lundi 4 juillet 2016

Personne n'a fondé Trois-Rivières en 1634

Monument à la gloire des conquistadors français érigé
près du Bureau de poste de Trois-Rivières. Les Européens
sont debout. Au milieu: une représentation du Sieur
de Laviolette, fondateur supposé de Trois-Rivières.
 Les Anishnabés sont à ses genoux...
Et il faudrait faire semblant d'aimer ça!!!
C'est aujourd'hui le 4 juillet. Vous savez sans doute que cette date commémore la déclaration d'indépendance des États-Unis du 4 juillet 1776. À moins d'être Trifluvien, vous ne savez sans doute pas que cette date commémore aussi la fondation de Trois-Rivières, pour ne pas dire consacre l'occupation européenne du territoire. C'est en effet le 4 juillet 1634 que des Français, sous les ordres du protestant huguenot Samuel de Champlain, ont érigé un fort en ce lieu connu par les autochtones comme étant Métabéroutin. Métabéroutin qui signifie, à peu de choses près, le lieu où se décharge tous les vents. Cela désignait la rivière et l'emplacement. C'est vrai qu'il vente à écorner les boeufs dans le coin...

Cela fait plus de 8000 ans que le peuple invisible occupe le territoire. Huit millénaires facilement occultés par une poignée de Français en mal de s'enrichir qui exploitaient les autochtones.

Récemment, des historiens ont lancé une controverse à propos du fondateur de Trois-Rivières. Pour les uns, ce serait le sieur de Laviolette. Pour les autres, ce serait un certain Théodore Bochart du Plessis. Il se pourrait que ce Laviolette n'ait jamais existé. On pense que c'était une manière d'effacer de notre histoire les protestants français puisque Bochard du Plessis aurait été lui aussi un huguenot converti par la force des choses.

Je n'embarquerai pas longtemps dans cette controverse qui ne m'intéresse pas vraiment.

J'hésiterais même à considérer le chef anishnabé Capitanal comme étant le fondateur de Trois-Rivières, même si c'est pour répondre à sa demande que Champlain a construit un fort là où j'habite.

-Vos fils marieront nos filles et nous formerons un seul peuple! lui aurait dit Capitanal. Bâtissez un fort pour que l'on puisse se protéger des attaques des iroquois...

L'histoire catholique et française n'allait pas s'embarrasser d'un Sauvage.

Cela ne fera pas un pli aux autochtones puisqu'il n'est pas dans leurs coutumes toponymiques que de désigner les lieux par le nom d'une personne. Ce culte de la personnalité ne leur revenait pas. Je l'ai écrit maintes et maintes fois. Pour les autochtones, les lieux sont toujours désignés par un nom à portée poétique. Il n'y avait pas de Lac Bouchard ou de rivière Saint-Maurice. Il y avait le lac de la truite mouchetée ou bien la rivière de l'enfilée d'aiguilles. Et, franchement, c'était mieux comme ça.

Lénine, Staline et bien d'autres contre-révolutionnaires soviétiques donnèrent leur nom à des lieux de leur vivant. On a trouvé ça ridicule. C'est tout aussi ridicule de le faire pour honorer un mort. Les lieux perdent de leur noblesse lorsqu'on les souille avec les mesquineries de l'histoire humaine.

Pour ce qui est de la déclaration d'indépendance des États-Unis, je me permettrai de vous renvoyer vers un billet que j'ai rédigé en 2013 à propos de Fleury Mesplet, imprimeur des libertés.

Les Canadiens-Français, à cette époque, étaient largement en faveur de se joindre aux colonies américaines pour déclarer eux aussi leur indépendance. Ils ont été trahis, une fois de plus, par leurs élites. Par les curés catholiques et les marchands comme Poulin, propriétaire des Forges du Saint-Maurice. Benjamin Franklin, un francophile, avait même songé à faire du français la langue officielle de son État. Mais non! Il a fallu suivre le chemin de la soumission, une fois de plus.

Je sais que je tire dans toutes les directions avec ce billet.

C'est mon tempérament de Trifluvien mâtiné de Rimouskois.

Comme tous les gens du fleuve, je suis intarissable quand je me mets à raconter quelque chose.

Je m'écoute parler.

Je m'entends écrire.

Je me donne même l'impression de témoigner pour mon peuple invisible...