samedi 8 août 2009

Constantin Paoustovski en aparté


Un bon auteur nous emmène toujours à une autre hauteur, sinon à un autre auteur.

Par exemple, Isaac Babel m'a fait découvrir Constantin Paoustovski.

D'abord, Paoustovski était camarade de classe de mon auteur russe préféré, Mikhaïl Boulgakov dont Le Maître et Marguerite résonnera longtemps dans ma mémoire.

Paoustovski semble avoir eu plus de chance que Boulgakov au plan de sa vie littéraire. Il a été publié sous Staline et n'a pas été fusillé, ce qui d'emblée le rend un peu suspect de «réalisme socialiste», cette esthétique grossière construite par des abrutis qui se suçaient la mousse du nombril et se laissaient guillotinés en remerciant leurs guillotineurs.

Sous Staline, on les appelait les «ingénieurs les âmes», ces artistes et écrivains qui devaient aussi fournir leur quota de bons sentiments envers la «Grande Idée» pour reprendre l'expression de Negovan Rajic, le plus grand écrivain que je connaisse à Trois-Rivières, avec Maurice Fournier, Rob Bob et moi-même, votre humble serviteur. Ajoutez mon frère aîné et l'équipe est complète. S'il y en a d'autres, anyway, je ne les connais pas tous.

Il n'y a donc pas beaucoup d'écrivains à Trois-Rivières.

Des poètes, bien sûr, il y en a des tas. On en produit presqu'autant que des «ingénieurs de l'âme» dans la capitale internationale de la poésie, titre ronflant dont s'enorgueillit Trois-Rivières. Tout ça parce qu'une poignée d'organisateurs communautaires ont reçu une subvention pour inviter les poètes officiels de telle ou telle ambassade, rencontrés dans des salons du livre ou des studios de massage. Que de bureaucrasserie ridicule pour chanter des vers... Il y a trop de formulaires à remplir pour que la poésie soit vraiment au rendez-vous.

Des poètes? Il n'y a que des poètes à Trois-Rivières. Le monde entier le sait. Mais des écrivains! Oh pardon! Il faut chercher longtemps. Et quand on les trouve on se demande ce qu'ils peuvent bien ficher dans ce trou pourri de province, sinon que de se tenir à l'écart de toutes ces drôleries même pas drôles.

Revenons à Paoustovski. J'ai tout de même trouvé un de ses livres traduits en français à la bibliothèque. Ça s'intitule La rose d'or où Paoustovski réunit des notes, voire des nouvelles sur l'art d'écrire. C'est traduit par Lydia Delt et Paule Martin et publié chez Gallimard en 1968, l'année de son décès.

On a failli lui donner le prix Nobel de littérature en 1965. Cependant son gouvernement soviétique aurait manigancé pour que ce soit plutôt Cholokov qui l'emporte, un écrivain plus favorable au régime.

Je n'ai pas réussi encore à lire le Don Paisible de Cholokov et je salive à l'idée de lire Histoire d'une vie de Paoustovski parce que La rose d'or me laisse entrevoir un grand conteur, la plus grande des vertus de l'écrivain. Autrement, ça ne vaut pas la peine.

Une histoire mal racontée me fait le même effet que de lire des statistiques. Il y a de l'information, ça et là, mais celui qui me la livre est nul à chier. D'où l'importance de lire de bons auteurs pour avoir l'envie de lire. Tu te tapes dix navets de suite et tu finis par croire que la littérature ce n'est pas ton affaire. Tout comme je me dis que la poésie n'est pas mon affaire après m'être tapé mille trois cent trois navets poétiques de suite dans mon adolescence. À part Rimbaud, Corbière et Prévert, un peu de Baudelaire ici et là, un zeste de Claude Gauvreau, je ne connais rien à la poésie. Je la préfère avec paroles et musique. Il y a plus de poésie dans une chanson des Doors que dans trois cents recueils publiés par telle ou telle maison de têteux de subventions.

Malheureusement pour moi, j'ai lu beaucoup de chefs d'oeuvre. J'ai la piqûre pour la littérature et je cherche encore de grands éblouissements. Et le pire, c'est que j'en trouve encore et encore, des bons auteurs, dans tout ce fouillis de textes imprimés pour nous ennuyer ferme.

Dont ce fameux Constantin Paoustovski, une gracieuseté de Isaac Babel qui me l'a fait connaître. Paoustovski m'en fera connaître d'autres. Et d'autres m'emmèneront vers d'autres. Toujours plus loin que ces foutues plaquettes de poésie nulles à chier que l'on placarde sur tous les murs du centre-ville de Trois-Rivières pour se croire poète parce que l'on reçoit des subsides du régime pour jouer aux «ingénieurs de l'âme» qui s'ignorent avec leurs vers soporifiques et leur enflure patriotarde de Borat de fin fond du dernier rang.

«Celui qui n'a pas ajouté à la vision de l'homme, ne serait-ce qu'un peu d'acuité, n'est pas un écrivain.»

C'est à la page 26 de mon exemplaire de La rose d'or de Paoustovski.

Et Paous, je l'appelle déjà par son petit nom, Paous m'emmène vers Edouard Douwes Dekker, un écrivain hollandais qui a presqu'été vice-roi et qui est tombé en disgrâce pour avoir osé dénoncer son propre gouvernement dans les mauvais traitements qu'il faisait subir aux indigènes de Java. Après l'indépendance de l'Indonésie, Dekker a même adopté un nom javanais, Danoedirdja Setiaboeddhi, ce qui devait être un peu compliqué à prononcer pour sa famille et ses amis qui l'avaient toujours appelé Ed ou bien Doudou.

Bon, eh bien je retourne dans mes livres.

Pardonnez-moi cet aparté.



Autres liens:

Constantin Paoustovski: oeuvres originales en russe.

Pis ça.

Et tiens, un chef d'oeuvre. Le manteau de Gogol. («Nous sommes tous sortis du manteau de Gogol» disait un écrivain russe qui s'est échappé de ma mémoire. Était-ce Dostoïevski? Tchékov? Boulgakov? Vladislav Trétiak? Hum...)