samedi 15 août 2009

Salut Ti-Rat!


Je viens d'avoir une petite conversation avec un écureuil noir.

Ça n'a pas été très long. L'écureuil n'avait pas grand chose à dire.

Ça cherche de la bouffe toute la journée ces petites bébites-là. Et même que ça n'aurait pas plus de mémoire qu'un dé à coudre. L'écureuil cache sa bouffe un peu partout et ne se souvient plus l'hiver venu des endroits où il l'a cachée. Ce qui fait qu'il passe ses journées agité comme l'enfer, l'écureuil, à courir de gauche à droite comme une poule pas de tête. Il déterre tout. Plante son museau dans tous les trous. C'est fou comme ça fouille et farfouille un écureuil.

En tous 'es cas, je crois sur parole le biologiste amateur qui m'en a parlé. On ne viendra tout de même pas me reprocher de nourrir des préjugés envers les animaux. Ça ne me dérange pas du tout que l'écureuil soit nul et se bourre les bajoues pour avoir de quoi à grignoter au cas où il serait trop con pour se souvenir de l'endroit où il a caché ses graines et autres détritus.

Ce qui fait que mon écureuil n'avait pas grand chose à dire.

Je l'ai regardé droit dans les yeux et je lui ai dit simplement «Salut Ti-Rat!».

Ti-Rat n'a pas bougé d'un cil et m'a observé avec ses grands yeux noirs.

Pourquoi Ti-Rat, hein? Parce que les écureuils ressemblent à des rats avec une queue un peu plus touffue. C'est à peine plus gracieux. Et franchement, ce n'est pas plus bavard l'un que l'autre.

Ti-Rat m'a tout de même observé un bon moment. Peut-être qu'il se disait en lui-même que c'est ce gros-là qui doit lui chiper toutes ses provisions qu'il ne retrouve jamais l'hiver venu. Ce qui fait qu'il devra travailler toute l'année, parfois à des températures de vingt sous zéro, sans compter le facteur humidex qui rend nos hivers si rudes. Ti-Rat va se fendre le cul en quatre toute l'année pour demeurer joufflu.

Dans le fond, je comprends pourquoi Ti-Rat ne m'a pas rendu mes salutations. J'ai été vulgaire. Je ne l'ai pas appelé Monsieur Ti-Rat. Je l'ai traité comme si nous avions élevé les cochons ensemble. Salut Ti-Rat... Si d'aventure un inconnu me disait «Salut e'l'gros!», eh bien je lui calicerais mon poing dans 'a face. Ou bien je l'enverrais chier. Je ne laisserais pas passer cette impolitesse.

Ti-Rat n'a pas beaucoup de mémoire, mais il veut qu'on le respecte.

Il m'a donc détourné le dos. Il a sauté du poteau de la corde à linge jusqu'à la branche de l'amélanchier qui pousse derrière la remise. Puis de l'amélanchier il sauta à l'érable.

Il me jeta un dernier coup d'oeil de côté, l'air de dire fuck off mon hostie d'gros singe.

Puis il grimpa dans les branches et se perdit dans le feuillage.

Il dérangea quelques mouches et chenilles au passage.

Tout devint ensuite étrangement calme. Plus aucun bruit, sinon celui des climatisateurs du quartier qui laissaient entrevoir une journée très chaude et très humide.

Bon ben, salut Ti-Rat...