mardi 18 août 2009

Petite ville industrielle à vendre



C'était une petite ville industrielle que l'on avait installé sur un magnifique site naturel constitué d'une forêt de pins et de plages de sable fin. Évidemment, il n'y avait plus de forêt et le seul bout de plage de sable fin sauvegardée ne valait pas toujours le détour, surtout par jour de canicule, quand les motomarines et les systèmes de son crachaient le bruit à plein volume pour rendre l'expérience encore plus désagréable.

Bref, c'était une petite ville industrielle triste. D'autant plus triste que l'industrie se retirait et l'argent itou. Ce qui fait que la ville s'était transformée en terrain vague géant autour d'un petit bout de terrain vague que des promoteurs véreux avaient trouvé le moyen de mettre à leur profit avec les taxes des autres, se promettant de faire reculer les BS toujours plus loin du centre-ville, vers les blocs de béton construits spécialement pour eux près des autoroutes. Ce qui permettrait aux farceurs de faire du motomarine en toute quiétude quand ils délaisseraient un moment leur condominium avec vue sur le fleuve majestueux et cette plage minable.

Cette petite ville industrielle était reconnue pour sa puanteur dans toute la province. Et sa puanteur, selon ce qu'on entendait dire de cette ville dans les milieux dits progressistes, était autant la conséquence de l'industrie que celle des zigotos qui étaient au pouvoir, des arriérés qui semblaient tout droit tirés du film Borat.

Oui, ça sentait la merde quand on passait par là. Une odeur sulfureuse de gaz excrémentiel. Des politiques de taouins incultes et barbares qui jouaient aux grands seigneurs de la Nouvelle-France en se crissant d'aplomb des lois et des réglements. C'est pas mêlant, dans cette ville le seul espoir que pouvait avoir un opposant c'est de tomber sous la protection de l'ONU parce que tout le reste du pays savait bien que c'était une petite ville industrielle de merde qui ne valait pas la peine qu'on s'en préoccupe. «C'est des taouins dans ce coin-là. C'est normal qu'i' soèyent gouvarnés par des taouins!»

On pratiquait la prière dans cette ville, comme dans le bon vieux temps. Et comme dans le bon vieux temps les salaires y étaient plus bas que partout ailleurs. L'élite locale colportait les idées du pléistocène laurentien et ultramontain. Tout n'y était que préjugés envers les pauvres et les séances publiques du conseil municipal étaient paquetées par les partisans du maire, un type qui se vantait d'être bilingue dans une ville de taouins essentiellement unilingues qui ne savaient pas que la Floride était aux États-Unis et que l'Espagne était un pays. Ça expliquait son succès auprès des gens de peu d'éducation qui en avaient assez de se faire voler leurs jobs par des «étranges». Ils voulaient du «pro-actif», une expression surabondamment utilisée par les incultes.

Pourtant, il y avait de moins en moins de jobs, comme dans toutes les dictatures.

Et les habitants de cette ville avaient de la difficulté à se trouver des médecins parce que les médecins savent généralement lire et écrire. Et ils savent qu'ils s'emmerderaient là.

Le journal local faisait souvent l'éloge du maire. On le voyait sourire tous les jours dans les pages de la Pravda locale. C'était un petit sourire forcé. Mais un sourire quand même. Le sourire du maire... Qu'est-ce qu'on se marre...

Un ancien patron du journal était maintenant conseiller spécial du maire. Tout ce concert d'éloges s'expliquait par ce maître d'orchestre.

Tout s'expliquait dans cette ville de taouins. Tout.

Mais tout le monde s'en calissait.

Tout simplement parce que ça puait trop.

-J'finirai pas mes jours icitte ciboire! Hostie que non! se disait tout un chacun.