vendredi 14 novembre 2008

LE MOIS DE LA DÉPRESSION, LA GRANDE DÉPRESSION DE 1929 ET BING CROSBY QUI CHANTE WHITE CHRISTMAS


Novembre, le mois le plus triste de l'année. Et nous sommes à la mi-novembre, en pleine tristesse quoi.

Il n'y a plus de feuilles et il n'y a pas encore de neige. Tout est laid, gris et monotone. Les oiseaux n'ont plus de couleurs ou si peu que ça ne vaut pas la peine d'en parler. Les ours, les écureuils et les rats musqués préparent leur hibernation. Les humains aussi. Et la première constatation, c'est qu'il n'y a jamais rien de bon à la télé. D'où la pratique des arts et de la littérature. Du dessin, de la musique et du macramé.

On peine à chercher le bonheur en ce mois de la dépression nerveuse. On trouve de la colère, du ressentiment, de l'angoisse. Bref, on se perd. On sombre dans une psychose collective qui s'appelle, tout bonnement, le mois de novembre.

Les sourires sur les visages se font rares. Une crise économique s'annonce, une crise comme en 1929. Et on ne sait pas si l'on va passer l'hiver. Si ce monde n'est pas en train de s'écrouler. Si l'on va passer de l'électricité au carton de chauffage.

Devra-t-on faire son épicerie avec un plein panier de papier-monnaie qui ne vaudra même pas l'encre qui est imprimée dessus? Je ne veux pas faire le rabat-joie, mais bon sang, que va-t-il se passer? C'est l'inquiétude de l'heure.

Et en même temps, tout le monde semble se dire «après moi le déluge». La surconsommation va bon train. Tout le monde écoute Le Banquier à TVA. Tout le monde parle d'Occupation Double et Loft Story.

Et moi, dans mon coin, je ne cesse de me dire que tout ça c'est d'la marde. Du vomi. Ça ne mérite même pas de s'appeler un divertissement. Le cirque est un divertissement. Un téléroman, même poche, est un divertissement. Mais ça? Du pur néant. De la vacuité. De la fatuité. Du vide qui donne envie de crisser la télé par la fenêtre, pour être sûr de ne jamais se trouver en contact avec ces excréments des maisons de production québécoises. Ça ne beurre pas les doigts, mais ça vous salit l'âme et le coeur. Ça fait de vous un vieillard avant l'heure, complètement sénile, obligé à faire des sudokus pour conserver une apparence d'activité cérébrale.

Franchement, le mois de novembre est trop triste...

RIONS, C'EST L'HEURE

Et vous croyez que je vais vous abandonner dans cet état, coquins et coquines? C'est mal me connaître. Oui le mois de novembre est triste. Oui la télé-réalité vous donnerait l'envie de déclencher une révolution sociale. Et, oui, nous sommes en campagne électorale au Québec.

Non, je ne vous laisserai pas vous apitoyer longtemps comme ça chers lecteurs et lectrices!

Décembre s'en vient. On va tuer le veau gras et le cochon graisseux. On va faire de la cochonnaille et tout plein de cochonneries sucrées. Des cretons et des beignets. De la tourtière du Lac St-Jean et des tartes au sucre.

On va s'acheter du Chemineaud et on va se verser un nuage de café par-dessus. Puis on va s'ouvrir une bière. Puis on va caler une bouteille de vin.

Puis la neige va tomber, de beaux gros flocons cotonneux, comme dans les annonces de papier-cul. Et les anges vont chanter, dans le ciel, sur la rue, à la radio. Les anges dans les villes ou dans les campagnes. Bing Crosby va encore y aller d'un «j'su's en train d'rêver à un blanc Noël». Les cloches, les violons et les rigodons vont retentir. Les harmonicas vont jouer des tounes de La Bolduc.

Et là ça va pelleter, ça va danser, ça va s'empifrer, ça va boire, ça va rire fort, pour n'importe quoi. Comme des hosties de fous.

Un beau tapis de neige va recouvrir cette horreur que nous avons sous les yeux en novembre. La neige va tranformer les villes en campagnes. Et je nous en souhaite beaucoup, de la neige, encore plus que l'an passé, parce qu'un hiver sans neige est un hiver sale, un mois de novembre perpétuel.

Vivement la neige...

Nos vitres seront un jardin de givre, comme dirait Nelligan.

Et nous n'aurons plus le spasme de vivre, ni d'ennui. Juste du fun.

Juste la béatitude qu'apporte toujours le lendemain d'une grosse tempête de neige, quand tout le monde pelle et se parle enfin, par une sorte de solidarité dans l'effort ou le malheur qui me réconcilie totalement avec le genre humain.

***

-Ouin pis moé faut que j'pelle mon char, mon parking, pis toute!

-Vends-lé ton char, hostie d'cave. Achète-toé des raquettes. Ça coûte pas cher d'essence pis ça fait maigrir, la raquette.