dimanche 9 août 2009

À propos d'un simple brin d'herbe


L'interprétation que nous nous faisons du monde, avec les senseurs propres au mammifère que nous sommes, transcende-t-elle celle que pourrait s'en faire un simple brin d'herbe? Nous avons des yeux, des narines et toutes sortes de trucs tentaculaires pour nous faire une idée du monde. Et le brin d'herbe? Vous ne croyez pas qu'il pense lui aussi?

Ces questions sont ridicules. Je sais.

Mais elles m'obsèdent parfois, quand je constate que l'homme n'est pas aussi sensé qu'il ne le croie.

Ce qui veut aussi dire que la nature n'est pas l'idée bonne ou mauvaise que nous nous en faisons puisqu'il nous manque l'impression du brin d'herbe, vécue du dedans. On peut dire à quoi ressemble ce brin d'herbe, mais on ne peut pas dire ce qu'il pense. Ni ce que votre chien pense. Ni ce que vos amis méditent. Tout n'est qu'une pâle reproduction de la vraie pensée.

Et le mystère du brin d'herbe, lui, demeure entier.

***

Je récuse l'idée que les plantes ne pensent pas. Ce qui fait que j'ai cette vanité de conférer une âme aux brins d'herbe. Une vanité stupide qui me fend le coeur quand je vois des terrains de golf rasés de près. Comme si j'entendais chaque brin d'herbe crier à fendre l'âme.

Je souffre d'animisme, pas d'anémie: d'animisme! Un vieux fond anishnabé peut-être. Après tout, c'est là le hic. Ma pensée n'est pas conforme à la pensée ambiante. Respecter un brin d'herbe, ce n'est pas la norme.

Jamais il ne serait venu à l'idée d'un Indien de se tailler de beaux petits bosquets pour ornementer la devanture de son wigwam. Il laissait la nature telle qu'elle était, l'Indien, parce qu'il croyait justement qu'il y avait une âme dans les plantes et qu'il était inutile de les faire souffrir pour rien. L'Indien s'excusait de tuer un bison comme il s'excusait de fouler du pied une araignée ou bien un brin d'herbe.

Et on prétend que les Indiens étaient des sauvages...