambre pendant que j'me mets mon g-string. «Calice qu'i' dit! Fa' pas par exprès pour qu'j'aille encore plus mal à 'a queue!» Pis comme i' dit ça, comme défaite, v'là qu'i voué mes bobs toutes graissées à terre... Ayoye! Y'en débande une crisse de shot... Arf! Arf! «As-tu chié dans tes culottes calice?», qu'i' me d'mande. «R'garde! C't'affaire!» que j'lui réponds. «Tu doé ben vouère que c'est d'la marde!» Pis qu'est-ce qu'i' répond? «J'ai pas besoin de l'vouère pour e'l'sentir câlice!» Arf! Arf!

***

Bon. C'était Lucienne. Lucienne qui est sur Facebook. Tapez Lucienne St-Gelaise. Il n'y en a qu'une seule. Elle a 5678 amis. À peu près tous des cornichons et des andouilles qui racontent leur vie dans tout ce qu'elle a de plus rudimentaire, avec le talent en moins. Seraient-ils artistes, poètes ou musiciens que peut-être trouveraient-ils le moyen de magnifier leur je au point d'en faire quelque chose d'à peu près universel. Mais non, ils sont universellement nuls à chier. Et ils ne parlent que de leurs déjections.

Ce n'est pas que je sois vraiment un puritain. Autrement je n'écrirais pas ainsi.

Néanmoins, il me semble que je fais bien de vivre à une distance raisonnable de la goujaterie.

Je me félicite d'accorder le moins d'attention possible à Lucienne St-Gelaise.

Ce texte-ci sera suffisant.

Hop! On passe à un autre sujet. Demain, je vous reviens avec la vie fascinante des abeilles ou bien sur la découverte d'une étoile supernova par une fillette du Nouveau-Brunswick âgée de 10 ans.

N'importe quoi, sauf parler du vide et de ses riens qui vous racontent toute leur vie poche en dix minutes.