vendredi 16 décembre 2016

Six pieds sous terre

J'ai visionné récemment plusieurs épisodes de la série Six Feet Under. Je me suis claqué la première saison au complet, quelques-uns de la deuxième, puis j'ai sauté à la cinquième par lassitude. Il me reste les trois derniers épisodes de la série à regarder.

Six Feet Under a été créée par Alan Ball à qui l'on doit l'on doit le scénario du film American Beauty de Sam Mendes.

On se trouve relativement dans le même univers. Tous les personnages ont l'air étrangers les uns aux autres. On a l'impression qu'ils sont tous dans une salle d'attente à tuer le temps qui les sépare de la mort. L'anxiété et toutes les névroses imaginables y règnent du début à la fin. C'est déprimant à souhait.

Ce portrait de notre époque est sans doute réaliste. La série ne manque pas de mordant, ni de talent. Mais on finit par se sentir étouffé, même si c'est probablement le but recherché.

On dit de l'art qu'il est le miroir d'une époque. Je ne remettrai pas en question cette vérité. Sinon pour signifier que nous n'avons pas qu'à vivre en esclave de notre temps. Il y a moyen de s'éviter l'ennui et l'anxiété de nos contemporains.

Je le dis sans prétention et ne remets aucunement en question la valeur artistique de Six Feet Under. Ce tableau des moeurs de notre époque est parfait: nous sommes vraiment frappés comme les personnages de cette série, étrangers à tout un chacun, seuls en famille ou en couple, bourrés de pilules ou dopés aux paradis artificiels, doutant de l'amour autant que de l'amitié et assurés que tout fout le camp quoi que l'on fasse.

Je ne crois pas avoir découvert LA voie que tous devraient emprunter.

J'en ai une néanmoins qui ne ressemble pas à celle que mes contemporains empruntent tous les jours.

Je ne suis pas meilleur qu'un autre et il ne me serait pas nécessaire d'autant parler de moi-même si j'avais d'autres exemples sous la main.

Je me sens, pour tout dire, étranger à l'univers de Six Feet Under même si je peux le repérer partout autour de moi.

Je ne ressens pas le poids de la solitude ni la sensation que ma vie n'a pas de sens. Je ne me sens pas submergé par des pensées dévorantes. Je ne fais pas ma psychanalyse à chaque fois que je dis oh et ah.

J'avais honte de mon tempérament solitaire quand j'étais jeune. Je n'ai plus cette honte. J'ai plutôt la joie de cultiver mon propre jardin. Le bonheur de découvrir une nouvelle manière de peindre ou bien un nouvel accord de guitare. Comme le disait si bien Picasso, je ne cherche plus: je trouve.

Ma vie amoureuse n'est pas tourmentée. J'ai la chance de vivre auprès d'une femme avec qui je me sens en paix. Je ne passe pas mes journées à me demander s'il y a ceci ou cela. Je vis un amour sans les doutes et les contraintes suscités par mon époque.

Les grandes questions existentielles ne me font plus un pli sur le scrotum.

J'admets que je peux mourir et même souffrir beaucoup avant que de mourir.

C'est la vie. On ne choisit ni son heure ni ses malheurs. Aucun bonheur n'est éternel. D'où l'importance de savourer le moment présent en ne cherchant pas à l'obscurcir avec des idées noires.

Je laisse à chacun la possibilité de se noyer dans le désespoir.

Je ne le ferai pas.

J'y ai déjà trop goûté et me sens trop vieux pour les grimaces.

Ma sérénité n'est pas feinte.

Je suis vraiment tel que je me présente: un Roger Bontemps sans rancunes ni ressentiment.

Il m'arrive de piquer des colères.

Il m'arrive de porter des pancartes et de manifester.

Néanmoins, je vis bien avec mes engagements et mes désengagements.

Je trouve dommage que l'on se farcisse la tête avec des pensées pessimistes.

Je suis pourtant loin d'être optimiste.

J'ai pleinement conscience que nous sommes tous des triples cons.

Ce n'est pas une raison suffisante pour m'en faire.

J'ai la chance d'être pleinement occupé par mes créations.

Le sens de ma vie est partout autour de moi.

Il y a tellement de sens que je ne sais plus où donner de la tête.

Et cela suffit pour me réjouir d'ici à ce que je sois six pieds sous terre...


2 commentaires:

monde indien a dit...

" Il y a tellement de sens que je ne sais plus où donner de la tête. "
T ' as raison , ya tellement de beauté partout !
Tellement de laideur aussi - mais , chut ! tant-pis !
Souhaits à vous au Canada !
( au fait , ça vient d ' où ce drôle de mot de " Canada " ? c ' est un mot indien ? )

Gaétan Bouchard a dit...

@monde indien: Canada vient du mot kanata en langue Haudenosaunee (iroquois) qui veut dire cabane. Les Indiens de mon coin vivaient dans des cabanes ou bien des wigwams. Seuls les Indiens des Plaines vivaient dans des tipis. Il fait -30 Celsius aujourd'hui. Une température pour s'encabaner. J'ai tout de même passé deux heures dehors pour faire honneur à mon pays. ;)